‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 78 sur 144 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

VAUX-LE-PÏUSLIK, BLANbV, CUAHf-BAUX, U ClUmt.K-TUIBOIST.

ciumtmui, fo*tainis-i.e-i>oi»t, nontsmui'.

- Vaui-lr-rmallii .m, rmlln

C'est un château ancien, appartenant au village et à la commune de Malncy. situé à trois quarts de lieue au N.-E. de Melun.

Ce château a plusieurs fois changé de nom. Il fut d'abord appelé Vaux-le-Vicomle. C'était une demeure seigneuriale que le fameux surintendant des Animées, Fouquet. fit remplacer par une magnifique résidence. « Ce palais, dit Voltaire, et les « jardins lui avaient coulé dix-huit millions de livres, qui en « voh ut près de trente-six aujourd'hui. Il avait bâti le palais « deux fois, et acheté trois vill ij.es entiers, dont le terrain fut « enferme dans ces jardins immenses, plantés, en pnnie, par u I.c .V>lie, et regardé* alors comme les plus beaux de l'Eu- « ro;c. Les eaux jaillissantes de Vaux, qui parurent depuis « au-dessous du médiocre «près celles de Vers ailes, de Mnrly m et de Saint-Cloud, étaient alors des prodiges- Mais quelque • belle que soit celte maison, cette dépense de dix-huit mil- « lions, dont les comptes existent encore, prouve qu'il avait « été servi avec aussi peu d'économie qu'il servait le roi. Il « est vrai qu'il s'en foliail beaucoup que Saint-Germain et » Fontainebleau, les seules maisons de plaisance habitées parle u roi, approchassent de la beauté de Vaux. Louis XIV le sentit « et en fut irrité. On voit partout . dans cette rnai-on 1rs armes « et la devisede Fouquet ; c'est un écureuil avec ces paroles : qw) ■ non atrtndam ? où ne mojitcrai-jp point ? Le roi se les lit ex- « pliquer. L'ambition de ertte devis* ne servit pas à apaiser « le monarque. Les courtisans remarquèrent que l'ecurcuil était « peint partout poursuivi par une couleuvre, qui était les armes « de Colbert. La féle fut au dessus de celles que le cardinal « Mazario avait données , non-seulement pour la magnificence, « mais pour le goût. On y représenta, pour la première fois, « les Fâcheux de Molière. Pélisson avait fait le prologue, qu'on « admira : les plaisirs publics cachent ou préparent si souvent « â la cour des désastres particuliers, que, sans la reine-mère, « Pélissou et lui auraient été arrêtés dans Vaux , le jour de « la ftte».»

On sait qu'il fut peu après arrêté, ainsi que son favori Pélisson , et que cette disgrâce n été, pour LaFontainc. le sujet d'une élégie, qui est à la fpis une belle pièce et une noble action.

Le maréchal de Villars étant devenu possesseur de ec château, il reçut le nom de Vaux- Villars. Le duc de Villars, fils du maréchal, cessa d'entretenir les cascades, bouleversa les jardins, et vendit ensuite cette belle propriété au duc de Pruslin, alors ministre de la marine, dont elle prit le nom. Elle est restée dans celte maison, à laquelle elle appartient encore.

Le château est entouré de larges fossés remplis d'eau vive. L'avant-cour est décorée de portiques; les bâtiments sont vastes et magnifiques. Le parc a prcsdesixcentsaipcnts d'étendue. Les jardins, décorés de forl belles statues, dont plusieurs antiques, ont beaucoup souffert dans la Révolution.

Praslin et la commune dont il fait partie appartiennent à l'arrondissement et au canton de Melun.

S II.-BIsimI>-

Village et ancien château situe à trois lieues au nord-est de Melon.

Blandy, qu'il ne faut pas confondre avec un autre Ulandy sii *irirl« Oe »i»l Loi»,

tuédans l'Orléanais, avait anciennement appartenu aux vicomte* de Melun, comlcsde Tamiirvillc. Guillaume IV, comte de Tancarville, vicomte de Melun, maria, eu M 17, sa fille Marguerite à Jacques de llarcourt, baron de Montiiuioinery etluid inna en dot, entre autres seigneuries, celle de Blandy. M ne de llarcourt, seconde femme de Jean d'Orléans, comte de Dunois et de l.ongueville. bâtard de Louis de France, duc d'Orléans, parce mariaue de l'an M3l», porta la seigneurie de Blandy dans la maison d'Oriéflns-lxm'.'uevillc. Les personne» de cefe maison résidaient souvent à Blandy, Louis d Orleai.s, druticme du nom, fils de Louis, duc de Longueville et prince de IScufchàtcl, y naquit le I ô juin t.. 10. Cette seigneurie passa dans la maison de Bourbon- Coude par le mariage de Louis de Bourbon, premier du nom, prince de Coudé , avec Françoise d'Orléa'is , fille de François d'Orléans, vicomte de Melun et seigneur de Blandy, par contrat du S novembre lalii.

