CARACTÈRE, USAGES, RELIGION, MOEURS
Sans examiner comment l'Amérique a été peuplée , question qui peut ami1ser les savants curieux de recherches, mais qui paraît oiseuse aux philos0plies, observons avec Champlain, I'Escarbot, La Ilonlan et La Potherie, i('s mœurs de ses habitants; et joignons aux lumières qu'ils avaient acquises dmlS un séjour passager les connaissances plus réfléchies de deux missionnaire qui ont Tait pendanl trente ans leur étude du même objet : ce sont LatiU»1 el Cliarlevoix.
On se représentait anciennement les habitants des terres inconnues corn"113 une espèce de monstres, nus, couverts de poil, vivant dans les bois sanssO" ciélé, comme des ours , el qui n'avaient avec l'homme qu'une ressemblant imparfaite. On s'en formait cette idée à Carthago, au retour du fameux voyais6 d'Hannon. Ce général , ayant reçu la commission de chercher de nouvelles wr' res en rangeant les côtes d'Afrique, rapporta de son expédition des peau* &* velues, qui étaient apparemment celles de deux singes femelles de cette cS' pèce qui approche le plus de l'homme par la taille et la figure, tels qu'on elt voit encore dans l'île de Bornéo , et les fit passer pour des peaux de fennlieS sauvages, qui furent placées, comme une rareté singulière , dans le temple l'e Venus. Il paraît même qu'en France on n'était pas revenu de cette prévenu0" sous le règne de Charles VI ; cependant elle était d'autant plus éloignée <iL' ,:! vérité, que les sauvages, à l'exception des cheveux et des sourcils, que <P®' qiies uns même s'arrachent soigneusement , n'ont pas un poil sur le corps, e que, s'il leur en vient à quelque partie , ils se bâtent d'en Ôter jusqu'à la racin1"" On lit dans toutes les relations que , lorsqu'ils voyaient des Européens pour : première fois, leur plus forte admiration tombait toujours sur les gratta barbes qu'on portait alors en Europe, et qu'ensuite ils en riaient coi»^ d'une étrange difformité. Mais les Eslùmaux et deux ou trois nations de inérique méridionale ont naturellement de la barbe. En général, tous c ' Américains dont il est ici question naissent blancs comme nous; leur i'ut'1 '
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— 411 fe huiles et les sucs d'herbes dont ils se graissent, le soleil et le grand „,, Rangent leur couleur à mesure qu'ils avancent eu âge ; mais d'ailleurs Us ™ » seedeot en rien pour les qualités du corps, et sur plusieurs point "
* au, a lanô.re, b,en faits, bien proportionnés, d'une complexe saine
1«, adroit», robustes, ns vivraient très long-temps s'ils apportaient plus de
* a m nager leurs forces; mais ils les ruinent par des mareb s f rrfcS e
h os abstinences outrées, suivies d'une intempérance excessive. LWe-
, meste présent des Européens , pour laquelle ils ont „„„ passion qui *
qui la fureur, e, qu'ils ne boivent quo pour s'enivrer, a comme achevé1
Pjr perte, ou du moins elle n'a pas peu contribué au dépérissement d'une
Ne de nations q„, sont aujourd'hui réduites à la vingtième partie de ce
tu elles «aient au commencement du dernier siéclo
Bans les pays qui tirent vers le sud , ils ne gardent aucune mesure dans le Wce des femmes, qui sontaussi d'une lasciveté sans bornes. Do là*
fc où tt ■ qni s'est rtpandue même i— >- -*- -p. ™
onales. On sa,t parle témoignage te missionnaires que les Iroquois étaient £« chastes avant qu'ils fussent en liaison avec les tffinois „ dLres P ! *s voisins de la Louisiane; mais en les fréquentant, ils ont appris à les imi- *■ La mollesse et la lubricité vont à l'excès dans ces cantons méridionaux » y voit des hommes qui ne rougissent point d'être habituellement velus en «mes , et de s'assujettir à toutes les occupations de co sexe; usage venu -ot. , d'un principe de religion , mais qui a vraisemblablement sa naissance » la dépravation du coeur. Ces efféminés ne se marient point , et s'abandon- «m aux plus infâmes passions. On ajoute néanmoins que, dans leurs nation, E ' ', S° S°"ïcra,7,ent °>éPri*- D'nn autre coté, les femmes, J ,..e dune complexe forte, sont peu fécondes. Outre plusieurs raisons ' « îue I «âge de nourrir les enfants de leur lai. jusqu'à l'âge de six ou sep S de ne point Habiter avec leurs maris dans cet intervalle , et de n'en re noms ardentes au travail, on attribue surtout leur stérilité à l'infâme ""ne qui permet aux filles de se prostituer avant leur maria™ « Parait certain à Charlcvoix que les sauvages de la Nouvelle-France on, Mas avantages sur nous. Il compte, dit-il, pour le premier, la peZ ln ; ' leurs sens. Maigre a neige qui les éblouit, et la fumée qui les ,o,n-
M, ' ■*"" SK ""J'S "e la"ne6> lmlr ™e '«-' ^"Ifaiblit point; ils ont l'ouïe
, ' ;"';in.'"t subtile, et l'odorat si lin, qu'ils seule,,, |e fa, |o,,g-len,ps avant
•TOir pu découvrir. C'est à cette raison sans doute qu'il faut attribuer leur
"™i pour I odeur du muse et pour toute, ies odeurs fort* ; „„ prétend
qu ils ne trouvait d'agréable que celle des choses comestibles, Leur
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iMuTir
mémoire tient du prodige : il leur suffît d'avoir une fois passé dans un lieu pour en conserver une idée juste qui ne s'efface jamais. Ils traversent les for» les plus vastes et les plus sauvages sans s'égarer, lorsqu'en y entrant ils se sont bien orientés. Les habitants de l'Acadic et des environs du golfe Sainl- Laurent s'embarquent souvent dans leurs canots d'écorce, et passent à la terre de Labrador pour chercher les Esquimaux et leur faire la guerre : të font en pleine mer trente et quarante lieues sans boussole , et vont aborder exactement à l'endroit où ils se sont proposé de prendre terre. Dans les jours les plus obscurs , ils suivent le soleil sans se tromper ; on ajouto même que les enfants qui ne sont jamais sortis de leur habitation marchent avec autant de certitude que les voyageurs.
Ils ont de l'imagination , et tous leurs discours s'en ressentent ; ils ont la repartie prompte et même ingénieuse, et l'on en cite un exemple. Un Otouais, mauvais chrétien et grand ivrogne, à qui l'on demanda de quoi il croyait que fût composée l'eau-de-vie, dont il était si friand , répondit que ce devait êra * un extrait de langues et de cœurs : car, ajouta-t-il, quand j'en ai bu, je !§ crains rien et je parle à merveille. « Leurs harangues sont remplies de' traiis heureux. On attribue à leur éloquence ceLte force, ce naturel, ce palhétîgt* que l'art ne donne point, et que les Grecs admiraient quelquefois dans m barbares; quoiqu'elle ne soit pas soutenue par l'action , qu'ils ne gesticule»1 point et qu'ils n'élèvent point la voix, on sent qu'ils sont pénétrés de ce qu'Us disent ; ils persuadent.
On aurait peine à se figurer combien de sujets ils traitent dans leurs cottî seils, avec quel ordre et dans quel détail. Quelquefois ils se servent de petits bâtons pour se rappeler divers articles; mais alors ils parlent quatre nu àwl heures de suite; ils étalent vingt présents, dont chacun demande un discou» entier; ils n'oublient rien, et jamais on ne les voit hésiter. Leur narration est nette et précise; ils emploient beaucoup d'allégories et d'autres figures, nia'3 vives, avec tous les agréments qui conviennent à leur langue. La plupart ont le jugement droit, et vont d'abord au but, sans jamais s'écarter ou prends le change ; ils conçoivent aisément tout ce qui ne passe point leur portée. Ce* pendant on ajoute que, pour les former aux arts, dont ils n'ont pas encore eu l'idée, il faudrait un long travail, d'autant plus qu'ils méprisent beaucoup tout ce qui ne leur est pas nécessaire. Il ne serait pas aisé non plus de ^ rendre capables de contrainte et d'application aux choses purement intelle** luelles, dont on aurait peine à leur faire sentir l'utilité ; maïs pour tout efl qui les intéresse ils ne négligent ni ne précipitent rien. Autant ils apportent de flegme et de circonspection à prendre leur parti, autant ils mettenl d';tl" (leur dans l'exécution. Enfin la plupart ont une noblesse et une égalité d'âffl0
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t-ZT* ï"s co°"""nes a El,rope • a,ec tous les seœure <p'°" y i»i
Cl" ';t,,,g'"",Cl "0 ,a P"i,0SOpl,i°- Les dis8rte '« Pi™ ^ites no rù M- même d'aMération sur leur visage. Lcur c„„slanP ^ ,K ^ ^
p «de™ <!,= t„„,e expression , et parai, commune aux deux se.es toe ne femme sera des jours entiers dans le travail de l'enfantement sTs jet" <■>''• U. moindre, marques de faiblesse la feraient juger i, d L„7d e
* e parée qu'on ne ,a eroirait capable de produire que dS lâchïon w , dans essupphees qui sont le fruit de leurs guerres, des prisonnlr d
!> , , , 6M S0'"rre"t Pe"lta' P','sieurs «eûres, et, uenTuefot
I . us,e„rs jours , ce que le feu a de plus cuisant, et fouiVque"
"• Ineese ureur peu. mventer, sans qu'il leur échappe même un
pu . Au mmeu de ces tourments , leur occupation est d'irriter leurs bour-
C 7 ,eS raJl,reS e' *" raproChCS- Qud(I"e explication ^ 0n Veûie
fc é fe 'nSenS,bUUé' * SUPP°S0 — «— ™ extrême Zr ™ i
Cm Va(,T S y eXerCCnt l0UlC '™r *■ e' "= ™nque„t point d-,
«ï e n ir !n,famS * râ»"e 'e plus tendre. On voit des petits garçon
l habitude du travail leur donne une autre facilité à supporter la douleur- ■ omt d hommes au monde qui se ménagent moins dans leurs v„,ages
Uns eurs chasses ; ma,s ce qui prouve que leur constance est l'effet d'un Co n o1"^0' ° "*' r"'S "C ''°nl PaS '°»S au ml>™ degré. 0» ne s'éton- Cl ' T '",e ,e S' ferme' ilS S0ient inlréPite "a«s !e <l=nser, et fc« PreUm n'- C"a*™i«'«>*»t qu'ds s'exposent legmo„s %oi,», ' parCe,lu'ls ont mislou'' «'«ira. dit-il, à n'acheter jamais la
Cm! Z 25 leiire °a,ions étanl pc" "°mbreus<*. ils "«' P»
Ce^:r;„ep,:i*r:r;mais i,s sebaitote» "-•*" ~*ï-
Çe qui cause beaucoup d'étonnement dans une race d'hommes dont l'eue. 11 S ;"ZClrdVa **"?' C'œldCleUr ™-„,eeuxuned„u^ C 0„ "aZ ° P°ml "a"S '° Peu>"e des "ali°»* >«■ Pi™ civi-
^ manières TnsT """"» '" "? ^t"* " S™ faSle «- «£» *™ C "ï ' leUrS f'™8' el '"s1ue da°s la P'npan de leurs amuse- <rds n , T P°Ur le"K éSa"X- e' "> ^ ^s jeunes gens pour les *»« eÎs " " rarC qU° de ™ir "ai're emre ^ ""S querelles, c. ja-
V ,'■ , , st"" ac™"Pa8nees d'expressions indécentes, ni de ces jurent ,. '.' ",eraC° EUr°Pe- "" d" leurs Pri"eipes, celui même dont ils «etlem! a,oux.esl qu'un homme ne doit rien à un autre homme, et de "«une ils concluent qu'il ne faut pas faire tort à ceux dont on n'a pas
mi iiii|iiii|iiii|in iiii|iin m m
reçu d'offense. Malheureusement ce principe ne s'étend qu'à leur nation, cl Qi les empêche point d'attaquer des peuples dont ils n'ont à faire aucune plainte. ou de pousser trop loin la vengeance.
Ces hommes, qui nous paraissent si méprisables au premier coup d'teil. sont les plus arrogants de tous les mortels, et ceux qui s'estiment le plus; ils sont esclaves du respect humain, légers, inconstants, soupçonneux î l'égard des Européens , traîtres lorsqu'il est question de leur intérêt , dissimulés et vindicatifs â l'excès. La vengeance est une passion que le temps ne ralentit point dans leur âme ; c'est le plus cher héritage qu'ils laissent à leurs enfants; il passe de génération en génération , jusqu'à ce que la race offettfj trouve l'occasion d'assouvir sa haine. Le soin qu'ils prennent des orpheliaÉ des veuves et des infirmes, l'hospitalité qu'ils exercent d'une manière ad»''' rahle, ne sont pour eux qu'une suite de la persuasion où ils sont que tout dJ être commun entre les hommes. Les pères et les mères ont pour leurs enfaw
une tendresse qui va jusqu'à la faiblesse, mais qui est, dit-on, purt I
animale. Les enfants , de leur côté , ne montrent aucune affection pour leutf parents , et les traitent quelquefois avec indignité. Entre plusieurs exeropl* on raconte qu'un Iroquois, qui avait servi quelque temps dans nos troupe en qualité d'officier, rencontra son père dans un combat, et Fallait part* lorsque le pèrese fit reconnaître. Il s'arrêta et lui dit : i Tu m'as donné U* fois la vie; je le la donne à mon tour; mais ne te retrouve pas uni' aU* fois sous ma main , car je suis quitte de ce que je le devais. «
Chacun se fait un amî à peu près du même âge , auquel il s'attache, et il'1' s'attache à lui par des nœuds indissolubles. Deuv hommes une lois ufli*^ leur manière doivent tout entreprendre et tout risquer pour s'aider el se <** eourir mutuellement; la mort môme, dans leurs idées, ne les sépare 'I1'1' pour un temps; Us comptent se rejoindre dans un aulre monde, pour "c^ plus quitter, el sont persuadés qu'ils auront toujours besoin l'un de l'an»1 Un sauvage menacé de l'enfer par un missionnaire lui demanda s'il cro^1 que son ami, mort depuis peu, fût dans ce lieu de supplices: le missiotiii*1' répondit qu'il espérait que le Ciel lui aurait fait grâce , Je veux donc allei'1"1 ciel-, reprit le sauvage; et ce motif l'engagea à mener une vie cl.réM^i.t'1'*1" assure même que, lorsqu'ils sont en différents lieux , ils s'invoquenl aiuW lenient; ce qui doit être entendu, comme on le verra bientôt, des génies W" télaires qu'ils s'attribuent. Quelques uns prétendent qu'il se glisse un <&* désordre dans ces associations, comme autrefois dans celles des Grecs ; mai* |,!i ne le croit pas en général.
Lafitau condamne ceux qui ont prétendu que la couleur des peuple * l'Amérique septentrionale faisait une troisième espèce BOlro les blancs et 'l*
"Mrs. « Ils sonl, dit-il, fort basanés, et d'un rouge sale fort obscur ; et) qui «t plus sensible encore dans la Floride, dont la Louisiane fait partie. Mais «te couleur n'est rien moins que naturelle; elle Tient do fréquentes frictions «ont ils font usage, et l'on devrait même s'élonner qu'étant sans cesse exposes » la famée en hiver, aux plus grandes ardeurs du soleil en été, et , dans tontes les saisons, aux intempéries de l'air, ils ne soient pas encore plus noirs. 'I est moins facile d'expliquer d'où vient qu'à l'exception des cheveux, qu'ils "M lotis forl noirs, des cils et des sourcils, que quelques uns même s'arrachen t, «s n'ont pas un poil sur tout le corps , et presque tous les Américains se ressemblent sur ce point. Ce qu'il j a de plus étonnant, c'est que leurs enfants naissent avec un poil rare, assez long, qui disparaît dans l'espace de huit Jours. On voit aussi quelques poils au menton des vieillards, comme il arrive e1 Europe aux femmes d'un certain âge. »
Quoique les observations précédentes conviennent à la plus grande partie fe nations sauvages , on y remarque néanmoins plusieurs dill'érenecs ; et "'est ici le lieu do rassembler les connaissances qu'on doit aux voyageurs sur «s divers peuples qui habitent cette partie du continent.
En commençant par le nord , les Eskimaux , dont on a déjà parlé , sont les Seuls habitants connus de cette vaste contrée qui est entre le neuve Saint- Laurent , le Canada et la mer du Nord. On en a même trouvé assez loin , en ^montant la rivière de Bourbon , qui descend de l'ouest dans la baie d'Huds°n. L'origine de leur nom n'est pas certaine ; mais on prétend qu'il signifie Wnjettrs de viande crue ; et réellement, de tous les Américans , on ne conhaît qu'eux qui mangent de la chair crue , quoiqu'ils aient aussi l'usage delà aire cuire ou sécher au soleil. 11 n'y en a point qui remplissent mieux la préfère idée qu'on s'est formée des sauvages en Europe. On a déjà remarqué 1«e c'est presque le seul peuple de l'Amérique qui ait de la barbe : les Eski- «■aux en ont jusqu'aux yeux , et si épaisse , qu'on a peine à distinguer les 'ails de leur visage. Ils ont d'ailleurs quelque chose d'affreux dans l'air, '"petits yeux effarés, des dents larges et très sales, les cheveux ordiuaireent noirs , quelquefois blonds , et tout l'extérieur fort brut ; leurs mœurs et "tr caractère ne démentent point cette physionomie. Le peu de ressemblance de commerce qu'ils ont avec leurs plus proches voisins ne laisse aucun °ute qu'ils n'aient une origine différente de celle des autres Américains. En remontant au nord de la baie, on trouve deux rivières, dont la pre- 'ore se nomme la rivière Danoise, et la seconde, du Loup-Marin. Leurs °''ds sonl habités par des sauvages auxquels on donne le nom bizarre de "'* estes de chiens, sans qu'on en connaisse l'origine. Ces barbares sont "veid en guerre avec les Savannois ; hiùis ni les un» ni les autres ne traitent
leurs prisonniers avec celte cruauté qui est en usage chez les Canadiens ; & se contentent de les retenir esclaves. On sait, de leurs usages , que les Olles ne se marient, parmi eux, qu'au gré de leurs pères; que le gendre est obUjfi do demeurer chez le père de sa femme, et de lui être soumis jusqu'à ce qu'il lui naisse des enfants ; que les garçons quittent de bonne heure la maison paternelle; que les corps des morts sont brûlés, et leurs cendres enterrées dans une écorce d'arbre ; qu'on dresse , avec des perches , une espèce de nie nument sur la tombe , et qu'on y attache du tabac, avec l'arc et les flèches Jj mort. Les mères pleurent leurs enfants pendant vingt jours, et l'on (ait 49 présents au père, qui y répond par un grand festin. La guerre est moins e» honneur chez eux que la chasse ; mais , pour obtenir le titre de bon chasse» il faut avoir commencé par un jeûne de trois jours, et s'être barbouillé $ noir pendant le même temps. Après celte épreuve, le novice offre à la divin! du pays un morceau de chacune des bêtes qui se prennent ordinairement à ! chasse : c'est ordinairement la langue et le muffle. Ses parents n'y touche»1 point ; mais il en peut traiter ses amis et les étrangers. Au reste, ces sauV' ges sont d'un parfait désintéressement et d'une fidélité à toute épreuve; ils & peuvent souffrir le mensonge, et la fourberie leur est en horreur. Ou ne coë naît qu'imparfaitement ces peuples septentrionaux, parce qu'on n'a jantf? eu avec eux de commerce bien réglé.
Au midi delà baie d'Hudson se trouvent les Sioux et les Assiniboils. C# Américains habitent dans de grandes prairies , sous des tentes de peau for' bien travaillées ; ils vivent de folle-avoine , qui croit en abondance dans \&^ marais, et de chasse, surtout de celle d'une espèce de bœufs couverts de I* ne, qui se rassemblent par milliers dans leurs terres; mais ils n'ont pointa demeure lixe ; ils voyagent en troupes , à la manière des Tartares , et ne s'a1" rètenl qu'autant que l'abondance des vivres les retient.
Le nom de Sioux, que les Français donnent aux premiers, n'est que1* deux dernières syllablcs de celui de JSadouessioux, qu'ils portent entra* sauvages; quelques autres les nomment Naduassis. C'est la plus nombre^ nation du Canada; eue était paisible et peu aguerrie avant que les OtaotH* et les Hurons se fussent réfugiés dans le pays qu'ils occupent , pour se gara11' tir de la fureur des Iroquois. Les Sioux entretiennent plusieurs femmes , cl ils ont des châtiments sévères pour celles qui manquent à la fidélité conjug^' ils leurs coupent le bout du nez ; ils leur cernent eu rond une partie de la **** et l'arrachent.
Ceux qui se vantent d'avoir vu des Assiniboils , et Jérémie, qui parle d'cl1* sur différents témoignages, racontent que ces peuples sont grands , robuste agiles , endurcis au froid et à toutes sortes do fatigues ; qu'ils se piquent d^"s
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outcs les parties du corps , et qu'Us y tracent des figures de serpents et d'nu- «s animaux; enfin qu'ils entreprennent de grands voyages. Tous ces traits « distinguent peu des autres nations du mémo pa js ; mais ils sont mieux ca- «clérisés par leur Begme, surtout en comparaison dos Cristinaux , avec les- '!"* ils sont en commerce, et qui sont dune vivacité extraordinaire : on les l"" Sll"s œsse dansant et chantant, et, dans leurs discours, ils out une vo- "nilité de langue qu'on n'a remarquée dans aucune autre nation.
Gouvernement. Noms et tîlros. Autorité dos fi
i. Orateurs.
Presque tous les peuples .le celle partie du continent ont une sorte de gou-
",'"1, «aristocratique, dont la (orme est extrêmement variée. En général,
Boiqtie chaque bourgade ail un chef indépendant, il ne se conclut rien dïm- «Wanl que par l'avis des anciens. Vers l'Acadie, les Sagamos étaient plus *ol„s. Loin d'être obligés, comme les chefs de la plupart des autres can-
I "s ' aire cIcs «oéralités à leurs sujets , ils en tiraient une espèce de tri-
Pl. et ne mettaient point leur grandeur à ne se rien réserver ; mais il semble
l»e la dispersion de ces Acadiens , et peut-être aussi leur commerce avec les
«Mopéens , ont apporté beaucoup de changement à leur ancienne manière de
^S'Hiverner.
Plusieurs nations ont dans leur principale bourgade trois familles principa-
!. qu'on croit aussi anciennes que l'origine même de la nation. Ces familles
ces tribus ont une même souche ; mais l'une des trois est regardée néan-
Ouis comme la première, et jouit d'une sorte de prééminence sur les deux
,'ù'cs , „ù l'on traite de frères les particuliers de cette tribu , au lieu qu'entre
g » M ne se traite que de cousins. Elles sont mêlées toutes trois , sans être
'fendues. Chacune a son chef séparé, et dans les affaires qui intéressent
« la nation , ces chefs se réunissent pour on délibérer. Chaque tribu porte
on, d'un animal, et la nation entière a aussi le sien , dont elle prend le
.' <;l d°nt la figure est sa marque : c'est ce que La Hontan nomme /,. ,„■-
us îles sauvages. On ne signe les traités qu'en traçant les ligures do ces
NnrT' aUSS' long-U!ml:'s du "«lins que des raisons particulières n'obligent
Su ' s"1>slil"m Vautres. Ainsi la nation huronne est la nation du porc,
. ki première tribu porte le nom de l'ours, ou , suivant quelque» antres
l0|'»"iis, celui d„ chevreuil. La seconde et la troisième tribu ont pris pour
animaux le loup et la tortue. Enfin, chaque bourgade ayant le même
ls c'est apparemment cette variété qui a causé quelques différences dans
Wions. D'ailleurs il faut observer qu'outre ces distinctions de tribus i
«Ho
— ,1., wuu-c lxs insiiiii-tujii» uu inmo ii
«JMes par les animaux , il y en a d'autres qui ont leur fondement dan
quelque usage ou dans quelque événement particulier. Les lierons Tonnfl talés, qui sont tle la première tribu, s'appellent ordinairement la nation  Pélun , et Charlevoix cite néanmoins un trait où ees sauvages , qui étaie»1 alors à Michillimakimac , ont mis pour leur marque la figure d'un castor. Bj nation iroquoisc a les mêmes animaux que la huronne, dont quelques uns " croient une colonie, avec cette différence que la famille de la tortue y esl (li' visée en deux , qu'on nomme la grande et la petite tortue. Le chef (le clufl famille en porte le nom, et dans les actions publiques on ne lui en doffl point d'autre. Il en est de même du chef de la nation et de celui do chaque 4 lage. Mais avec ce nom, qui n'est que de cérémonie, ils en ont un autre ffl les distingue plus particulièrement , et qui est comme un titre de dignité , "' que fa plus noble, le plus ancien , etc. Enfin , ils on ont un troisième qui le* esl personnel. Cependant il parait que cet usage n'est que dans les muions »" la qualité de chef est héréditaire.
Ces impositions de litres se font toujours avec de grandes formalités. W nouveau chef, ou, s'il est trop jeune, celui qui le représente , doit faire»11 festin et des présents, prononcer l'éloge de son prédécesseur et chanter11 chanson. Il se trouve néanmoins des noms personnels si célèbres et si respe* lés, que personne n'ose les prendre après la mort do ceux qui les oui mis '" honneur, ou qu'ils sont du moins fort long-temps sans être renouvelés. 0 prendre un de cette distinction, c'est ce qu'on appelle ressusciter celui qu'1'' portaiu.Dans le nord , et partout où régne la langue algonquine , la dignité & chef est élective ; mais toute la cérémonie de l'élection et de l'installation * réduit à des festins accompagnés de danses et de chants. Le chef élu ne m11"' que point de (aire le panégyrique de celui dont il prend la place, et .1 in'"' quer sou génie. Parmi les lierons , où celle dignité est héréditaire , la sue"'*' sion se continue par les femmes; de sorte qu'après la mon du chef, * n'esl pas son Bis qui lui succède, mais le fils de sa sœur, ou, à son dé»* sou plus proche parent en ligne femelle. Si toute une branche vient à s'é«'r
dre, la plus noble matrone do la tribu
ou de la milieu esl mailressr
choix. On veut un âge mùr, et si le chef héréditaire n'y esl pas encore par1* , ou lui donne un régent qui a loule l'autorité, mais qui l'exerce sol» '
nom du mineur. Ces chefs no soin pas toujours Ibrt respectés , et s'ils se
10»' ■N;i, o'osl qu'ils savent quelles bornes ils doivent donner à leurs ordres. * pmposciil plutôt qu'ils ue commandent : ainsi c'est la raison publique 'I'" gouverne.
i Nuque feuille a droit de se choisir un conseiller cl nu assislanl du ** u.ui doil veiller a ses mlerèls, el sans l'avis duquel il n'entreprend rien- ,:" conseillers oui l'inspection du trésor publie. Leur réception se fait da«* ""
conseil général : m.-iFs on n'a» donne point avis ans alliés, comme on le li.it '"'■■ élections des chefs. Dans les nations hnronues, ce smll lcB fcm„„,s ; gomment les conseille», et souvent elles choisissent des personnes do leur P». Ce corps de eonseillers lient le premier rang-, celui des anciens, c'est- Mire do tous ce..*. ql,i o.iiattcint l'âge de maturité, tient fe second rasa ■ et » donner, qui comprend tous les homme, m étal de porter |„s iln,les° ,sl
'"'des guerrière, "sont souvent à leur tête le cher de la nation ou celui de
bourgade; mais il doit s'être distingué par quelque action do valeur sans
pi, .1 sert entre les subalternes, car il n'j a point de grades dans la milice
'■'; sou. âges. Quoiqu'un grand parti puisse avoir plusieurs chefs , parée ■> on donne ce litre à tous ceux qui ont déjà commandé, lous les guerriers
™ sont pas moins soumis au commandant désigna, espèce de général sans «Kactere et sans autorité réelle , qui ue pool récompenser ni punir une s, a "Mais peu™, quitter quand il leur plaît, et qui néanmoins nVsl.uvva.'. "mais contredit. Los qualités qu'on demande dans un chef étui le bonheur
bravoure et le desinlcvssoiuoul , celui qui les réunit peul compter sur "o parlailo obéissance, quoique toujours libre et volontaire
Les f, iuu.es ont la principale autorité cm* lou, les peuples ,1e la la „e
[Bonne , à l'exception du canton iroauors d'Onueyout, où elle est alterna-
P v Ie» ieu» «'»«; mais les hommes n'en laissent que l'ombre auv
("nuues, et rarement ils leur communiquent une alliiire importante, quoim toul se fasse en leur nom, et que les chefs ne soient que leurs licuténajl POS les .maires de simple police, elles délihèroul les premières sur ce qui Pîroposé au conseil, etleur a?is est rapporté par lachefe au conseil géné- P. qui esl composé des anciens. Las guerriers eousulleut entre eux sur toul p qui apparlienl è leur ordre; mais .[s ne pouvent rien conclure d'important . ""' I" nation ou la bourgade. Eu .... mol, c'est le conseil des anciens qui qC eu dernière instance.
Chaque tribu a son orateur dans chaque bourgade, et ces orateur*, l,s
>>■ qui aient droit de parler dans les conseils publics et dans les assemblées W ™« . Pilent toujours bien. Outra celle éloquence naturelle qu, . P ' ■•»■■' 'ons leur accordent, ils ont une connaissance admirable des iul, son
"ov qui les emploient, avec une merveilleuse habileté a les raire valoir. |("» quelques occasions, les femmes ont un oraleorqui parle en leur nom. j"l surprenant que ces peuples, ne possédant presque jamais rien , et j gani point l'ambition de s'étendre, puissent avoir ensemble quelque ohoso » Braêler ; cependant on assure qu'ils négocient sans cesse : ce sont des Irai- ««s M?nclura ou !'' renouveler, des offres de service, descivililes réciproques,
'dl.ai.ccs qu'on ménage , des invitations à la guerre, ou des compliments
Ilf
sur la mort d'un cher. Toutes ces affaires se traitent avec une dignité , une attention , et l'on ajoute même avec une capacité dignes des plus grands objeg Souvent les députés ont des instructions secrètes , et le motif apparent de leur commission n'est qu'un voile qui en cache de plus sérieux.
La nation du Canada qui semble y tenir le premier rang depuis deux siècles est l'iroqnoise. Ses succès militaires lui ont donné sur la plupart des aU' très une supériorité qu'elles ne sont plus en état de lui disputer. Mais rien n'-' plus contribué à la rendre formidable que l'avantage de sa situation. Cofflfl elle se trouvait placée entre les établissements de la France et de l'Anglelern'i elle a compris , dès leur origine, que les deux colonies seraient intéressées [l la ménager ; et jugeant aussi que , si l'une des deux prévalait sur l'autre , # en serait bientôt opprimée, elle a trouvé fort long-temps l'art de balanc| leurs succès. S'il est vrai , comme Gharlevoix l'assure , que toutes ses for» réunies n'ont jamais monté qu'à cinq ou six mille combattants , de quelle f bileté n'a-t-elle pas eu besoin pour y suppléer ?
Dans l'intérieur des bourgades , les aflaires des sauvages se réduisent pr» qu'à rien , et ne sont jamais difficiles à terminer. 11 ne parait pas môme qu* les attirent l'attention des chefs ; les conciliateurs sont ordinairement dos ai»6 communs , ou les plus proches voisins. Ceux qui jouissent de quelque ct0 dans une nation ne sont occupés que du public. Une seule affaire , que!a"c légère qu'elle soit , est long-temps on délibération ; tout se traite avec bes»' coup de tîegmeet de lenteur, et rien ne se décide qu'après avoir entendu te"8 ceux qui veulent y prendre part. Si l'on a fait un présent à quelque anei* pour obtenir son suffrage, on en est sûr lorsque le présent est accepte^1' mais un sauvage ne viole un engagement de celte nature; mais il ne reÇ*' pas aisément ce qu'on lui offre, et l'usage est de ne pas recevoir des de11* mains. Les jeunes gens sont appelés do bonne heure à la connaissance des »'' faires ; ce qui avance beaucoup leur maturité , et leur inspire une émula*" qu'on ne cesse point d'entretenir.
On fait observer que le plus grand défaut de ce gouvernement est de n'a*" jamais eu de justice criminelle; mais on ajoute que, l'intérêt , principale se'"1" ce des désordres qui peuvent troubler la société , n'étant pas connu dans «* des sauvages , les crimes y sont rares. On leur reproche, avec plus de jus»* la manière dont ils élèvent leurs enfants. Us ne les châtient jamais : dans I'"1' fanée, ils disent qu'ils n'ont point encore de raison, et, dans un âge f** us les croient maîtres do leurs actions. Ces deux maximes sont 1»"^ parmi les sauvages jusqu'à se laisser maltraiter par des ivrognes
même oser se défendre , dans la crainte
du mal, disent-ils : ils ne savent ce qu'ils font ? . En un mol, ils sont
i les blesser. « Pourquoi leur
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Wimcus que l'homme est né libre, et que nulle puissance n'a droit «"attenter 11 «a liberté. Ils s'imaginent aussi qu'il est indigne d'un homme de se défendre «mire une femme nu contre un enfant : s'il y a quelque danger pour leur vie "s prennent le parti de la foire.
Un sauvage en tue-t-il un autre do sa raco : s'il était ivre, comme ils fei- Blent quelquefois de l'être pour satisfaire leur vengeance ou leur haine , on [contente de plaindre le mort; s'il était do sang-froid , on suppose facilement Jl'il ne s'est pas porte à cet excès sans raison. D'ailleurs, c'est aux sauvages F la même cabane à le châtier, parce qu'ils j sont seuls intéressés. Ils peu-
»t le condamner à mort ; mais on en voit peu d'exemples , et s'ils le font <-«l sans aucune forme de justice. Quelquefois un chef prend celle occasion j*>lirso défaire d'un mauvais sujet. On assassinai qui intéresserait plusieurs ca- "Bes aurait toujours dessuites fâcheuses , et souvent un crime de celle nature
" lis une nation entière en combustion. Alors le conseil des anciens emploie
«is ses soins à concilier les parties, et s'il y parvient, c'est ordinairement lé pu *c qui fait les démarches auprès de la famille offensée. La prompte punition du ""palile ('•teindrait tout d'un coup les ressentiments, et s'il tombe au pouvoir «parents du mort, ils sont maîtres de sa vie ; mais l'honneur de sa cabane f'sl i intéressé à ne le pas sacriBer, et souvent la bourgade ou la nation nejnge l*mt à propos de l'y contraindre. Un missionnaire qui avait long-temps vécu j|arnii les Murons raconte la manière dont ils punissent les assassins : ils étendu le corps mort sur des perches , au haut d'une cabane , et le meurtrier est 3cô pendant plusieurs jours immédiatement au dessous, pour recevoir tout qui découle du cadavre, non seulement sur lui , mais encore sur ses allais, à moins que, par un présent considérable , il n'obtienne des parents pses vivres en soient garantis. Mais l'usage le plus commun pour dédomjWger les parents du mort , est de le remplacer par un prisonnier de guerre. ^""lilif, s'il est adopté, entre dans tous les droits de celui dont il prend la
°n nomme quelques crimes odieux qui sont sur-le-chainp punis do mon , .' moins dans plusieurs nations : lois sont les maléfices. Il n'y a sarclé nulle *l pour ceux qui sont atteints du soupçon. On leur fait même subir une » do question pour leur faire nommer leurs complices, après quoi ils J"< condamnés au supplice des prisonniers de guerre ; mais on com- 0<s par demander le consentement de leurs familles , qui n'osent le refu- So • On assomme les moins criminels avant de les brûler. Ceux qui désbo-
^Wt leurs ramilles par une lâcheté reçoivent le même t rai t. ni , et c'est
t, "■•froment la famille même qui en fait justice. Chez les mirons, qui fort porlés au vol , et qui l'exercent avec beaucoup d'adresse, il est
permis non seulement de reprendre au voleur lout ce qu'il a dérobai mais encore d'enlever tout ce qu'on trouve dans sa cabane, jusqu'à le laissa nu, lui, sa femme et ses enfants, sans qu'ils puissent faire la moindre résistance.