Pendant la guerre que firent les protestants contre les catholiques, ou plutôt la guerre des princes de la maison de Bourbon contre ceux de Lorraine, en I5G7, le prince de Condé, chef du parti prote-lanl , était armé contre la cour de France. Cette cour, irritée des succès de ce prince , et de ce qu'à la bataille de Sainl-Deiiis, le connétable Anne de Montmorency av ait été tué, usa de représailles : elle chargea François de Bnl-ac d îCntragues, d'aller à Blandy, et d'y arrêter la marc|uise J.-cqncline de Rothclin. veuve de François d'Orléans, marquis de Boiheliu, et merc de Françoise d'Orléans , qui avait épousé Louis de Bourbon, prince de Condé. Bcmarquons que d'Enlrogues , charge de cette triste expédition, était, par sa femme, neveu de la marquise Jacqueline : ce qui ne l'empêcha pas de l'arrêter, ainsi que ses trois enfants, et de les amener prisonniers uu château du t o->- r<\ où ils arrivèrent le 13 novembre t.ïfiT '.

C fu' i Blandy, au mois de juillet 1S72, que le Jeune Henri de lio,.i l,.>;j, prime de Coudé, célébra ses i.o.es avec Marie de Clevcs, marquise d Isles. Le prime de Navarre, depuis roi de France, et célèbre soas le nom de Henri IV, assistait à ces noce?, qui furent le prélude séducteur de l'exécrable plan des mas-acres de la Saint-Rai ihelcm V. Les princes de Piav anv, de Condé, de Conti, ses cousin* germains, quittèrent Blandy avec uu grand nombre de seigneurs protestants, et se rendirent à Paris, où devaient se célébrer les noces du prince de Navarre avec Marguerite de Valois. Sans écouler les avis salutaires de l'amitié, ces jeunes piinces, enivres par les plaisirs et les fêtes, se précipitèrent dans le piège que leur tendait une cour perfide et sanguinaire.

Jacqueline, marquise de Rothelin, séjourna constamment â Blnitdy ; clic y mourut et fut enterrée dans la chapelle; on dit que sou tombeau fut violé en 1793.

Le 13 mai 1 8 1 o , Charles de Bourbon, comte deSoi'sons, ne voulut point assister au sacre de Marie de MéJi.-is, seconde femme de Henri IV, pour quelques arrangements d'étiquette ou quelque» mécontentements que ce roi lui avait ténioium-s; il se retira à Blundy. Le lendemain, 14 mai , Henri IV Tut assassiné

Le vieux château de Blandy était très-fortiflé pour le moyen âge Le maréchal de Villars, qui en était devenu propriétaire, fil découvrir les tours et démolir les principaux corps de bâtiments. I>educ, son (Ils, le vendit â M. le duc de Praslin. Celte resiknec de grands seigneurs, de princes, placée au sein de la France, refuge de quelques conspirateurs turbulents ou ambitieux, cause d'inquiétude pour les rois et d'oppression pour les sujets, celte forteresse, dis-je, fut alors transformée en une ferme inoûensivc; elle cessa d'être brillante et commença à devenir utile.

Ce qui subsiste encore de celle forteresse féodale donne une Idée de ce qu'elle était pendant que de grands seigneurs l'habitaient |; son plan est uu pentagone irrégulier. A ses cinq angles s'élèvent cinq (ours reunies par des courtiues; hs trois tours platées au sud ouest, du côté de la plaine , sont plus fortes et plus hautes que les autres; il en estime notamment dont le diamètre est d'environ trente-six pieds et dont la hauteur est estimée à cent pieds. Celte tour contenait h s appartements; son entrée, quoique pincée dans l'intérieur du château, était défendue par une porte fortifiée et par une forte herse que l'on voit encore suspendue dans ses rainures.

Brul.rt,

4» Comté, 1. i, f. 4 Si.

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Au bas de cette infime tour est l'ouverture d'un conduit souterrain voûté, dont l'issue se trouve dan* I campagne, à une disla née d'une demi-lieue du château. De pareils souterrains existaient dans la plu; art des anciens châteaux; il en est souvent fait mention dans cet ouvrage.