Croyances el superstitions. Génies. Fètc des songes.
Dos sauvages qui n'ont pas de meilleures lois ont-ils une religion? Question difficile. On ne saurait dire qu'ils n'en aient point ; et comment définir colle qu'ils ont? II est certain , suivant tous les voyageurs, qu'ils ont l'id^ d'un premier être; mais c'est pour eux une idée bien vague. Ils s'aecQÏ dent généralement à le regarder comme le premier esprit, le maître et Ifl créateur du monde ; niais les pressc-t-on d'expliquer ce qu'ils entendent, <>n ne trouve plus que des imaginations bizarres et des fables mal conçues.
Presque toutes les nations algonquines ont donné le nom de Grand-Lu'vr1 au premier esprit. Quelques unes l'appellent Miehabou, d'antres AtahodÀ La plupart croient qu'étant porté sur les eaux avec toute sa cour, compow de quadrupèdes tels que lui, il forma la terre d'un grain de sable tiré « fond de l'océan, et les hommes, des corps morts des animaux. D'autre* parlent d'un dieu des eaux qui s'opposa aux dessins du Grand-Lièvre, ou q"i refusa du moins de le favoriser, lis nomment ce dieu le Grand-Tigre. Mais o" ol iserve qu'il ne se trouve point de vrais tigres dans cette partie du continent» et, par conséquent, que celle tradition doit être venue du dehors. Enfin, î's ont un troisième dieu , nommé Matcomek, qu'on invoque dans le cours $ l'hiver.
Los Hurons donnent le nom d'Are&koui au souverain être, et les Iroq»°'s celui H'Agresli-ouë : ils le regardent en même temps comme le dieu de 'a «uerre. Mais ils ne donnent point aux hommes la même origine que les A1* gonquins, et, ne remontant pas même jusqu'à la création , ils représente»1 d'abord six hommes dans le monde , sans savoir qui les y a placés. Un de <# hommes monta au ciel pour y chercher une femme nommée Atahentsie ■ **** laquelle il eut un commerce dont on s'aperçut bientôt. Le maître du ciel 'a précipita du haut rie son empire : elle fut reçue sur le dos d'une tortue; <"'* suite elle mit au monde deux enfants , dont l'un tua l'autre. Après cet évéi'^ ment, on ne parle plus des cinq autres hommes, ni même du mari d'AW* bentsic. Suivant quelques uns, elle n'eut qu'une fille, qui fut mère * ka et de Xahouitzaro». Le premier tua sou frère, et son aïeul se #" chargea sur lui du soin de gouverner le monde. Ils ajoutent qu'AtaheoW^ lune et Jouskoka le soleil; contradielion sensible, puisqu'on qi»U# (1°
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jfottid gfai», Arrskoui est souvent pris pour le soleil. Suivant les Iroquois WWfe Jouskoka ne passa point la troisième génération ; m, délum luvorscl delrtusil la race hntaine, et, p„„r repeupler la terre, il fallut ch»„ <" les Mb» en hommes. On remarque q„e cette notion d'un déluRe univer » «UH répandue parmi les Américains, mais qu'on ne saurait douter 11 "h déluge plus recent qui fut particulier à r Amérique.
Entre le premier être et d'autres dieux qu'ils confondent souvent avec lui
P ont une Inimité d'esprits subalternes ou de génies, bons et mauvais qui
>»l tous leur culte. Les Iroquois mettent àtanentslc à la tête des mauvais et
g»t Jouskeka chef des tans; quelquefois même ils le confondent avec le
«'eu qui précipita du ciel son aïeule pour s'être laissé séduire par un homme
"n ne s'adresse aux mauvais génies que pour les prier do no pas nuire ■ mais
»» suppose que les autres sont commis à la garde des hommes cl que cha
«m a le sien. Bans la langue huronne on les nomme OkUtik, et Manitous
«ans la langue algonquine. C'est à leur puissance bienfaisante qu'on a re-
«urs dans les périls et dans les entreprises , ou pour obtenir quelque faveur
Uraoï-ilinairc; niais on n'est pas sous leur protection on naissant- il faut
'«voir manier l'arc et la flèche pour l'obtenir, cl les préparation» qu'elle de-
"«unie sonl la plus importante affaire de la vie. On commence par noircir la
Sa du jeune sauvage, ensuite on le lait jeûner rigoureusement pendant huit
pre, cl, dans cet espace, son génie futur doit se manifester 4 lui par des
Piges. Le cerveau d'un enfant qui ne fait qu'entrer dans l'adolescence ne
•tarait manquer de lui fournir des songes, et c'est sous quelque symbole
P"on suppose que l'esprit se manifeste. Ces symboles ne sont ni rares, ni
"ttàeux; c'est le pied d'un animal ou quelque morceau de bois ; cependant
J les conserve avec toute sorte de soin. Il n'est rien dans la nature qui n'ait
*> esprit pour les sauvages ; mais ils en distinguent de plusieurs ordres , et
îfleur attribuent pas la même vertu. Dans tout ce qu'ils ne comprennent
|»l , ils supposent un esprit supérieur, et leur expression commune est do
"*« alors : (."est un esprit. Ils remploient aussi pour ceux qui se distinguent
'/'' leurs tilleuls, ou par quelque action extraordinaire : ce sont des esprits,
«Sl-à-diro ils ont un génie protecteur d'un ordre éminent. Quelques uns]
"°ut celle sorte, de prêtres que la plupart des relations nomment jongleurs',
gUent persuader qu'ils souffrent des transports extatiques, et publient que
tl(!'S WS extage8 lc"rs W-""s k:l"' découvrent l'avenir et les choses les plus
, ^Bi'ées. On a vu dans Imites nos descriptions qu'il n'y a point de nations
'"'"-qui n'aient un grand nombre de ces imposteurs.
Ussitôt qu'un jeune homme a reconnu ce qu'il doit regarder comme son
ta = on l'instruit soigneusement de l'hommage qu'il lui doit. La fête se 1er.
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— 424 mine par un festin, et l'usage est de piquer sur son corps la figure de l'OkB ou du Manitou. Les femmes ont aussi le leur; mais elles n'y attachent pas autant d'importance que les hommes. Ces esprits sont honorés par différentes sortes d'offrandes et de sacriûces. On jette dans les rivières et dans les lacs du pélun, du iabacet des oiseaux égorgés, à l'honneur du dieu des eaux. Pour le soleil, on les jette au feu. C'est quelquefois par reconnaissance, mais plus ordinairement par intérêt. On remarque aussi , dans quelques occasions , différentes espèces de libations accompagnées de termes mystérieux , dont les Européens n'ont jamais pu se procurer la communication. On rencontre a» bord des chemins difficiles, sur des rochers escarpés , et proche des rapides, tantôt des colliers de porcelaine, tantôt du tabac, desépis de maïs, des peau» et des animaux entiers, surtout des chiens; et ce sont autant d'offrandes adressées aux esprits qui président à ces lieux. Quelquefois un chien est suspendu vivanta un arbre par les pattes do derrière, pour y mourir enragé 1 festin de guerre, qui se fait toujours de chiens, peut aussi passer pour un sacrihee. Enfin la crainte du moindre danger fait rendre les mêmes uonnenrt aux esprits malfaisants.
Lessauvages font aussi des vœux, qui sont de purs actes de religion Lorsqii'tls se voient sans vivres, comme il arrive souvent dans les voyages et pendant les chasses, ils promettent, a l'honneur ,1e leurs génies , do donner au chef de leur bourgade une portion de la première bêle qu'ils espèrent tuer, * de ne prendre aucune nourriture avant qu'ils aient rempli leur promesse. S l'exécution de ce vœu devient impossible par l'éloignoment du chef, ils brûl<4 ce qui lui était destiné. On rapporte que les sauvages de l'Acadie avaient, a» bord de la mer, un arbre fort vieux qu'on voyait toujours chargé d'offrande»* parce qu'il passait pour le siège de quelque esprit d'un ordre supérieur. S» chute même no fut pas capable de les détromper, et quelques brandies if» paraissaient hors de l'eau continuèrent de recevoir les mêmes honneurs
On lit dans quelques relations qu'il existait autrefois chez plusieurs de ces peuples une espèce de religieuses qui vivaient sans aucun commerce avec le' hommes , et qui renonçaient au mariage. Mais les missionnaires n'ont trou»* aucune trace de ces vestales, et conviennent seulement que le célibat élu» en estime dans quelques nations. On a vu parmi les Hurons et les In»]"* des hommes solitaires qui se dévouaient à la continence, et Cliarlevoix parle* certaines plantes médicinales auxquelles les sauvages ne reconnaissent de ver» qu'autant qu'elles sont employées par des mains pures.
L'opinion qui paraît la mieux établie par eux est celle de l'immortalité * l'âme; non qu'ils la croient spirituelle, car on n'a jamais pu les élever à ce»' idée, et leurs dieux même uni des corps, qu'ils exemptent seulement des W
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prmités humaines , sans compter qu'ils leur attribuent une espèce d'immen- Slté , puisqu'ils les croient assez présents pour s'en faire entendre dans quelque pays qu'ils les invoquent; mais au fond ils ne peuvent définir ni les uns ni les autres. Quand ou leur demande ce qu'ils pensent des âmes, ils répondent qu'elles sont les ombres ou les images animées descorps; et c'est par une suite de ce principe qu'ils croient tout animé dans l'univers. C'est par tradition qu'ils supposent l'Ame immortelle. Ils prétendent que, séparée du corps, eUe conserve les inclinations qu'elle avait pendant la vie ; et de là leur vient l'usage d'enterrer avec les morts tout ce qui servait à satisfaire leurs besoins °U leurs goûts. Ils sont même persuadés que faine demeure long- temps près «u corps après leur séparation, et qu'ensuite elle passe dans un pays qu'ils "e connaissent point, où, suivant quelques uns, elle est transformée en tourtereIIe. D'autres donnent à tous les hommes deux âmes: l'une telle qu'on vient de 'e dire; l'autre, qui ne quitte jamais les corps, et qui ne sort de l'un que pour Passer dans un autre. Celle raison leur fait enterrer les enfants sur le bord des Brands chemins , afin qu'en passant les femmes puissent recueillir ces secondes âmes , qui , n'ayant pas joui long-temps de la vie, sont plus empresses d'en recommencer une nouvelle. Il faut aussi les nourrir, et c'est dans cette vue qu'on porte diverses sortes d'aliments sur les tombes; mais ce bon °Ûîce dure peu, et l'on suppose qu'avec le temps les âmes s'accoutument à feftner. La peine qu'on a quelquefois à faire subsister les vivants fait oublier le s°in de nourrir les morts. L'usage est aussi d'enterrer avec eux tout ce qu'ils Possédaient, et l'on y joint môme des présents : aussi le scandale est-il extrême dans toutes ces nations lorsqu'elles voient, les européens ouvrir les tombes P°Ur en tirer les robes de castor qu'elles y ont enfermées. Les sépultures sont ^s lieux si respectés , que leur profanation passe pour l'injure la plus atroce 'I'i'on puisse faire aux sauvages d'une bourgade.
Sans connaître le pays des âmes , c'est-à-dire le lieu où elles passent en sorta'it du corps , ils croient que c'est une région fort éloignée vers l'ouest , et (lll'ellcs mettent plusieurs mois à s'y rendre. Elles ont même de grandes tlîf-
'c»ltés à surmonter dans celle roule : on parle d'un ileuve qu'elles onl à pas-
s°rî et sur lequel plusieurs foui naufrage ; d'un chien dont elles ont beaucoup
"'■Peine à se défendre; d'un lieu de souffrances où elles expient leurs fautes;
uu autre où sont tourmentées celles des prisonniers de guerre qui ont été
^''és , et où elles se rendent le plus tard qu'elles peuvent. De là vient qu'ans la mort de ces malheureux, dans la crainte que leurs âmes no demeurai autour des cabanes pour se venger des tourments qu'on leur a fait souf-
rirj on visite soigneusement Ions les lieux voisins, avec la précaution de frapper de grands coups do baguette, et de pousser de hauts cris pous les obliger
— 426 île s'éloigner. Les Iroquois prétendent qu'Alahentsic fait son séjour ordinaire dans le pajs des âmes , el que son unique occupation est do les tromper pour les perdre, mais que Jouskeka s'efforça de les défendre contre les mauvais dessens de son aïeule. Entre mille récils fabuleux qui ressemblent beaucoup ;, ceux d'Homère et do Virgile , on en rapporte un si semblable à l'aventure d'Orphée et d'Eurydice, qu'il n'y a presque à changer que les noms. Mais le Bonheur que les sauvages admettent dans leur Elysée n'est pas précisément une récompense de la vertu : c'est celle de diverses qualités accidentelles, comme d'avoir été bon chasseur, brave à la guerre, heureux dans les entreprises, el d'avoir lue on brûlé un grand nombre d'ennemis. Celle félMÉ consiste à trouver une chasse et une pêche qui „e manquent point, un printemps perpeluel , une grande abondance de vivres sans aucun travail el Ions les plaisirs des sens. Tous leurs vceux n'ont pas d'autre objet pendant la vie, et leurs chansons , qui sont originairement leurs prières , roulent sur la continuation des biens présents. Ils se croient surs d'êlre heureux après la mort proportion de ce qu'ils le sont dans cette vie. Les âmes des bêles ont aussi leur place dans le même pays, car ils ne les croient pas moins immortelles que leurs propres aines. Ils leur attribuent même une sorte de raison ; et non seulement chaque espèce d'animaux , mais chaque animal a son génie oonÛJ eux. En un mot , ils ne mettent qu'une différence graduelle entre les hommes el les brutes ; l'homme n'est pour eux que le roi des animaux , qui possède 1« mêmes attributs dans un degré fort supérieur.
Rien n'approche de leur extravagance et de leur superstition pour tout « qui regarde les songes. Ils varient beaucoup dans la manière dont ils les expliquent : lanlot c'est l'âme raisonnable qui se promène, tandis que l'âme sensu.™ commue d'animer le corps ; tanlôt c'est le génie qui donne des avis sa- Julaues sur ce qui doit arriver; tanlôt c'est une visitequ'on reçoit de l'âme « du gemede l'objet du rêve; mais, de quelque part que le songe puisse venu-, ■1 passe toujours pour un incident sacre et pour une communication des volontés du Cel. Dans celte idée, ce n'est pas seulement sur celui qui a rê* que tombe 1 obligation d'exécuter l'ordre qu'il reçoit , mais ce serait un criffl» pour ceux auxquels il s'adresse de lui refuser ce qu'il a désiré dans son rêve- Les missionnaires en rapportent des exemples qui parailraient incroyables sur tout autre témoignage.
. Si ce qu'un particulier désire en songe est de nature à no pouvoir être fourni par un autre parlieulier, le public s'en charge ; fallùt-il l'aller chercher a enq cents lieues , il le faut trouver à quelque prix que ce soit , et quand on y est parvenu, on le conserve avec des soins surprenants. Si c'est une chose inanimée , on est plus tranquille ; mais si c'est un animal , sa mort cause des
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'"quiétudes qui ne peuvent être représentées. L'affaire est plus sérieuse en- ^re <|Liancl quelqu'un s'avise de rêver qu'il casse la tète A un autre , car il la 'l'i casse en effet , s'il le peut; mais malheur à lui si quelque autre s'avise de songer qu'il venge le mort, v Le seul remède entre ceux qui ne sont pas d'im- "loiir sanguinaire est d'apaiser le génie par quelque présent.
Deux missionnaires, témoins irréprochables, dit Charlcvoix, et qui avaient vu le fuit de leurs propres yeux , ont raconté que , dans un voyage qu'ils fai- WfoA avec des sauvages, et pendant le repos de la nuit, un de ces barberas s'éveilla dans une étrange agitation. « Il était hors d'haleine , il palpitait , i[ s'<3uui'cail de crier, sans le pouvoir, et se débattait comme un furieux. Toute 'a troupe fut aussitôt sur pied. On le crtit d'abord dans un accès de frénésie ; u& se saisit de ses mains , on mil tout en usage pour le calmer. Les secours BTent inutiles. Ses fureurs croissant toujours, et la difficulté augmentant l'ont' l'arrêter, on cacha toutes les armes. Quelques uns s'avisèrent de lui faire &Pflndre un breuvage d'une décoction de certaines herbes; mais, pendant la Réparation , il trouva le moyen de s'échapper, et sauta dans une rivière. On ''■il relira sur-le-champ. 11 avoua qu'il avait grand froid; cependant il ne vou- 'ul point approcher d'un bon feu qu'on avait allumé dans l'instant. Il s'assit aW pied d'un arbre , en demandant qu'on remplît de paille une peau d'ours. Q» exécuta ses volontés ; et comme il paraissait plus tranquille , on lui présida le breuvage, qui se trouva prêt. «C'est à cet enfant, dit-il, qu'il faut le donner « ; et ce qu'il appelait un enfant était la peau d'ours. Tout le breuvage fit versé dans la gueule de l'animal. Alors on lui demanda quel était son mal. " J'ai songé, répondit-il , qu'un huart m'estentré dans l'estomac. » Quelque idée lue les autres attachassent à cette réponse, ils se mirent aussitôt à contrefaire 'es insensés, et à crier de toutes leurs forces qu'ils avaient aussi un animal ^ns l'estomac. Ils dressèrent une étuve pour l'en déloger par les sueurs, t[ tous y entrèrent avec les mêmes cris. Ensuite chacun se mit à contrefaire
Suimai dont il feignait d'avoir l'estomac chargé , c'est-à-dire à crier, les uns e°Umnj une oie , les autres comme un canard , comme une outarde, une greliouille, etc., tandis que le malade contrefaisait aussi son oiseau; et, pour élever cette tarée , ils commencèrent tous à le battre avec une certaine mei"lr<', dans la vue de le lasser et de l'endormir à force de coups. Cette méthode '^réussit. 11 tomba dans un profond sommeil, et se réveilla guéri, sans se
^sentir même de la sueur qui avait dû l'affaiblir, ni des coups dont il avait le corps tout meurtri. «
°" rie sait si la religion est jamais entrée dans une fêle que la plupart de ^s sauvages nomment la Fête des songes, et que d'autres ont nommée beau- COuP mieux , dans leur langue, le Renversement de la cervelle. C'est une es-
péce de bacchanale qui dure ordinairement quinze jours , et qui se célèbre vers la lin de l'hiver. La folio n'a point de transports qui ne soient alors permis. Chacun court de cabane en cabane , sous mille déguisements ridicules ; on brise, on renverse tout, et personne n'a la hardiesse de s'y opposer. On demande à tous ceux qu'on rencontre l'explication de son dernier rêve. Ceux qui le devinent sont obligés de donner la chose à laquelle on a rêvé; après 1» fête, tout se rend. Elle se termine par un grand festin , et tout le monde ne pense plus qu'à réparer les fâcheux effets d'une si violente mascarade; ce qui demande souvent beaucoup de temps el de peine. Le P. Dablon , grave 'jésuite, se trouva un jour engagé malgré lui dans une de ces fêles, dont il donne la description. « Elle fut proclamée, dit-il, le 22 de février, el les anciens , chargés do cette proclamation , la firent d'un air aussi sérieux que s'il eût élé question d'une affaire d'état. A peine furent-ils retournés à leur cabane, qu'on vit partir, chacun de la sienne, hommes, femmes, entais, presque nus, quoiqu'il fit un froid insupportable. Ils se répandirent de toutes parts , errants comme des ivrognes ou des furieux , sans savoir où ils allaient, ni éo qu'ils avaient à demander. Les uns ne poussèrent pas plus loin leur folio, et disparurent bientôt. D'autres, usant du privilège de la file, qui autorise' toules les violences , songèrent à satisfaire leurs ressentiments particuliers. Ils brisèrent tout dans les cabanes , et chargèrent de coups ceux qu'ils haîssaicn t : aux uns ils jetaient de l'eau à pleine cuvée ; ils couvraient les autres de cendre chaude ou de toutes sortes d'immondices ; ils lançaient des tisons ou des charbons allumés à la tête des premiers qu'ils rencontraient. L'unique moyen de se garantir de cette persécution était de deviner des songes, toujours insensés on fort obscurs. »
Le missionnaire et son compagnon furent menacés d'avoir une autre pari au spectacle que celle de témoins. . Un de ces frénétiques entra dans une cabane où ils s'étaient réfugiés. Heureusement pour eux la crainte les eu avait déjà fait sortir. Ce furieux, qui voulait les maltraiter, déconcerté par leur fuite, s'écria qu'il fallait deviner sur-le-champ son rêve , et, comme ou tardait trop, il l'expliqua lui-même, en disant : «Je lue un Français. ,, Aussitôt Ie maître do la cabane jeta un habit français , que l'autre perça de coups. Mai» alors celui qui avait jeté l'habit, entrant on fureur à son tour, protesta qu'il voulait venger le Français, ot qu'il allait réduire le village en cendres. En effet, il commença par mettre le feu à sa propre cabane, et, tout le monde en étant sorti , il s'y enferma. Le feu qu'il y avait réellement allumé ne paraissait point encore , lorsqu'un des missionnaires se présenta pour y entrer. On lui dit ce qui venait d'arriver. Il craignit que son hôte ne fut la proie des flammes, et, brisant la porte, il le força de sortir; il éteignit fort heureuse-
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ment l0 feu, et s'enferma lui-même dans la cabane. Son hôte se mil â courir ont le village en criant qu'il voulait tout brûler. On lui jeta un chien , dans espérance qu'il assouvirait sa rage sur cet animal. II déclara que ce n'était Point assez pour réparer l'outrage qu'on lui avait fait on tuant un étranger ans sa cabane. On lui jeta un second chien, qu'il mit en pièces , et sa fureur lut calmée, »
Ce sauvage avait un frère qui voulut jouer aussi son rôle. Il était vêtu «mine on représente les satyres, couvert do feuilles depuis la tète jusqu'aux Pieds. Deux femmes qui l'escortaient avaient la face noircie, les cheveux «Pars, une peau de loup sur le corps, et chacune leur pieu à la main. L'homme, avec cotte suite, entra dans toutes les cabanes, hurlant de toute sa orçe, grimpa sur un toit, y fit mille tours de souplesse, accompagnés d'hor- >Wcs cris, descendit ensuite, et prit une marche grave, précédé de ses bâclantes, qui, furieuses à leur tour, renversèrent à coups do pieux tout ce Bl se rencontra sur leur passage. A peine étaient-elles revenues de ce Irans- 1 »i , qu'une autre femme prit leur place, força l'entrée de la cabane où les «iv jésuites se tenaient caché», et, portant une arquebuse qu'elle venait de Bgner en faisant deviner son rêve, elle chanta la guerre, avec mille imprécations contre ello-niêmo si son courage ne lui faisait pas ramener des prisonniers. I,n guerrier suivit de près cette femme, l'arc dans une main, et 'ans l'autre une baïonnette. Après de longs hurlements, il se jeta tout d'un JfSp sur la femme, qui était redevenue tranquille; il lui porta sa baïonnette la gorge , la prit par les cheveux , lui en coupa une poignée , et se retira. Un jongleur parut ensuite avec un bâton orné de plumes , par lequel il se vantait * pouvoir découvrir les choses les plus cachées. On portait devant lui un vase sÇmpli d'une liqueur dont il buvait à chaque question , et qu'il rejetait en oolllanl sur ses mains et sur son bâton ; après quoi il devinait toutes les ^'gmes. Doux femmes succédèrent, et liront connaître qu'elles avaient des JSirs : l'une étendit une natte , on devina qu'elle demandait du poisson , et Ne-champ on lui on offrit ; l'autre porUiit un instrument d'agriculture à main , l'on comprit qu'elle désirait un champ pour le cultiver, cl on la mena 't «sitôt hors du village, où elle fut satisfaite. Un chef avait rêvé qu'il voyait ™tt cœurs humains. Ce songe, qui ne put être expliqué, jeta tout le monde lt'»s une furieuse inquiétude. On prolongea la fêle d'un jour; mais toutes recherches furent inutiles, et, pour se tranquilliser, on prit le parti do ■mer le génie du chef par des présents. Cette fête, ou plutôt cette manie, ''a quatre jours entiers. Il n'y avait que sa singularité qui put lui faire méor une si longue description, ous renvoyons à l'ouvrage de Lalitau ceux qui cherchent des ressent-
— 430 biances cure la religion des sauvais do l'Amérique et ccllo de l'ancienne Urece. Quelque idée qu'on s'en forme, sur ce qu'on vient do rapporter d'après les plus oracles relations, il parait certain que, dans toute h partie septentrionale du continent, on n'a trouvé ni temples, ni culte réglé.
Mariages. Accoucbemenls. Éducation des entants. Imposition du nom.
La pluralité des femmes est établie dans plusieurs nations ,1e la tangua à gonqume. Il y est même assez ordinaire d'épouser toutes les sœurs: et «* usage parait uniquement fondé sur l'opinion que des sœurs doivent vivre entre elles avec plus d'intelligence que des étrangères : aussi toutes les fetnmes-sœur, jomssenl-elles des mêmes droits; mais parmi les autres on dislingue deux ordres, et celles du second sont les esclaves des premières Dans •Iniques nations le mari a des femmes dans tous les cantons où la chasse ri tlige de faire quelque séjour. Cet abus s'est même introduit depuis peu rIV les peuples de la langue huronne, qui se contentaient anciennement d'un. seule femme ; ma.s on voit régner dans le canton des Iroquois de Tsonnonlouan un desordre beaucoup plus odieux , qui est la pluralité des maris
A 1 égard des degrés de parenté, los Hurons et les Iroquois portent si lot. le scrupule, qu'il ne faut pas être lié du tout par le sang pour s'épouser, et que 1 adopta même est comprise dans cette loi. Mais le mari , s'il penl A tomme, doit en épouser la sœur, ou , à son défaut , celle que la famille M présente. La femme est dans la même obligation à l'égard des frères ou de» patents de son mari, si elle le perd sans en avoir eu d'enfiulte. La rais»" «u ils en apportent est celle du Dculéronomc. Un homme veuf qui refusera» " Sponsor la sœur ou la pareole de la femme qu'il a perdue serait abandon»* a la vengeance décolle qu'il rejette. Lorsqu'on manque de sujets , ou neW a une veuve de chercher un parti qui lui convienne : mais alors elle a oW» d exiger des présents qui passent pour un témoignage de sa sagesse. Tout* les nations ont des familles distinguées , qui ne peuvent s'allier qu'entre elles- La stabilité des mariages est sacrée ; et les conventions passagères quoiqlfe» usage parmi quelques peuples, n'en sont pas moins regardées comme un désordre.
Dans la nation des Miamis , le mari est en droit de couper le ne, à sa femme adultère ou fugitive. Citez les Iroquois et les Hurons , on peut se qui!»
"' ' wrt> mms sa,,s """il, et les parties séparées ont la liberté de prend''"
de nouveaux engagements. Le trouble des mariages vient ordinairement* n jalousie. Elle est égale dans les deux sexes ; et quoique les Iroquois se «a» lent d être supérieurs à celle faiblesse, ceux qui les ont fréquentés assure»'
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'lu'ils la portait à l'excès. Une femme qui soupçonne son mari d'inlidélilé «M capable de toutes sortes d'emportements contra sa rivale, d'autant plus que le mari ne peu! défendre celle qu'il lui préfère , et qu'il se déshonorerait Par la moindre marque de ressentiment.
C'est entre les parents des doux familles qu'un mariage se traite , et les pannes intéressées n'ont aucune part aux explications ; maison ne conclut rien ans leur consentement. Los premières démarches doivent se faire par des matrones. Dans quelques pajs , suivant Charlevolx , et dans toutes les najbos , suivant le baron de La llonlan , qui s'attribue des lumières extraordinaires sur ce point, les Allés ont peu d'empressement pour le mariage, par- [c qu'il leur est permis d'en l'aire l'essai autant qu'elles le désircnl , el que la Kr&nonie tics noces no change leur condition que pour la rendre plus dure, "a remarque beaucoup de pudeur dans la conduite des jeunes gcus pendant Won traite de leur union. Quelques relations assurent qu'eu plusieurs on- '■'oils ils passent d'abord une année entière dans une parfaite continence, Pour faire connaître qu'ils no se sont épousés que par amitié, et qu'on montrait au doigt nue jeune fe 10 qui serait enceinte la première année de ses
"oces. Cbarlcvoix conclut de cet exemple de force qu'on doit avoir peu de Peine à croire tout ce qu'on raconte « de la manière dont les jeunes gens se Emportent pendant la recherche , où il leur est permis de se voir en parlicu- [ler. Quoique l'usage leur accorde de très grandes privautés , on prétend que , "ans le plus grand danger où la pudeur puisse cire exposée, et sous les voiles ""'me de la nuit, il ne se passe rien , il ne se dit pas une parole don! la plus '"slère bienséance puisse être blessée. »
Nos voyageurs s'accordent peu sur les préliminaires et les cérémonies du '"aiiage - ce qui vient apparemment de la variété des coutumes. C'esl L'époux P fait les présents, et rien ne manque au respect dont il les accompagne. "ans quelques nations , il se contente d'aller s'asseoir à côté de la tille ; cl s'il '«t souillai, le mariage passe pour conclu. Mais, malgré ces déférences, il e laisse pas défaire sentir qu'il sera bientôt le maître. Des présents qu'il Élit, a"elques uns sont moins des témoignages d'amitié que des symboles et des '"''rlisseiuenls d'esclavage : tels sont le collier, longue et large bande de u'p, qui sert à porter divers fardeaux, la chaudière et une bûche. On les ''oseille à la jeune femme, dans sa cabane, pour lui faire enlendre qu'elle "fa obligée de porter les fardeaux , de faire la cuisine , et de fournir la pro- ^ls"m de bois. L'usage l'oblige même, daus quelques nations , de porter d'aai|ee tout le bois nécessaire pour l'hiver suivant. On fait observer d'ailleurs ^i pour tous ces devoirs, il n'y a pas de différence à l'avantage des fem- 103 dans les nations où elles ont toute l'autorité. Quoique maîtresses de lé-
tat, du moins en apparence, elles n'en sont pas moins les esclaves de leur! maris. En général , il n'y a poinl do pays au monde où les femmes soie! plus méprisées. Traiter uu sauvage, de femme, c'est pour lui le plus sanglant des outrages. Cependant les enfants n'appartiennent qu'à la mère , et ne reconnaissent point d'autre autorité que la sienne. Le père est toujours pour eu» comme étranger; il n'est respecté qu'à titre de maître. Charlevoix, qui pari» aussi de tous ces usages , doute s'ils sont communs à tous les peuples du Canada, surtout celui qui oblige les jeunes femmes , outre les services qu'elle! doivent à leurs maris , de fournir à tous les besoins de leurs parents ; il juge que ce dernier devoir ne regarde que ceux auxquels il no reste personne pou' leur rendre les mêmes offices , et que leur âge ou leurs infirmités mette] hors d'état de s'aider eux-mêmes.
Les maris ont aussi leur partage. Outre la chasse et la pêche , deux devoir! qut durent toute la vie , ils sont obligés de faire d'abord une natte pour leur femme, do lui bâtir une cabane , ou de réparer celle qu'ils doivent 1131)111* ensemble, et tandis qu'ils n'ont pas d'autre demeure que celle du beau-père, d'y porter tout le fruit de leur chasse. Dans les cantons iroquois, la femsl ne quitte point sa cabane, parce qu'elle en est censée maîtresse , ou à* moins héritière; chez d'autres nations, après un an ou deux de mariage. elle ne doit pas demeurer avec sa belle-mère.
La plupart des femmes sauvages mettent leurs enfants au monde sa»! peine, et même sans secours. Cependant il leur arrive quelquefois de souffrir beaucoup; et Charlevoix rapporte à cette occasion un usage qui, selo» lui , n'aurait peut-être pas moins de succès en Europe. On avertit les jeune! gens du village , qui , tout d'un coup , et lorsque le malade y pense le moins* viennent pousser de grands cris à sa porte : la surprise lui cause un saisissement, qui est bientôt suivi d'une heureuse délivrance. Ce n'est jamais dans leur propre cabane que les femmes se délivrent. Plusieurs sont surprise* dans leur travail des champs , ou pendant leurs voyages. A celles qui pressentent 1cm- terme on dresse , hors de la bourgade , une petite hutte , où elle* passent quarante jours après s'être délivrées. Quelques uns disent néanmoins que cet usage regarde seulement la première couche. A l'expiration du terni"'. on éteint tous les feux de la cabane où elles doivent retourner, et l'on en secoue tous les meubles pour y allumer un nouveau feu. Les mêmes formalité* s'observent à peu près dans le temps de leurs pnrgations lunaires, et pend»"1 qu'elles nourrissent leurs enfants de leur lait. Celle nourriture ne dure f moins de trois ans , et les maris n'approchent point d'elles dans cet intervalle' La Hontan niel celte raison au nombre de celles qui s'opposent à la multil'11' cation.
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Le soin des mères pour leurs enfouis tandis qu'ils Boni au bateau n'a pa ; ■« bornes; mais quoiqu'elles ne perdent rien de leur tendresse après tes "voir sevrés, elles les abandonnent à eux-mêmes, dans la persuasion qu'il wnt laisser un libre cours à la nature. L'acte qui termine la première enfance &M l'imposition du nom. Celte cérémonie, qui passe pour importante, se fait *Wls un festin , où tous les convives sont du sexe de l'enfant, qu'on doit nom- 'Hér. Il est sur les genoux du père ou delà mère, qui ne cesse point de le re- *mmander aux esprits , surtout à celui qui doit être son protecteur. On ne C|'ée jamais de nouveaux noms , el chaque famille en conserve un certain "ombre, qui reviennent tour à tour. Souvent même on en change dans an |luire âge , et l'on prend alors la place de celui qui l'a porté le dernier : d'où •I arrive quelquefois qu'un enfant se voit traiter de grand-père par celui qui Pourrait être le sien.
Jamais on n'appelle un homme par son nom propre eu lui parlant dans le discours familier; i'usage commun est de lui donner la qualité dont il se ÏSuve revêtu à l'égard de celui qui parle. S'il n'y a aucune liaison de sang ou pflmité, on se traite de frère, d'oncle, de neveu ou de cousin, suivant le pgré de considération qu'on a l'un pour l'autre. C'est moins dans la vue de Perpétuer les noms qu'on les conserve dans les familles, que pour engager WOÇK qui les reçoivent ou qui les prennent à imiter les belles actions de ceux m les ont portés , à les venger s'ils ont été tués ou brûlés , et plus particulié- '"i-'iit encore à soulager leurs parents. Ainsi , lorsqu'une femme a perdu son "ton ou son fils, et qu'elle demeure sans secours , elle ne diffère point à faire ÏWier le nom de celui qu'elle pleure sur quelqu'un qui contracte alors les P&aes obligations.
Les enfants des sauvages , étant livrés à eux-mêmes aussitôt qu'ils peuvent Se fouler sur les pieds et sur les mains , vont nus , sans autre guide que leur Jjrice , dans l'eau , dans les bois , dans la boue et dans la neige. De là vient ***« vigueur qui leur est commune à tous, cette souplesse extraordinaire, et ** endurcissement contre les injures de l'air, qui fait l'admiration des Euro- Wens. En été, dès la pointe du jour, on les voit courir à l'eau, comme les Jjttmaux à qui cet élément est naturel. Us passent une partie du jour à lo- Jtoer dans les lacs et les rivières. On leur met bientôt l'arc et la flèche en Sjttn , et l'émulation , le meilleur des maîtres , leur fait acquérir une habileté ' '''Menante à s'en servir. Il n'en a pas plus coûté à ces peuples pour se
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actionner dans l'usage des armes à feu. Dès les premières années, on I
aussi lutter ensemble, et leur passion est si vive pour cet exercice, qu'ils
lieraient souvent , si l'on ne prenait soin de les séparer. Ceux qui saecom-
ent sous leur adversaire en conçoivent un dépit qui ne leur permet pas le
moindre repos jusqu'à ce qu'ils aient l'avantage à leur tour. En général , les pères et les mères s'efforcent de leur inspirer certains principes d'honneur q«î se trouvent établis dans chaque nation , et c'est l'unique éducation qu'ils leur donnent ; encore est-elle indirecte , c'est-à-dire que l'instruction est prise des belles actions de leurs ancêtres. Les jeunes gens sont échauffés par ees attciennes images, et ne respirent que l'occasion d'imiter ce qui excite leur admiration. Quelquefois, pour les corriger de leurs défauts, on emploie H exhortations et les prières , mais jamais le châtiment ou les menaces , sur Ie principe qu'un homme n'est pas en droit d'en contraindre un autre. Une méf qui voit tenir une mauvaise conduite à sa iille se met à pleurer : si la fille lu' demande le sujet de ses {armes , elle se contente de répondre ; « Tu me déshonores « ; et cette méthode est rarement sans effet. La plus sévère punie» que les sauvages emploient pour corriger leurs enfants est de leur jeter un peu d'eau au visage , et les enfants y sont fort sensibles. On a vu des filles s'étrangler pour avoir reçu quelque légère réprimande de leur mère , ou qUfl ques gouttes d'eau au visage , et l'en avertir en lui disant : « Tu n'auras pl"s de fille. » Il semble qu'une enfance si mal disciplinée devrait être suivie d'trf jeunesse turbulente et corrompue ; mais , d'un côté , les sauvages sont natU' Tellement tranquilles et maîtres d'eux-mêmes ; et d'un autre, leur tempéra' ment, surtout dans les nations du nord , ne les porte point à la débaucW Charlevoïx assure que , s'ils ont quelques usages où la pudeur est peu méfl* gée, la superstition y a plus de part que la dépravation du cœur. * LesB«* ïons, dit-il, lorsque nous commençâmes à les connaître, étaient plus lasoitè» «t brutaux même dans leurs plaisirs. Dans les deux sews , les jeunes gens s'* bandonnaient sans bonté à toutes sortes de dissolutions , et c'était principal ment parmi eux qu'on ne taisait pas un crime à une fille de s'être prostitué* Leurs parents étaient les premiers à les y engager, et l'on voyait des maris 8° faire autant de leurs femmes pour un vil intérêt. Plusieurs ne se mariaie"' point , et prenaient des filles pour leur servir de compagnes. Toute la à}& rence qu'on mettait entre les concubines et les femmes légitimes , c'esl <!" ;l' vecles premières on ne contractait aucun engagement; leurs enfants élan1"1 sur le même pied que les autres, ce qui ne produisait aucun inconnu'1'"' dans un pays ou il n'y a point de succession à recueillir. Mais le christianisa"' a corrigé ces désordres dans toutes les bourgades qui l'ont embrassé. »
M vfltr. Tatouage. Orncmcnls. Occupation di>s l'ennui. Smirnlrjiv.
On ne distingue point ici les nations par leur habillement. Les bon"1"*' Sam un i.'iiips chaud , n'ont souvent sur le corps qu'un simple brayer; ' '"
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ver, ils se couvrent plus ou moins , suivant la qualité du climat. Ils ont aux Pieds une espèce de chaussons de peau , passée à la fumée ; leurs bas son, 5*8i de peau , ou de morceaux d'étoffe , dont ils s'enveloppent les jambes. Une camisole île peflU les couvre jusqu'à la ceinture, et pardessus ils portent une «luverlure, lorsqu'ils peuvent en avoir; autrement ils se font une robe do Peau d'ours , ou de plusieurs peaux, de castor, de loutre et d'autres fourrures, « poil en dedans. Les camisoles des femmes descendent jusqu'au dessôTis des Renoux ; dans le grand froid , ou lorsqu'elles sont en voyage, elles se couvrent 'a tête de leurs couvertures ou de leurs robes. Plusieurs ont de petits bon- 'H-ls i en manière de calotte; d'autres se font une sorte de capuce, qui tient à leur camisole. Kilos ont aussi une pièce d'étoffe ou une peau qui leur sert de i"pe , c! qui les enveloppe depuis la ceinture jusqu'au milieu des jambes. Les BBBî sexes sont également curieux de chemises , mais ils ne les mettent par 'tessons la camisole que lorsqu'elles sont sales, et la plupart les J laissent jusqu'à ce qu'elles tombent de pourriture , car jamais ils ne se donnent la peine de les laver. Les camisoles de peau sont ordinairement passées à la fumée , tomme les cliaussons, c'csl-à-dire qu'après les avoir laissé pénétrer de lïiftiée, on les frotte un peu; et, dans cet étal, elles peuvent se laver comme le 'ingo. Une autre préparation est de les faire tremper dans l'eau, et de les frotfcr dans les mains jusqu'à ce qu'elles soient sèches et maniables. Mais tes étoffes et les couvertures de l'Europe leur paraissent beaucoup plus com-
HlnuVs.
Les piqûres qu'ils se font à quelques parties du corps passent moins pour »He parure que pour une défense contre les injures de l'air cl confère la persécution des mouches. Il n'\ a que lespajs occupés parles Anglais, surtout la Virginie, où l'usage de se faire piquer par tout le corps soit commun. Dans 1:1 .Nuiivellc-f rince, la plupart se bornent à quelques ligures d'oiseaux, de RWpents et d'autres animaux, ou même à des feuillages sans ordre, chacun s'ii\;iiii snn caprice, souvent AU visage, et quelquefois même sur les paupiè- •**. beaucoup de femmes se font piquer aux endroits du visage qui répondent ;''ix mâchoires, pour se garantir des maux de dents. Celle opération nvsi pas ''oulou i-oii se. On commence par tracer sur la peau bien tendue la figure qn'un ï Veut graver ; ensuite , avec des arêtes de poisson ou des aiguilles . on pique tQusces traits jusqu'au sang, et l'on y passe des couleurs bien pulvérisées. **> poudres s'insinuent si bien dans la peau, que les couleurs ne s'eflaeent binais. Le seul mal est que (a peau s'enfle, et qu'il s'y forme une gale accom- Wg»6e d'inllanunatioii ; souvent même la fièvre survient, et, dans les grands chaleurs, l'opération est dangereuse pour la vie.
Les couleurs dont les sauvages se peignent le visage , et la graisse dont ils se
frottent le corps , produisent les mêmes avantages que la piqûre , et ne Isfl donnent pas moins de grâce à leurs propres yeux. Ils peignent les prisonniers qu'ils destinent au feu, et jusqu'à leurs morts, apparemment pour couvrir lfl pâleur qui les défigure. Ces couleurs, qui ne sont pas bien vives , sont celles qu'on emploie pour la teinture des peaux ; elles se tirent de certaines terres et de quelques écorees d'arbres. Les hommes ajoutent à cette parure; t\u duvet de cygne ou d'autres oiseaux, qu'ils sèment sur leurs cheveux graissés, i y joignent des plumes de toutes les couleurs , et des bouquets de poils 4 différents animaux, fort bizarrement distribués. Leurs cheveux sont tant''1 hérissés, tantôt aplatis , et reçoivent mille formes différentes. Us portent av^ cela des pendants aux oreilles, quelquefois même aux narines, une grand» coquille de porcelaine au cou ou sur l'estomac , des couronnes de plumes f# res, des griffes, des pattes, des têtes d'oiseaux de proie et de petites cornes d<! chevreuil ; mais ce qu'ils ont de plus précieux est toujours employé à la pa' rare des captifs, lorsque ces malheureux font leur première entrée dans l'i>a' bitation des vainqueurs.
Le soin des hommes se borne à parer leur tête , et les femmes , au contraire, n'y mettent presque rien; mais elles sont si jalouses de leur chevelure qu'elles se croiraient déshonorées par un accident qui les forcerait de la eo»' per ; et lorsqu'à la mort de leurs parents elles s'en coupent une partie , c'est I» plus grande marque de douleur qu'elles puissent donner. Elles la graissent souvent ; elles se servent , pour la poudrer, d'une poudre d'écorce , et quel* quefois d'une sorte de vermillon ; elles l'enroulent, avec des peaux de serpent, en forme de cadenetlcs qui leur pendent jusqu'à la ceinture. A l'égard du visage , elles se contentent d'y tracer quelques lignes avec du vermillon 0» d'autres couleurs. Jamais leurs narines ne sont percées , et ce n'est pas mên1" dans toutes les nations qu'elles se percent les oreilles ; celles qui le font y insèrent ou laissent pendre , comme les hommes , des grains de porcelaine. Dâ** leur parure la plus recherchée, elles ont des robes ornées de toutes sori# de figures et de petites porcelaines, avec une bordure en poil de porc-épi0' qu'elles peignent de différentes couleurs. Les berceaux de leurs enfants sûOf parés aussi de divers colifichets; ils sont d'un bois fort léger, avec deux des* cercles de bois de cèdre à l'extrémité d'en haut, pour les pouvoir couvrir sans toucher à la tête de l'enfant.
s soins domestiques et la provision de bois, les femmes sont pw*
s vules de la culture des champs. Aussitôt que l&
neiges sont fondues et que les eaux achèvent de s'écouler, elles commence»1
à préparer la terre. Une sorte de bêche, dont le manche est fort long, lei11'
sert à la remuer. Les grains dont ces peuples font usage ne sont que des
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— 137 grains d'été. On prétend même que la nature du terroir ne permet pas d'y rien semer avant l'hiver, ce qu'on peut attribuer à l'abondance des neiges, qui feraient tout pourrir dans leur fonte. Quelques uns jugent que le froment qu'on recueille en Canada, quoique originairement venu de l'Europe, a contracté avec le temps la propriété des grains d'été, qui n'ont pas assez dé force pour germer plusieurs fois, comme il arrive à ceux que nous semons dans les mois de septembre et d'octobre. Les fèves se sèment avec le maïs, dont la lige leur sert d'appui. Ce légume vient apparemment de France , puis' qu'il ne diffère en rien du notre. Nos pois ont acquis, dans ce terrain, un degré de bonté fort supérieur à celui qu'ils ont en Europe.
Les femmes s'aident mutuellement dans le travail de l'agriculture , et, pour la récolte, elles ont quelquefois recours aux hommes , qui daignent 'y mettre la main. Tout finit par une fête et par un grand festin qui se' fait pendant la nuit. Les grains et les autres fruits se conservent dans des trous que les hommes creusent en terre et qu'ils tapissent de grandes écorces. Plusieurs laissent le maïs en épis tressés comme les oignons le sont en France, et dis- Iribués sur do grandes perches au dessus de l'entrée des cabanes ; d'autres l'égrainent pour en remplir de grands paniers d'éeorce percés de toutes parts ■ Ce qui l'empêche de s'échauffer. Mais si la crainte d'une irruption ou de quelque autre disgrâce oblige tous les habitants d'une bourgade à s'éloigner, on l'ait de grands trous en terre, où tous les grains se conservent fort bien. Dans les parties septentrionales, on sème peu, et plusieurs nations ne sèment jamais ; le maïs s'achète par des échanges. Ce grain , que l'historien de la Nouvelle-France appelle un légume, est sain et nourrissant, sans charger trop •estomac. Les voyageurs français n'y apportent point d'autre préparation que de le faire bouillir quelque temps dans une espèce de lessive. Ils en lent des provisions pour leurs voyages. Un peu de sel qu'ils y mettent, en «Çhcvant de le iiiire cuire à l'eau, sert d'assaisonnement, et celte nourriture »'a rien de désagréable ; mais on s'est aperçu que la lessive , dont on ne nous éprend point la composition, lui laisse une qualité corrosive, qui nuit quelquefois à la santé. Quelques uns le l'ont griller vert et dans l'épi : c'est ce qui *e nomme au Canada du blé groulé, et l'on en vante le goût. Une autre este, qu'on appelle blé lleuri, et plus délicate encore , s'ouvre dès qu'elle 'Senti le feu. On en traite ordinairement les étrangers, et, dans quelques "•"droits, on le porte aux personnes de considération qui arrivent dans une jtourgade, comme on offre en Europe le présent de ville. Enfin, la nourriture 5 Plus commune des sauvages est une préparation de maïs qu'ils nomment ragamité. Après avoir commencé par le griller, ils le pilent, ils en ûtent la faille; et ee qui reste, étant cuit à l'eau, forme une espèce de bouillie fort
insipide, lorsqu'elle n'est pas relevée par un mélange de viande ou de quelques fruits. D'autres le réduisent en farine, que l'on nomme farine froide} et c'est une des meilleures provisions pour les voyages. On le fait bouillir aussi en épis tendres , qu'on fait ensuite griller légèrement, et qu'on égraiftS pour faire sécher les grains au soleil. Il se conserve long-temps dans cri étal i et Ton assure que la sagamilé qu'on en fait est chose excellente. Des mets si simples ne donneraient pas une mauvaise idée du goût des sauvages , s'ils n'y joignaient quelquefois des mélanges si révoltants, qu'on a de l'embarras à les nommer. Ils aiment aussi toute sorte de graisse : quelques livres de chandelle dans une chaudière de sagamité leur font un mets excellent.
On observe que les nations méridionales n'avaient pour batterie de cuisine que des vaisseaux de terre cuite, et que, vers le nord , on se servait de chaudières de bois , dans lesquelles on faisait bouillir l'eau , en y jetant des cailloux rougis au feu. D'un côté comme de l'autre, nos marmites de fer ont paru bien plus commodes , et , de toutes les marchandises , c'est celle que les sauvages recherchent le plus. Chez les nations occidentales, la folle-avoine tient la place du maïs : elle est moins nourrissante ; mais la chasse du bœuf J supplée. Parmi les nations errantes qui ne cultivent jamais la terre, l'unique ressource, au défaut de la citasse et de la pêche, est une espèce de mousse qui croît sur certains rochers, et que les Français ont nommée tripe de roche, mets peu substantiel et fort insipide. Ces barbares vivent aussi d'une espèce de maïs sauvage , qu'ils laissent pourrir dans une eau donnante, et qu'ils en retirent noir et puant. On ajoute môme qu'ayant une fois pris goût à cet étrange aliment, ils aiment jusqu'à l'eau qui en découle, et dont l'odeur seule ferait soulever le cœur à tout autre qu'eux.
Les femmes des sauvages moins barbares font un pain de maïs, qui n'est qu'une pâle mal pétrie, sans levain , et cuite sous la cendre; elles y mêlent deS (eves, divers fruits , de l'huile et de la graisse. Celte masse grossière doit être mangée chaude, et ne peut même se conserver froide. Les tournesols ou soleils, qui sont en abondance dans toutes ces régions , ne servent qu'à donner une huile dont les sauvages se frottent, et qu'ils tirent plus ordinairement de la graine que de la racine de celte planle. Les patates, si communes dans M liée et dans le conlineu . de l'Amérique méridionale, ont été semées avec sqfii ces dans la Louisiane. L'usage continuel que les nations du nord faisaient (W pélun , tabac sauvage qui croît ici de toutes parts , a fait dire à quelques voyageurs qu'elles en avalaient la fumée, et que c'était une de leurs nourritures; mais le P. Charlevoix traite ce récit d'erreur, el le croil fondé sur la soluiéw naturelle de tous ces peuples, qui les fait résister long-temps à la faim- " ajoute que, depuis qu'ils ont goûté de notre tabac, ils ne peuvent pivsq"0
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Plus souffrir leur pétun , . article, ,lit-il, sur lequel il est fort aisé „„ ,„ ,a. lisfairc, parce eju'aroo un peu d'attention au choix du terrain, on en trouve ne 1res favorables à la culture du tabac. »
Après les soins domestiques, l'occupation des femmes, dans les cabanes, est de faire du (il des pellicules intérieures de l'écorce d'un arbre appelé bois Jane dans leur langue : elles le travaillent S peu prés comme nous apprêtons le chanvre. Ce sont les femmes aussi qni préparent les teintures. D'autres s'exercent à de petits ouvrages d'écorec, qu'elles ornent de figures avec du poil de porc-épic. Elles font des tasses et d'autres ustensiles de bois; elles peignent et bordent des peaux do chevreuils; elles tricotent des ceintures et dos Jarretières de la laine de bœuf. Au contraire, les hommes se targuent de leur Oisiveté , et passent on effet la moitié de leur vie dans l'inaction , d'après le Principe que le travail les dégrade et n'est un devoir que pour les femmes ■ ils oc se croient faits que pour la guerre, la chasse et la pêche. Cependant ils fabri- '[iirnl oux-méines tous les instruments qui servent à ces exercices, tels que les armes, les filets et les canots. Les raquettes et la construction des cabanes sont aussi leur partage; mais le plus souvent ils se font encore aider par leurs len.mos. Avant qu'ils eussent reçu do nous des haches et d'autres outils, ils avaient des méthodes fort singulières pour couper les arbres et les mettre' en œuvre. Ils les brillaient d'abord par le pied , et , pour les couper on les fendre- Us avaient dos haches de cailloux qui ne cassaient point, mais qui demandaient une patience extrême pour les aiguiser. Fallait-il les eniuianclier. ils coupaient la tête d'un jeune arbre, et, faisant une entaillure au sommet du «onc, connue pour le grcllèr, ils y inséraient la tête do leur hache. L'arbre, lui se refermait en croissant, ne pouvait manquer de la tenir fort serrée: alors ils coupaient le petit tronc .le la longueur qu'ils voulaient donner à leur «anche.
Ilaliitatieus. Buurrraites. Quartiers d'hiver.
Leurs bourgades , ou leurs villages, n'ont point ordinairement défigure "'iinhère. Dans la plupart des anciennes relations, on les représente rondes, 1 peut-ôtre ifavaienl-clles pas alors d'autre ferme; mais ce n'est aujourd'hui lu'un amas de cabanes , sans alignement cl sans ordre, les unes eu simple 'l'IMitis, les autres en tonnelles, bâties d'écorce, soutenues de quelques l"""x, qurlqueli.is rcvèlues en dehors d'un enduit de terre assez grossier , ''>< Un mol construites avec moins d'art , de consistant»! et de propreté que '"'"es des castors. Elles «m quinze ou vingt pieds de large sur une longueur '"•'linaire de cent pieds \vec celle dimension, qui est la plus commune', elle»
— MO — ont plusieurs feux , car un feu n'occupe jamais plus (le trente pieds. Si le rezde-chaussée ne suffit pas pour contenir tous les li ts , ceux des jeunes gens sont sur une espèce d'estrade élevée de cinq ou sis pieds , qui règne le long de la cabane; les meubles et les provisions sont au dessus, rangés sur des soliveau* qui traversent l'édifice. L'entrée offre une sorte de vestibule , où les jeunes gens donnent en été, et qui sert de bûcher pendant l'hiver. Les portes ne sont que des écorces suspendues comme nos stores , et ne forment jamais bien. Ces édifices n'ont ni fenêtres, ni cheminées; une ouverture qu'on laisse au milieu du toit, et qu'on est obligé de boucher dans le temps de neige ou de pluie, donne quelque passage a la fumée ; mais souvent il faut éteindre le feu, si l'on ne veut risquer de perdre la vue.
Ces barbares se fortifient mieux qu'ils ne se logent. On voit des villages entourés d'assez bonnes palissades, avec des redoutes, où des provisions d'eau et do pierres ne manquent jamais. Les palissades sont doubles , et quelquefois triples ; elles ont ordinairement des créneaux à la dernière enceinte. Les pieux dont elles sont composées sont entrelacés de branches d'arbres qui ne laissent aucun vide. Ces fortifications suffisaient pour un long sié"e lorsque les Américains ignoraient l'usage des armes à feu. Chaque village offre une grande place, mais on en voit peu de régulières. Autrefois, dit-ou, les Iroquois bâtissaient mieux que les autres nations, et mieux qu'ils ne bâtissent eux-mêmes aujourd'hui. On voyait dans leurs édilices des figures en relief, d'un travail à la vérité fort grossier; mais depuis qu'une suite do guerres a détruit la plupart de leurs bourgades , ils n'ont point entrepris de les rétablir. Avec si peu d'empressement à se procurer les commodités de la vie dans leur séjour ordinaire, on juge aisément qu'ils n'apportent pas plus de soin à leurs campement» dans leurs voyages et dans leurs quartiers d'hiver. Le Jeune, jésuite missionnaire, qui, pour apprendre la langue des mon lagnards, prit le parti do les suivre dans uno chasse d'hiver, en donne une description curieuse.
. Ces Américains, dit-il, habitent un pays fort rude et fort inculte , mais qui l'est encore moins que celui qu'ils choisissent pour leurs chasses. Il fan' : uaL-cher long-temps pour y arriver, et porter sur le dos toutes les provisions nécessaires dans un voyage de cinq ou six mois, par des chemins où l'on •'" comprend pas que les bêtes fauves puissent passer. Si l'on n'avait pas la précaution de se fournir d'écorec d'arbre, on no trouverait pas do quoi so mrllr» à couvert de la pluie et delà neige. En arrivant au terme d'une si pénible marche, ou se procure un pou plus de commodité, ce qui ne consiste qu'à se défendre ou peu mieux des injures de l'air. Chacun y travaille. Les missionnaires, qui n'avaient personne pour les servir, et pour qui les sauvages n'avaient »"'
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Cime considération, n'étaient pas plus ménagés que les derniers des chasseurs ; ils n'avaient pas même de caLane séparée , et leur logement était dans la première où l'on consentait à les recevoir. Ces cabanes , chez la plupart des nations algonquines, sont à peu près de la forme de nos glacières, c'est-à-dire rondes, et terminées en cône; elles n'ont pour soutien que des perches plantées dans la neige, jointes ensemble par les bouts, et recouvertes d'écorces mal assemblées et mal attachées : aussi ne garantissent -elles d'aucun vent. Leur construction demande à peine une heure de temps. Les branches de sapin y tiennent lieu de nattes, et servent de lits. Les neiges qui s'accumulent à l'entour forment une espèce de parapet. La fumée des feux remplit tellement le haut de la cahane, qu'on n'y peut être debout sans avoir la tête dans une espèce de tourbillon; souvent on ne distingue rien à la distance de deux ou trois pieds. On perd les yeux à force de pleurer , et quelquefois , pour s'y faciliter un peu la respiration, il faut se tenir couché sur le ventre, avec la bouche presque collée contre terre. On aimerait mieux rester dehors, si le temps le s'y opposait : tantôt c'est une neige dont l'épaisseur obscurcit le jour -, tantôt un vent sec qui coupe le visage , et qui fait éclater les arbres dans les forêts.
A. de si cruelles incommodités il faut
en ajouter mie autre, c'est la persécu-
tion des chiens. Les sauvages en ont toujours un grand nombre qui les suivent sans cesse, et qui leur sont extrêmement attachés; peu caressants, parce 'l'i'on ne les caresse point, mais infatigables et fort habiles chasseurs. On les dresse de bonne heure pour les différentes chasses. Le soin de leur nourriture n'occupe jamais leurs maîtres ; ils ne vivent que de ce qu'ils peuvent trouver : aussi sont-ils toujours maigres, et si dépourvus de poil, que leur nudité les rcndforl sensibles au froid. S'ils ne peuvent approcher du feu, où ils ne pourraient tenir tous quand il n'y aurait personne dans la cabane , ils se couchent sur les premiers lits qu'ils rencontrent , et souvent on se réveille la nuit , presque étouffé par une troupe de chiens. En vain s'efforce- 1- on de les chasser, p reviennent aussitôt. Leur importunité recommence au jour. Ils ne voient traître aucun aliment dont ils ne prétendent leur part. Un pauvre mission- "itire, à demi couché proche du feu, luttant contre la fumée qui lui permet à I'-ïh,. de lire son bréviaire, est exposé aux insultes d'une multitude de chiens 'lui passent et repassent devant lui, en courant après un morceau de viande ftu'ils ont aperçu. Lui présente-t-on quelque chose à manger, il est embarrassé * se défendre contre ceux qui l'attaquent de front , cl lorsqu'il croit sa portion S|"ire, il en vient un par derrière qui lui en enlève la moitié, ou qui la fait tomber dans les cendres. Mais la faim devient souvent le pire de tous les *«ux. On a compté sur la chasse, qui ne donne pas toujours. Les provisions ^'U un s'est chargé s'épuisent bientôt. Quoique les sauvages sachent suppor- 1- 5G
ter la faim, ris se trouvent quelquefois réduits à de si grandes extrémités, qu'ils y succombent, i Le missionnaire d'après lequel on écrit fat obligé , dans cette course, de manger des peaux d'anguilles et d'élans dont il avait raccommodé son habit; après quoi il vécut déjeunes branches el.de la plus tendre écorce des arbres. Sa santé n'en souffrit point ; mais la même épreuve en a fait périr beaucoup d'autres.
Guerre. Ma mère du l'aminciT, Préparatifs. Conseils et festins. Jongleurs et grimaces.
La guerre, dans toutes ces nations , est la plus solennelle comme la plus importante de leurs entreprises. Charlevoix, se trouvant, en 1721, au fort de Catarocoui , fut témoin delà manière dont elle s'annonce. "Vers le milieu de la nuit, lorsqu'il pensait â se retirer, il entendit un horrible cri. On lui dit. que c'était le cri do guerre, et bientôt, il vit une troupe de Misalsagués qdj entraient dans le fort en chantant. Ces sauvages, amis des Français, s'étaiefl laissé engager dans une guerre que les Iroquois Taisaient aux Chéraqais, peuple assez nombreux, qui habite un beau pays au sud du lac Erié. Trois oïl quatre do ces braves, dans un équipage terrible, suivis de presque tous les sauvages qui demeuraient aux environs du fort, après avoir parcouru les cabanes en chantant leurs chansons militaires, au son d'un instrument qu'ils nomment ehtefdk&ué , venaient l'aire entendre la môme musique dans le fort à l'honneur du commandant. « J'avoue, dit le voyageur, que celte cérémonie inspire de l'horreur, et que jusque alors je n'avais pas encore si bien senti q«e j'étais chez des barbares. Leur chant a toujours quelque chose de lugubre; mais ici je le trouvai effrayant. »
il paraît que , dans ces chansons , on invoque le dieu de la guerre : c'est le même que les Murons nomment Aresltoui, et les Iroquois Agreskouë. Quoique soit tout à la fois le souverain des dieux , le créateur ot le maître du monde, lfl génie qui gouverne tout, et, suivant l'expression sauvage, te grand esprit, '' est particulièrement invoqué pour les expéditions militaires, commesi la qW lité qui lui fait le plus d'honneur était celle de dieu des armées. Son nom esj le cri de guerre au fort du combat ; dans les marches même, on le répéta souvent pour s'encourager et pour implorer son assistance.
lever la hache, c'est déclarer la guerre , et chaque particulier en a le drotti mais s'il est question d'tine guerre dans les formes entre deux on plusieurs notions, la manière de s'exprimer est de ntsjtendre la chaudière: on lui don"0 pour origine l'usage barbare de manger les prisonniers et ceux qui ont été tués, après les avoir fait bouillir. Une autre expression pour signifier qu'0" va faire une guerre sanglante est de dire simplement qu'on ni manger <""'
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»««»». S'il faut engager un allié dans sa querelle, on lui envoie une pomelame, cest-u-d.rc une grande coquille, pour l'inviter à boire du sang ou suivant lej termes établis, du bouillon do la cbair des ennemis. Quelque'fois eest un pavillon teint do sang qu'on envoie; mais cet usage est moderne, et les sauvages on ont apparemment pris l'idée a la vue des pavillons blancs in Français et du pavillon rouge des Anglais. On omit même que nous nous en sommes servis les premiers av„c eux, et qu'ils ont imaginé d ensanglanter les leurs pour les déclarations de guerre. Le ,„/„,„,,, Ifera, plo,e aussi, n,a.s orné de plumes rouges. D'aille„rs, comme il est plus en usage pour les négociations cl les traités de paix, on en remet la description a cet article.
11 est rare que les sauvages refusent la guerre lorsqu'ils j sont invités par leurs alliés. Souvent même sans invitation, le moindre motif les y déter
." h surl0llt celui de la vengeance: car ils ont toujours à venger quelque
injure, ancienne ou nouvelle, et le temps ne ferme jamais ces plaies Aussi la paix est -elle toujours incertaine entre deux nations qui ont été lon»-tomns ennemies. Le désir do remplacer les morts par des prisonniers, ou d"apaiser leurs ombres, le caprice d'un particulier, un songe, et d'autres prétextes fout souvent partir pour la guerre une troupe d'aventuriers qui no pensaient à rien moins le jour précédent. A la vérité , ces petites expéditions , qui so font sans l'aveu du conseil, et qui ne demandent pas de grands préparatifs, sont ordinairement sans conséquence; mais, en général, on n'est pas fâché, dans une nation, do voir les jeunes gens s'exercer, et l'on nes'y oppose guère sans de fortes raisons; encore n'y oinploic-t-on point l'autorité, parce que chacun est le maître do ses résolutions. On intimide les uns par do faux bruits on sollicite adroitement les autres, on engage par des présents les chefs à rompre la partie, ce qui n'est jamais fort difficile , puisqu'il ne faut qu'un songe , vrai ou supposé. Dans quelques nations, la dernière ressource est l'intervention 'les matrones, dont l'elfe! est presque toujours certain ; mais on n'y a recuis que dans les occasions importantes.
I ne guerre qui intéresse toute la nation ne so décide pas si légèrement. Les inconvénients et lesavantages eu sont long-temps balancés, et, pendant les délibérations , on écarte avec beaucoup do soin tout ce qui pourrait inspirer îuelque défiance à ['ennemi. Aussitôt que la guerre est résolue, on pense aux Provisions d'armes et do vivres : elles no demandent pas beaucoup de temps; «jais les cérémonies superstitieuses, qui sont fort variées parmi tous ces peuples, entraînent plus de longueurs. Celui qui doit commander ne pense à forcer son corps de troupes qu'après un jciine de plusieurs jours, pemlanl les, 'l"els il esl peint de noir et n'a de communications avec personne. Son unique
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— 4M — soin est d'invoquer jour et nuit son génie protecteur, et d'observer attentivement ses propres songes. Dans l'opinion qu'il a de lui-même , il croit la victoire certaine; et cette présomption, commune à tous ces barbares, no manque point de lui procurer des songes tels qu'il les désire. Après son jeûne, il assemble les guerriers, et, le collier de porcelaine à la main, il leur lient ce discours : . Mes frères, le grand esprit autorise mes sentiments et m'inspire. Le sang d'un tel n'est point essuyé, son corps n'est point couvert, et je veux m'acquitter de ce devoir. » II continue d'exposer les motifs qui lui font prendre les armes; ensuite il ajoute : « Ainsi , je suis résolu d'aller dans tel pays lever des chevelures ou faire des prisonniers w; ou bien : « Je veux manger telle nation. Si je péris dans celte glorieuse entreprise, ou si quelqu'un de ceux qui voudront m'accompagner y perd la vie , ce collier servira pour nous recevoir, et nous ne demeurerons pas couchés dans la poussière ou dans la boue »; c'est-à-dire, comme Charlevoix l'explique, que le collier sera pour celui qui prendra soin d'ensevelir les morts. En finissant, il met son collier à terre. Celui qui le prend se déclare, par l'action mémo, son lieutenant-général , et le remercie du zèle qu'il fait éclater pour la vengeance de son frère ou pour l'honneur de la nation. Aussitôt on fait chauffer de l'eau ; on Ole son
masque noir au chef; on accommode ses cheveux
quon graisse et qu'on
peint; on lui met différentes couleurs au visage; enfin on le couvre de sa plus belle robe. Dans cette parure, il chante, d'une voix sourde, sa chanson de mort; ensuite ses soldats, c'est-à-dire ceux qui se sont offerts pour l'accompagner, car on ne contraint personne, entonnent aussi, l'un après l'autre, leur chanson de guerre. Chacun a celle tic sa famille, qu'il n'est pas permis aux autres de chanter.
Après ces préliminaires , qui se passent quelquefois dans un lieu écarté , le chef va communiquer son projet au conseil, et l'on en délibère. Lorsque l'entreprise est approuvée, il fait un festin, dont le principal et souvent l'unique mets est un chien. Quelques uns prétendent qu'avant de mettre cet animal dans la chaudière, on l'offre au dieu de la guerre. Cette fête dure, on piolet se réitère plusieurs jours ; mais quoique toute la nation en paraisse uniquement occupée, chaque famille prend des mesures pour s'assurer quelque part des prisonniers. On fait des présents au chef, qui s'engage par sa parole, et qui donne même des gages. Au défaut des prisonniers, on demande des chevelures, et celte faveur s'obtient plus facilement.
Chez les Iroquois , lorsqu'une expédition militaire est résolue , on met sur le feu la chaudière de guerre, et leurs alliés sont avertis d'y apporter quelque chose, pour faire connaître qu'ils approuvent l'entreprise et qu'il3 y veulent contribuer, 'tous les particuliers qui s'enrôlent donnent au chef un
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morceau do bois, avec leur marque, et celui qui retirerait sa parole, après cel engagement, sérail déshonoré sans retour.