! e bâtiment de la principale entrée de la forteresse est entièrement démoli.

L'église du bourg, voisine du château, a servi pendant longtemps de prêche aux protestants, et n'a rien de remarquable. Chaque année, le jour «le la Saint-Mathieu , se tient à Blandy une foire très-considérable, où abondeut des bestiaux de toute espèce.

Bourg situé a trois lieues au nord-est de Melun, et à douze au sud est de Paris.

Au vu« siècle, sainte l'are possédait une portion delà terre de Champeaux ; elle la donna, par m>ii testament, au monastère nommé depuis Farcmuulier; et on y fonda ensuite, sur celte portion, un couvent de filles rt une église dédiée à saint Martin. Ce couvent devint une abbaye qui subsista jusque vers la fin du IX' siècle. Alors elle cessa d'exister; et l'on voit, vers les commencement» du xr, des chanoines remplacer les religieuses à Champeaux : on iunore les causes de ce changement.

Vers l'an 1 200, les chanoine», dont le nombre était dé douze, se trouvèrent trop riches, chose très-rare dans les chapitres et les abbayes. Le revenu de chacun d'eux se montait a, cinquante livres; ils déclarèrent que ce revenu devait sufdre à deux chanoines, et qu'un seul pouvait honnêtement \ivrc avec vingtcinq livres par an. Il faut consiJérer que le marc d'argent ne valait alors que cinquante sous, et la journée d'un uianouvrier, un sou : ce qui porte le revenu de cliaquc chanoine à environ six cents francs de notre monnaie. En conséquence, ces chanoines demandaient que le nombre des eanonicats fût de vingtquatre. Le pape Innocent III, par une bulle de I50S. régla que ies chanoines conserveraient leur revenu, comme auparavant, jusqu'à leur mort , et que leurs successeurs se partageraient le revenu de chaque canonicat vacant '.

Vers 1 1- 10, l'abbé de Saint-Victor de Paris, envahit , on ne sait comment, le chapitre de Champeaux , qui dès lors se composa de chanoines réguliers.

Au xvi* siècle, les guerres ayant considérablement diminué les biens du chapitre de Champeaux, l'abbé demanda et obtint de l'évèque de Paris le rétablissement de l'ancien ordre de choses; et ce chapitre fut réduit a douze chanoines.

L'église est du xu' siècle; elle a été souvent réparée. On y rcmnrque une tour carrée- Elle possédait plusieurs reliques, même des cheveux de Jésus-Christ , dont certificat fut dressé, en 1207, paillervée, archevêque de Troyes ; mais, dans la suite, le certificat et les cheveux disparurent. Vers le milieu du xvn- siècle, les châsses furent visitées, et l'on y trouva, entre autres choses, quelque* goutte* du *an<j de taint Denis et de <n;nt Etienne, tt 1rs muliert de saint Ct'me '.

Indépendamment de l'église collégiale, il y en avait une autre servant de paroisse, et située a coté de la première. Celle-ci existait sous le titre de Notre-Dame.

Au xiv* siècle, Champeaux avait une léproserie.

Au temps des troubles religieux, le village fut entouré par un large fossé, de sorte qu'on ne pouvait y pénétrer que par trois portes à pon!-levis.

Avant celle époque, les maisons du village, étaient éparses dans la campagne.

Champeaux 'était un doyenné , duquel dépendaient sept paroisses. Le chapitre nommait aux cures de ces sept églises; et les curés lui prêtaient serment. Le chanoine qui était prévôt du chapitre, rendait la justice en surplis et aumusse. Ou compte parmi les chanoines de ce lieu quelques personnages distingues, entre autres, Guillaume de Champeaux, archidiacre de Paris, puis éveque de Chàlons au xu* sieelc.

A un quart de lieue, au sud de Champeaux, est le château d'Aunoij, qui a été possédé par le cclèhrc avocat Gcrbier; sa construction et ses jardins sont remarquables.

Le sol des env irons est fertile : il offre des terres labourables tt des hoU. H y a des carrières de pierre meulière.

I L<b«ar, Uittairt iuHi<«rêf d, P«t,t, I. »«. V. Vî». « 14., I. x»,p.USO.

Il se lient à Champeaux un marché peu considérable, le vendredi de chaque semaine.

Au comimncement du règne de Louis XV, la population de Champeaux se composait d'environ ISO personnes: trente ans après, elle fut évaluée h 400 ; aujourd'hui, elle s'élève à 500.