Le corps militaire n'est pas plus tôt formé, qu'un nouveau festin succède. Joute la bourgade y est invitée , et le chef, avant qu'on touche à rien , parle dans ces termes : , Mes frères, je sais que je ne suis pas encore un hommecependant vous n'ignorez pas que j'ai vu quelquefois l'ennemi d'assez prés Nous avons été tués, les os de tels et tels sont encore découverts cl crient contre nous; il faut les satisfaire. C'étaient des hommes : comment avonsnous pu les oublier, et demeurer si long-temps tranquilles sur nos nallesî Enfin, l'esprit qui s'intéresse à ma gloire m'inspire de les venger. Jeunesse prenez courage, rafraîchissez vos cheveux, peignez-vous le visage, remplissez vos carquois. Faisons retentir nos bois de chants guerriers, désennuyons nos morts, apprenons-leur qu'ils seront vengés. »
Après les applaudissements que ce discoure ne manque point d'exciter le chef s'avance au milieu de l'assemblée , son casse-léte à la main , et chante. Tous ses soldats lui répondent en chantant, et jurent de vaincre ou de périr. Leurs chansons et leurs serments sont accompagnés de gestes fort expressifs; mais il no leur échappe rien qui marque la moindre dépendance. Tout se réduit à promettre beaucoup d'union et de courage. D'ailleurs, l'engagement qu'ils prennent avec le chef l'assujettit lui-même à plusieurs devoirs. Chaque fois, par exemple , que , dans les danses publiques , un sauvage, frappant de sa hache le poteau qu'on dresse exprès au milieu du cercle, rappelle à l'assemblée ses plus belles actions, le chef est obligé de lui faire quelque présent. Les chants sont suivis de danses. Quelquefois ce n'est qu'une marche Gère , mais cadencée; plus souvent ce sont des mouvements assez vifs et des figures qui représentent les opérations d'une campagne. Enfin le repas termine la cérémonie. Le chef militaire n'en est que spectateur, la pipe à la bouche; et c'est un usage assez commun dans tous les festins que celui qui en fait les honneurs ne touche à rien. Les jours suivants, et jusqu'au départ des guerriers, il se passe mille autres singularités, mais si différentes dans chaque nation, que, pour ne pas trop nous étendre, nous nous bornerons à citer l«i usage particulier aux Iroquois. Les plus anciens de la troupe guerrière ont aux jeunes gens, surtout à ceux qui n'ont pas encore vu l'ennemi , toutes 'es insultes dont ils peuvent s'aviser : ils leur jettent sur la tête des cendres *audos; ils leur font les plus sanglants reproches, ils les frappent, les acca- ■ent d'injures, et poussent celle comédie aux dernières extrémités. Il faut Souffrir tout avec une insensibilité parfaite : le moindre signe d'impatience "ait juger ou jeune soldat indigne de porter jamais les armes. Comme l'espérance d'éviter la mort et de guérir des blessures sert beau-
coup à soutenir le courage, on prépara diverses sortes de drogues. C'est le soin des jongleurs de la nation. En de ces imposteurs déclare qu'il va communiquer aux racines et aus plantes dont ils ont fait provision la vertu de guérir toutes sortes de plaies , et celle même de rendre la vie aux morts. Il chante, ses collègues lui répondent, et l'on suppose que, pendant leur concert, la vertu médicale se répand sur toutes leurs drogues. Ensuite le principal jongleur en l'ail l'épreuve. Il commence par se faire saigner les lèvres; il ï applique son remède : le sang', qu'il suce avec adresse , cesse de couler, et les spectateurs applaudissent par des cris. 11 prend un animal mort, et laisse aux curieux tout lo temps de s'assurer qu'il est effectivement sans vie : lorsqu'il voit tous les assistants bien persuadés, il lui souille dans la gueule des poudres d'herbes qui semblent le faire remuer. Les relations ajoutent que c est a l'aide d'une canule qu'il lui insère sous la queue, et que , dans le fond , ces artilices n'en imposent à personne, mais qu'ils amusent le peuple. Ou eu rapporte un autre qui est particulier aux Miamis , et peut-être à quelques autres nations de la Louisiane. Après le festin, les jongleurs placent sur une sorte d autel des peaux d'ours dont la télé est peinte en vert. Tous les sauvages passent devant en fléchissant le genou , et les jongleurs qui conduisent la bande portent un sac qui contient leurs simples, et tout ce qu'ils emploient dans leurs opérations. Chacun s'efforce de se distinguer par des contorsions extraordinaires, et ceux qui en inventent de nouvelles reçoivent de» applaudissements. Ensuite tout le monde danse , avec beaucoup de confusion , au son du tambour et du chickikoué ; mais pendant la danse, plusieurs feignent ,1'cxpirar, et les jongleurs leur mettent sur les lèvres une poudre qui es fait revivre. Cette farce, qui dure quelque temps, est suivie du sacrilice. Le président de la fête, accompagné de deux hommes et de deux femmes, commence par visiter toutes les cabanes, et met les deux mains sur I, té» ' tous les sauvages qu'il rencontre. Comme les victimes sont des chiens , on entend bientôt de foutes parts les cris de ces animaux qu'on égorge en fort grand nombre, el ceux des sauvages qui semblent affecter de les contrefaire- Apres 1 immolation, lcs viandes sont cuites dans les chaudières, offertes au" gemes et mangées ; ensuite on brûle les os. Cependant les jongleurs ne cesse»' point de ressusciter de faux mom, ol u cérémonie se termine par des présents que chacun fait à ces imposteurs.
Ui'pSLl. Hiuvhy ùt, ra,mft Xnm Goml)a,
Depuis le moment où la guerre est résolue , jusqu'au départ des guerriers, on passe les nuits à chauler, ellesjoursà faire des préparant. On envoi"
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chanter la guerre chez les voisins et les alliés, qu'on 9 déjà disposés par Des négociation» secrètes, si la marche doit se faire par eau, on conslruil ou l'on "■pare les canols ; si c'est en hiver , on se fournil do raquettes et de traîneaux les raquettes, sans lesquelles on ne peut voyager sur la neige, oui environ (uns pieds de long cl quinze ou seize pouecs dans leur plus grande largeur , leur forme est ovale , excepté que le derrière se termine en pointe. De petite bâtons qui les traversent à cinq on six pouces des doux toute servent à les affermir, cl celui du devant est comme la corde d'une ouverture en arc, où l'on met le pied , qu'on y assujettit avec des courroies. Le tissu de la raquette esl de lanières do cuir larges de doux lignes, et le contour est d'un bois léger dure, au feu. On ne peut se servir de Cette chaussure sans tourner un peu les genoux on dedans , et sans tenir les jambes écartées , ce qui est d'abord assez gônant ; niais l'habitude y fait trouver tant de facilité , qu'on croit n'avoir rien aux pieds. L'usage des raquettes est impossible avec nos souliers ; un Européen doit prendre ceux des sauvages, qui ne sont que des chaussons de peau boucanée , plissés par dessus à l'extrémité du pied , et liés de plusieurs cordons. Les traîneaux , ou imlues on langage français du Canada, son à porter le bagage , et, dans l'occasion , les malades et les blessés. Ce sont deux petites planches fort minces, chacune d'un demi-pied de largeur, sur six ou sept de long. Les devants en sont un peu relevés , et les côtés sont bordés de Petites bandes , où l'on attache des courroies pour assujettir ce qu'on veut Porter. Quelque charge qu'on y mette, un seul sauvage suHH pour traîner une de ces voitures , à l'aide d'une longue bande de cuir qui passe sur la poitrine «qu'on appelle eollier. Los mèros se servent aussi de traîneaux pour porter eurs entants dans leurs berceaux ; mais c'est sur le front qu'elles appuient leur collier.
Le jour du départ arrive, et les adieux se font avec tous les témoignages 0 une vive tendresse. Chacun veut conserver quelque chose qui ait été a l'usage des guerriers. S'ils entrent dans une cabane on prend leur robe pour 'eur en donner une meilleure ou d'égale bonté. Enfin, ils se rendent chez le «■bel, qu'ils trouvent armé, comme il n'a pas eesséde l'être détails qu'il porte « titre. Il leur fait une courte harangue, et sort ensuite de sa cabane en «amant sa chanson do mort. Tous le suivent à la file , dans un profond sience, et la même discipline s'observe chaque jour au matin , lorsqu'on se re- "let eu marche. Les femmes onlpris les devants avec les provisions; aussitôt |i»e les guerriers les rejoignent , ils leur remettent leurs robes, et demeurent Presque nus , autant du moins que la saison le permet. Autrefois les armes de ces peuples étaient l'arc et la flèche, avec une espèce « javelot armé de pointes d'os , et le mtwmtm ou le casse-lètc , qui était une
petite massue de bois très dur, dont U tête était ronde , mais tranchante d'un côté. La plupart n'avaient aucune arme défensive, et s'ils attaquaient un retranchement, ils ne se couvraient le corps que de petites planches légères , ou d'un tissu de jonc ; ils employaient; même alors des cuissarts et des brassards de même matière. Mais cette armure n'étant point à l'épreuve des armes à feu , ils y ont renoncé , sans avoir rien trouvé à lui substituer. Les sauvages occidentaux se servent toujours de boucliers de peau fort légers cl capables de résister aux balles; on s'étonne que les autres nations n'aient pas pris d'eux cet usage. Lorsqu'ils peuvent se procurer des fusils , de la poudre et du plomb, ils abandonnent leurs flèches, et tirent très juste. On s'est repenti plus d'une fois de leur en avoir donné dans le commerce, et l'on accuse W Hollandais d'avoir commencé pendant qu'ils étaient en possession de la Nota vellc-York.
Les sauvages ont des enseignes pour se reconnaître et se rallier. Ce sont de petits morceaux d'éeorce , coupés en rond , sur lesquels ils tracent la maf que de leur nation ou de leur bourgade , et qu'ils mettent au bout d'une pef che. Si le parti est nombreux , chaque famille a la sienne , avec sa marqU" dislinctive. Les armes sont ornées aussi de différentes figures , quelquefois & la marque particulière du chef; et chacun , suivant son caprice, a le visage peint de quelque horrible ligure. Mais ce qui n'attire pas moins d'attention que les armes } et ce qui se conserve encore plus soigneusement , ce sont le* Manitous sous lesquels chacun se représente son génie protecteur. On 'eS met tous dans un sac de jonc, peint de différentes couleurs, et souvent, poitf faire honneur au chef, on place ce sac à l'avant de son canot. Si le noroW* des Manitous est trop grand pour un seul sac, ils sont distribués dans pi'1" sieurs, qu'on remet à la garde du lieutenant et des anciens de cliaq1"' famille. On y joint les présents qu'on a reçus en échange de quelque prisonniers, avec les langues des animaux qu'on tue pendant la campagne et qui doivent être offertes aux esprits.
Dans les marches par terre, le chef même part chargé de son sac, qu'on nomme sa natte ; mais il est en droit de se décharger de ce fardeau sur ceb*» qu'il veut choisir , et personne ne refuse cet office , parce qu'on y allache un" distinction qui le rend Tort honorable ; il donne un droit de survivance P'11"' le commandement , si le chef et son lieutenant meurent pendant la guerre.
Supposons le corps de troupes embarqué : les canots s'éloignent <fab(ll'( un peu, et se tiennent fort serrés sur une même ligne; alors le cltcf se \è&i et , un chickikoué à la main , il entonne sa chanson , et ses soldats lui répo"* dent en criant trois fois He, d'un ton lugubre, et tiré avec ellbrl: du ereuxde If* poitrine. Les anciens et les chefs du conseil , qui sont restés sur la rive, <*"
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— M9 — liorlait les guerriers au jeroir, « surtout S segaraiffir i ' » Plus nécessaire aux sauvages , et eclui dont ils profitent |, tataton n'interrompt point le elief , q„i ehmte toujours. Enfin les guerriers conjurent leurs parents et leurs ami. de ue pas les ouMier; ensuite, poussant d'aflroux hurlements, ils parlent avec une vitesse qui les fait lui ,161 disparaître. Les [lurons et les Iroquois n'ont pas l'usage du chiekikoué dans leurs guerres, mais ils en donnent à leurs prisonniers, el cri instrument <l'u est pour les autres un aiguillon de valeur, semble n'être parmi ouï qu une marque d'esclavage.
Les guerriers ne font ordinairement que ,1e petites journées, surtout lors- '|u une troupe est nombreuse. D'ailleurs, ils tirent des présages de tout ce 'Pi ds rencontrent en chemin, el les jongleurs, dont l'office est de les espli- 'Pier , avancent et retardent leur marche à leur gré. Aussi long-temps qu'on oc se croit point dans un pays suspect , on néglige toutes sortes de précaurans : chacun chasse de son coté, et souvent on ne trouverait pas deux ou Uns guerriers ensemble; mais à quelque distance qu'on ait pu s'écarter •oui le monde se rassemble à l'heure et dan. le lien marqués par le chef I In Çampc long-temps avant le coucher du soleil. L'usage commun est de laisser 'levant le camp un grand espace , environné d'une palissade, ou plutôt d'une RBèce de treillage , pour y déposer les Manitous. On les y invoque le soir , Pendant nue heure entière, et cet acte de religion se renouvelle tous les ma- 'Uis avant le départ. 11 dissipe toutes les craintes, et l'armée dort ou marelle 'fanqnillement, sous la protection des esprits. L'expérience n'ayant jamais ■trompé ces barbares, on ne peut attribuer une si forte confiance qu'à l'ex- ^s de leur ignorance, ou de leur paresse.
Lorsqu'ils arrivent à l'entrée dos terres ennemies, ils s'arrêtent pour une grémonie fort étrange. Le soir on fait un festin, après lequel on s'endorl. Au poil, ceux qui se souviennent d'avoir ou quelque songe vont de feu en feu «amant leur chanson de mort, dans laquelle ils font' entrer leurs songes \ Mis sous des expressions énigmatiques. Chacun s'efforce do les deviner , et si Personne n'y réussit , il est permis à ceux qui les ont eus de s'en retourner a "Ur bourgade. Cet usage est d'une grande ressource pour les polirons. On «il ensuite de nouvelles invocations aux esprits ; on s'anime par des bravades 1 par ,les promesses mutuelles. Enfin la troupe se remet en marche , cl si «t par eau qu'on est venu, on quille les canuls, qu'on cache avec le Jus grand soin, liés ce moment, on ne doit plus faire defeux, plus décris, 1 "s de chasse. Le silence doit être gardé jusqu'à ,,„ se parler que par signes ; JfJS ces lois s'observent mal. Cependant on ne néglige point , à l'entrée de " «nit, d'envoyer des coureurs; s'ils reviennent doux ou trois heures après
sans avoir rien vu, ou s'endort, et la garde du camp est encore abandonnés aux Manitous.
Aussitôt qu'on a découvert l'ennemi , on se hâte do le faire reconnaître, et, sur le témoignage des coureurs, on lient conseil. L'attaque se fait ordinal nient à la pointe du jour, temps où l'on suppose l'ennemi dans le plus pW" fond sommeil , et toute la nuit on se tient couché sur le ventre, sans changer de pince. L'approche se fait dans la même posture, eu se traînant sur 1^ pieds et sur les mains , jusqu'à la portée des llèches ou du fusil. Alors tous se lèvent; le chef donne le signal , auquel toute la troupe répond par d'horritf* hurlements. Elle l'ait en même temps sa première décharge , et, sans laisse'' à l'ennemi le temps de se reconnaître, elle fond sur lui , le casse-tête à » main. Depuis qu'aux casse-lêtesde bois ces barbares ont substitué de petit* haches, auxquelles ils donnent le même nom, les mêlées sont plus sangla»* tes. Après le combat , on lève les chevelures des morls et des mourants, c' Ion ne pense à faire des prison uiers que lorsqu'on voit l'ennemi en plej** fuite , sans aucune marque de résistance. Si l'on s'aperçoit qu'il se rallie, o" qu'Use couvre de quelque retranchement , on se retire, pourvu néanrooi»8 qu'il soit encore temps: car, dans le doute, on prend la résolution delepo09ser, et ces renouvellements de combat coûtent quelquefois beaucoup (h- s;ui^' Toutes les relations nous l'ont une effrayante peinture d'un camp forcé. La férocité barbare des vainqueur*, et le désespoir des vaincus, qui savent à q"6' traitement ils doivent s'attendre s'ils tombent entre les mains de leurs eflfl*' mis, font faire aux uns et aux autres des elfurls dont h: seul réeii fait frémi''- Aussitôt que la victoire est certaine, tes vainqueurs commeneenl par- se défit""1 de ceux qu'ils auraient trop de peine à garder, et ne cherchent plus qu'à lasst»' les antres, pour taire des prisonniers.
En général, on nous représente ces peuples naturellement, intrépides, * capables, malgré leur férocité brutale, de conserver beaucoup de saug-li'"'1' dans l'action même. Cependant ils ne se mêlent et ne combattent en pie»11 champ que lorsqu'ils ne peuvent l'éviter. On en donne pour raison qu'ils 8* 'regardent point comme une victoire celle qui est teinte du sang des vainqueurs , et que la principale gloire du chef consiste à ramener ses suidais sans blessures et sans perte. Lalitau raconte que, si deus ennemis qui se sont connus se rencontrent dans un combai , il se But entre eux des dialogues ass^ semblables à ceux des héros d'Homère. Il serait diflicile de supposer un <""' tretiende cette nature dans une mêlée aussi vive qu'on I ;( déuritc; mais o" conçoit que, dans les petites rencontres, au passage d'un ruisseau, ou vira' vis d'un retranchement qu'on veut forcer , les guerriers peuvent se défier |'-"' quelques bravades. Leurs guerres, dit Charlevoix, se font presque toujours
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Par surprise. Autant ils négligea-! Los précautions qui peuvent Les mettra à couvert, autaulapporlenl-ils d'adresse et de soin a si ms un la-
tent qui approche de l'instinct pour connaître si l'on a passé dans quelque '■en. Sur les herbes les plus courtes , sur la terre la plu* dure, sur les pierres menu', ils découvrait des trace» certaines, indres figures, par
feur distance, ils distinguent non seiileiiient les vestiges de» hommes do ceux des femmes, mais ceux des nations différentes. « J'ai douté long-temps, dit le même voyageur , s'il n'y trait pas de l'exagération dans ce que J'entendais raconter ; pourtant il m'est impossible de refuser ma confiance à l'unanimité des
témoignages. »
Retour. CttêmGeiis. Sofl dn eaptift,
S'il se trouve quelques captift que leurs blessures m s>crmeiient pas de transporter, ils sont brûlés aussitôt , et celte exécution se l'ail dans la première chaleur de la victoire, ou lorsqu'un est pressé de se retirer. Ils ont ordinairement moins à souifrii- que ceux qu'on réserve pour un supplice plus lent. L'usage, parmi quelques nations, BbBge le chef du parti vainqueur de laisser sur le champ do bataille son easse-tète , après y avoir tracé la marque de sa nation , celle de sa famille , et son portrait , c'est-à-dire un ovale avec toutes les figures dont il s'est peint le visage. D'autres représentent toutes ces Pfcrques sur le trône d'un arbre , ou sur son éeorce , avec du charbon pilé et Payé , mêlé de quelques couleurs. On y ajoute des caractères hiéroglyphiques lui peuvent apprendre aux passants jusqu'aux moindres circonstances non .Seulement du combat , mais encore di* tout ce qui s'est passé dans le cours de h campagne. On y reconnaît le chef par les marques ordinaires ; le nombre H ses exploits , par aulant de nattes; celui des prisonniers , par de petites figures d'hommes qui portent un bâton ou un chicklkoué ; celui des morts , lJar d'autre» figuré», mais sans tète, avec des dillérenees qui font distinguer m hommes, les femmes et les enfants. La retraite des vainqueurs est toujours Wt prompte, jusqu'à ce qu'ils se croient Lors de danger; et, de peur qu'elle Waoit retardée par leurs blessés, ils les portent tour à tour sur dos brancards cn été , el sur leur» traîneaux en hiver. En rentrant dans leurs canots , ils for- Bal ces malheureux de chanter, el cet insultant triomphe se renouvelle chaîne fois qu'ils rencontrent leurs alliés ou qu'ils passent sur leurs terres. Il en ÎWlte un festin à ceux qui reçoivent cet honneur; mais, en récompense, on les invite à caresser les captifs; et les caresser, en langage de guerre, c'est Jeur faire tout le mal qu'on peut inventer. Cependant il se trouve de 'l'ii les ménagent. Mais rien n'approche de l'attention qu'on apporte à les gar-
' jour, ils sont fiés par lo col: et par les bras à une des planches (lu canot ; ou si la marche se fait par terre, ils sont menés à la chaîne. Pendant te nuit, on les étend nus au grand air, les jambes et les bras attachés a des pieux , et le cou si serré, qu'ils ne peuvent remuer. Ils ont aussi les mains lt les pieds liés avec de fortes cordes qui ont assez de longueur pour être passées sous leurs gardiens ; de sorte qu'ils ne peuvent faire un mouvement dont o" ne soit averti.
A quelque distance de la hourgade , les guerriers s'arrêtent, et le chef f*1'1 donner avis de son retour. Le député s'avance à la portée de la voix , el pous* différents cris qui donnent une idée générale du succès et des principaux avènements de la campagne. II marque d'abord le nombre d'hommes qu'on a perdus par autant décris de mort. Aussitôt les jeunes gens se détachent pouf aller prendre d'autres informations , souvent même toute la hourgade y court; mais un seul homme aborde le député, apprend de lui les nouvelles qu'il aP* porte, et , se tournant à chaque ibis vers ceux qui l'ont accompagné , il les rf* pète d'une voix haute , avec toutes les circonstances. On lui répond par d# acclamations ou par des cris de douleur, suivant la nature des récits. Ensuis le député est conduit dans une cabane où les anciens recommencent les ffifr" nies questions. Lorsque la curiosité publique est satisfaite , un crieur invite la eà marcher au devant des guerriers, et les femmes à leur porter deS ra fraichissements.
Dans plusieurs nations, on ne s'occupe d'abord qu'à pleurer ceux qu'o»a perdus. Le député ne fait que des cris de mort. On ne va point au devant dÊ lui. Mais en arrivant il trouve tout le monde assemblé; il raeonte en peu dc mots les opérations de la campagne, el se retire dans sa cabane, où l'on3 lui envoyer des Vivres. Pendant quelques jours, toute la bourga^ pleure les morts. Ensuite on annonce la victoire par un autre cri. Alors, *&*' cun essuie ses larmes, et ne pense plus qu'à se réjouir.
Le moment où les femmes joignent les guerriers est comme l'ouverture d'1
supplice des captifs. Ceux qu'on destine à l'adoption sont mis à couvert par
leurs parents futurs, qu'on a soin de faire avertir, el qui vont les prendre*"
scz loin pour les conduire à leurs cabanes par des chemins détournés ; DJa*
tous ceux qui sont destinés à la mort , ou dont le sort n'est pas encore décidé,
■ ' adonnés à la fureur des femmes qui portent des vivres aux guerrier^
étrangers qui sont quelquefois témoins de celle scène admirent q»e
■ .■:: malheureux puissent résister à tous les maux qu'elles leur font souffla
[qu'une surtout a perdu, dans la dernière action ou dans les guerres
ées, son fils on son mari , ou quelque personne chère, fût-ce depuis n l,,i"'
'est une furie qui s'attache au premier qu'elle rencontre, et l'on "cli'
llll| llll|l II
reprend point de représenter jusqu'où sa rage l'emporte ; toutes les lois de a pudeur et de l'humanité sont oubliées. Chaque coup qu'elle porte à sa vi ll«ie ferait craindre qu'il ne fût mortel , si l'on ne savait combien ces barbares sont ingénieux à prolonger les plus horribles supplices. La nuit entière se Casse au camp, au milieu de ces abominables cruautés.
Le jour suivant est celui du triomphe des vainqueurs. On remarque, à donneur des Iroquois et de quelques peuples , qu'ils affectent dans cotte ocgsion autant de modestie que de désintéressement. Les chefs entrent d'abord ^uls dans la bourgade , sans aucun signe de leur victoire , gardent un profond silence , se retirent dans leurs cabanes , et ne marquent pas la moindre Prétention sur les prisonniers. Chez d'antres nations, le chef, au contraire Parcheà la tête de sa troupe, de l'air d'un conquérant. Son lieutenant suit Précédé d'un criour qui recommence les cris de mort, Les guerriers succèdent feux à deux. Entre les deux rangs marchent leurs prisonniers, couronnés do Jeurs, le visage et les cheveux peints, un bâton dans une main et le eliiekigué dans l'autre, le corps presque nu, les liras liés au dessus du coude, Rc une corde dont les deux guerriers tiennent les bouts. Cependant ils font pas l'air humilié ni souffrant. Ces infortunés chantent sans cesse leur ganson de mort au son du cbickikoué , et ce chant, dit-on, a quelque chose F lugubre et de fier. Voici à peu près le sens de ces chansons. « Je suis brave 'e suis intrépide; je ne crains ni la mort ni les tortures. Ceux qui les redoutent sont des lâches, et inoins que des femmes. La vie n'est rien pour un Pâme décourage. Que le désespoir et la rage étouffent mes ennemis ! Que gpuis-je les dévorer et boire leur sang jusqu'à la dernière goutte! »
On les arrête par intervalle ; on s'attroupe autour d'eux , et non seulement 01 danse , mais on les fait danser. Ils paraissent obéir volontiers. Ils raconglt les plus belles actions de leur vie : ils nomment tous ceux qu'ils ont tués D|< brûlés. Ils appuient particulièrement sur ceux dont ils jugent qu'on a dû Igretter vivement la perle. Il semble que leur vue soit d'animer contre eux les 'litres de leur sort. En effet, cette vanité leur coûte cher, cl leurs bravades Jettent en fureur ceux qui les entendent. Mais, à juger de leur disposition par gr air et leur langage, on croirait qu'ils prennent plaisir à leurs tourments, «elquefois on les oblige de courir entre deux rangées d'hommes armés de terres et de bâtons, qui frappent sur eux comme s'ils voulaient les assom-
ârrive jamais qu'ils y succombent : quoiqu'on
J**. Cependant il n'
**Pper à l'aveugle, cl que la seule fureur semble conduire le bras, on ob- ?*VQ de ne pas donner de coups qui puissent mettre la vie en danger. Dans l'"1' marche, chacun a droit de les arrêter pour leur faire quelque insulte. Il eur est permis de se défendre; maison sent qu'ils ne peuvent jamais êlre les
plus forls. Lorsqu'ils sont entrés dans la bourgade , on les conduit de cabane en cabane, et partout ils reçoivent quelque traitement cruel. Dans Tune, o" leur arrache un ongle ; dans une autre , on leur coupe un doigt , tantôt avec les dents , tantôt ave;: un mauvais couteau qu'on emploie comme une scie. U'1 vieillard leur déchire la ebait jusqu'aux os; un enfant les perce en mille endroits d'une alêne ; une femme les fouette impitoyablement jusqu'à ce que les bras lui tombent de lassitude. Mais les guerriers, quoiqu'ils soient encore leurs maîtres, ne mettent jamais la main sur eux. On ne peut môme les mutiler sans leur permission, qu'ils accordent rarement, et c'est la seule veB* prance qui soit exceptée. S'ils sont promenés dans plusieurs villages , soil (,L' la môme nation , soit de ses voisins ou de ses alliés, qui demandent cette fl*pèce de participation à la victoire, ils y sont reçus avec les mêmes excès lil1 barbarie.
On travaille ensuite à leur répartition , et leur sort dépend de ceux auï* quels ils sont livrés. Après la délibération du conseil , tout le monde est inv>ll! 0 s'assembler dans une place, où la distribution se fait sans contestation & sans bruil . Les femmes qui ont perdu leurs maris ou leurs enfants à la guerW ont ordinairement la première part au partage. On satisfait ensuite aux engagements que les guerriers ont pris avant leur départ. S'il ne s'y trouve poifl* [e eaplifs, on y supplée par des chevelures, et ceux qui en obtienne!»1 s'en parent aux jours de fêle; le reste du temps , elles demeurent suspendue5 à la porte des cabanes. Mais si le nombre des prisonniers excède celui des il|(" tendants , on fait présent du surplus aux alliés. D'ailleurs, un chef ne se remplace que par un chef, ou par deux ou trois esclaves , qui ne sont pas mou"1 brûlés, quand ceux qu'ils remplacent seraient morts de maladie. Les Iroquo'S destinent toujours quelques prisonniers pour le public , et c'est le conseil <ïl" en dispose. Cependant les mères de famille peuvent encore casser celle dis!'0' silion , et donner la vie ou la mort à ceux même qui ont reçu leur sente»1* du conseil. Dans les nations où les guerriers ne se dépouillent pas enti^6ment de leur droit sur les captifs , ceux en faveur desquels le conseil en a (l,î' posé sont obligés de les leur remettre, s'ils l'exigent; mais ils le font rare" ment, et la môme loi les oblige alors de rendre les sages qu'ils avaient n'i'H^
En général, la plupart des prisonniers de guerre sont condamnés à la flioft» ou tombent dans un esclavage fort dur, qui ne les assure jamais de la V*ft Quelques uns sont adoptés, et, dés ce moment, leur condition ne diffère l'I"1' de celle des enfants de la nation. En entrant dans tous les droits de ceux do» ient la place, souvent la reconnaissance ou l'habitude leur fait prendre de si bonne fui l'esprit national, qu'ils ne font pas difficulté de porte*
dans leur pairie. On observe que les Iroquois ug ne sont
soutenus qûe
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par la politique : leurs guerres continuelles avec In plupart des autres nations 'es auraient réduits presqua rien, s'ils n'avaient toujours naturalisé une partie de leurs prisonniers.
Quelquefois, au lieu d'eu envoyer l'excédant à d'autres villages, on eu donne à divers particulière qui n'y avaient aucune prétention ; mais le pouvoir qu'on leur laisse sur eux ne les dispense pas de se conduire par l'avis du conseil, tin sauvage à qui l'on fait présent d'un esclave l'envoie prendre par quelqu'un de sa famille et le fait attacher à la porte de sa cabane. Ensuite il assemble les chefe du conseil , cl , leur déclarant ses propres intentions , il leur demande ce qu'ils eu pensent. Ordinairement leur avis est conforme à ses fesire. S'il prend le parti d'adopter l'esclave, pour réparer quelque perte de sa famille, les chefs lui disent : « Il y a long-temps que nous sommes privés 'l'un lel , ton parent ou ton ami , qui était le soutien de notre bourgade ■ il BUt qu'il reparaisse ; il nous était trop cher pour différer davantage à le faire revivre. [Nous le remettons sur ta nalle dans la personne de ce prisonnier. « Sependant il y a des particuliers si considérés , qu'en leur faisant présent d'un captif on ne leur impose aucune condition ; et le conseil, en le remettant entre purs mains, s'exprime alors dans ces termes : « On le donne de quoi réparer la perte d'un tel , et nettoyer le cœur de ton père , de la mère , de ta femme B de les enfante. Soit que tu veuilles leur faire boire du bouillon de cette chair, ou que lu aimes mieux remettre le mort sur sa natte dans la personne Ste ee captif, lu peux en disposer à ton gré. » Un esclave qu'on adopte ainsi Ht conduit à la cabane où il doit demeurer. On commence par le délivrer 'le ses liens ; on Tait ensuite chauffer de l'eau pour lui laver toutes les parties du corps ; on pense ses plaies, s'il en a ; on n'épargne rien pour lui faire ou- 'ilier les maux qu'il a soufferte; on le nourrit bien; on l'habille proprement: un un mot, on ne traiterait pas mieux celui qu'il ressuscite : c'est l'expresisn des sauvages. Quelques jours après on fait un festin, dans lequel on lui ■fine solennellement le nom du mort qu'il remplace, et dont il contracte '■oi n es les obligations comme il entre dans tous ses droits.
Ceux qu'on destine à la mort sont quelquefois aussi bien traités, dans les Premiers temps de leur esclavage , et même jusqu'au .moment de l'exécution , fete s'ils avaient le bonheur d'être adoptés. Comme ils doivent être immolés W dieu de la guerre, ce sont des victimes qu'on engraisse pour le sacrifice. (Jii leur cache ordinairement leur sort, parce qu'il faudrait les garder avec fop de soin s'ils en étaient informés , et, dans le favorable espoir qu'on leur Bfese, la seule différence qu'on mette entre eux et les autres est de leur 'loircir entièrement le visage. Ils sont traités d'ailleurs avec toutes sortes d'éîvii'ds; 011 ne leur parle qu'avec amitié; on leur donne les noms de fils, de ne-
— 4S(i — veux, suivant la qualité de celui dont leur morl (ïoHapaiser les mânes, et qu'ils s'attendent néanmoins à remplacer. On leur abandonne même des Biles pool
leur servir de femmes pendant le temps qui leur reste à vivre. Mais lorsque l'exécution approche, si c'est une mère ou une femme à laquelle il ail été livré, elle devient tout d'un coup une furie, qui passe des plus tendres caresses a«* derniers excès de rage. Elle commence par invoquer l'ombre de celui qu'elle veut venger. « Approche, lui dit-elle, on va t'apaiser. On le prépare un festin. Bois à longs traits de ce bouillon que je vais verser pour loi. Reçois le sacrifice que jo te fais par la mort de ce guerrier. Il sera brûlé et mis dans la chaudière -, on lui appliquera des haches ardentes ; on lui enlèvera la chevelure; on boira dans son crâne. Tu ne feras donc plus de plainte; lu seras pour jamais satisfaite. > Charlevoix assure que , malgré quelque variété dans les termes, la substance de ces formules est toujours la môme, tu criea* fait sortir le captif de la cabane, déclare les intentions du maître ou de la maîtresse de son sort, et finit par exhorter les jeunes gens à bien faire. Un autre s'adresse au patient et lui dit: « Mon frère, prends courage; nous l'allons brûler. » Il répond froidement : « Tu fais bien ; je te remercie. » Aussitôt il s'élève un cri dans loule l'habitation, et le prisonnier est conduit au lieu du supplice.
L'usage commun est de le lier à un poteau par les deux mains et par W deux pieds , mais de manière qu'il puisse aisément tourner autour du poteau- Quelquefois, lorsque l'exécution se fait dans une cabane d'où l'on n'appréhende point qu'il s'échappe, on lui laisse les mains et les pieds libres , avec le pouvoir de courir d'un bouta l'autre. Avant que le supplice commence, il chante pour la dernière ibis sa chanson de mort ; ensuite il fait le récit de ses exploits, et presque toujours dans des termes insultants pour ceux qui l'entendent; après quoi, les exhortante ne pas l'épargner, il leur recommande de « souvenir qu'il est homme et guerrier. Un voyageur, réfléchissant sur ces scènes tragiques et barbares , en a porté un jugement que nous soumettons à nOS lecteurs. « Si le patient chante à pleine voix, dit-il, s'il insulte et délie ses bourreaux, comme on leur voit faire presque tous, jusqu'au dernier soupir, il y a dans cette conduite une lierlé qui élève l'esprit , qui le transporte , qui le distrait un peu de ses souffrances, et qui l'empêche même de marquer tropde sensibilité. D'ailleurs les mouvements qu'il se donne font une véritable diversion , émoussen t le sentiment , produisent le môme effet, et plus d'effet même, que les cris et les larmes ; enfin il sait qu'il n'y a point de grâce à espérer, et le désespoir donne des forces. » Le môme voyageur ajoute «que cette espèce d'insensibilité n'est pas aussi universelle que d'autres se l'imaginent, et qu'il n'est pas rare de voir pousser à ces misérables des cria capables de percer te8
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cœurs les plus durs , mais qui n'ont pas «l'autre effet que de réjouir les acteurs et les assistants. » Quant aux causes d'une inhumanité qui révolte la nature, il croit que les sauvages sont parvenus à cet excès par degrés; que l'usage les y accoutume insensiblement; « que l'envie de voir faire une lâcheté à leur ennemi, les insultes qu'il ne cesse d'adresser à ses bourreaux, le désir (le la vengeance, passion dominante de ces peuples, qui ne peut être assouvie pondant que le courage de celui qui en est l'objet ne paraît point abattu ; que la superstition enfin, cause encore plus puissante, y entrent pour leur part.
On ne s'arrêtera point au détail de ces horribles exécutions, qui n'offrent d'ailleurs aucune uniformité, et n'ont point d'autres règles que la férocité et le caprice. Souvent les acteurs sont au même nombre que les spectateurs c'est-à-dire que tous les habitants de la bourgade, hommes, femmes et enl'auis, deviennent autant de bourreaux. Ceux delà cabane où le captif a vécu sont les seuls qui s'abstiennent de le tourmenter ; c'est du moins l'usage de plusieurs nations. Ordinairement on commence par brûler les pieds ensuite les jambes, et successivement les autres parties, en remontant jusqu'à la tête. Souvent le supplice dure une semaine entière. Les moins épargnés sont ceux qui, étant déjà tombés dans l'esclavage, ont pris la fuite après avoir élé adoptés, et sont redevenus prisonniers. On les regarde comme des enfants dénaturés, ou des ingrats qui ont pris parti contre leurs parents et leurs bienfaiteurs, et la vengeance n'a point de bornes.
Lorsque le patient n'est pas lié , soit qu'on l'exécute dans la cabane ou dehors, il lui est permis de se défendre: ses tourments redoublent, mais il accepte celle liberté, bien moins dans l'espoir de sauver sa vie que pour venger ty mort, et pour mourir en guerrier. On nous donne, sur des témoignages oculaires, un exemple de la force et du courage que ces deux passions peuvent inspirer. Un capitaine iroquois, du canton (i'Oneyauth , avait mieux aimé braver le péril que de se déshonorer par la fuite. Il se battit long-temps BQ homme qui voulait périr les armes à la main ; mais les Hurons qu'il avait 8n tête voulaient l'avoir vif, et le prirent. La bourgade où il fut conduit avait 'lUelques missionnaires, auxquels on laissa la liberté de IVitirelenir. Ils lui trouvèrent une docilité dont ils surent profiter pour le convertir, et, l'ayant ttttruit, ils lui donnèrent te baptême. Peu de jours après il fut brûlé avec Wusieurs de ses compagnons, et sa constance étonna les sauvages même. Somme il n'était pas lié, il su crut en droit, malgré sa conversion, de Dure ;| ses ennemis tout le mal dont il était capable. On l'avait fait monter suc ll"e espèce de théâtre, OÙ le feu lui fut appliqué à [unies les parties du corps |,ri'' un si grand nombre d'ennemis , qu'il ne put leur résister; mais il parut
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d'abord insensible. Un de ses compagnons , qu'on tourmentai t assez près de ini , ayant donné quelques marques de faiblesse , il prit, soin de l'animer à la patience, et ses exhortations eurent tant de pouvoir, qu'il eut la satisfaction de le voir mourir en brave. Alors on retomba sur lui avec une fureur qui semblait devoir le mettre en pièces: il n'en parut pas ému, et ses bourreaux étaient embarrasés à lui trouver quelque endroit sensible, lorsqu'un d'eus s'avisa de lui cerner la peau de la tête et de la lui arracher avec violence. La douleur le fit tomber sans aucune marque de connaissance. On le crut mort, cl chacun se retira. Un moment après, il revint de cet évanouissement, et, ne voyant plus personne autour de lui, il prit, des deux mains un gros tison de feu, rappela ses bourreaux, et les délia de s'approcher. Sa résolution les surprit; ils poussèrent d'affreux hurlements, s'armèrent, les uns de tisons ardents, les autres de fers rougis au feu, et fondirent sur lui tous ensemble. H les reçut avec une vigueur qui les lit reculer; le feu lui servit de retranchement d'un coté-, il s'en lit un antre avec les échelles dont on s'était servi pour monte* sur récba&ttd, et, cantonné dans son propre bûcher, il fui quelqtf! temps la terreur d'une bourgade entière. Un faux pas qu'il fiten voulant éviter un tison qui lui fut lancé le fit tomber au pouvoir de ses ennemis, et. ces furieux lui liront payer bien cher la frayeur qu'il venait de leur causer. Après avoir épuisé leurs propres forces à le tourmenter, ils le jetèrent au milieu d'un grand brasier, et l'y laissèrent, dans l'opinion qu'il y serait bientôt étouffé. Ils furent trompés : lorsqu'ils y pensaient le moins, ils le virent descendre de réchafVuid, armé de tisons, et courir vers le village comme s'il y eût voulu mettre le feu. Tout le monde en fut glacé d'effroi , et personne n'eut la hardiesse de se présenter à lui pour l'arrêter. Mais, à quelques pas des premières cabanes, un bâton qu'on lui jeta de loin entre les jambes le fit tomber, et l'on alla sur lui avant qu'il eût pu se relever. On lui coupa d'abord les pieds et les mains-, on le roula sur des charbons embrasés; enfin on le mil sur un trône d'arbre tout en feu. Alors toute la bourgade fit un cercle autour de lui , pour goûter le plaisir de le voir brûler. Son sang, qui coulait de touW parts, éteignait presque le feu. On n'appréhendait plus aucun effort d'un mourant ; cependant il en fit un dernier qui renouvela le trouble. Il se traîna si» les coudes et sur les genoux avec une vigueur et un air menaçant , qui écartèrent les plus proches, moins de frayeur, à la vérité, que d'étonnement, car il était trop mutilé pour leur nuire. Dans ce moment, les missionnaires qu°D donne ici pour témoins s'étant approchés de lui et lui ayant remis devant le veux les sentiments de religion qu'ils lui avaient inspirés, il les écouta ira»" quillement, et ne parut plus occupé d'autres soins. Bientôt un Iluron le Prl par derrière et lui coupa la tête.
III llll|llll lll|llll lll|llll llll|llll llll 13 14 15 16 17
Il est assez étonnant que des missionnaires aient pu être témoins dépareilles horreurs, et, s'ils en ont eu le courage, ce n'était certe pas nu patient que leurs exhortations devaient s'adresser.
o pais. Cnlumel. Éloquence.
Mais si ces peuples font la guerre en barbares, on assure que dans leurs traités de paix et dans toutes leurs négociations ils ont autant de noblesse que d'habileté, Jamais il n'est question, parmi eux, de conquérir et d'étendre les bornes de leur pays ; la plupart ne connaissent pas même de véritable patrie , et ceux qui se croient maîtres de leurs terres n'en sont point jaloux jusqu'à trouver mauvais qu'où vienne s'y établir, pourvu qu'on n'entreprenne point de géuer leur liberté. Il ne s'agit donc, dans leurs traités , que de se faire des alliés contre des ennemis qu'ils redoutent, de finir une guerre qui devient ruineuse aux deux partis, ou plutôt de suspendre les hostilités : car on a déjà fait observer que les guerres nationales sont éternelles entre les sauvages , et qu'il faut peu compter sur un traité de paix, lorsqu'un des deux partis recommence adonner de la jalousie à l'autre.
On a parlé des ligues qui se font pour la guerre. Quoique le calumet y serve aussi, son usage, surtout chez les nations du sud et de l'ouest, est plus commun pour les négociations de paix. Il passe pour un présent du soleil. C'est proprement une pipe dont le tuyau est fort long , et dont la tète a la figure de nos anciens marteaux d'armes. Cette tête est ordinairement composée d'une sorte de marbre rougeâtre fort aisé à travailler, qui se trouve en abondance dans le pays des Ajoués. Le tuyau est d'un bois léger , peint de différentes couleurs , orné de létes , de queues et de plumes des plus beaux oiseaux. L'usage est de fumer dans le calumet quand on l'accepte, et celte acceptation devient un engagement sacré, dont tous les sauvages sont persuadés que le grand esprit punirait l'infraction. Si l'ennemi présente un calumet au milieu d'un combat , il est accepté ; on doit mettre sur-le-champ les armes bas. Il y a des calumets pour toute sorte de traités. Dans le commerce on n'est pas plus tôt convenu de l'échange, qu'on présente un calumet pour le cimenter. S'il est question de guerre , non seulement le tuyau , mais les plumes même doivi'iii Être rouges. Quelquefois elles ne le sont que d'un coté, et, suivant leur disposition, on reconnaît à quelle nalion ceux par lesquels il est présenté veulent déclarer la guerre. Il ne paraît pas douteux que l'intention des sauvages , en faisant fumer dans le calumet ceux dont ils recherchent l'alliance ou le commerce, ne soit de prendre le soleil pour témoin et pour garant de leurs traités , car on assure qu'ils ne manquent jamais d'en pousser la liuuée vers
sl , ■ f r Bt ra or",!me'"s d<s °a,"mMs ""'°n pr&™>« «" p*
Z™ h °"' ? da"s,esocras™ «Portantes, n.„n,pas vraisemde affames. Cest aux Panis, nat.cn établie snr les bonis du Hisser! , e, qui
étend assez Io.n vers le Nouveau-Mexique, que le soleil, suivant la tradi- Uon des sauvages, a donné le calumet; mais apparemment les Panis, comme beaucoup damnes peuples, ont voulu relever parle merveilleux un usage don ,lseta,en, les auteurs; et tout ce qu'on peut conclure de cette opinion, c est qu état peut-être les premiers ,1e eette partie du continent de l'Amérique qma.ent rendu un culte au soleil, Us son. aussi les premiers qui aient fan du calumel un symbole d'alliance.
Avant l'ouverture et pendant toute la durée des opérations, le principal soin des sauvages est d'éloigner l'idée qu'ils fassen. les premières démarches ôû
. tré'i: >ri,aderA ieura ennemis qu° ,a Crai»'a * " ■*»** » /ou
'"'" 'T- I"!80C'atour "<= ratol *• de sa fierté dans le plus fâcheux état des affames et souvent i, a l'adresse de faire croire aux vainqueurs d0m
; sT UirimT„ :: si;cces ?" lr mmt iœ °b,ise * bwe <•* * *£■
es. Il lu, ,mpor,e à lu.-meme de mettre en usage tout ce qu'il a d'esprit et d'éloquence car, s, ses propositions ne sont pas goûtées , i, n'es, pas rare quun
"d'abcu"^ 17! "U1'"U"«P°°- -"'•>» '■"'-■ Nouseulemeutilesub ge d abord de se tenir sur ses Bardes, mais, après s'être garanli de la première
surpr.se, d do.t compter d'être poursuivi, et brûlé s'il se laisse prendre es violences sont toujours colorées de quelques prétextes , tels que ceux de 'vengeance et de représailles. Plusieurs jésuites qui demeuraient dans les bourgades sauvages sous la sauvegarde publique, e. comme les agents ordinaires de la eolon,e franea.se , se sont vus exposés à devenir les victimes du moindre ressentunent. D'un autre côté , ou ne ht pas sans admiration que IZpt q„, ne fou, pas la guerre par intérêt, qui portent le désintéressement „„ a ne se charger jamais de la dépouille des vaincus , e, ne pas touTe même au, hab.ts des morts, en un mot q„i nc praill0Ill les ^ J a glou-e ou pour se venger de leurs ennemis, soient exercés dans le manège de 1 us ne : poh.,,ue. „s entretienne,,, , dit-on , des pensionnaires che eurs enneu ,s etlen assure **, par , 'effet d'une autre prudence, qui les porte à se dehrr des a„s nUerossés, ils n'en reçoivent point deces min stres se r ts, s ,1s ,,e sont accompagnes do quelque présent
C'est ;M l'occasion de donner un exemple de leur éloquence. En ,re plusieurs se cette nature q,„ se trouvent répandus dans nos relations et dans
Ides Angla.s, ou en ebo.su un qui représente à la Ibis le caractère d'éloquent» des sauvages, et la méthode que les Européens emploient, à leur
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imitation , pour ^expliquer avec eux. En 108-i , La gare , gouverneur général lie la Nouvelle-France, craignant quelque irruption de la part des Iroquois, qui s'étalent rendus plus redoutables que jamais, et qui avaient aussi leurs1 sujets de plainte , engagea d'Iberville ( gentilhomme canadien , d'un grand mérite, très brave, et si considéré de celto fièrc nation , qu'elle lui avait donné par estime et par amitié le nom Hàhmmm , qui signifie la perdrix) à lui amener quelques anciens auxquels il se flattait encore d'inspirer le goût de la paix , ou d'imposer par sa fermeté. 11 s'était avancé jusqu'au fort do Calarocoui , avec un corps de troupes qu'il voulait faire passer pour une simple escorte , et d'Iberville revint en effet avec un des principaux chefs des Ononlagués , qu, se nommait Grangula , suivi de trente jeunes guerriers. Mais dans l'intervalle , une partie dos troupes françaises fut affligée de diverses maladies. Celle disgrâce ne put être cachée aux sauvages, parce que plusieurs d entre eux qu, entendaient un peu le français se glissèrent pondant la nuit derrière les tentes, où les discours inconsidérés de quelques soldats leur firent connaître l'état des malades. Cependant, deux jours après leur arrivée le cher ht dire à La Barre qu'il était prêt à l'entendre , et l'assemblée se tint entre les deux camps.
Grangula s'assit à la manière orientale, au milieu do ses guerriers , qui prirent la même posture. Il avait la pipe à la bouche, et le grand calurnel do pais était vis-à-vis de lui , arec un collier. La Barre, assis dans un grand fauteuil , avait des deux côtés une lile d'officiers français. Il ouvrit ainsi la conférence à l'aide de son interprète :
> Le roi mon maître, informé que les cinq nations iroquoises contreviennent depuis long-temps a la paix, m'a donné ordre de me transporter ici avec une escorte , cl d'envoyer Akouessan an village des Ononlagués , pour engager les principaux chefs à s'approcher do mon camp. L'intention de ce grand monarque esl que nous fumions ensemble, toi cl moi, dans le grand calumet de paix, pourvu que lu me promettes, au nom des Tsononlouans, des Coyoguans, des Ononlagués, des Oneyoulhs el des Agniés, do donner une entière satisfaction à ses sujets, et de ne rien faire à l'avenir qui puisse causer une fielleuse rupture.
. Les cinq nalions iroquoises ont pillé , ruiné et maltraité tous les conreurs <te bois qui allaient en traite chez les Illinois, les Ouamis , el les aulres peu- Mes enfants de mon roi. Connue ils ont agi , dans ces occasions , contre les traites conclus avec mon prédécesseur, je suis chargé de leur en demander eparalion , el de leur signilier qu'en cas do refus ou de récidive , j'ai l'ordre «près do leur déclarer la guerre. Ce collier affermit ma parole. • Les guerriers des cinq nalions oui introduit les Anglais dans les lacs du
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roi mon maître, et chez les peuples ses enfants , pour détruire le commerce de ses sujets , et pour obliger ces nations à se soustraire ù l'obéissance qu'elles lui doivent. Ils les y ont menés malgré les défenses du dernier gouverneur de New- York, qui prévoyait les risques où il exposait les uns et les autres. Je veux bien oublier ces démarches, mais si elles se renouvellent , j'ai ordre exprès de vous déclarer la guerre. Ce collier affermit ma parole.
« Ces mêmes guerriers ont fait plusieurs incursions barbares chez les Illinois et les Olamis ; ils y ont massacré hommes , femmes et enfants; pris , lié et emmené un nombre infini d'Américains de ces deux nations qui se croyaient en sûreté dans leurs villages , au milieu delà paix. Ces peuples, qui sont enfints de mon roi, doivent cesser d'être vos esclaves. 11 faut leur rendre la liberté, et les renvoyer dans leur pays. Si les cinq nations le refusent j j'ai ordre de leur déclarer la guerre. Ce collier affermit ma parole.
» Voilà ce que j'avais à dire à Grangula, à qui je m'adresse pour rapporter aux cinq nations la déclaration que le roi mon maître m'a donné ordre de leur l'aire. Il ne voudrait pas qu'ils l'obligeassent d'envoyer une puissante armée pourenlreprendre une guerre qui leur serait fatale. H serait fâché aussi que ce fort de Catarocoui, qui est un ouvrage de paix, servit de prison à vos guerriers. Fnqtcclions de part et d'autre que ce malheur n'arrive. Les Français , qui sont frères et amis des cinq nations, ne troubleront jamais leur W pos, pourvu qu'elles donnent la satisfaction que je leur demande, «H que le* (mités soient désormais observés. Je serais au désespoir que mes paroles ne produisis- scnl pas l'effet que j'en attends, car je serais alors obligé de me joindre .ni gouverneur de ÎSewAork, qui, par l'ordre du roi , son maître, m'ai- ! mler les cinq villages, et à vous détruire. Ce collier aH'crmil S* parole. I
L'interprète ayant cessé de parler, Grangula, qui, pendant ce dise -■
ne regardait que le bout de sa pipe , se l«-\a, lil cinq on six leurs dans le cercle, eemposé «le sauvages et de Français, revint à sa place, se plaça <hbuui âevatlt le général , cl, le regardant d'un ujil fixe, lui répondit en && tenues :
■■ On dio ( grande montagns, titre d'honneur que les sauvages donnai*1'
. 'limmitio, je l'Iionore. Tôt» 1rs guerriers qui i»':u' cumpagneu!. l'iamerent. aussi. Ton interprète a gui ara discours, je vais coiuniencer le mien. Ma vokeonrià ton nrcilie : éaHllemes parafes,
■ "lia, il fallaitiju*) ta ttnu •■-. . .. partaM de Québec, que l'ardeurd" soleil eût embrasé les forets qui rendant noire pays inaccessible ;ni\ Français, ou que le \m ni inondées, que, 11 « cabanes se trouve11*
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mil III
il faut que tu l'aie» cru, et que la curiosité de voir tant do pays brûlés ou submergés l'ait porté jusqu'ici. Tu es maintenant désabusé, puisque moi et mes guerriers venons t'assurer que les Tsononlouans, les Goyoguans , les Oneyouths et les Agniés n'ont pas encore j>éri. ,1e te remercie , en loin- nom , d'avoir rapporté sur leurs terres ce calumet de paix (pie ton prédécesseur a reçu de leurs mains, ,1e te lélicile en même temps d'avoir laissé sous terre la hache meurtrière qui a rougi tant de fois du sang des Français, Écoute, Onuontio : je ne dors point. , j'ai les yeux ouverts, et le soleil qui m'éclaire me fait découvrir à la tète d'une troupe de guerriers un grand capitaine qui parle en sommeillant. Il dit qu'il ne s'est approché de ce lac que pour rumer dans le grand cahunet de paix avec les Onontagués; niais Grangula sait, au contraire, que c'était pour leur casser la tête , si tant de vrais Français ne s'étaient alfaiblis. ■le vois qu'Onnontio rêve dans un camp do malades à qui le grand esprit a sauvé la vie par des infirmités.
» Écoute , Onnontio : Nos femmes avaient pris les casse-lètes , nos enfants et nos vieillards portaient déjà l'arc et la dédie à ton camp , si nos guerriers De les eussent retenus et désarmés , lorsque Ion ambassadeur Âkouessan parut dans mon village. C'en est bit , j'ai parlé.
u Écoule, Onnoulio : Mous n'avons pas pillé d'autres Français que ceux qui portaient des fusils, de la poudre et des balles aux 0 tamis et auxlUinois, nos ennemis , parce que ces armes auraient pu leur coûter la vie. Nous avons fait connue les jésuites, qui cassent tous les barils d'eau-de-vie qu'on porte dans nos villages, de peur que les ivrognes ne leur cassent la tète. Nos guerriers n'ont point de castors pour payer toutes les armes qu'ils ont pillées, et les pauvres vieillards ne craignent point la guerre. Ce collier conlien t. ma parole, i Nous avons introduit les Anglais dans les lacs pour y trafiquer avec les Otaeaafeet les Barons, de même que les Algonquins ont conduit les Français a nos villages, que les Anglais disent leur appartenir. Nous sommes nés libres ; nous ne dépendons ni d'Onnontio, ni de Golar (nom que les sauvages donnent aux gouverneurs anglais). H nous est permis d'aller où nous voulons, d'y conduire qui bon nous semble, d'acheter et de vendre, et à qui il nous Malt. Si les alliés sont tes esclaves ou tes enfants , traite-les comme des esclaves ou comme des enfants, élc-leur la liberté de recevoir chez eux d'autres ëeiis i[iie les liens. Ce collier contient nia parole.
v Nous avons cassé la tête aux minois et aux Otamis, parce qu'ils ont coupé 'es arbres de paix qui servaient de limites à nos frontières. Us sont venus faire ,!;' grandes chasses do castors sur nos terres, et ont enlevé mâles et femelles , ■antre la coutume de tous les sauvages. Us ont attira tes Cliouanous dans leur ,1;1>S « dans leur parti, lis leur ont tfonmS des armée à feu , après avoir médité
de mauvais desseins contre nous. Nous avons moins feit que les Anglais el les Français, qui, sans droit, onl usurpé les terres qu'ils possèdent sur plusieurs nations qu'ils ont chassées de leur pays , pour Mlir des villes , des villages et des forteresses. Ce collier contient ma parole.
» Écoute, Onnontio : Ma voix est celle des cinq cabanes iroquoïses. Voilà ce qu'elles te répondent. Ouvre encore l'oreille pour entendre ce qu'elles te font savoir. LesTsonontouans, les Goyoguans, IcsOnontagiiés, les Oneyouths et les Agniés disent que , quand ils enterrèrent la hache à Catarocoui en présence de ton prédécesseur, au centre du fort, ils plantèrent au même lieu l'arbre de paix, pour y être conservé; qu'au lieu d'une retraite de guerriers, ce fort ne devait plus être qu'une retraite de marchands ; qu'au lieu d'armes et de munitions , il n'y aurait plus que des marchandises et des castors qui pussent y entrer. Ecoute, Onnontio; prends garde à l'avenir qu'un aussi grand nombre de guerriers que celui qui paraît ici , se trouvant enfermé dans un si petit fort, n'étouffe cet arbre. Ce serait dommage qu'ayant aisément pris racine, on l'empêchât de croître , et de couvrir un jour de ses rameaux ton pays cf. le nôtre. Je t'assure, au nom des nations, que nos guerriers danseront sous ses feuillages la danse du calumet, qu'ils demeureront tranquilles sur leurs nattes, et qu'ils ne déterreront la hache, pour couper l'arbre de paix , que quand leurs frères Onnontio el Colar, conjointement ou séparément, entreprendront d'attaquer des pays dont le grand esprit a disposé en faveur de nos ancêtres. Ce collier contient ma parole; cl col autre, le pouvoir que les cinq nations m'ont donné. »
Enfin , Grangula , s'adressant à d'iberville , lui dit : « Akoucssun , prends courage. Ta as l'esprit: parle, explique ma parole; n'oublie rien , dis loul.ee que les frères et tes amis annoncent à ton chef Onnontio par la voix de Ci;ingula , qui t'honore , et t'invite à recevoir ce présent de casiers , el à le trouver tout à l'heure à son festin, Ces autres présents de castors sonl envoyés à Ofl' nontio de la pari des cinq nations. »
L'iroquois ayant cessé de parler, d'iberville , et quelques jésuites présents , expliquèrent sa réponse à La Barre , qui rentra dans sa tente , fort mécontent de la fierté de Grangula. C'était la première fois qu'il traitait avec les sauvage- Mais, sur les représentations qu'on lui lit, il dissimula son ressentiment, el l'effet de cette conférence fut de suspendre du moins les hostilités.
JuiiyU'iirs. Bi.>im'd".-s. ilwnii'n; tiialudif. î-'iiin'raillus. Cuilo ili-j iiiM'is. li'ii; des morlâ. I ■■: îi'uniioii dos cadavres.
Leurs jongleurs, du moins ceux qui font profession de n'être en eoin!ii«'cC
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qu'avec les génies bienfaisants, ont beaucoup de par. aux délibérations publi- «nés parce qu ,1s son, regardés comme les interprètes des volontés du ciel
a, leur principale occupation , et celle dont ils ,i,,ut le plus de nrofi,, c'est a ,1 eue. On a vu une leur art est fondé sur la connaissance des simples , a laquelle on peut joindre, dans tous les pays du monde, l'expérience cl le onjcctnres; mais ils y mêlent beaucoup de cbarlatanerie e de suP rsU ta ,
ur en coûte peu p„„r tromper les sauvages , quoiqu'il n'y aiL pTt tf 1 ne « "onde a qui ,a médecine soi, moins nécessaire. Non seulem 1, 1 on presque tous d'une complexion saine, mais on assure qu'il n'ouTco „ „
Ptapar de nos maladies qne depuis qu'il nous on, Iréqnlés. Ils ne T na,ssa,ent pomt la poule vérole, lorsqu'ils l'ont reçue de nous La oonllc ,
fesUnsTlt' 8é"érale,ne"' *» ta ™ès -H-i il" - livre,,, dans leurs
potei ; c Z ZT ; ,eur oausent ta doutars c< dcs •*— *'
Se, ~ ^JUT^r .ir .^^t
exposent de, l'enfance, enlève quantité de Jeunes gens; ,„a l Z Z He travagaucc e, d'erreur l'opinion de ceux qui leur croient , sang pi , f r„°i u ,'• ;;,!; Ta ''aPP°rlenU Mt° Ca"S" "^W-en.e insens biini II ;
qui vient, d„-on,de ce qu'ils n'usent poin, de sol , ni do tout ce ou en «ployons pour relever le g„„, de nos viandes *
Barcmont ils regardent une maladie comme naturelle, el, parmi le, reme te don, ds font „Sage, i,s c„ reconnaisse,,, peu qu'ils erZ'"
o^nïp^i zrru-ïam sim,"'s s°"1 »««™ ^;T:s?„técm7ui?ai'5c-^-^-=^":
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C, ,T 'T r l"a"!' J"S"U<; » ">»< "sl "ans les voies de
. nature mais, connue i faut louiours du m, -n
'"««leur applique les den.s sur la n „ "M™ ta* — >>™H"s, un
( rr 4 cuis puu,, oli moBtrmt C„SU|1(! m |ldU mM.
— ifili ..- MM * J'ois m quel^M «.Ire OTps qu'il feint d'en aVnir tirt u pol.s„;ll|o a» iualauc «ne c'est le cliarme uni raetla» sa vie eu danger
te sauvages ont A» remèdes pwwpfc .., x)..^h„ ,.„„,„. ,„ ,„,,lh, », Iiydroprsieel les maux vénériens. La ««pore ,i, g, ,., ,,„ sassarras soin leurs spécifiques pour les deux dernières de ers maladies • ils en Ion' une liqueur donl le continuel usage préserve el guéri!. Dan, le, maux aigus, lels que la pleurésie , ils opèrent sur ,e c-,!é mmé pi„ d(s M ^ t, m i enn.ccliciit le dépôt ou qui l'attire,,,. BaM |a gj^, i]s ^ ^ ||)[ions roules, aveu une décoction d'herbes qui préviennent l'i„lla„„„ati„„ el le rausport. Ils vantent surtout la diète; mais il, „e la f„„, consister que dans la pnval.on de certains aliment, q„'iis Cr„ie„t B„isiMes. Arant ,'c ,,usagc ne a, saignée leur fut connu, il, , auppl6aienl habilement ,,„ ^ lions apparues ou le mal se fa»» sentir ; ensuite ils , appliquaient **
; e; , ; T"'.;'™ ,ics to",,scs "" 'iis »»»'-*« n» 1,,»^., ,-,i«^
■» laelles Us mettaient le leu. Les caustiques et les boutons de feu
plnva.ent a sa placedn lioi, „„„,.,,. Aojourd uni la ailigné„ ,„„. „■„,„' ,kl„ ,lc
us ces secoues. Bans les quartiers du nord , ,,,sag0 (lcs lavam,„,s .^ fcl,
onnnun; une vessie servait de seringue. Ils on,, contre la dvssenterie, a"
euededontlenetes, prequo toujours certain : c'est u„ jus qu'il, exprime,'..
de 1 Promue des brandies de cèdre , après les aToir bien fait bouillir
Jais leur principal remède, et leur préservatif ordinaire contré tout» or.es de maux, estla sueur, qu'ils excitent dans leurs étuves; et lorsque l'eau leur découle de toutes les parties du corps, il, ,„„t ,e jeter dans une rivière, nu ,1 elle est trop éloignée , il, se font arroser de l'eau la plus froide. Souvent ,1s se font suer uniquement pour se délasser le corps et l'esprit l'a — „er urrivc-t.il dans une e,a ,, on lui ,ait du lèn, on Z il. ',1 à.*
'<■ 'ZZn ê" II,' "7 C°""l,i''e C"5"ile d!,"S ",,C élmV ' «' »" "* l°i itie»» ''"".• "b ""' """ M"<" «*" * provoquer la sueur, qui s'emploie
des bran l,es de sapin La ïapeI, „,„„ xt |MS mob|s ^ ■
me pu, la sueur abondante qu'elle excite ; au lieu que la sueur de PétaW,
le û,r "7"™° ""C "" '* ïa"0'"' "e ''œU1 V0K* s" *» ™»««, n'a pas ie premier de ces avantages, ' r
Bans l'Acadie, ,mr maladie ne passe pour sérieuse que lorsqu'elle Ole affinent ,'appctit, et ,a pl.s riotelte ljùvre ^^.^ ^ » ;}"„„, an a, ger aux malades qu, en demandent. B'autrcs les tuent po„r les empè- <*« Ue languir, lorsque ja maladïi, est désespérée. Bans le canton d'Onnon-
fegué , on donne la mort aux petite enfimls qui perdent leur mère avant que tTêtre sevrés, et la manière de les tuer est de les enterrer vifs avec elle. Enfin quelques autres se contentent d'abandonner un malade lorsque leurs médecins n'en estèrent plus rien, et le laissent mourir sans secours. Plusieurs nations méridionales ont des maximes plus humaines : on n'y récompense le médecin qu'après la guérison; niais si le malade meurt, celui qui l'a traité "'(■si. pas en sûreté pour sa vie. Suivant les Iroqnois, Imite maladie n'est qu'un désir de l'âme, et l'on ne meurt que parce que le désir n'est pas l'empli.
Lorsque les sauvages ont perdu l'espérance de guérir, ils prennent leur parti avec beaucoup de résolution , et souvent , comme on vient de le remarquer, ils voient avancer la tin de leurs jours par des personnes chères, sans marquer le moindre chagrin. A peine l'arrêt de mort est prononcé, qu'un moribond recueille ses forces pour haranguer ceux qui sont autour de lui. Si c'est un chef de famille, il donne de fort bons avis à ses enfants, et, pour faire ses adieux à toute la bourgade, il ordonne un festin, où tout ce qu'il y a de provisions dans la cabane doit être employé. Ensuite il reçoit de sa famille les présents qui doivent l'accompagner au tombeau. On égorge autant de chiens qu'on en peut trouver, dans l'opinion que les âmes de ces animaux vont donner avis dans l'aulrc monde que le mourant est prêt à s'y rendre, et l'on met tous les corps dans la chaudière, pour augmenter les mets du festin. Après le repas , les pleurs commencent ; on tes interrompt bientôt pour souhaiter au mourant un heureux voyage, le consoler de la perte qu'il va l'aire de ses parents et de ses amis , el l'assurer que ses descendants soutiendront sa gloire. Tous les voyageurs parlent avec admiration du sang-froid avec lequel ces peuples envisagent la mort. C'est partout le même principe et le même fond de caractère. Quoique les usages funèbres varient beaucoup dans les différentes nations, elles s'accordent néanmoins sur les danses, les festins, les invocations et les chants. Mais, dans toutes ces cérémonies, c'est toujours le malade qui est le plus tranquille sur son sort.
On n'admire pas moins l'affection et la générosité des vivants pour leurs morts. Il n'est pas rare de voir des mères qui gardent pendant des années entières les cadavres de leurs enfants, et qui ne peuvent s'en éloigner. D'autres se tirent du lait des mamelles , et le versent sur la tombe. Dans les incendies , la sûreté des corps morts est le premier soin dont on s'occupe. On se dépouille de ce qu'on a de plus précieux pour les parer. De temps en temps on découvre leurs cercueils pour les revêtir de nouveaux habits. On se prive d'une partie de ses aliments pour les porter sur leur sépulture et dans les lieux où l'on s'imagine que leurs âmes se promènent. En un mot, on prend
pins de soin clos morts que des vivants. Aussitôt que le malade a rendu l'esprit, tout retentit de gémissements, et cette scène dure autant que la famille est en état de fournir à la dépense, car, dans tout l'Intervalle, on ne cesse point de tenir table ouverte. Le cadavre, paré de sa plus belle robe, I" visage peint , ses armes et tout ce qu'il possédait à côté de lui , est exposé à I.i porte de la cabane, dans la môme posture qu'il doit avoir au tombeau, et c'est, en plusieurs endroits, celle d'un enfant dans le sein de sa mère. L'usagflj dans quelques nations, est que les parents du mort jeûnent pendant le cours des funérailles. Ce temps est donné aux pleurs , aux compliments , aux éloges de la personne qu'on a perdue. Chez d'autres, on loue des pleureuses, qui exercent fort bien cet office : elles chantent, dansent et pleurent en cadence. On porte le corps sans cérémoniesau lieu de la sépulture; mais lorsqu'il y est déposé, on le couvre avec tant de précautions , que la terre ne puisse le loucher. Sa fosse csL une cellule tapissée de bonnes peaux, et beaucoup plus ricW qu'une cabane. On dresse ensuite sur la tombe un pilier de bois, auquel o» attache tout ce qui peut marquer l'estime qu'on faisait du mort. Quelquefois on y grave son portrait, et d'autres figures qui représentent les plus belles acLions de sa vie. Chaque jour on y porte de nouvelles provisions, et ce que les bêtes enlèvent, on est persuadé, ou peut-être feint-on de croire que e'flSl l'âme qui s'en accommode pour sa réfection. Charlevoix raconte que, des missionnaires demandant un jour à leurs néophytes pourquoi ils se privaient $ leurs nécessités en faveur des morts, ils répondirent que c'était non seulement pour témoignera leurs proches l'affection qu'ils leur portaient, mai* encore pour éloigner de leurs yeux tout ce qui avait été à l'usage du mort, L'1 qui pouvait entretenir leur douleur. C'est par la même raison qu'on s'absliei1' assez long-temps de prononcer son nom, et que, si quelque autre personne de la famille le porte , elle le quitte pendant toute la durée du deuil. On ajoiitc que le plus sanglant outrage qu'on puisse faire à un sauvage , c'est de lui di*** Ton père est mort.