Village situé dans une vallée â deux lieues à l'ouest de Nangis, et à treize et demie au sud-est de Paris.

La chapelle, autour de laquelle s'est formé ce village, est fort ancienne : c'était une paroisse dès le ténias de Louis- le -Gros. Dans une bulle d'Innocent II, adressée a Étienne, évéquede Paris, en l'an 1 137, elle est désignée comme l'une des églises dépendantes de la collégiale de Champcvux. Dans quelques anciens titres, elle est appelée la Chapelic-Cernay. Ce dernier nom, dont on ne connaît pas l'origine, quoiqu'il ait été porté par plusieurs autre» églisrs, fut remplacé par celui de Gauthier, qui appartenait aux seigneurs de Villebeon, anciens possesseurs de la terre où se trouvait située la chapelle. Kn 1208, Gauthier de Villebeon, chambellan du roi Philippe-Auguste, y établit quatre prêtres ou chanoines, dont l'un devait exercer les fonctions euriales. C'est après cette fondation que la chapelle prit le nom de ce seigneur.

De cette famille deVillebeon, la seigneurie passa au Jouvencf des L'rsins. et y resta jusqu'au commencement du xvir» siècle. Rlle fut érigée en comté, en 1644.

La Chapelle-Gauthier a. plus tard, été appelée la Chapelle - TliilMiist, du nom de ses derniers possesseurs. On y voil encore un château, entoure de fossés, commencé au xvir* siècle par Gabriel Thiboust de Rerry, et achevé par son fils, pour remplacer l'ancienne demeure seigneuriale. Le village offre aussi des restes de fortifications qui prouvent qu'on l'a anciennement considéré comme ville. L'église dédiée à saint Martin n'offre rien de remarquable. H se tient une foire à la Chapelle-Gauthier, le lundi après la fetedu saint qui en est le patron.

Le terroir environnant est en terres labourables, vignes et prairies.

La Chapelle-Gauthier fait partie du département de Seine-et- Marne et de l'arrondissement de Melun. On y compte soo habitants en y comprenant le hameau de Grand villicrs, ou se trouve un château remarquable.

g ▼.— CharlrcUca.

Joli village bâti au sommet du coteau qui borde In rive droite de la Seine au-dessus de Melun , à une lieue et demie au sud de cette ville, et à onze et demie de Paris. La vue s'étend de ce lieu sur le cours de cette rivière et sur la partie septentrionale de la forêt de Fontainebleau. Il ne reste, de l'ancien château du lieu, l'une des seigneuries de la famille de La Roche ft<uertutt . que des parties de bâtiments détachées et qui appartiennent à divers pailiculicrs.

Ou remarque dans les environs plusieurs maisons de carapage qui étaient autant de fiefs avant la Révolution, et notamment les Brandons, dans la plus ngréahlc situation ; le Vivier ; les Beraerùt cl le château du Pré. Cette dernière habitation, entourée d'un fossé d'eau vive, et bâtie dans le genre «l'architecture de la fin du xvi* siècle, passe pour avoir appartenu à Gabritllt ifEstre'e : elle y demeurait pendant les longs séjours, à Fontainebleau , de Henri IV, qui lit, dit-on, restaurer et agrandir le château. Ce qui semble appuyer cette tradition, c'est que le propriétaire actuel du chât-nu du Pré y découvrit, il y a peu de temps, un buste du monarque, qu'il a placé sur le fronton du portait

Ce village a vu naître le poète Guichard, qui se distingua vers la lin du siècle dernier par quelques pièces de vers agrétbles. Il mourut le 23 révrier 1811. Ses œuvres ont élé recuil'ics et Imprimées en 1803 ; ce sont des odes, des fables, des contes, des epigrammes et quelques drames lyriques : entre autres. l'Amant statue et le Bûcheron ou les Troit Souhaits, dont Philidor lit la musique.

Le terroir des environs de C ha rt relies produit du vin «s*ez estimé. Ce village appartient à l'arrondissement de Melun. On y compte encore soo habitants.

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Village peu considérable, situé sur la rive droite de la Seine

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a deux lieues et demie au sud-est de Melun, et à douie cl demie de Paris.

L'abbaye célèbre de Barbeaux, qui est comprise dans celte commune, fut londée, en 1147, par le roi de France, Louis-le- Jeuue; c'était une communauté de l'ordre de Clteaux. D'après une tradition populaire, les frais de ces vastes constructions auraient été faits au moyen d'un diamant trouvé dans le corps d'un barbeau péché en cet endroit ; et c'est l'origine du nom de ce monastère. Quoi qu'il en soit, divers titres Intins désignent ce lieu sous les dénominations suivantes; sacer portus, Sequanaportu*, BarbtHue.