Ceux qui meurent pendant le temps de la chasse sont exposés sur un écl^' faud, el demeurent dans cette situation jusqu'au départ île la troupe, qui Ie8 emporte comme un dépôt sacré. Quelques nations ont ceL usage pour t'1"^ leurs morts, et Charlevoixs'en assura parses propres yeux chez les ^Issis.'i^111'" du détroit. Les corps de ceux qui périssent en guerre sont brûlés, et le'11^ cendres sont rapportées au tombeau de leur famille. Ces sépultures, pai'"1 les nations sédentaires, sont une espèce de cimetière à peu de distance < village. D'autres enterrent leurs morts dans les bois, au pied d'un arbre, °' tes l'ont sécher et les gardent dans des caisses jusqu'à la fête des morts, Q°H on verra bientôt la description. Mais, pour ceux qui sont morts de "°l
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on noyés, le cérémonial est bizarre. Les sauvages, persuadés que les accidents ne viennent que de la colère des esprits, et qu'elle ne s'apaiserait point si les corps ne se retrouvaient, commencent par des pleurs , des danses, des chants et des festins , pendant qu'on cherche le corps. S'ils le retrouvent, ils le portent à la sépulture; mais, si l'on en est trop éloigné, il est déposé, jusqu'à la fête des morts, dans une large fosse, où l'on allume d'abord un »raud fou ; plusieurs jeunes gens s'approchent du cadavre , coupent les chairs aux parties qui ont été crayonnées par un ancien, et les jettent dans le feu avec les viscères ; ensuite ils placent le corps dans le lieu qu'on a préparé. Pendant toute cette opération , les femmes, surtout les parentes du mort, tournent sans cesse autour de ceux qui travaillent, les exhortent à remplir bien leur office , et leur niellent des grains de porcelaine dans la bouche , comme on y met dos dragées aux enfants. On ne donne aucune explication de cet usage ' L'enterrement est suivi des présents qui se font à la famille a|]li„éc t° qlli s'appelle couvrir k mon : ils se font au nom de la bourgade , el quelquefois de la nalran entière. Les alliés en font aussi , mais c'est seule.nenl à la mort des personnes considérables, et la famille doit auparavant avoir tait au nom dn niorlun festin, accompagné de jeux, pour lesquels ou propose des prix c'est une espèce dojoùte. Un chef jette sur la tombe trois bâtons de la longueur d'un pied ; un jeune homme, une femme et une fille en prennent chacun un et ceux de leur Dgc el de leur sexe s'efforcent de leur arracher des mains ! la victoire est à ceux qui les emportent. Il se fait aussi des courses, et l'on lire quelquefois au blanc. Enfui l'action la plus lugubre est terminée par des '■hauts et des cris de victoire. Mais jamais I» famille du mort ne prend part ■■> ces réjouissances. On observe même un deuil sévère dans sa cabane • cha- «ii, doh s', couper les cheveux, s'y noircir tout le visage, se tenir souvent «lebout, la têle enveloppée dans une couverture, ne regarder personne ne laire aucune vis.le, ne rien manger de chaud , se priver de Ions les plaisirs et uo se pas chauffer au cœur mémo de l'hiver. Après ce grand deuil qui est 'le deux ans, en en commence un second, mais plus modéré el qu'en peut ■idoueie par degrés, Pour le premier, on ne se dispens, ri,,, sans la permis- Bon de la cabane, et ces dispenses sont toujours accompagnées d'eu festin
1 '" ' '' "" ''l,M™ lJ0il" s» r™"«'> 1™'» <l"e les larme, ne conviennent
Point aux hommes ; mais les femmes pleurent leur mari pendant une année «tare, l'appellent sans cesse , el remplissent le village de cris, surtoul au "ver el au coucher du soleil, lorsqu'elles vont au travail et qu'elles en revien- 'w.l. Le deuil des mères a le même terme pour leurs eufanls; les chefs „o
ohservenl que six mois pour leurs femmes , el peuvent ensuite se remarier. J ' ''' premier el souvent le seul compliment qu'on fasse aux anus el même
aux étrangers qu'on reeoll d,,„ sa ^e, est de pieu» les proches qu'ils ont perdus; on leur met la main sur la tête, en leur faisimi comprendre qui 1 on pleure, mais sans le nommer.
La/» des mort,, qu'on nomme aussi le fetiin des âmes, esl une partie fort remarquable de la reliBion des sauvages. On commence par fixer le lieu de l'assemblée ; ensuite on choisit un chef do la «te , dont le devoir est de régler toutes les cérémonies et do faire les invitations aux villages voisins Au jour marqué, tous les sauvages s'assemblent et vont deux à deux en procession au cimetière. Là, chacun s'emploie d'abord a découvrir les «adavrei ensuite on demeure quelque temps à considérer en silence un si lugubre spectacle. Les femmes sont les premières qui interrompent ce religieux siien, v par des cris lamentables.
Le second acte consiste à prendre les cadavres , c'est-à-dire à ramasser leurs ossements secs et décharnés , qu'on met en monceaux; et ceux qui sont nommés pour les porter les chargent sur leurs épaules. S'il se trouve des corps qui ne soient pas tout à fait pourris , on les lave, on en détache les chairs corrompues et toutes les ordures, et l'on travaille à les envelopper dans des robes neuves de castors. Ensuite on retourne à la bourgade dans le môme ordre, et chacun dépose dans sa cabane le fardeau dont il était chargé. Pendant la marche, les femmes continuent leurs gémissements , et les hommes donnent les mêmes marques do douleur qu'au jour de la mort. Cet acte est suivi d'un festin dans chaque cabane, à l'honneur des morts de la famille. Les jours suivants , il s'en fait de publics, accompagnés, comme le jour de l'enterrement , des danses , des jeux et des combats ordinaires, pour lesquels il y a des prix proposés. On jette par intervalles des cris perçants, qui s'appellent les tris des âmes ; on fait des présents aux étrangers , parmi lesquels il s'en trouve qui sont quelquefois venus de fort loin, et l'on en reçoit d'eux; on profite mène de ces occasions pour traiter des affaires communes, ou pour procéder à l'éjection d'un chef. Tout se passe avec beaucoup d'ordre et de modestie et jusqu'aux danseurs, tout semble respirer quelque chose de lugubre. Peu' de jours après, on se rend, par une troisième procession, dans une grande salle drossée pour celte nouvelle cérémonie ; on j suspend aux murs les ossements et les cadavres dans le même état qu'on les a tirés du cimetière, et l'on y établit les présents destinés aux morts. Si parmi ces tristes restes il se trouve ceux d'un chef, son successeur donne un grand repas en son nom et chante sa chanson. Dans plusieurs endroits , les corps sont promenés d'un» bourgade à l'autre, et sont reçus dans chacune avec de vives démonstrations de douleur M de tendresse. Toutes ses marches se foi.l au son des inslru- ! Psiiés des pins nettes vojx, el chacun y marche en cadence.
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Enfin, les restes dos nions son! portés dans la sépulture on ils doivent être déposés pour toujours : c'est une grande fosse qu'on tapisse des plus telles pelleteries, et do ce qu'il j a de plus préefeux .huis chaque famille. Les présents y sont placés à pari. A mesure que la procession arrive , chaque famille se range sur des échafauds dressés autour do la fosse, et, lorsque les corps sont déposés, les femmes recommencent leurs pleurs et leurs cris: ensuite tous les assistants descendent dans la fosse; chacun y prend un peu de terre qui se conserve précieusement, Les corps et I, s ossements sont placés pur ordre, couverts de fourrures neuves, et par dessus d'écorces , sur lesquelles on jette ii,i bois , lies pierres et de la terre. Enfin , t„utc l'assemblée se relire, mais pendant quelques jours les fouîmes reviennent verser de la sagamilé dans le même lieu.
On a déjà vu que les peupk'splus méridionaux ontune méthode particulière pour conserver les corps du leurs chefs : ils fendent la peau le long du dos el l'arrachent entièrement; ensuite, ils déchantent les os, sans offensa les nerfs et les jointures. Après avoir Tait un peu sécher les os au soleil, ils les remettent dans la peau , qu'ils ont eu soin de tenir humide avec un peu d'huile ; les vides sont remplis de sable; ensuite la peau est recousue avec cm ,: Ju'il ne parait pas qu'on en ail ôlé la chair. On porte le cadavre, qu'un croirait alors entier, dans la tombe commune des personnes de ce rang; on rétend à côté de ses prédécesseurs, sur une grande lahle nuitée, (lui s'élève un peu au dessus du sol, où il est couvert d'une natte, comme les autres, pour le gai, tanlir de la poussière. La chair, qu'on a tirée du corps , est exposée au soleil sur une claie, et lorsqu'elle est toute (ail sèche, on l'enferme dans un panier l'ion cousu qu'on met aux pieds du cadavre.
Unnsca et lois.
Après .noir parlé si someiil des danses sauvages, nous ero; uns devoir dotl-
"er la description des plus célèbres. CtarlMOig en rapporte deux i il lin le-
'Ouie ; mais il avoue qu'elles varient beaucoup dans les différentes oali
'"'''" W'ti «' ohez les Othagras était la fameuse tfanK du catitmrt. Ceal pritl'ieinenl une fête militaire tk.nl les salis guerriers sont les aelems. . Tons «lux, dit le judicieux voyageur, que je' vis danser, chanter el jouer ,ln len,-
''our ou du chiekikoué, étalent des jeunes gens équipé» comme ils le s „
s» mettant en marche pour la guerre ; ils s'étaient peint le wsage de toutes
s"Hes de couleurs; I s tètes étaient ornées de plumes, et chacun en louait
Ihclques unes à la main ; le calumet même en était paré , el placé dans le lj,.„ 1,1 plus apparent ;l'nioho,lio cl les danseurs formaient un cercle à lenteur,
tandis que les spectateurs étaient répandus de tous côtés en petites troupes , les femmes séparées des hommes , tous assis à terre et vêtus do leurs plus Mies robes ; ce qui uflrail, à quelque distance, un fort beau coup d'œil
Entre l'orchestre et le commandant français du fort, qui était assis devant sa maison , on avait dressé un poteau sur lequel , à la lin de chaque danse un guerrier venait frapper un coup de sa hache d'armes. Ce signal était suivi d'un profond silence, et le guerrier racontait à haute voix quelques unes de ses plus belles actions : il en recevaitdes applaudissements ; ensuite il allait prendre sa place et le jeu recommençait. II dura doux heures , et le voyageur avoue qu'il y prit peu de plaisir. Non seulement la musique lui parut d'une monotonie ennuyeuse , mais les danses se réduisaient à des contorsions qui n'exprimaient rien. . Quoique cette fête se fit en l'honneur du commandant il n'y reçut aucun des honneurs qu'on trouve décrits dans d'autres relations On ne vint pas le prendre pour le placer sur une natte neuve; on no lui passa point de plumage sur la tête ; on ne lui présenta point le calumet ■ il n'y eut point .l'iiommes nus, peints par tout le corps, tenant un calumet à la main PeuhStre ees usages sont -ils d'une autre nation, je remarquai seulement que, par intervalles, tous les assistants jetaient de grands cris pour anplaudir les danseurs, u
L'autre danse , qui se nomme dame de la découverte, a beaucoup plus d'action, et représente mieux la chose dont elle est le sujet et la figure C'est une image fort naturelle de tout ce qui s'observe dans une expédition de «uerro; et , comme les sauvages ne cherchent qu'à surprendre leurs ennemis il y a beaucoup d'apparence que c'est de là qu'elle tire son nom. Un homme y danse toujours seul. D'abord il s'avance lentement au milieu de la place où U demeure quelque temps immobile ; après quoi , il représente le départ des guerriers, la marche et les campements : il parait aller à la découverte- il lait les approches ; il s'arrête comme pour reprendre haleine, et, tout d'un coup il entre en fureur; on dirait qu'il veut tuer tout le monde. Revenu de cet accès il va prendre quelqu'un dans l'assemblée , comme s'il le faisait prisonnier de guerre ; il feint de casser la lèteà un antre ; il en couche un troisième en joue; enfin il se met a courir de toutes ses forces. U s'arrête ensuite, et reprend ses sens : c'est la retraite, d'abord précipitée, ensuite plus tranquille. Alors il exprime, par divers cris, les différentes situations où son esprit s'est trouvé dans la dernière campagne, et, pour conclusion, il raconte ses exploits
Si la danse du calumet a pour objet , comme il arrive souvent , un traité de paix ou d'alliance contre un ennemi commun, on grave un serpent sur le tuyau, et l'on met à coté une planche sur laquelle sont représentés deux hommes des deux nations qui s'allient, et, sous leurs pieds, laugure de l'en-
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- J73 — nemi , désignée par la marque de sa nation. Dans tous ces traités , on se don ne mutuellement des gages , tels que dos colliers de porcelaine , des calumets, des esclaves , et quelquefois des peaux de cerfs et d'élans bien passées et ornées de figures. C'est sur ces peaux que se font les représentations , avec du poil de porc-épic et de simples couleurs.
II j a des danses moins composées, dont l'unique but est de donner aux guerriers l'occasion do raconter leurs belles actions , car la -vanité leur rend cette occupation si douce, qu'ils ne s'en lassent jamais. Celui qui donne la Télé y fait inviter toute la bourgade au son du tambour, et c'est autour de sa cabane qu'on s'assemble. Les guerriers y dansent tour à tour ; ils frappent sur le poteau pour demander un silence qu'on leur accorde, et pendant lequel ils vantent leurs actions. Les applaudissements ne sont point épargnés aux vrais exploits j mais si quelqu'un altère la vérité, il est permis aux autres de l'en punir par quelque insulte. On lui noircit ordinairement le visage, et celte flétrissure est accompagnée d'un reproche assez fin : « C'est pour cacher la honte, lui dit- on; la première fois que tu verras l'ennemi, ta pâleur fera disparaître cette peinture. ■ Les chefs même ne sont pas exceptés.
Dans les nations occidentales , le plus commun de ces joyeux exercices est cekti qu'on nomme la danse du bœuf. Les danseurs forment plusieurs cercles et la symphonie, toujours composée du tambour et du cbickikoué est au milieu de la place. On y observe de ne pas séparer les sauvages d'une môme famille ; on ne s'y tient jamais par la main ; chacun y porte ses armes et son boucher. Tous les cercles tournent de divers côtés, et, quoiqu'on saule fort vivement, on ne perd jamais une certaine mesure. De temps en temps un chef de famille présente son bouclier, sur lequel tous les danseurs viennent 'rapper; il rappelle quelqu'un de ses exploits, et, s'il n'est pas contredit, il va couper un morceau de tabac dont on a pris soin d'attacher une bonne quantité au poteau ; mais s'il manque quelque chose à la vérité de son récit, celui qui le prouve a droit de lui enlever le tabac qu'on lui a laissé prendre.' Cette danse est suivie d'un festin , et son nom lui vient apparemment des peaux de hfeuf dont les boucliers sont composés.
Les jongleurs ordonnent souvent des danses pour la guérison des maladies " y en a de pur amusement qui n'ont rapport à rien. La plupart se font en 'ond , au son du tambour et du cbickikoué , et les femmes sont toujours séparées dos hommes. Quoiqu'on ne se tienne point, jamais on ne rompl le "ercle. Au reste , il n'est pas surprenant que la mesure soit bien gardée, parce lue dans leur musique les sauvages n'ont que deux ou trois Ions, qui re\ ionlent sans cesse.
Les jeux de hasard sont une autre passion qu'on est surpris de voir porter
■i l'excès parmi If s sauvages, lis en oni plusieurs. Celui qui les attache le {dus se nomme le jeu du plat. On assure qu'ils en perdent souvent le repos et lu raison , puisqu'ils y risquent tout ce qu'ils possèdent , et qu'ils no le quittent qu'après avoir perdu leurs habits, leurs cabanes , et quelquefois leur liberté pour un temps.
Ce jeu ne se joue qu'entre deux personnes : chacun prend six ou huit osselets, à six l'aees inégales, dont les deux principales sont peintes, l'une en noir, l'antre en blanc qui lire sur le jaune. On les fait sauter en l'air, eu frappant la terre ou la table avec un plat rond et creux dans lequel ils son! , et qu'on a d'abord fait tourner plusieurs fois. Si l'on n'a point de plat, on se cnulenlede jeter les osselets en l'air avec la main. Lorsque, élan! tombés , ils présentant lous la même couleur, celui qui a joué gagne cinq points. La partie est Bfl quarante, et les points gagnés se rabattent à mesure que l'adversaire en gagne. de son côté. Cinq osselets d'une même couleur ne donnent qu'un point la première fois ; mais à la seconde, on fait rafle de tout; à moindre nombre on ne gagne rien. Celui qui gagne la partie continue déjouer, « l« lardant cède sa place à un autre qui est nommé par les marqueurs de sa partie : car on se partage d'abord , et souvent tout le village s'intéresse au jeu ; quelquefois môme un village joue contre un autre. Chaque partie choisi! son marqueur; mais il se retire quand il veut. A chaque coup, surtout aux coups décisifs, il s'élève de grands cris; on croirait les joueurs hors d'eux-mêmes, et les spectateurs ne sont guère plus tranquilles : les uns et les autres foui mille contorsions , parlent aux osselets, chargent d'impréealioiis les génial de la partie adverse, et tout le village retentit d'aii'reux hurlenienis. si la chance n'en devient pas plus heureuse, les perdants peuvent remettre la partie au lendemain; il ne leur en coûte qu'un petit festin pour les assistants. On se prépare, dans l'intervalle, à retourner au combat- Chacun invoque sua génie et prodigue le tabac en son honneur; on lui demande surtout d'heiireu* songes. Dés la pointe du jour, on se remet au jeu ; mais s'il tombe dans PûBpiil aux perdante que ce soient les meubles de leur cabane qui leur aie»' porté malheur, ils commencent par les changer lous. Les grandes parties durent ordinairement cinq ou six jours, et souvent la nuit ne les interrompt pas- Ces parties de jeu se font quelquefois à la prière d'un malade ou par l'ordonnance d'un médecin : il ne faut qu'un rêve de l'un ou de l'autre. Alors V» parents s'assemblent pendant plusieurs nuits , pour s'essayer et pour choisiF la plus heureuse main. On consulte son génie, on jeûne, les personnes m*1 liées gardent la continence-, [,- i<hii pour obtenir un heureux songe. Le malin, on raconte ce qu'on croit avoir vu pendant la nuit, et celui qu'on j«Se favorisé par son génie esl placé près du joueur.
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Les missionnaires sont quelquefois pressés d'assister à ces spectacles parce que leurs génies protecteurs passent pour les plus puissants. L'expérience leur apprend à s'en défendre. Ils ne sont point écoutés dans la confusion, et lorsqu'ils veulent prendre occasion de quelque incident pour faire sentir aux sauvages la vanité de leur culte, on leur répond froidement ■' . Vous avez vos thêta et nous avons les nôtres; il est malheureux pour nous que les noires soient les plus faibles. •
Un autre jeu est celui des pailles. Ce sont de petits joncs de la grosseur des tuyaux de froment, et de la longueur de deux pouces. On en prend un car tain nombre, qui est ordinairement de deux cent un, et toujours impair Apres les avoir bien remués , en invoquant les génies avec mille contorsions on se sert d'un os pointu pour les séparer en petits monceaux de dix Chacun prend le sien à l'aventure, et le monceau de onze gagne une certaine quantité de points. Il y a d'autres manières de jouer le même jeu et c'est quelquefois le nombre neuf qui gagne la partie. Charlevoix , qui vit louer aux pailles chez les Miamis , avoue qu'il n'y comprit rien ; mais on lui assura dit-,1, qu'il y avait autant d'adresse que de hasard à ce jeu; que les sauvages S" sont 1res fripons ; qu'ils s'y acharnent pendant les jours et les nuits et que les plus acharnés ne le quittent que lorsqu'ils sont nus, et qu'ils n'ont plus rien à perdre.
Ils on ont un qui les pique peu du côté de l'intérêt, et qui ne mérite même que le nom d'amusement, mais dont les suites sont lavorahles à l'amour. A l'entrée de la nuit, on forme , au milieu d'une grande cabane , un cercle de plusieurs poteaux. Les instruments sont au centre. Chaque poteau est couronné d'un petit tas de duvet, dont les couleurs doivent être différentes. Les jeunes gens des deux sexes dansent à l'entour, et toutes les Tilles ont aussi quelque ornement de duvet de la couleur qu'elles aiment. Un jeune homme se détache par intervalles, cl va prendre, sur un des poteaux, quelques llocons Se duvet de la couleur qu'il remarque à sa maîtresse. 11 se les met sur la lêle, .1 danse autour d'elle, el , par divers signes, il lui donne un rendezvous. Après la danse, un grand festin suit, et dure tout le jour. On se relire le soir, et, malgré la vigilance dos inères, les filles trouvent le moyen de se rendre auprès de leurs amants.
Les sauvages ont deux autres jeux , dont l'un se nomme la crosse. Il se joue avec une balle et des hâtons recourbés, qui se terminent on raquette. On élève «eux poteaux pour servir de bornes, et leur distance est proportionnée au "Wuljrcles joueurs; s'ils sont quatre-vingts, Téloignement dos poteaux est 11 une demi-lieue. Les joueurs sont partagés en deux bandes , dont chacune a ''"" poteau. 11 s'agit de faire parvenir la balle à l'un des adversaires sans
qu'elle tombe â terre et qu'elle soit touchée avec la main : car , dans l'un ou l'autre cas , on perd la partie , ;i moins que la faute ne soit réparée en poussant la balle au bout d'un seul trait, ce qui se trouve souvent impossible. L'adresse des sauvages est si singulière à prendre la balle avec leurs crosses, que ces parties durent quelquefois plusieurs jours. L'autre jeu n'est pas fort différent , mais il a moins de danger. On marque aussi deux termes, et les joueurs occupent toute la distance. Celui qui doit commencer jette une balle en l'air, le plus perpendiculairement qu'il est possible , alin qu'il lui soit aisé delà reprendre pour la jeter vers le but; mais tous les autres ont le bras levé, et celui qui peut la saisir la jette à quelqu'un de la troupe, qui ne la reçoit qdâ pour la jeter à un autre. II faut, avant d'arriver au but, qu'elle ne soi! jamais tombée des mains de personne, et la troupe don! l'un des acteurs la laisse tomber perd la partie. Les femmes s'exercent aussi à ce jeu , mais elles ne forment qu'une seule bande , qui est ordinairement de quatre ou cinq , et la première qui laisse tomber la balle est celle qui perd.
io aux castors. Induàlri.' il.1 o
. Autres cbnssps.
Leurs chasses mériteraient le nom de divertissements, par le plaisir qu'ils y prennent , si leur utilité et mille travaux pénibles dont elles sont toujours accompagnées ne devaient les faire regarder d'un autre œil. La plus célèbre, quoique la moins dillicile, est celle du castor. Nous ne pouvons faire ici l'histoire naturelle du casloi*, mais il ne serait pas aisé d'expliquer les circonstances de la chasse aux castors, si l'on ne commençait par donner quelque idée de leur domicile, et de la manière dont ils sont établis, 'fout le inonde sait que les castors sont des amphibies qui vivent comme en société. On en trouve quelquefois ensemble jusqu'à trois ou quatre cents, qui forment une espèce di' bourgade. Ifs savent choisir un lieu qui leur convienne, c'est-à-dire où les vivres soient en abondance, surtout l'eau ; et s'ils ne trouvent point de laeoti d'étang, ils y suppléent en arrêtant le cours d'un ruisseau ou d'une petite rivière par une digue qu'ils construisent avec une admirable industrie. Leur premier soin est d'aller couper des arbres au dessus du lieu qu'ils ont choisi pour bâtir. Trois ou quatre castors attaquent un gros arbre, el. parviennent à l'abattre avec leurs dents; leurs mesures sont prises avec tant de justesse, que, pour s'épargner un pou plus de peine à le voiturer après l'avoir mis en pièces, ils savent toujours le faire tomber du côté de l'eau ; il ne leur reste ensuite qu'à rouler ces pièces vers l'endroit où elles doivent être placées. Elhs sont plus ou moins grosses, plus mu moins longues, suivant la nature et. la situation du lieu, car l'instinct de ces architectes s'étend à tout. Quelquefois Ha
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emploient de gras ironcs d'arbres, qu'ils portent à plat; quelquefois les pieux dont ils composent leur digue n'ont que la grosseur de la cuisse, ou sont même plus menus; mais alors ils sont soutenus de bons piquets, et entrelacés de petites branches, et, de toutes parts, les vides sont remplis d'une terre grasse, si bien appliquée, qu'il n'y passe pas une goutte d'eau. C'est avec leurs pâlies que les castors préparent cette terre, et leur queue ne leur sert pas seulement de truelle pour maçonner , mais encore d'ange pour voilurer ce mortier, ce qu'ils font en se traînant sur leurs pattes de derrière. Lorsqu'ils sont arrivés au bord de l'eau, ils le prennent avec les dents , et pour l'employer, ils se servent alternativement de leurs pattes et de leur queue. Les fondements de ces digues ont ordinairement dix a douze pieds d'épaisseur , ei vont, en diminuant jusqu'à deux ou trois. Ou admire l'exactitude avec laquelle toutes les proportions y sont gardées. Le côté du courant d'eau est toujours en talus, et l'autre cùlé parfaitement d'à-plomb. Nos meilleurs ouvriers ne feraient, dit-on , rien de plus solide ni de plus régulier.
Le même art est observé dans la construction des cabanes. Elles sont ordinairement construites sur pilotis, au milieu des petits lacs que les digues uni formés, quelquefois sur le bord d'une rivière, ou à l'extrémité d'une pointe qui s'avance dans l'eau. Leur figure est ronde ou ovale; elles sont voûtées en anse de panier, et les parois ont deux pieds d'épaisseur. Les matériaux ne sont pas différents de ceux des digues, mais ils sont moins gros, et l'enduit intérieur déterre glaise n'y laisse pas entrer le moindre air. Les deux tiers de l'édifice sont hors de l'eau. C'est dans cette partie que cliaque castor a sa place marquée ; il prend soin de la revêtir de feuillages ou de petites branches de sapin ; jamais on n'y voit d'ordures. Outre la porte commune , et une autre issue par laquelle ces animaux sortent , il y a plusieurs ouvertures par lesquelles ils se vident dans l'eau. Les cabanes ordinaires servent de logement à huit ou dix castors. Il s'en trouve, mais rarement, qui en contiennent jusqu'à trente. Elles sont toujours assez près les unes des autres pour avoir untre elles une communication facile.
Tous ces ouvrages sont achevés à la lin de septemhre , et jamais l'hiver ne surprend les castors dans leur travail. Clmcun fait ses provisions, Tandis qu'ils vivent dans la campagne ou dans les bois, ils se nourrissent de fruits, ft'éeorce et de feuilles d'arbres; ils pèchent aussi des écrevisses et quelques Poissons. Mais lorsqu'ils commencent à se pourvoir pour un temps où la terre couverte de neige ne leur fournit rien, ils se bornent au tois tendre, tel que <'' peupHer, letremljlect d'autres de la même qualité, ils le mettent en piles, disposées de manière qu'ils puissent toujours prendre celui qui trempe dans "Sïn. On observe constamment que ces piles sont plus ou moins grandes,
.suivant que ('hiver doit être plus ou moins long; c'est pour les sauvages un indiec de la durée du froid, qui ne les trompe jamais. Pour manger le bois, un castor le découpe en petites pièces fort menues , et les apporte dans sa loge : car chaque castor n'a qu'un magasin commun pour toute la famille- Comme la route des neiges cause de grandes inondations lorsqu'elle est dans sa force , ces animaux quittent alors leurs cabanes ; mais les femelles y reviennent aussitôt que les eaux; sont écoulées , et c'est alors qu'elles mettent bas. Les mâles continuent de tenir la campagne jusqu'au mois de juillet, temps auquel ils se rassemblent tous pour réparer les brèches que l'eau peut avoir faites à leurs édifices; si leurs cabanes ou leurs digues ont été détruites par les chasseurs, ils en font d'autres. Cependant plusieurs raisons les portent souvent à changer de demeure, comme le défaut de vivres, les fréquents ravages des chasseurs et ceux des animaux carnassiers , contre lesquels ils n'ont point d'autre défense que la fuite ; mais il y a des lieux pour lesquels ils prennent tant d'affection, que, malgré les inquiétudes qu'ils y éprouvent, ils ne peuvent les quitter. Le père Charlevoix observe que, sur le chemin de Montréal au lac des Hurons , par la grande rivière, on trouve tous les ans un logement de castors, et qu'ils le réparent ou le bâtissent chaque été dans le mémo lieu , puisque le soin constant des voyageurs qui y passent les premiers après l'hiver est de rompre la digue, pour se procurer l'eau nécessaire à leur navigation , sans quoi ils seraient obligés de faire un portage. Du côté de Québec , d'autres castors, aussi réguliers, fournissent d'eau un moulin à planches , par leur travail annuel.
La prodigieuse quantité de ces animaux que les premiers Français trouvèrent au Canada fait juger qu'avant leur arrivée l'ardeur des sauvages n'était pas grande pour cette ebasse. Elle était néanmoins eu usage, le temps et i;l méthode en étaient réglés; mais des peuples qui se bornaient alors aux pures nécessités de la vie ne faisaient pas la guerre à d'innocents animaux jusqu'à les détruire. C'est de nous qu'ils ont reçu des passions qu'ils ignoraient , # qu'ils ont appris à les satisfaire aux dépens de leur repos. La chasse du castor ne paraît pas difficile. L'industrie qu'il dépluie dans la préparation de sou logement et de sa subsistance semble l'abandonner lorsqu'il s'agit de pourvoira sa sûreté. C'est pendant l'hiver qu'il est exposé aux persécutions des chasseurs, c'est-à-dire depuis novembre jusqu'à avril, parce qu'alors, cornu*6 tous les autres animaux, il a plus de poil et la peau plus mince. Les sauvage? ont quatre méthodes, les filets, l'affût, la tranche et la trappe; ils Joignent ordinairement la première à la troisième , et rarement ils emploient la seconde : le castor a les yeux si perçants, et l'oreille si fine, qu'il est difficile de s'en approcher avant qu'il ait gagné J'eau , où il plonge d'abord , cl dont il nes'c,'
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— 479 Carte pas beaucoup en hiver-, on le perdrait même quand il aurait été blessé (1 un coup de flèche ou de balle avant que de s'être jeté à l'eau , parce qu'il ne revient point au dessus lorsqu'il meurt d'une blessure. Ainsi, les méthodes communes sont celles de la trappe et de la tranche.
Quoique ces animaux aient amassé leurs provisions pour l'hiver ils font cependant quelques excursions dans les bois ,*„,. v chercher une nourriture Plus fraicho et plus tendre. Les sauvages drossent des frappes sur leur chennn, a peu près telles que nos I de chiffres, et mettent pour amorce de peins morceaux de bois tendre et fraîchement coupé. Le castor n'y a pas plus l"l louche, qu'd lui tombe sur le corps une grosse huche qui 'lui casse les reins; et le chasseur, qui survient, l'achève sans peine. La tranche demande nies de précaution. Lorsque l'épaisseur de la glace est d'un demi-pied on y tel un,, ouverture avec la hache. Les castors ne manquent poi„t „., venir Wur respirer avec plus de liberté : on les , attend; on remarque même leur l>U™cbe au mouvement qu'ifs donnent à l'eau , et rien n'est plu, facile que '"■ casser la lete au moment où on la découvre. Si l'on ne veut point être Perçu de 1 animal , on met sur le trou de la bourre de roseaux ou des épis de Ivpba; et, lorsqu'il est à portée, „„ le saisit par une patte, ou le jette sur la glace, et quelques coups l'assomment avant qu'il soit revenu de' son élouruissoinenl. Si la cabane est proche de quelque ruisseau, il en coule encore *«u. On coupe la glace en travers pour v tendre un grand filet , ensuite ,„, *a briser la cabane. Tous les castors qu'elle contient ne manquent point dite sauver dans le ruisseau , et se trouvent pris dans le filet ; mais on les y laisse peu , parce qu'ils s'échapperaient en le coupant.
Ceux qui bâtissent lents cabanes dans les lacs ont, à quelques eeuLs pas "i mage, une autre relraile qui le» lient lieu do maison do campagne, pour ' respirer un meilleur air. Alors les chasseurs se partagent, en deuv bandes <".c pou, briser la cabane des champs, l'autre pour donner en même temps' 'CCI 0 du lac. Los castors d'une cabane veulent se réfugier dans l'autre, et **"U peu a tuer dans le passage. Ba uuolquos endroits ou se contente de *e une oaverlnroaux digues : les castors se trouvent bientôt à see, et devis défense. S'ils n'aperçoivent point les auteurs du mal, ilsaccou- , » Pour ) remédier; mai, ,.,,,,„„,.. on est préparé a les recevoir, il es, rare m»°1«». o» 0" ™>",s qu'on n'en prenne pas plusieurs. (»„cl,,,e, surent que , s'ils déeOBVren) ies chasseurs ou quelques unes de , "-" carnassières qui leur liait la guerre, ils pion,,,,, ,Tec „„ si „,,,„,, br„i, 'Mitant I eau de leur queue, qu'on les entend d'une demi-lieue, appm» ^«1 pour avenir tous les autres du péril qui les menace, ils ont foè» ; ; ' !"". dans Icau même, ils sentent de fort loin les canots; mais ou ..,j„„v
qu'ils ne voient que de côté , et que ce défont les livre souvent aux chasseurs qu'ils veulent éviter. Enfin on assure qu'un castor, après avoir perdu sa femelle, ne s'accouple point avec une autre. Les sauvages empêchent soigneusement que leurs chiens ne touchent aux os des castors, parce qu'ils soûl d'une dureté à laquelle il n'y a point de dents qui résistent.
Avant l'arrivée des Européens , c'était la chasse de l'ours qui tenait le premier rang dans l'Amérique septentrionale. Elle était précédée d'anciennes cérémonies, qui s'observent encore dans les nations qui n'ont point embrasse le christianisme. C'est toujours un chef de guerre qui en règle le temps , «* qui se charge d'inviter les chasseurs. Celte invitation est suivie d'un jeûne de huit jours, pendant lesquels il n'est pas même permis de boire une goutte d'eau, car les jeûnes des sauvages consistent dans une privation absolue de toutes sortes de boissonset d'aliments. L'extrême faiblesse que cette excessive abstinence doit leur causer n'empêche point qu'ils ne chaulent pendant tout le jour. Ils jeûnent, et plusieurs se découpent môme la chair en divers endroits du corps, pour obtenir des esprits la connaissance des lieux où les ours seront celte année en plus grand nombre. Ce sont leurs rêves qui les détenninent, c'est-à-dire que, pour les faire bien augurer de leurs chasses, il faudrait que chacun eût vu en songe des ours dans le même canton. Mais, pourvu que cette faveur soit accordée plusieurs fois à quelque habile chasseur, tout le monde feint d'avoir eu le même rêve, et l'on ne balance plus sur la marche.
Après le jeûne et le choix du lieu , il se fait un grand festin pour ceux q"1 veulent être de l'expédition; mais personne ne doit s'y présenter sans avoir pris le bain, qui consiste à se jeter dans une rivière, quelque temps qu'1' fasse, pourvu qu'elle ne soit pas glacée. Ce feslin n'est pas de ceux dont il nc doit rien rester; au contraire, la longueur du jeûne n'empêche point qu'on'1 J soit fort sobre. Le chef qui en fait les honneurs ne touche à rien ; et pendai'1 que les autres sont à table, il s'occupe à vanter le succès de ses anciennes chasses. Ensuite la troupe se met en marche dans l'équipage de guerre, i>u milieu des acclamations de toute la bourgade. Aussi la chasse ne passe-l-el^ pas pour un exercice moins noble que la guerre, et l'alliance d'un bon chasseur est même au dessus de celle d'un guerrier, parce que la chasse fourni1 toutes les nécessités qui bornent les désirs des sauvages. Mais, pour obtenu la réputation d'habile chasseur, il faut avoir tué douze grandes bêtes en utl jour. On observe que ces peuples ont deux avantages singuliers pour «et exercice. D'abord, rien ne les arrête; buissons, fossés, ravines, élangs , rivières, il n'y a point d'obstacle qui les empêche d'avancer par la plus droii° ligne. En second lieu, il n'y a point d'animaux qu'ils n'égalent à la course-
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on assure que, ramenant quelquefois des ours qu'ils ont lassés, ils les conduisent devant eux avec une houssïne, comme on mène un troupeau de moulons.