Louis VII voulut être enseveli dans cette abbaye; et son corps y fut en effet déposé dans une tombe de pierre placée au milieu du sanctuaire et revêtue d'un marbre sur lequel fut couchée la statue représentant le monarque, ayant un manteau qui descendait jusqu'aux pieds, portant couronne à feuillet de tri fie, et tenant un sceptre surmonté d'une pomme dtpin. Os circonstances ne sont pas indifférentes, puisque -quelques écrivains, entre autre 5 Sainte Marthe, ont prétendu que Louis VII fut le premier roi qui adopta la fleur-de-lys. S'il en était ainsi, on en eut trouvé quelques traces dans sa sépulture. En IB85, un plus riche mausolée fut érigé à ce prince par le cardinal Egon, alors abbé de 15a r beaux.

En 1703, M. Lejenne, aujourd'hui curé de Chartrcttes, ancien procureur de l'abbaye, parvint à préserver sinon la tombe royale, «lu moins les restes du roi, qu'il trouva enveloppés dans un linceul de soie. Il les cacha dans son presbytère, et les fit replacer, en IKIS, dans la maison de Barbeaux, d'où ils furent transférés, en 181 7, a Saint-Denis.

L'élise a été démolie ; mais les bâtiments du monastère ont été conservés, et forment une vaste habitation qui avait été donnée, sous le régime impérial, à la l.égion-d'honncur, pour en l'aire une maison d'éducation des orphelines de l'ordre.

Barbeaux est sur une hauteur couronnée de bois.

gVL -M»Btere«u.Vaa<-k*»Bc

Petite ville située au confluent de la Seine et de l'Yonne, a six lieues et demie nu sud-est de Melun, et a scl« et demie aussi nu sud-est de Paris.

Ce lieu remplace une position romaine que l'itinéraire d'Antonio nomme fondât, mot équivalent à celui de confluent, et qui indique ici la Jonction de la Seine et de l'Yonne. Sur cette position fut établie, on ne sait à quelle époque, une église ou monastère de Saint-Martin, qui lui valut le nom de Monatteriolum ou de Monsterioium, dont on a fait JUontereau et quelquefois Montrevil.

Aulour de cette église ou de ce petit monastère, il s'établit quelques habitants. Un comte de Sens, nommé Bainaid, fameux par ses brigandages, vers l'an 1026, construisit un château à l'extrémité de l'angle que forment les deux rivières, de sorte qu'aucune marchandise descendue par la Seine ou par l'Yonne ne pouvait échapper i sa rapacité. Il mourut en 1055, peu regretté des prêtres, dont il avait pillé les églises ».

Diverses circonstances politiques tirent que Moutereau se trouva souvent placé sur la frontière de la France et de la Bourgogne; et celte ville, exposée à tous les désastres de celle position, fut souvent prise et reprise.

Sons le règne de Jean 1", en I35S, le château fut assiégé par le dauphin. Il était alors commande, pour le roi de Navarre, par un chevalier nommé Tau pin. qui, après avoir résisté à diverse* sommations, rendit enfin la citalellc nu prince.

La guerre civile eutre le roi de France, le duc de Bourgogne, le roi d'Angleterre d'une part, et le dauphin, fils du roi Charles VI, d'uneautre, et ses circonstances effroyables, avaient lassé lest hefsdes dem partis. Ils conclurent, le limai HIU, une paix à Sainl-Maur; mais cette paix ne punit pas assez solide. Quelques jours après, le 33 mai, on eut rceours à un nouveau traité qui fut juré, le 21 juillet Ml», sur le Ponteau, a une lieue de Me'un. Le dauphin et le duc de Bourgogne s'envoyèrent des présents, se firent des protestations <l'aini te, jutèrent sur les saints Evangiles de maintenir les articles du traité. Tout annonçait de part cl d'autre l'oubli du passé et une réconciliation s-incere; il ne restait plus qu'une cérémonie : l'entrevue du dauphin et du duc du Bourgogne; on décida qu'elle uurait