Cette chasse se fait en hiver. Les ours sont alors cachés dans des creux d'arbres ; ou s'ils en trouvent d'abattus , ils se font , dans leurs racines , une lanière dont ils bouchent l'entrée avec des branches de sapin. Si ces deux secours leur manquent, ils font un trou en terre capable de les contenir, avec beaucoup de précaution pour en fermer l'ouverture. Quelquefois ils se cantonnent si bien au fond d'une caverne, qu'il faut être fort près d'eux pour les découvrir. Mais, quelque retraite qu'un ours ait choisie, il ne la quille point de lout l'hiver. On n'est pas moins sur qu'il n'y porte aucune provision , d'où l'on doit conclure qu'il y est sans boire et sans manger. Ceux qui assurent qu'il tire de ses pattes, en les léchant, une substance qui le nourrit, ont eu sans doute l'occasion de vérifier un fait si singulier. Quoi qu'il en soit, il n'est pas besoin de courir pour la chasse de l'ours en hiver ; il n'est question que de reconnaître les lieux où ils se tiennent à couvert. Dès que les chasseurs s'en croient surs, ils forment un cercle d'une grandeur proportionnée à leur nombre; ensuite ils avancent en se resserrant, et chacun cherche; un do ces animaux devant soi. Des furets tels que des sauvages n'en laissent guère échapper ; et , tapis comme ils les trouvent, il ne leur est pas difficile de les tuer. La même scène se répète le lendemain à quelque dislance, et se renouvelle chaque jour pendant toute la chasse. Dés qu'un ours est tué, le chasseur lui met entre les dents le tuyau de sa pipe, souffle dans le fourneau , et, lui remplissant ainsi de fumée la gueule et le gosier, il conjure l'esprit de cet animal de ne pas s'oflènser de sa niort; mais comme l'esprit ne fait aucune réponse , le chasseur, pour savoir si sa prière est exaucée, coupe le filet qui est sous la langue de l'ours, et le garde jusqu'à la fin de la chasse. Alors on fait un grand feu dans la bourgade, et toute la troupe y jette ses lilets avec une grande cérémonie. S'ils y pétillent et se retirent comme il doit naturellement arriver, c'est une marque certaine que les esprits des ours sont apaisés. Autrement on se persuade qu'ils sont irrités , et que la chasse ne sera point heureuse l'année d'après , si l'on ne prend soin de se les réconcilier par des invocations et de nombreux présents.
Quoique le principal objet de cette chasse soit la peau de l'ours , non seulement les sauvages se nuiirrissent de leur chair pendant l'expédition, mais ]ls en rapportent assez pour traiter leurs amis et pour nourrir long-temps leurs familles. Les missionnaires ne vantent pas beaucoup cet aliment. Dans l;* belle saison , les ours, qu'on ne tue alors qu'au sommet des arbres , où '■s grimpent pour manger le raisin et les fruits, s'engraissent et flevieniuau
de fort bon goût; cependant ils sont toujours un peu hmleuv ; mais on assuré que la chair d'un oursin no le cèsfe guère à celle d'un agneau.
L'accueil qu'on Tait aux chasseurs , après une chasse heureuse , forait juger qu'ils reviennent victorieux d'une longue et sanglante guerre. Ou chante clans toute la bourgade, et les chasseurs chantent eux-mêmes qu'il faut être homme pour vaincre des ours. Ces applaudissements sont suivis d'un grand festin, dont on ne doit rien laisser, et , pour premier service, on présente le plus grand ours qu'on ait pris. Il est servi tout entier avec ses entrailles , sans être écorché ; mais la peau est assez grillée pour ne pas résister beaucoup aux dents des sauvages. Ils croiraient s'attirer l'indignation des csprili s'il en restait quelque chose. Le bouillon de la chaudière , ou plutôt la graisse fondue et réduite en huile, les os, les nerfs, tout doit disparaître. Aussi quelqu'un des convives en crève-t-il toujours, et la plupart en sont Ibrt incommodés.
Tous les voyageurs assurent que ces animaux ne sont dangereux que lorsqu'ils sont pressés par la faim , ou qu'ils ont reçu quelque grave blessure ; cependant on ne s'en approche point sans précautions. Rarement ils attaquent; ils fuient même â la vue d'un homme , et celle d'un chien suffit pour les faire courir bien loin. Observons que les chiens dont les sauvages mènent un grand nombre à leurs chasses, et qu'ils élèvent soigneusement pour cet usage , paraissent tous de la même espèce. Ils ont les oreilles droites et le inusiau allongé , à peu près comme les loups. On vante leur attachement et leur fidélité pour leurs maîtres, qui les nourrissent néanmoins assez mal, et qui W les caressent jamais.
La chasse de l'orignal plait d'autant plus aux sauvages , que cet animal a !•» chair d'un excellent goût , et la peau forte , douce et moelleuse. On ne 1° croit pas durèrent de l'élan d'Kurope ; mais il est ici de la grosseur d'un chcval ou d'un beau mulet. Une tradition commune à toutes ces nations barbare* leur fait croire qu'entre tous les orignaux de leurs forêts, il en existe u» d'une monstrueuse grandeur, auprès duquel tous les autres ne paraissent eue des fourmis. On lui donne des jambes si hautes , que huit pieds de neige ne l'embarrassent point dans sa course; sa peau est à l'épreuve de tout'* sortes d'armes. La nature l'a pourvu d'une espèce de bras qui lui sort de l'épaule , et dont il se sert comme nous faisons des nôtres. II ne manque jamais d'avoir à sa suite un grand nombre d'autres orignaux qui forment sa cour , ** qui lui rendent tous les services qu'il exige d'eux. Les Japonais et les Chinois même ont de pareilles chimères. L'orignal aime les pays froids; il brotd" l'herbe eu été , et l'hiver il ronge les arbres. Pendant que les neiges sont hautes, ces animaux s'assemblent en troupes sous les plus grands arbres des fo-
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rtls , pour s'y meure à couvert du mauvais temps, et ne quittent point celle retraite aussi long-temps qu'ils y trouvent à manger. C'est alors qu'on leur donne la chasse, ou lorsque le soleil prend assez de force pour tondre la neige. Dans ce dernier temps , la gelée do la nuit formant comme une croûte sur la surface de la neige fondue pendant le jour , l'orignal , qui est pesant , la casse du pied , s'écorciic la jambe , et ne se lire pas aisément des trous qu'il se creuse. Mais lorsqu'il est libre, ou qu'il y a peu de neige , on ne L'approche Point sans danger : la moindre blessure le rend furieux ; il se précipite sur les chasseurs, et les foule aux pieds. L'expérience ne leur a pas fait trouver d'autre moyen pour s'en garantir que de lui jeter leur habit , sur lequel il décharge toute sa fureur, tandis que , se tenant cachés derrière quelque arbre , ils prennent leurs mesures pour l'achever. Sa marche ordinaire est un grand trot, qui égale presque la course d'un bœuf sauvage ; mais les chasseurs sont encore plus légers que lui.
Dans les parties septentrionales du Canada , cette chasse est sans danger. Les chasseurs se divisent en deux bandes : l'une s'embarque dans dos canots , qui , se tenant à quoique distance les uns des autres , forment un demi-cercle assez grand , dont les deux bouts touchent au rivage; l'autre demeure à terre, embrasse d'abord un grand terrain, et lâche les chiens, pour faire lever tous les orignaux qui sont renfermés dans cet espace. Il devient facile de les pousser en avant jusqu'à la rivière ou au lac; ils s'y jettent , et l'on tire dessus do tous les canots. Mais la inelhodo commune des sauvages est d'enfermer un espace de forêt d'une enceinte de pieux entrelacés de branches d'arbres. On n'y laisse qu'une ouverture assez étroite, où ils lendenl des lacets de peau crue. Cet espace est de forme triangulaire ; et de l'angle d'entrée , ils tirent un autre triangle beaucoup plus grand. Ainsi les deux enclos communiquent entre eux Par un de leurs angles , et ne différent qu'en un point : c'est que le second demeure ouvertà sa base, et c'est par là que les chasseurs font entrer les hèles en '« poussant devant eux. Lorsqu'ils les y ont engagées , ils continuent d'avan- J» sans rompre la ligne, en se rapprochant toujours el jetant dos cris. Les t^tes, renfermées des deux cotés , el poussées par derrière, ne peuvent fuir lue dans l'autre enclos. Plusieurs , en y entrant , se trouvent prises par les ^rnes ou par le cou , et font de grands efforts pour se délivrer. Les unes empilent les lacets, d'autres s'étranglent, ou, du moins, donnent aux elias- Seurs le temps de les tirer. Celles qui s'échappent n'en demeurent pas moins jJWives dans un trop polit espace pour éviter les llèches qu'on leur décoche "o toutes parts.
U llonlan décrit quelques chasses curieuses, auxquelles il assisUi. ■ Je. llarlis , dil-il , au commencement de septembre , pour aller à la chasse eu ea-
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not , sur lus rivières cl lus étangs qui se déchargent dans le i;ic Clianiplaïn. J'élais avec trente ou quarante sauvages, fort habiles pour cet exercice. On commença par se poster sur le lionl d'un marais de quatre ou cinq lieues de circuit ; nos cabanes furent dressées , et les sauvages firent sur l'eau, en divers endroits, des huttes de feuillage. Ils ont des peaux d'oies, d'outardes et de canards, séchées et remplies de foin, attachées par les pieds avec don'' clous sur un petit bout de planche légère , qu'ils laissent flotter aux environ5 des huttes, où ils se renferment trois ou quatre, après y avoir amarré leur5 canots. Dans celle posture, ils attendent les oies , les canards, les outardes, les sarcelles , et d'autres espèces d'oiseaux dont le nombre est surprenant. Ces animaux viennent se poser près des pièges. Les sauvages tirent alors dessus» et ne manquent point d'en tuer beaucoup. Ensuite ils se jettent dans leurs canots pour les prendre.
« Après quinze jours de cette chasse, las de ne manger que des oiseaux de rivière, nous fîmes la guerre aux tourterelles, dont le nombre est si prodigieux que, pour sauver les biens de la terre, l'évôquc de Québec a pris plus d'une fois le parti de les excommunier. Nous nous postâmes à l'entrée d'une prairie où les arbres étaient plus couverts de ces oiseaux que de feuilles- C'était le temps où elles passent du nord au midi. Mille hommes auraient p° s'en rassasier pendant vingt jours. J'étais au bord d'un ruisseau , où je tirai aussi sur des bécasses, sur des râles, et sur certains oiseaux fort délicats , de la grosseur d'une caille, qu'on nomme battants ou faulx. Nous luâme* quelques rats musqués, dont les testicules jettent en effet une forte odeur de musc. Soir et matin on les voit sur l'eau , le nez au vent. Les fonlcriaux , qU' sont de petites fouines amphibies, s'y prennent de même. Je vis encore d'autres quadrupèdes qu'on nomme siffleurs, parce que, dans les beau* jours, ils sifflent au bord de leurs terriers. Leur grosseur esl celle du lièvre > avec moins de longueur. On estime peu leur chair; mais la peau en est curieuse. Mes sauvages me donnèrent le plaisir d'en entendre siffler un , qu'ils tuèrent ensuite d'un coup de fusil. Ils cherchèrent avec soin des lanières de carcajoux, et bientôt ils en découvrirent quelques unes. Avant la pointe b" jour, nous nous plaçâmes aux environs, ventre à terre, pendant qu'on tenait les chiens derrière nous à cinquante pas. L'aurore n'eut pas plus l"1 paru , que les carcajoux sortirent , el les sauvages , se jetant sur les lanières pour les bouclier, appelèrent en même temps les chiens. Je ne vis que dei'S carcajoux, quoiqu'il en fût sorti plusieurs autres. Le combat ne dura p'lS moins d'une demi-heure; mais enfin ils furent étranglés. Je les comparerais au blaireau, s'ils n'étaient plus gros et plus méchants. Nos chiens nm'" moins courageux contre un porc-épic. Nous le découvrîmes sur un aibris-
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seau , que nous coupâmes pour l'on Taira tomber. Jamais 1rs (liions n'osèrent en approcher; ils se contentèrent d'aboyer à l'cnlour, dans La crainte de ses poils, ou plutôt do ses dards longs et pointus , qu'il lanco à trois ou quatre pas. À la lin il fut assommé, et on le jeta sur le feu pour ljrùler toutes ses pointes, comme on brûle un porc. On le fit rôtir-, mais, quoique fort gras, il no me parut pas d'aussi bon goût qu'on me l'avait représente.
■ Nous remontâmes do là dans un petit lac, où quelques sauvages péchèrent des truites , tandis que les autres s'occupaient à tendre des pièges pour la pèche des loutres. Ces pièges sont composés de petits piquets plantés en carré long , qui forment une petite chambre dont la porte est soutenue par un autre piquet, au milieu duquel on attache une truite. La loutre, attirée par cette amorce, passe plus de la moitié du corps dans la cage , pour saisir sa proie. Mais à peine y touche-t-elle , que le piquet, tiré par une petite corde qui lient la truite , tombe et fait tomber aussitôt la porte qu'il soutenait Elle est si pesante que l'amphibie est écrasé par sa chute. Nous en primes plus do doux cent cinquante. Leurs peaux sont incomparablement plus belles au Canada que dans les pays septentrionaux do l'Europe. Les meilleures se vendaient alors en France jusqu'à dix éeus , surtout les noires bien
fournies do poil. . .
, On me lit passer alors sur un isthme d'environ cent cinquante pas , qui séparait le petit lac d'un plus grand. Je fus étonné d'y trouver quantité d'arbres abattus les uns sur les autres, et soigneusement entrelacés de branches, qu, formaient comme un pont, au bout duquel les sauvages avaient établi un carré do pieux , dont l'entrée était fort étroite. Ils me dirent que c était le heu où ils faisaient tous les ans la chasse du cerf, et qu'après l'avoir un peu renaré ils me donneraient cet amusement. En effet, ils me menèrent a deux ou n'ois lieues de l'isthme, par des chemins bordés de marais et d'étangs bourbeux Là, s'élanl dispersés, chacun suivi de son chien, ils me firent bientôt voir quantité do cerfs qui allaient et venaient en pleine course, cherchant des passages pour se sauver. Un sauvage qui ne m'avait pas quitte m'assura que, dans le lieu où j'étais avec lui , nous seuls no serions pas oble.es de courir à toutes jambes. Il se présenta en effet devant nous plus d'une do.u-.aine de cerfs , qui prenaient le chemin de l'isthme , plutôt que de se précipiter dans des lieux couverts de fange, d'où ils n'auraient pu se dégager Enfin nous retournâmes au parc , près duquel plusieurs sauvages étaient demeurés ventre à terre pour fermer la porte du carré, lorsque les cor s y sertie ,t en assez grand nombre. Nous y en trouvâmes trente-cinq et, s le parc ru é ermé avec plus de soin , nous en eussions pris le double, car les p us h « n'eurent nus de peine à sauter par dessus les pieux. Le carnage fu, ,,-cs
— i8fl — grand , quoique les femelles fusfleHl épargnées , parce qu'elles étaient pleines. >' Cette chasse fui suivie de colla des ours. J'admirai beaucoup l'espèce d'instinct qui faisait distinguer aux sauvages les troncs d'arbres où ces animaux se nichent, Lu marchant dans les forêts à cent pas les uns des autres, ils criaient : Voici l'ours. Les moins éloignés s'assemblaient autour de l'arbre. Un d'eux donnait quelques coups de hache au pied du tronc, et l'animal, sortant de son trou , était aussitôt criblé do balles.
» J'eus le plaisir, en cherchant des ours, de voirsur des branches d'arbres quantité de martres et de chats sauvages. On tire à la tête de ces animaux farouches pour ne pas nuire à leur peau. Mais ce que je trouvai de plus plaisant fut la stupidité (1rs gelinottes de bois, qui, perchées en troupes sur les arbres, se laissaient tuer à coups de fusil les unes après les autres. Nos sauvages les abattent ordinairement à coups de flèches, parce qu'elles ne valent pas, disent- ils, une charge de poudre, qui peut arrêter un orignal ou un cerf. J'ai lait celle chasse pendant l'hiver, avec une espèce de chiens qui, les sentant .sans les voir, se mettent àjaper au pied de l'arbre. Je m'approchais, et je n'avaîs pas de peine à découvrir ces oiseaux. Après le dégel, je fis avec quelques Canadiens deux ou trois lieues exprès dans le lac , pour le seul plaisir de voir et d'entendre le battement de ces gelinottes. C'est une chose des plus curieuses : on entend de toutes parts un bruit qui ressemble à celui du tambour, et qui dure une minute. On est ensuite un demi-quart d'heure sans rien entendre , pendant qu'on s'avance vers le lieu d'où le bruit paraît venir; il recommence, et l'on continue d'avancer jusqu'à la vue d'un arbre ordinairement abattu, pourri et couvert de mousse , où l'on découvre la malheureuse gelinotte, qui appelle vraisemblablement son mâle en ballant les ailes l'une contre l'autre. On ne peut profiter de ces indications que pendant les mois d'avril, de mai, de septembre et d'octobre. On observe nue c'est toujours sur le même arbre qu'elles perchent pour faire leurs tendres appels, commençant le malin à la pointe du jour , finissant à neuf heures , et recommençant le soir une heure avant le coucher du soleil , pour ne finir qu'à la nuit. »
Le même voyageur donne aussi la description d'une chasse d'orignaux dont il fut témoin. « Elle se fait sur la neige, avec des raquettes qui ne ressemblent pas tout à fait à celles que décrit Chai'levoix. Leur longueur est de deux pieds et demi , et leur largeur de quatorze pouces. Leur tour est d'un bois fort dur, épais d'un pouce, qui relient les mailles , comme dans nos raquettes de paume , excepté que celles-ci sont des boyaux, et les autres de petits lacets de peau de cerf ou d'orignal. Deux petites barres de buts les traversent pour les rendre plus roides et plus fermes. La pointe du pied entre dans un trou auquel tiennent deux courroies , qui enferment le pied par une ligature au dessus du
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talon ; ainsi a chaque pas qu'on fait sur la neige, le bout du pied s'enfonce dans le trou lorsqu'on lève le talon. On marche plus vite sur la neige avec ces machines qu'on ne ferait avec des souliers dans un chemin battu. J'ai lait ainsi trente à quarante lieues dans les bois à la chasse des orignaux. La première fois, après avoir fait quarante lieues au nord du fleuve Saint-Laurent , nous trouvâmes un petit lac de trois ou quatre lieues de circuit, où nous cabanâmes en écorces d'arbres, avec la peine d'ôter la neige qui couvrait le terrain. .Nous tuâmes en chemin autant de lièvreset de gelinottes de bois que nous en pûmes manger. Les cabanes finies, quelques sauvages allèrent à la découverte des orignaux , les uns aux nord , d'autre au sud , jusqu'à deux et trois lieues. Celui qui découvrait des pistes fraîches se détachait pour nous en donner avis. Nous suivions ces pistes, et nous trouvions quelquefois dix, quinze ou vingt orignaux ensemble, qui, prenant la fuite ensemble ou séparément, s'enfonçaient dans la neige jusqu'au poitrail. Si la neige était dure ou couverte de quelque verglas , nous ne manquions pas de les joindre dans l'espace d'un quart de lieue; mais lorsqu'elle était molle, ou tombée la dernière nuit, nous les poursuivions trois ou quatre lieues , sans en pouvoir approcher, à moins qu'ils ne fussent arrêtés par les chiens dans quelque passage plus difficile. Nous en tuâmes soixante -six. Cette chasse dure jusqu'au dégel, et la chair de ces animaux lient lieu de provisions. Dès quo les rivières sont libres, on travaille a faire des canots de leurs peaux , qui sont faciles à coudre ; on couvre les coutures de terre grasse , au lieu de goudron ; et ces canots servent à revenir aux habitations avec le bagage.
i La nature , ajoute le même voyageur , a mis une si forte antipathie entre les loutres et les castors , que ces deux espèces d'animaux se font une guerre continuelle. Les sauvages assurent que vers le mois de mai on voit quantité de loutres rassemblées qui ont l'audace d'aller attaquer les castors jusque dans leurs cabanes, mais qu'ordinairement elles sont repoussées avec perte. Un castor, à coups de dénis et de queue, peut se défendre aisément contre trois loutres. »
Dans les parties méridionales et occidentales de la Nouvelle-France, la chasse ordinaire est celle du bœuf sauvage. Voici comment elle se fait. Les îhasscurs se rangent tous sur quatre lignes, qui forment un grand carré; )t leur première opération est de mettre le feu devant eux aux herbes, qui sont dors sèches et fort hautes. A. mesure que le feu gagne , ils avancent en se resserrant. Les bœufe , que le feu épouvante beaucoup , fuient toujours , et se trouvent à la fin si serrés les uns contre les autres, qu'on les tue jusqu'au dernier. On assure qu'un corps de chasseurs ne revient jamais sans en avoir abattu quinze cents ou deux mille. Mais dans la crainte de se renconlrer et
île se nuire, les différantes troupes conviennent de leur marche ei du lieu des chasses. 11 y a des peines établies contre ceux qui violent ce règlement, et contre ceux qui , s'écartant de leur poste, donnent moyen aux bœufs de s'échapper ; elles consistent à dépouiller les coupables, à leur ûler leurs armes, et môme à renverser leurs cabanes. Les chefs ne sont pas exceptés de oes lois.
La plupart des autres animaux dont les sauvages aiment la chasse, soit pour leurs peaux , qui sont recherchées dans le commerce, soit pour se nourrir do leur chair en hiver, se prennent sur la neige avec des trappes et des collets. Tels sont les chevreuils, les chats-cerviers, les fouines , les écureuils, les porcs-épics, les hermines , les lièvres, les lapins et quelques espèces particulières au pays, qui sont comprises dans ce qu'on nomme la menue pelleterie.
Celte peinture du caractère et de la vie des habitants de l'Amérique septentrionale parait suffire pour les feire connaître et pour faire juger à quel point ds méritent te nom de aaavages. Clmrlevoix , qui ramène toutes ses recherches et ses réflexions à cette idée, convient que l'opposition de leurs usages aux nôtres a pu leur faire donner d'abord le nom de barbares, dans le sens que les Romains le donnaient à tous les peuples qui n'étaient pas Grecs ou Latins ; mais il ne cesse point de répéter qu'à l'exception de la guerre , que ces Américains ont toujours faite avec la dernière inhumanité, ils n'avaient autrefois rien de méprisable, puisque, dans leur grossièreté naturelle, Us étaient sages et heureux. C'est depuis l'arrivée des Européens qu'ils ont commencé réellement à se dépraver. L'usage des liqueurs fortes leur a causé plus de mal que toutes tes guerres ; il les a rendus intéressés ; il a troublé la douceur qu'ils goûtaient dans leurs sociétés domestiques et dans le commerce de la vie. Cependant, comme ils ne sont frappés que de l'objet présent, le même voyageur ajoute que les maux qu'ils ressentent de l'ivrognerie n'ont pas encore tourné en habitude. « Ce sont, dit-il, des orages qui passent, et dont la bonté de leur caractère, jointe au fond de tranquillité d'âme qu'ils ont reeuede la nature, leur Ole presque le souvenir aussitôt qu'ils sont passes."
Il représente fort vivement l'effet de l'cau-dc-vic sur ces peuples. Dans son ■voyage sur la rivière de SainWoseph, il vit arriver, avec une grande provision decette liqueur, les députés des Miamis et des PouLeuuatamis, deux nations établies surcette rivière, qui revenaient de vendre leurs pelleteries auxcolonk'? anglaises. « Le partage de r«iu-di»-vie se (il à la manière ordinaire, c'csl-à-
dire que chaque jour on en distribuait autant qu'il en (allait àchacun pour s'enivrer, et tout fut bu en moins de huit jours. On commençait à boire dans les deux villages dés que le soleil était couché, et toutes les nuits la campagne retentissait décris et d'horribles hurlements. On eût dit qu'une escouade de de-
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— 48!) nions s'éuil échappée de l'enfer, ou que les deux bourgades étaient acharnées às'entr'êgorger; plusieurs hommes furent estropiés. J'en rencontrai un qui s'était cassé le bras en tombant, et je loi dis que sans doute il serait plus sage une autre fo.s ; il me répondit que cet accident n'était rien , qu'il serait bientôt guéri, et qu'il recommencerait à boire aussitôt qu'il aurait de I'eau-de-vie Quoique ces peuples mènent une Tic dure, ils ne sont pourtant pas si i plaindre qu'on pourrait se l'imaginer; on peut même dire qu'ils sont heureux parce qu'ils croient l'être, et que, contents du peu qu'ils possèdent ils ne désirent pas même de connaître d'autres biens. La vue do nos commodités do nos richesses et do nos magnificences, les a peu touchés. Quelques Iroquois qui firent le voyage de Paris en 1666, et qu'on promena non seulement dans cette grande ville, mais dans toutes les maisons royales, n'y admirèrent rien ; ils auraient préféré leurs villages à la capitale du plus puissant royaume de l'Europe , s'ils n'y eussent vu des boutiques de rétisseurs , qui leur plurent beaucoup, parce qu'ils les trouvaient toujours garnies de toutes sortes de viandes. Au reste, on ne doit pas dire que, s'ils sont enchantés de leur vie grossière, c'est qu'ils ne connaissent pointles agréments de la nétre. Beaucoup de Français ont vécu comme cm, et s'en sont si bien trouvés, que plusieurs, quoique fort à leur aise dans la colonie, n'ont pu prendre le parti d'y retour' ner, tandis qu'au contraire on n'a pas l'exemple d'un seul sauvage qui ait pu se faireà notre manière de vivre. Les missionnaires rendent témoignage qu'on a pris des enfants sauvages.™ berceau, qu'on les a lait élever avec beaucoup de soin , qu'on n'a rien épargné pour leur dérober la connaissance des usages de leurs pères , et que toutes ces précautions ont été sans fruit. La force du sang l'a toujours emporté sur l'éducation. A peine se sont-ils vus en liberté, qu'ils ont mis leurs habits en pièces et qu'ils sont allés au travers des bois chercher leur nation, dont ils ont préféré le genre de vie i celle qu'ils avaient menée parmi nous.
Charlevoix rapporte ■ qu'un Iroquois, qu'on avait nommé la Plm/iie, célèbre par sa bravoure, vécut plusieurs années avec les Français, et que, pour le fixer, on le fit même lieutenant dans nos troupes; que cependant il n'y put tenir, et qu'il retourna dans sa nation , n'emportant de nous que nos vices , et n'ayant corrigé aucun do ceux qu'il y avait apportés. Il aimait éperdument les femmes; il était bien fait ; sa valeur et ses actions lui donnaient un grand relief; il avait beaucoup d'esprit cl des manières fort aimables. Ses désordres allèrent si loin avec les femmes , qu'on délibéra dans le conseil de son canton si l'on ne s'en déferait pas; mais on conclut, à la pluralité des voix , de le laisser vivre, parce qu'étant extrêmement courageux, il peuplerait le pays do bons guerriers. a
, Amwfl» Isliiiiihk MvIlioloKii'. l/l-'ilil;i. Oïlin
Nous nous sommes arrêtés long-temps sur l'hisloiro des découvertes et des premiers éteMissemaitS, parce que nous l'avons jugée d'un puissant intérêt. On ne peut suivre, en effet , sans une vive curiosité , eeLte longue latte de M civitisatto» contre la nature, et nous ne pouvions passer légèrement sur le* mœurs des premiers Américains , si différentes de ce que nous connaissons , si Curieuses jusque dans leurs moindres détails. Bientôt nous reviendrons sur nos pas, et nous parcourrons ces mêmes contrées avec quelques voyageurs modernes. Mais auparavant , et pour ne point entraver plus tard notre marche . nous ferons une courte lialte à deux pays que nous aurons occasion d'aborder plus d'une fois avec les explorateurs des mers polaires : ce sont l'Islande elle Groenland. Bien que ces pays aient toujours dépendu de quelques puissances européennes, ce qui, sans douta, lésa fait rattacher à l'Europe par presque tons les géographes, ils appartiennent évidemment à l'Amérique par leur position , et c'est appuyé sur l'opinion de Malte-Brun que nous les rangeons dans <viu- partie de notre ouvrage.
Arngrim Jouas , auteur islandais, est le seul qui ait jeté sur la découverte de l'Islande quelques lumières, qu'il dit avoir puisées dans les annales de sa patrie. Son récit est assez curieux pour trouver place ici. Il nous apprend qu'un certain Maddoc , allant aux îles de Feroë , fut jeté par une tempête sur la eÔte orientale de l'Islande, à laquelle il donna le nom de Snœlanil, à cause dût hautes neiges qu'il y trouva. Ce fat le premier navigateur du continent qui prît terra en [«lande ; mais il nes'y arrêts pas. Gardai-, Suédois, entendit parler de cette découverte : il partit pour aller cherclier l'Islande. Il y passa l'hiver en 80 i , et lui donna le nom de Gin-dam - llotin , c'est-à-dire île de C.ardar.
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Un troisième, nommé FIocco, pirate fameux de Norvège, voulut aussi reconnaître celte île , dont il avait entendu parler. On lui attribue mie invention très heureuse qu'il employa pour diriger sa route, au défaut de boussole cl de compas, qui étaient alors inconnus. Comme il parcourait les îles des mers septentrionales , sans découvrir celle qu'il cherchait , il prit trois corbeaux en partant de l'ile de Hetland , l'une des Orcades , et en lâcha un lorsqu'il se crut bien avant en mer. Il reconnut qu'il n'était pas si éloigné de terre qu'il l'avait cru , puisque le corbeau reprit la route de Hetland. Il avança toujours, et lâcha un second corbeau, qui revint dans le vaisseau après avoir beaucoup tourné de côté et d'autre sans voir terre. Un troisième corbeau , lâché encore plus en avant en mer , découvrit l'Islande et s'y envola. FIocco remarqua la direction de son vol , le suivit des yeux et de ses voiles , et arriva heureusement à la partie orientale de Cardars-IIolm , où il passa l'hiver. Au printemps, se voyant assiégé de glaces qui venaient du Groenland , il donna le nom iVIskmd à cette île , et elle l'a toujours conservé. FIocco passa un second hiver dans la partie méridionale do l'Islande; mais apparemment il ne s'y trouva pas bien, car il revint en Norvège, où il fut appelé Itnfnajlocco , c'est-à-dire FIocco le corbeau, en mémoire des corbeaux dont il s'était servi pour faire sa découverte.
Les annales islandaises ne marquent point si ces trois navigateurs trouvèrent des habitants en Islande. Elles citent comme la source des peuples de celle île un certain Ingulfe, Norvégien , qui se relira dans celte île avec son bcau-fière Hior-Lcifs , pour avoir tué deux grands seigneurs de leur pays. Comme e'élail une coutume que les bannis de Norvège arrachassent les portes de leurs maisons et les emportassent avec eux, Ingulfe, qui n'avait pas oublié les siennes , les jeta dans la mer dès qu'il fut à la vue de l'Islande , en se proposant d'aborder au hasard où les flots le pousseraient. Cependant il prit terre à un autre endroit , et ne trouva ses portes que trois ans après ; ce qui l'engagea à fixer son séjour où elles s'étaient arrêtées. C'est à l'an 871 qu'est fixée l'époque du séjour d'ingulfe en Islande. I.es annales assurentqu'il trouva cette île inculle et déserte lorsqu'il y arriva, et qu'if reconnut néanmoins que des marins anglais ou irlandais avaient autrefois pris terre dans cette île, par quelques cloches, par certaines croix et quelques ouvrages faits à la mode d'Irlande et {l'Angleterre, qu'on voyait sur le rivage. Cependant on ne peut pas conclure de ce récit que l'Islande ne fût point habitée avant l'arrivée d'ingulfe , mais seulement que le canton où il se fixa ne l'était point. Les mêmes annales rapportent que les anciens Islandais appelaient ces Irlandais l'upas, i-l la partie occidentale de leur île Papey, parce que les étrangers avaient coutume d'y aborder comme à la plus proche et à la plus commode.
Or, les anciens Islandais parmi lesquels vraisemblablement Flocco passa Ifs
deux années qu'il demeura en Islande doivent. être regardés comme les habitants primitifs de l'île; mais leur origine se perd dans la nuit des temps , et leur souree se confond avec celle des Celles, dont il y a beaucoup d'apparence qu'ils faisaient partie.
II parait encore , par leurs annales , que dans ces temps reculés ils adoraient entre autres dieux Thor et Odin. Thor était comme Jupiter , et Odin comme le Mercure des anciens Grecs et Lalins. C'est de ià que le jeudi porte encore parmi les Islandais modernes, comme chez les peuples Scandinaves, le nom de torsdug, et le mercredi celui à'&demdag : ce qui répond au d'tes Jovis et au (lies Mercurii des Latins. Les autels consacrés à ces divinités étaient revêtus de rer; un feu perpétuel y brûlait, et on y plaçait un vase d'airain pour recevoir le sang des victimes, qui servait à arroser les assistants. A côté do ce vase était un agneau d'argent du poids de vingt onces, qu'on frottait de ce même sang et qu'on empoignait quand on voulait faire un serment solennel. Ces idolâtres sacrifiaient des hommes à leurs idoles. Ils les écrasaient sur un grand rocher ou les jetaient dans des puits profonds, creusés exprès à l'entrée des temples. Le rocher était au milieu d'un cirque, suivant les fastes d'Islande. Cette coutume barbare ayant été abolie, le rocher retint plusieurs siècles après la couleur du sang humain qui y avait été répandu.
On représente ces anciens Islandais comme des hommes spirituels et curieux qui conservaient avec soin la mémoire non seulement de tout ce qui se passait dans leur patrie, mais même de tous les événements remarquables qui arrivaient dans les royaumes do l'Europe. Aussi leur compatriote Arngrim Jonas leur applique-t-il ce qu'Hérodote et Platon ont dit des Égyptiens, ad totlus Europœ tes historiens Lyncei. En elfet, Saxon le grammairien, dans la préface de son Histoire danoise , avoue qu'il s'est servi très utilement des annales islandaises. La Pereyro dit que le doeleur Worniius, qui en avait une copie, lui en avait expliqué différents endroits , et qu'il y avait remarqué plusieurs traits d'histoire relatifs à la Norvège, au Danemark , à l'Angleterre et aux lies Orcades, et entre autres le récit de l'irruption des Normands en France, lequel était sans date. Il parle aussi de la descente d'Ingulfe. Or, cette première irruption des Saxons étant de l'an 845, sous Charles le Chauve , c'est une nouvelle preuve que l'Islande était habitée depuis long-temps, puisqu'elle avait déjà des historiens et des poêles , car une partie de ces annales est écrite en vers , et les Islandais ont toujours joui parmi leurs voisins d'une grande réputation pour leurs poésies.