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lieu sur le pont de Montèrent!, l e dauphin, avec sa suite, arriva le premier dan*. celte ville Le due de Bourgogne se rendit a Brny, ville de sa domination, à quatre lieues de Montèrent!. Ce duc , quoique nommé Jean-tans-Peur , hésitait a se rendre h celte entrevue. Le dauptiin envoya à lira y des chevaliers charges de presser le duc d'arriver au rendez-vous, de lui dire qu'il l'attendait pour l'embrasser; qu'après son père il n'aimait ritn tant que lui; qu'il n'avait rien a craindre; que le château lui serait livré pour loger ses gens d'armes, et qu'il commanderait sur le pont. Le duc, incertain, fil part au roi des propositions du dauphin ; le roi lui ordonna de le> accepter ; alors le duc promit aux envoyés du dauphin que, le to septembre suivant, il se présenterait au rendez vous. Cejour.il partit de Bray après son dîner, accompagné de son conseil, de ses gardes, et d'environ quatre cents hommes d'armes II fit halte dans un pré situe derrière le chatenu, et envoya des chevaliers auprès du dauphin pour l'avertir de son arrivée ; le dauphin lui fit dire qu'il en était très-satisfait.

On avait construit sur le pont, voisin du château, des barrières dans lesquelles ne devaient être introduites que dix personnes de la part du dauphin et autant de celle du duc; «m leur lit prêter serment en parole* de prime, de n'entreprendre rien l'un contre l'autre. Ces princes si- inclinent l'en de l'autre, et ne comptaient guère sur leur serment. Le dauphin, fort jeune, était trompé par de perfides conseillers; et le due de Bourgogne, trahi par ses propres serviteurs : tout conspirait contre lui.

I.e duc de Bourgogne fut averti que des gens de pied armés étaient cache* dans des maisons voisines de la barrière, du cote de la ville. Pour s'en assurer, il y envoya Pierre de Gyae, hon favori. Le traître rapporta au due'qu'il avait visite le lieu et y avait trouvé personne.

Enfin, après plusieurs précautions minutieuses, le duc an i*a sur le pont avec ses dix hommes. Ils furent introduits d. ii> I,i barrière. Taunrguy du Chastcl, gentilhomme breton, accompagné de quelques chevaliers, tuus armés à couvert, e'e>t adirc portant des cuirasses sous leurs robes, et tenant chacun une hache à la main, va au devant du duc, et le taluc profondément; celui-ci dit : Mettieur*. vouttoytr comme je vint*, ea leur montrant que lui et ceux de sa suite n'étaient armés que de cottes et d'épées. Puis, apercevant le dauphin qui, parti d'une loge en charpente placée au coin du pot.t du côte de ta ville, s'avançait vers lui, il alla droit à sa rencontre, ota sni chaperon de velours noir, mit un genoux en terre, et lui dit : qu'après Dieu il n'avait qu'à tervir et obéir au roi, et qtt'>i le tervir il empMrait corps et bien*, amie et allies.... Mt. ti-'.rt, dis-je bien? Le dauphin répondit : Hiau cousin, coût il, les >ï bien qu'on ne pourrait mieux ; levez-vous et voue courrez, l e dauphin le prit par la main, et conversait avec lui, lorsque Jean Louvet, président de Provence, s'avança vers le dauphin, et lui parla à l'oreille; après quoi tous deux firent signe de l'œil àTanneguy du Chastel.

Persuade que le duc de Bourgogne avait voulu le faire égorger lors des massacres exécutes à Puris en H 18, Tanneguy du Chastcl, son ennemi juré, le chef de la conspiration actuelle, Tanneguy qui avait pressé le duc de Bourgogne de se iciulre a Montercau, à ce signe, le pousse entre les deux épaules, et dit : Montieiir de Bourgojnt entrez liane (dedans). Le due se retourne; Tanneguy dit au dauphin : voilà le trathequi voue retient votre héritage ; eu même temps, il lève sa hrche sur la tôle du duc. Les seigneurs de Noaillcs et^rte Vcrgv, s'clançant en Ire lui et Tanneguy, détournent le coup. Le vicomte de Narbouiie lève sa hache sur Noailles, en lui disant : Si voua bouges, mu» e'tee mat t. Noailles saisissant la hache du vicomte, lui dit : Vous ne me tuerez pat. Pendant ces débats, on entend les gens du dauphin s'écrier : Tue! tue! cl l'on voit accourir, en foule, les gens de pied cachés dans la ville. Ils se précipitent dans la barrière; et un homme de haute taille, tirant une cpée tranchante, en frappe le duc sur la tète; le coup descendant sur le visnge du côte droit lui coupe presqu entièrement le poignet qu'if levait pour se défendre. I,a v ictime était encore debout lorsque Tanneguy du Chastcl, lui portant un grand coup de hache sur la tète, l'abat aux pieds du dauphin; puis il frappe le seigneur de .Noailles qui était a <x prises avec le v icouiio de .Yu l> unie, lu renverse d'un coup de. Kadw. Ce .sajti tui \ccul envoie quel (uns jours, et mourut à l' uoprul d*- MoiiUavau. l>e>

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dix seigneurs qui accompagnaient le duc tic Bourgogne, les uns furent tues, 1rs autrs faits prisonniers . Jean de Ncucliastel parvint h se sauver on franchissant In barrière.

I.o iluc. étrndu h terre, respirait encore; un seigneur, nommé Gillet Bataille ou Vassy, s'auenouilla, et le perça de trois coups d'epée. Alors on le vit s'étendre; on l'entendit soupirer: il expira. Ses meurtriers Je partagèrent ses dépouilles, et ne laissèrent sur son corps qu'un jupon. On voulut le. priver de la sépulture et le jeter ilans la rivière , mais Maec Bonnet, curé de Notre-Dame de Monlereau, et un autre curé du voisinage s'oppo^èrent à cet nde d'impiété. Ils (ardèrent ec corps et le firent enterrer dans l'église.

Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, n'était pas Jean sans reproche. Sa vie est entachée de plusieurs crimes : il attisa le feu de In guerre civile, fil »ux Français des maux infinis, causa, en 1418, les massacres de Paris, et fit assassiner dans celle \ ille, Louis duc d'Orléans; mais quels princes alors pourraient soutenir le* regards de la postérité impartiale! Il se présenta de bonne foi à l'entrevue de Monlereau; et »a mort fut uu crime.

1-e dauphin Charles n'est excusable que par sa grande jeunesse ; lorsdu meurtre de Jean-saus-Peur, il n'avait pas encore dix-sept ans; mais il se trouvait en très -mauvaise compagnie et était entouré d'hommes bien criminels.

Ce meurtre devint funeste à ceux qui )f commirent et à ceux qui en furent innocents : au lieu d'une paix si désirée, on vit la guerre civile s'enflammer avec une violence nouvelle; un cri de vengeance se fit entendre dans une grande partie de l'Kurope;Ia veuve du duc Jean, son fils Philippe, le roi et la reine de France, le roi d'Angleterre et plusieurs antres souverains, s'armèrent pour punir les meurtriers et leurs partisans '.

Le nouveau duc Philippe et le roi d'Angleterre après avoir assiégée! pris, le 1 1 juin 1420, la ville de St>ns, vinrent mettre le sié^e devant Montcreau. En peu de temps, ils s'emparèrent de la ville : le château Ut une plus longue résistance et ne se rendit que le 33 juin, avec capitulation : Pierre de Guitry qui y commandait en fut quitte pour une somme d'argent. Le journal de Paris le traite mal et dit qu'il n'y avait point d'homme au monde qui fût plus tyran, plus cruel que lui*. Le due Philippe fit exhumer le corp-.de son père, Jean, le lit embaumer, envelopper dans des cuirs de bœuf bien tannes, ordonna la célébration d'un service dans l'église Notre-Dame de Moutereau ; et ce corps liiinsporté, sous bonne escorte, à Dijon fut enterré dans l'égide des Chartreux de cette ville.

t. 'est bien certainement à cette époque qu'on plaça sur le pavé du pont et sur une pierre exhaussée, le quatrain suivant:

L'an mil quatre rent dix-neuf, Sur un p»m agencé de oeuf; Fut meurtri Jean de Bourgogne, A Moutereau où faut Yonne •

En 1438, au mois d'août, le même dauphin, devenu roi de France sous le nom de Charles VII, vint assiéger avec des forces considérables Moutereau, dont lo château était occupé par des troupe* du roi d'Angleterre. Après six semaines de siège, cette ville fut prise et mise au pillage ; ceux qui tenaient le château furent presque tous pondus.

Pendant les guerres civiles du a vi* siècle, Montcreau eut sa part des malheurs publics. Au mois de décembre lôtiî, le duc d'Anjou chassa de celte ville les troupes du prince de Coude, qui se rendaient au-devant des cirangers appelés Ueislr. s.

Moutereau. en 1587, embrassa le parti des ligueurs; il fut repris deux ans après, en 1589, par le duc d'Epcrnon, qui y mil garni-on; mais bientôt le duc de Mayenne se présenta, et s'empara, pour la Ligue, de celte ville mal fortifiée. I.e M avril lô'JO, les troupes de tleuri IV assiégèrent Moutereau et le prirent dans une journée. Le lendemaiu, ce roi y fit son entrée, y séjourna jusqu'au 18 avril, et en partit pour se reudre à Bray.

Après avoir souffert tous les maux des guerres des xiv\ xv' et xvi« siècles, les habitants de Monlereau jouissaient des douceurs de la paix , lorsqu'en 1814 presque toutes les puissances de l'Europe, réunies contre l'empereur Napoléon, envahirent la France. L'Empereur défendait pied à pied le territoire français

I ■toeirti pose aertlr à ttfftoir* du nevrlre de j«an-a*i)i-P«ar, doc de ■oartogne. Jrurnal i' Pnrit, p. (I ralvanM. t Jturnat dé roriâ, ». 70.

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avec des succès mêlés de revers. Le 17 février il battit lr* ennemis à Guignes; le i*. il »c rendit a Montcreau, ovupép.ir les Wurtcmbergeois, et se logea au château de Survllle, situé près le bord d'un plateau très-élevé, d'où I on domine la ville, le cours de la Seine, celui de l'Yonne, leur confluent et un vaste horizon. Bientôt plusieurs batteries établies sur cflte hauteur et * ml-cftte foudrovent la ville et les troupes étrangères, les poursuivent et les écrasent. Ces troupes, ne pouvant soutenir une attaque aussi terrible, cherchent leur salut dans lu fuite, et se rénandant dans les campagnes qui séparent la Seinr de l'Yonne, pillent, incendient les villages qu'elles traversent, et laissent partout d'aff eu<es traces de leur passage. Elles détruisirent par le feu plusieurs maisons à Marolles, à la" Tombe-sur- Seine, etc., et se livrèrent dans leur rage a tous les excès. Malheur aux campagnes que parcourt une armée en déroute!

Cotte bataille causa peu de dommage à la ville de Moutereau. si ce n'est que les Wurlembergeois, avant de se retirer, coupèrent une arche à chacun des deux ponts: ce qui sauva ces étrangers d'un mine totale. Les environs de Montcreau restèrent jonchés de cadavres.

En 1 8 1 ô, les mêmes puissances ayant fait une seconde invasion en France, Monlereau ne fut m attaqué, ni détendu ; mai» six mille Bavarois v inrent camper dans la prairie située auprès de celte ville, sur la rive gauche de l'Yonne. Ces étrangers, en plein jour, et quoique toute hostilité eût cessé, pillèrent plusieurs maisons dans le faubourg situé au-dessous de Surville, prirent quelques montres à des habitants, et- arrachèrent des bijoux, même des mouchoirs, du cou des femmes.

Monlereau, que traverse une des grandes routes de Paris à Lyon, et où deux rivières navigables, la Seine et l'Y'onne, viennent aboutir et confondre leurs eaux, doit à ces circonstances ce qu'il a de plus agréable et de plus animé. Vu des hau'eurs de Snrville, sur le flanc desquelles cstélabhela mute de Paris, le tableau est admirable. Il offre la réunion de tous les objets qui contribuent a la richesse et à la beauté d un pav sage. Le passage fréquent des bateaux et coches sur l'une et l'autre rivière, et des nombreuses voilures sur la grande roUe, donne la vie à ce tableau. Les deux arches coupées parles Wurlembergeois, l'une sur le pont de Seine, l'autre sur le pont de l'Yonne, d'abord réparées en charpente, l'ont été récemment en maçonnerie.

Après avoir passé le pont Lyonne, on entre dans la ville par une grande rue servant à la route et bordée de maisons asx't bien bâties. A gauche est l'église collégiale de Notre-Dame, on fut, pen Innt environ un an, enterré Jean-san's-Peur, duc de Bourgogne. A la voûte de cette église est suspend ue Cépée de ce duc, ou, suivant quelques personnes, un simulacre de «lie épée. On prétend qu'un amateur d'armes anciennes la fit enlever et y substitua uue épée de bois : c'est ce dont il est permis de douter, et ce qui est difficile à vérifier.

Le marché est situé dans une place assex vaste, sur la droite de la grande rue ; il s'y fait un commerce considérable, surtout en bestiaux et en prains qu'où transporte sur la Seine à Pan». Le un rché qui »c tient le samedi de chaque semaine est un des plus fréquentés des villes voisines.

Montcreau est du département de ScIne-ct-Marne, de l'arrondissement do Fontainebleau , il *'y trouve un tribunal de commerce, un inspecteur général de la navigation, etc. Sous Louis XV, on comptait dans cette ville 1.590 habitant»; aujourd'hui, sa population est évaluée a 3,94» âmes.

WEVVIÈMI! PARTIE.

ROUTE DE FOHTAJNEIlEaU.

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