Les Islandais ont une mythologie très ancienne, dont la collection se nomme lùlda. Voici l'idée qu'en donne La Pereyre dans sa lettre déjà citée : « LeS
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auteurs tic i'Eikla, dit-Il, posent pour principe éternel un géant qu'ils appellent tuner. 11 sortit du chaos, selon eux, de petits hommes qui se jetèrent sur le géant et le mirent en pièces. De son crâne ils firent le ciel , de son œil droit le soleil , de son œil gauche la lune , avec ses épaules les montagnes , avec ses os les rochers, avec sa vessie la mer , les rivières avec sou urine , et ainsi de toutes les autres parties de son corps; de sorte que ces poètes appellent le ciel le crâne <T limer; le soleil sou œil droit ; la lune son œît gauche. Les rochers , les montagnes , la mer , les rivières n'ont de même point d'autre nom que ceux à'os , d'épaules , de vessie et d'urine tfluner.
Personne n'a répandu plus de lumière sur la mythologie islandaise , et en particulier sur l'Edda , que Mallet , auteur de la meilleure histoire de Dannemark que nous ayons. A la suite de son introduction à cette histoire, on trouve la traduction de l'Edda ou delà Mythologie celtique, et nous y renvoyons les lecteurs curieux de connaître cet ouvrage.
On sait que les prêtres des Celtes , nation dont les Islandais faisaient partie, avaient, comme les anciens prêtres d'Egypte , ou comme les brames modernes de l'Inde, deux espèces de doctrines, l'une qu'ils se réservaient comme un secret inviolable, et qui a péri avec eux; l'autre, qui n'était qu'un mélange informe de fables et de dogmes politiques transmis de génération en génération par tradition orale. Ces vers se perdirent chez les Gaulois et les Bretons, lorsque la forme de leur gouvernement changea; mais probablement les Islandais les conservèrent avec soin jusqu'au milieu <\\\ onzième siècle, époque de la première collection faite par Sœmund, sons le nom A'Edda. Ce nom d'Edda , appliqué au corps de la mythologie islandaise , a donné la torture aux étymologisles ; mais comme, selon Mallet, il vient d'un terme de l'ancien gothique qui signifie aïeule, « il est, dit-il, dans le génie des anciens philosophes celles d'avoir voulu désigner ainsi l'antiquité de leur doctrine. »
Il no reste aujourd'hui de l'Edda que trois poèmes entiers, et l'abrégé qu'en lit en prose, au commencement du douzième siècle, SnorrO Slurleson. Ces trois poèmes sont les plus anciens qui existent en langue gothique. V\m est intitulé Voluspa ou Prophétie de ta Sybitte ; le second , Bavamaal , et il contient la morale d'Odhî , qui passe pour en être l'auteur; le troisième a pour titre : Chapitre runique. Il renferme le détail des prodiges que l'auteur se croyait ou voulait si' faire croire capable d'opérer par le moyen de la magie , et surtout des runes ou caractères runiques, dont le même Odin est cru l'inventeur.
Cet Odin, suivant les annales islandaises , était un prince asiatique dont les états étaient situés entre la mer Caspienne et le Pont-Euxîn. Vaincu cl soumis
par les armées romaines que Pompée commandait dans la Phrygie mineure, Otlni prit la roule du nord , s'établit d'abord en Saxe , et passa successivement dans la Suède, la Scandinavie et l'Islande, avec les Phrygiens qui l'avaient suivi.
On place cette migration environ soixante-dix ans avant Jésus-Christ, cl à celle époque, la scène de ces régions septentrionales change tout à coup. Odin y apporte l'usage des lettres; il enseigne l'aride la poésie; il persuade à ces peuples qu'il a mille secrets divins ; qu'il peut , par des paroles et de certains caractères , apaiser les querelles , chasser la tristesse et guérir toutes les maladies, enchaîner les vents, enlin exciter ou apaiser les Ilots. Cel Odin , qui parlait ainsi aux Scandinaves, nation pauvre et sauvage, était accompagné d'une cour dont l'éclat les éblouissait. Il ne leur parut pas moins qu'un dieu. Le prince asiatique sut bien profiter de leur étomiemeiU pour répandre une histoire merveilleuse accommodée à leurs idées , et qu'il fil composer par ses poètes. La crédulité des hommes est toujours en raison de leur ignorance. Les Scandinaves, aisément trompés, déifient l'homme qu'ils avaient reçu pour maître. Ce souverain établit pour juges de la nation douze seigneurs de sa suite ; bientôt on eu lit autant des dieux ; leurs femmes et leurs filles participèrent aux mêmes honneurs. Après avoir vu mourir toutes ces divinités humaines, ou continua de les invoquer comme si elles présidaient encore aux emplois qu'elles avaient exercés pendant leur vie.
AsjH'fL itu ]jai ^. ïi-mpéi'iit
orlrnil îles liabiLmlj. Iliiliillciin.'ii! il.-;. !liidiitk-> cl tics tonmes. IlabiluliiHis. Nournlure.
« L'Islande entière , selon Mallct , ne doit être regardée que comme une vaste montagne parsemée de cavités prorondes , cachant dans son sein des amas de minéraux , des matières vitrifiées et bitumineuses, et s'élevanl de tous côtés, du milieu de la mer qui la baigne, en forme d'un cène court et écrasé ; sa surface ne présente à J'ccil que des sommets de montagnes blanchis par des neiges et des glaces étemelles ; et plus bas , l'image de la confusion et do bouleversement. C'est un énorme monceau de pierres et de rochers brisés et aigus, quelquefois poreux et à demi calcinés , souvent effrayants par la noirceur el les traces du feu qui y sont encore empreintes. Les fentes et les créa* de ces rochers ne sont remplis que d'un sable ronge , noir et blanc; mais, dans les vallées qui séparent les montagnes , on trouve des plaines vastes et agréables, où la nature, qui mêle toujours quelque adoucissement à ses Beaux, laisse un asyle supportable à des hommes qui n'en connaissent point d'autre , cl au bétail une nourriture abondante et très délicate. »
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On croit, avec assez de rondement, que c'est la vue de ces glaees dont le sommet des montagnes et la plus grande partie des cotes de l'île sont presque perpétuellement couvertsqui lui a fait donner le nom d' Is -Land, mot norvégien qui signifie pays de glace.
1 Le climat de celte île est en général le même qu'en Suède et en Danemark ; les quatre saisons y sont très distinctes , contre l'opinion générale , qui n'admettait en Islande que l'été et l'hiver.
Le printemps y est doux et agréable ; l'été n'incommode point par des chaleurs excessives; l'automne est mêlé de temps pluvieux et de beaux jours ; l'hiver commence au mois de décembre, et amène quelquefois beaucoup de neige ; mais les plus grands froids se font sentir communément au mois de lévrier ou de mars.
Aux rigueurs de l'hiver se joint encore le désagrément de la courte durée des jours; mais il n'est pas vrai que les ténèbres y régnent plusieurs mois <\<\ suite, comme tous les géographes le débitent. On doit faire attention d'abord que les jours ne peuvent être égaux dans toute l'île; mais qu'ils sont plus courts en hiver et plus longs en été , suivant que les lieux sont plus septentrionaux , cl plus longs en hiver cl plus eourls en été , suivant que les lieux sont plus méridionaux.
Ilorrebow nous assure, d'après le témoignage des gens habiles et lettrés qui ont habité la partie septentrionale de l'île, que, dans le jour le plus court de l'hiver, le soleil paraît environ une heure sur l'horizon, et que la clarté y règne prés de quatre heures. Il peut se faire aussi que, dans les extrémités les plus septentrionales , comme , par exemple , à la pointe du Norden-Slrand et de hiscliords-Syssel, le soleil ne se montre pas pendant quelques jours; mais cependant on n'y reste point dans l'obscurité: au moyen de la réfraction, on y a des crépuscules qui éclairent pendant plusieurs heures.
En été, la longueur des jours dédommage l'Islande de la brièveté de ceux d'hiver : le soleil ne reste que deux ou trois heures sous l'horizon , et depuis la mi-mai jusqu'au mois de septembre il n'y a plus de nuits, ou du moins elles sont toujours accompagnées dune clarté assez grande pour qu'on puisse lire très aisément.
Les Islandais sont en général d'une stature médiocre , mais bien faits , assci semblables aux Norvégiens par la figure et par les traits. Ils ont les denli blanches et bien saines, d'où l'on doit conclure que leur constitution esU excellente, le climat sain et leur nourriture assez bonne : aussi leur tempérament est-il vigoureux.
Les femmes sont d'une ligure passable, cl, quoique d'une conslilutioi Hiuins robuste que les hommes, elles jouissent d'une santé qui n'est jamais
altérée que par les accidents fâcheux dont leurs accouchements sont ordinairement suivis.
L'habillement des Islandais, ou du commun de la nation, est assez semblable à celui de nos matelots. H consiste, pendant l'été, en une veste et nue culotte de toile, et, pendant l'hiver, l'une et l'autre sont faites de vadntal. Chaque homme a encore un habit fort long , (ait comme un surtout, qui s'appelle hempe. On s'en sert lorsqu'on sort de la maison , lorsqu'on voyage , ou qu'on va à l'église.
Les femmes oui des robes, des camisoles et des tabliers de vadmal ou d'autre drap. Par dessus leur camisole, elles mettent ordinairement une robj très ample qui monte jusqu'au cou , enveloppe bien la poitrine , et dont les manches étroites leur couvrent les bras jusqu'au poignet; c'est à peu prés la forme de celles qu'on appelle en Franco robe en amadis.
Cette robe, chez les Islandaises, ne traîne pas à terre, mais elle laisse dépasser les vêtements de dessous d'environ six pouces. Elle est toujours noire, et porte le nom de hempe, ainsi que le surtout des hommes. Elle est bordée par en bas d'un ruban de velours 'ou d'une garni turc qu'elles font elles-mêmes, et qui ressemble à de la dentelle. Le tout est cousu très proprement, et cet habillement est d'assez bon air.
Les personnes aisées portent, le long du devant de la hempe, plusieurs paires de boucles d'argent agréablement travaillées et presque toujours dorées- Elles ne servent uniquement que pour la parure , et composent la garniture de la robe. Le bas du tablier est aussi garni de rubans de velours ou de soie de différentes couleurs. Au haut de ce tablier sont trois grands boutons de fr ligrane d'argent, qui sont ordinairement dorés, et quelquefois de cuivre; Us servent à attacher le tablier à une ceinture garnie de petites plaques et bosselles d'argent ou de cuivre, dans lesquelles sont pratiquées de petites ouvertures pour recevoir les boutons. Celle ceinture se ferme par devant avec un crochet de même travail.
Les camisoles, qui sont toujours de la même couleur que la hempe, et justes à la taille, avec des manches étroites qui vont presque au poignet, sont aussi garnies par derrière et aux côtés, sur toutes les coutures , de fû* bans de soie ou de velours de diverses couleurs , et tout le devant est couvert d'une étoffe de suie pareille aux rubans. H y a au bout de chaque manche quatre ou sra boutons d'argent qui servent à la tenir ouverte ou fermée. G# camisoles ont un collet fermé, large de trois doigts, et un peu saillant. M robe de dessus se joint très exactement à ce collet , qui est d'une belle étO*w de soie ou de velours noir, bordée d'un cordon d'or ou d'argent.
La coiffure des Islandaises est un grand mouchoir de toile blanche cl fort
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— 497 roklc. Une autre bande do toile plus [i„e couvre la première. Elle est arraneêe sur la tête en Terme pyramidale, en sorte que ces femmes semblent porter sur la tète nu pain do sucre de la hauteur do trois pieds. Autour du front, elles niellent un autre mouchoir de soie qui leur enveloppe la loto cl le front do la largeur de trois doigls.
Outre ces habillements ordinaires, la coquetterie et lo luxe en ont fait inventer d'antres pour les femmes qui veulent se distinguer; elles font usa"c do différents petits ornements d'argent proprement travaillés , et surtout de lili. grane doré , tels que de gros boulons montés de pierres diversement colorées ou de petits anneaux et de plaques à jour. On mol trois ou quatre do ces gros boutons au dessus du front en forme d'aigrette, et c'est là le plus riche ornement de la coiffure.
L'habillement des jeunes mariées est singulier : le jour de la noce elles no portent point de heinpe, mais seulement leur camisole telle qu'on l'a décrite Elles ont sur la tête une couronne d'argent doré, qui s'étend jusque sur le front. Deux chaînes aussi d'argent doré sont disposées en sautoir sur la camisole, j forment des festons et se croisent par devant et par derrière Leur cou est entouré d'une pareille chaîne, à laquelle est atlachée une petite cassolette d'odeur, ou à baume, comme ils l'appellent, qui leur tombe sur la poitrine. Celle boile s'ouvre des deux ailés, et a communément la forme d'un cœur ou d'une croix. . Je puis assurer, dit Horrebow, que la parure et les ornemenls des femmes d'Islande sont d'assez bon goût, et ne manquent pas do grâce, par la disposition île l'arrangement qu'on leur donne. . Les femmes les plus aisées en ont pour trois ou quatre cents écus.
A l'égard des riches Islandais , des officiers do justice, et autres personnes employées à l'administration publique , ils s'habillent de la même façon qu'en Oanemarck; on leur voit des habits de beau drap et fort propres
Les femmes font elles-mêmes leur chaussure et celle des hommes Celle chaussure est sans beaucoup de façon : elle est faite de cuir de bœuf ou de peau de mouton , dont on a gratté le poil ou la laine. On les ramollit dans I eau , on les fait sécher ensuite, puis on les coud do manière que les souliers enihoilem exactement le pied et n'ont point de talons. On les assujettit en Ne an moyen de quatre courroies fort minces de peau de mouton : deux te ces courroies, attachées au derrière du soulier, se lient par devant au dessus du coude-pied ; les deux autres partent des deux cotés, nommés commu- "ément oreilles, et, après avoir fait un tour par dessous la chaussure, se ■'eut de même au bout du pied.
L'usage des chemises n'est point inconnu à ces insulaires , mais il n'est pas Senéral. On en porte de llancllo légère ou de grosse toile. Lorsque les
— .HfS hommes vont à la pèche, Usontdes uabite.de peau do moaion ou de vea»i qu'ils mettent par dessus leurs habite ordinaires, cl qu'ils ont soin de (Voiler avec du foie on de la graisse de poisson, ce qui exhale une odeur très désagréable.
Les habitations des Islandais, sans être ni magnifiques ni élégantes , sou! commodes, et renferment toutes les aisances qui conviennent à leur simplicité. On trouve dans notre auteur danois la description d'une maison ordinaire do paysan, dont quelques détails suffiront pour montrer combien ces insulaires sont éloignés de l'état de barbarie dans lequel ou les a toujours représentés : car rien ne prouve mieux qu'une nation est civilisée que son industrie à se vêtir, à se loger et à se nourrir le plus avantageusement qu'il lui est possible.
La première pièce est un corridor long et étroit , de la largeur d'une toise , lequel est couvert par un toit porté sur des soliveaux de traverse. On pratique de distance eu distance au toit, pour donner passage à la lumière, des ouvertures en forme dVils-de-bœuf, fermées par de peiils carreaux de verre , ou plus communément par de petits cerceaux, sur lesquels est un parchemin fortement tendu. Ce parchemin est de la fabrique de nos insulaires; ils le font avec les membranes de bœufs et de vaches; ils l'appellent liïnnc, et il est fort transparent. Lorsqu'il neige ou qu'on est menacé d'orage, les petites (fenêtres se couvrent avec des espèces de contre-vents. A l'un des bonis du corridor est l'entrée commune; l'autre enfile une pièce de vingl-qunliv oD trente pieds de long sur douze ou quinze de large, laquelle fait l'ace à l'entrée. Les Islandais appellent cette salle badstubc ou êtuve; c'est ordinairement la salle de Lravai! où les femmes causent et font les ouvrages du ménage, OÙ l'on prépare la laine, etc. Derrière celte badslube est une chambre ;L coucher pour le maitre de la maison et sa femme j et au dessus couchent l;l plupart des enfants et des servantes.
Aux deux côtés décolle salle de travail sont quatre autres pièces ou petiW* chambres , deux de chaque côté de l'entrée commune ; elles n'onl d'issue qu<' dans le corridor. Une de ces pièces sert de cuisine, l'autre de garde-maiig*'1'' la troisième de laiterie ; la quatrième est la chambre à coucher des domesUques , et l'on y fait coucher aussi les étrangers et les voyageurs de celle classa Elle porlc le nom de skattlc.
Ce bâtiment, qui renferme dans son enlier six chambres, dont cliacu'"3 parait détachée, n'a d'autre entrée que celle du corridor; de façon que, ceU0 porte étant fermée, les chambres n'ont plus de communication au dehors On pratique dans le toit do chaque chambre, comme dans celui du oorrwûi ■ eks ouvertures pour y introduire la ctorié, au moyen de quelques WWW*
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- 4W — ou châssis de uinne; mais la salle de travail est ordinairement éclairée par une couple de fenêtres en vitrage, afin d'y recevoir plus de jour.
Dans quelques bâtiments, outre les six chambres, il y a une pièce du côté de la skauJe, c'est-à-dire à l'entrée du corridor, destinée à recevoir les étrangers et les voyageurs de distinction. C'est, à proprement parler, la chambre des hôtes , et en même temps la chambre de parade ou d'honneur îles Islandais; c'est aussi la seule de la maison qui ait une porte particulière en dehors, indépendamment de celle du corridor.
Vis-à-vis, ou du coté de la skaulc, il y a d'autres réduits appelés skimer. Les habitants y serrent leur poisson sec et toute espèce de provisions pour l'hiver, ainsi que les harnais des chevauv et toutes sortes d'ustensiles.
Près delà ils ont une cabane ou maisonnette qu'ils appellent la forge, ("est là qu'ils fabriquent leurs ouvrages en fer et eu bois. Près de ces hàlimeiils sont les élables ou les bergeries, suivant l'espèce de bétail que nourrit le paysan, il y a toujours une étable à vaches , une «curie pour tes chevaux, et une uu plusieurs bergeries, où l'on tient les agneaux séparés des moutons. On ne serre pas le foin dans des bâtiments, maison l'entasse dans un endroit que l'on entoure d'un fossé , et dans lequel nu !<■ met par petites meules séparées l'une de l'autre et de la bailleur d'une toise. Ces las de loin sent recouverts de gazon, qui sert à les assujettir et à les garantir de la pluie.
L'éluve, la chambre à coucher du maître et l'apparlemenl dés étrangers sont entièrement boisés pour la plupart, et au dessus de ces pièees il y a de petits cabinels où l'on serre les cofl'res , les babils et les elfels. Ordinairement ces mêmes chambres ont de petits châssis composés de cinq ou six carreaux de verre; mais les autres n'ont point d'autre plafond que le toit, et point d'autres feuètres que les ouvertures couvertes de parchemin dont on a parlé.
Les meubles de ces maisons ne sont pas en général d'une grande valeur. Des lits faits de vadmal et de plumes, (pie la quantité d'oiseaux aquatiques ne rend ni rares ni chères ; des tables , des chaises , des banes , des ammires , c'est à peu prés tout ce qui compose l'ameublement des Islandais. Mais si ces meubles ne sont pas fort délicatement travaillés, ils n'en sont pas inuins commodes , et le soin que prennent les femmes de les tenir propres compense ce qui leur manque du celé de l'élégance.
Au reste, tout ee qu'on vient de dire ne regarde que les maisons des paysans et des autres habitants de la campagne. A l'égard des pêne es distinguées, des habitants riches, ils sont très bien meublés : 1rs glaces, les commodes, tous les autres meubles utiles, ou simplement de lnve, ne leur niaiiquen! pas plus qu'ailleurs.
Quant à l'architecture cl à l'apparence extérieure îles maisons , on conçoit qu'il n'y a rien de bien recherché. Comme tous les matériaux se tirent de Copenhague, et content par conséquent fort cher en Islande, on y M Lit avec la plus grande économie. Par celte raison , les maisons n'ont ni fondements ni poutres. Les pièces d'appui, les corniers, les angles des édifices reposent sur de grosses pierres. Les murs sont construits de pierres mêlées avec de la terre et du gazon. Ils peuvent avoir à leur base environ quatre pieds d'épaisseur, et sont terminés en talus larges de deux pieds. Les toits sont formés de planches arrangées les unes sur les autres comme des ardoises; et chez les pauvres c'est de la bruyère recouverte simplement de gazon. Ces maisons , telles qu'on les voit par ce détail , sont très fraîches en été, et assez chaudes en hiver pour que quelques habitants n'aient pas besoin de faire du feu dans la badstube ou salle de travail. D'autres ont des poêles de terre cuite ou de brique. Telle est l'idée qu'on doit se faire de toutes les habitations des métayers ou fermiers d'Islande.
Il n'y a proprement en Islande ni villes ni bourgs ; on n'y trouve que des villages, on plutôt ce que nous appelons des hameaux, Cependant on y donne le nom de ville ou de lieu d'étape à l'assemblage de trois ou quatre maisons, dutit dépendent aulanl de bâtiments qui servent de cuisines et de magasins. Ati\ environs de ces prétendues villes, qui sont communément bâties près d'un port, on voit ça el là quelques habitations de pécheurs qui trafiquent le«r poisson sec avec les négociants danois; aussi les cotes el le voisinage des lieux d'étape soul-ils beaucoup plus peuplés que l'intérieur du pays.
Dans tonte l'ile, chaque ferme ou métairie esl bâtie isolément au milieu des prairies qui en dépendent. Il réside dans ces prairies autant de locataires ou (fermiers que le propriétaire peut s'en procurer en leur louant des pâturages , OH simplement une maison. Quelquefois un seul propriétaire a autour de lui cinq ou six fermiers qui font valoir son fonds.
Ces métairies ainsi bâties séparément, et quelquefois à une grande distance les unes des autres , forment un hameau ou un village , car il y a de ces métairies qui, en y comprenant les locataires, ont depuis douze jusqu'à cinquante bâtiments. Au reste il ne faut pas regarder comme un inconvénient cette méthode de bâtir au milieu de ses tonds une maison isolée. On en a plus de facilité à veiller aux travaux de la campagne , moins d'embarras pour la récolte, el pins de sûreté contre les incendies ou les autres accidents qui peuvent provenir de la négligence des voisins.
Après le poisson Trais ou seccuïl à l'eau de la mer, et accommodé à force de beurre , la principale nourriture des Islandais est le lait de vache ou de brebis. Us font usage aussi de gruau ou de farina de froment cuilc clans du
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laît. La soupe foiic avec de la viande fraîche et du gruau est encore un de leurs mets favoris. Comme ils ont peu d'épiceries, c'est le gruau qui en lient lieu, eL ils le mêlent dans toutes leurs sauces. Le rôti ne leur est pus inconnu; mais ils ont l'habitude de faire cuire à l'eau toutes les viandes qu'ils mangent, môme celles qui sont destinées à être rôties. Au surplus , chacun règle la manière de se nourrir sur ses facultés , et les gens aisés se nourrissent en Islande aussi bien qu'ailleurs.
Les divertissements des Islandais sont aussi simples que la vie qu'ils mènent. Toutes leurs récréations, dans les moments de loisir qu'ils oui en hiver pendant les temps orageux, et les dimanches et les fôtes, consistent à se rassembler en famille, à converser ensemble, à jouer aux échecs, eià chanter d'anciennes chansons guerrières de leurs ancêtres. Ils ont une grande quantité de ces chansons, et ils les chantent sur des airs assez grossiers, panv qu'ils ne connaissent ni mesure, ni musique, ni aucune sorte d'instruments La danse étant également ignorée chez eux, ils n'en font aucun usage, ils n'ont môme aucun exercice qui en approche; c'est en quoi ils diffèrent particulièrement de tous les habitants des pays septentrionaux , et peut-être de tous les peuples du monde.
Les Islandais ont un goût marqué pour le jeu d'échecs, cl il paraît que de tout temps ils ont passé pour d'habiles joueurs, comme ils en ont encore lu réputation. Le jeu des échecs est donc fort en usage chez eux, et il n'est pas rare de trouver, même parmi le petit peuple, des gens qui le jouent très bien. La Pcreyre dit qu'il n'y a point de si misérable paysan qui n'ait chez lui son jeu d'échecs fait de sa main, et d'os de poisson. La différence qu'il y a de leurs pions aux noires, c'est que leurs fous sont des évoques , parce qu'ils pensent que les ecclésiastiques doivent être près de la personne des rois; leurs rocs, aujourd'hui les tours, sont de petits capitaines représentés l'épée au côté , les joues enflées, et sunnant d'un cor qu'ils tiennent des deux mains. Le jeu d'échecs est ancien et commun non seulement chez les Islandais, mais encore dans lotîtes les contrées du nord. La chronique (le Norvège rapporte que le géant Drofonl, qui avait élevé Harald le Chevelu , ayant appris les grands exploits de son élève, lui envoya, parmi des présents d'un grand prix, un très beau jeu d'échecs. Ce Harald régnait vers l'an 870.
I'iVIii' de la baleine.
On conçoit qu'une des premières occupations et des principales industries des Islandais , comme de tous les peuples du nord de l'Amérique, doive être la pèche, et l'une des plus curieuses est sans contredit celle de la haleine.
La Moine est un animal aquatique do monstrueuse grandenr, dont l'ensemble représente une Ibrmc do cordonnier renversée ; elto n'a que deux nageoires, placées derrière les jeux ei d'une grandeur proportionnée à sou "corps, couvertes d'une peau épaisse, nuire et marliréo de raies blanches. licite marbrure ressemble aux veines du bois: et ces raies sont croisées par d'autres veines d'un blanc jaunâtre, mélange tpd donne un aspect agréable à la baleine. Après avoir coupé les nageoires, on trouve, au dessous de la peau, des os qui ressemblent à une main d'homme ouverte dont les doigts . sont étendus. Los intervalles de ces jointures offrent des nerfs très roides , qui rebondissent lorsqu'on les jette à terre avec force. On en peut couper des morceaux de la grosseur d'une tète d'homme; et leur ressort se conserve longtemps si vif, qu'ils rejaillissent non seulement fort haut comme un ballon, mais avec la vitesse d'une llèclic. La baleine, n'ayant que deux nageoires, s'en sert comme d'avirons , et nage a peu prés comme une chaloupe à doux rames. Sa queue n'est [as verticale comme dans la plupart des autres poissons; elle est disposée horizontalement comme celle du marsouin et des autres cétacés, elsa longueur est entre Irais et quatre brasses. La lête forme le tiers de toute la masse du corps ; elle est plus grande dans les unes que dans les autres ; le devant est garni, en dessus et en dessous des lèvres, de poils assez courts. Les lèvres sont unies. L'ouverture de la gueule est extrêmement vaste, un peu recourbée, à peu près dans la forme d'un S, cl se termine sous les veux, en avant des nageoires. Au dessus de la lèvre supérieure il y a des raies noires, et quelques unes d'un brun obscur, qui sont recourbées de même. Les .loin lèvres sont fort noires , lisses , rondes , et s'emboîtent l'une dans l'autre, tcsl à la mâchoire supérieure qu'est atlaehé ce que l'on nomme les /«irons de baleine, ou les barbes, qui lui tiennent lieu de dénis, de couleur brune , noire cl jaune, avec des nies de diverse) couleurs. Il se trouve des baleines qui ont les fanons d'un bleu clair; ce qui les fait croire jeunes. Au devant .le la lèvre inférieure on remarque une cavité où la lèvre supérieure s'embolle comme dans un étui. Martens, d'accord avec d'autres navigateurs do la mène' expé rience, jugeque n'est parce trou .pie la haleine prend l'eau qu'elle rejette.
Le fanon est garni partout de longs poils , assez semblables au erin du cheval, qui, pendant de deux cotés, entourent toute la langue. On voit des haleines qui ont le fanon un peu courbé en forme de cimeterre, et d'autres qui l'ont en demi-croissant. Les plus petits fanons sont sur le devant de la gueule , .eux du milieu sont les plus gros et les plus longs; ils ont quelquefois la longueur de deux ou trois hommes. La gueule est garnie de chaque côté d'une rangée de doux cent cinquante fanons , ce qui fait cinq cents , sans en compter de plus petits qu'on ne lire peint, parce que, l'endroit ot'i les deux lèvres
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se joignent étant fort étroit, il serait trop difficile de les en amener. Chaque
rangée de fanons est un peu courbe en dedans, et prend vers les lèvres la figure d'une demi-lune. Le fanon est large dans l'endroit où i! lient â la mâchoire, et garni de nerfs durs et blancs vers la racine; on peut mettre la inaiu entre deux fanons. Les nerfs Mânes peuvent se manger dans leur fraîcheur : ils ne sont pas coriaces , et se rompent facilement; mais , en vieillissant , ils prennent une fort mauvaise odeur. Dans les parties les plus larges du fanon , qui sont vers la racine , il croît d'autres petits fanons, comme on voit de petits et de grands arlires entremêlés dans une forêt. Le fanon se rétrécit en pointe vers son extrémité inlërieurc ; une cavité qui règne en dehors lui donne quelque ressemblance avec une gouttière, et sert à l'enchâssement des fanons, qui se joignent les uns aux autres , comme les écailles d'une écrevisse on les tuiles d'un toit , ce qui empêche que les lèvres inférieures n'en soient blessées. On fait divers usages des fanons de baleine; mais, le poil n'étant point employé, Marions juge qu'il pourrait être préparé, comme le lin ou le chanvre, pour en fabriquer de grosses toiles, des cordages et d'autres objets de cette nature. Il n'est pas facile de couper les fanons de baleine, et l'on y emploie divers instruments de fer.
La partie inférieure de la gueule est ordinairement blanche. La langue est enlre les fanons , attachée à la mâchoire d'en bas; elle est blanche, comme tout ce qui la soutient, mais bordée de taches noires. C'est une masse de graisse molle et spongieuse, qu'on a beaucoup de peine à découper. Celle raison la fait jeter ordinairement dans les flots , quoiqu'on en put tirer cinq ou six barils d'huile, et c'est la proie du poisson à scie, qui la cherche fort avidement.
Sur In tête de la baleine, devant les yeux et les nageoires, s'élève une bosse qui a i\m\ Irons, un de chaque coté, et l'un vis-à-vis de l'autre, courbés tous deux en manière d'S. C'est par ces deux ouvertures, nommées évcnls, que l'animal rejette l'eau avec beaucoup de force. Le bruit de ce mouvement, qui se lait entendre d'une lieue, ressemble à celui du vent lorsqu'il souffle dans «ne caverne. La baleine ne rejette, jamais l'eau avec plus de force q ue lorsqu'elle est blessée , et le bruit qu'elle rail alors ressemble à celui d'une mer agitée ou du vent dans une tempête. Immédiatement derrière la bosse, le corps fie courbe en are. La tête n'est pas ronde par le haut, elle est un peu plate, avec une pente sensible jusqu'à la lèvre inférieure, à peu près comme le toit d'une maison. Cette lèvre est plus large qu'aucune antre partie du corps, surinni au milieu : car le devant et le derrière sont un peu plus étroits , suivant h forme de la tétc, Les yeux sont entre la bosse et les nageoires, et ne sont
pas plus gros que ceux d'un htrnU ils sont bordés de poils, qui formeni une
*. S04 espèce do sourcil. La prunelle n'est guère plus grosse qu'un poids , et le crisl-illin a la blancheur, la transparence et la clarté du cristal ; cependant quelques baleines ont tout le globe des yeux do couleur jaunâtre : ils sont placés Tort bas , presqu'à l'extrémité de la lèvre inférieure.
Les oreilles de la baleine sont fort avant dans la tète; aussi n'entend -elle point lorsqu'elle rejette son eau, et c'est le temps qu'on saisit pour la darder. La partie antérieure du ventre et le dos sont tout à fait rouges ; mais le bas du ventre est ordinairement d'une grande blancheur, quoique, dans quelques unes, il soit de la noirceur du charbon. Au soleil , la couleur de ces animaux est fort belle, et les petites ondes qu'ils ont sur le corps leur donnent l'éclat de l'argent; quelques unes sont marbrées sur tout le dos et sur la queue. Martens assure qu'il trouva sur la queue d'une baleine le nombre de 1222 , aussi nettement tracé que s'il l'eût été par un peintre. Dans les endroits où elles ont été blessées, il reste toujours une cicatrice visible; mais il y a peu d'uniformité dans leur couleur. On en voit de toutes blanches , de demi-blanches, de jaunes et noires, c'est-à-dire marbrées de ces deux couleurs, et de toutes noires. Ces dernières ne sont pas monte d'un noir égal : c'est tantôt un noir de velours, tantôt un noir de charbon, et tantôt la couleur d'une tanche. Une baleine qui se porte bien n'a pas la peau moins glissante et moins unie que l'anguille ; cependant on peut se tenir sur son corps , parce que sa chair est si molle qu'elle s'enfonce sous le poids d'un homme. Celle de la superlicic est aussi mince que le parchemin , et peut être arrachée facilement , du moins lorsque la chair s'échauffe avec une espèce de fermentation qui paraît venir plutôt d'une chaleur intestine que de celle du soleil. Les baleines harponnées, qui se sont échauffées à force do nager, jettent une fort mauvaise odeur lorsqu'on les prend. On peut leur enlever alors des lambeaux de peau de la longueur d'un homme, ce qu'on tente en vain lorsqu'elles sont moins échauffées. A celles qui sont mortes depuis quelques jours, et qui ont essuyé les rayons du soleil, on enlève aisément la plus grande partie de la peau; mais en môme temps on sent un horrible puanteur causée par la fermentation de la graisse qui s'échappe par les porcs. Quelques femmes du nord se servent do cotte peau pour fixer le lin à leurs quenouilles. En séchant, la baleine perd ses couleurs ; le blanc devient sale, et le noir, qui servait à lui donner de l'éclat, lire sur le brun. Si l'on étend la peau contre le jour, on en voit le tissu cl les petits pores qui sont le passage de la sueur.
La partie génitale des baleines est un nerf dont la force cl la grandeur sont proportionnées à celles de l'animal ; il est long de sept à huit pieds , entouré d'une double peau , qui le fait ressembler à un couteau dans sa gaine, dont on ne voit que l'extrémité du manche. La partie do la femelle ne diffère
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point de colle des animaux terrestres à quatre pieds. De chaque coté , on distingue une mamelle avec des pis semblables à ceux d'une vache. Quelques balcmesontlcs mamelles toutes blanches; d'autres les ont marquetées de taches noues et bleues. On assure que, pour s'accoupler, les baleines se tiennent droites la tôle hors de l'eau , et que les femelles ne portent jamais plus de deux baleines a la fois ; mais on ignore combien dure leur portée
Les os des baleines sont aussi durs que ceux des animaux terrestres a quatre pieds, quoiqu'ils soient aussi poreux qu'une éponge, fort creux et remplis de moelle. L intérieur no ressemble pas mal aux rayons d'une ruche La lèvre inférieure est soutenue par deux os grands et forts , placés vis ', vis l'un de l'autre , q,n ont ensemble la forme d'une demi-lune ; mais chacun à part ne représente que le quart d'un cercle; leur longueur est d'environ vingt pieds. Los matelots emportent ceux qui se trouvent secs à leur départ • mais un os fraîchement tiré d'une baleine jette une odeur insupportable aussi' longtemps qu'il conserve sa moelle. b
La chair des baleines est grossière ot coriace ; elle ressemblerait assez à colle du bœuf, s, elle n'était entremêlée de quantité de nerfs. Bouillie elle „,„„ sèche et maigre , parce quo la graisse n'est qu'entre la chair et la peu, Quel qncs parties deviennent bleues et vertes comme le bœuf salé, surtout dans les endroits où les muscles se rencontrent , et pour peu qu'on tarde a les an prêter, elles noircissent et se corrompent. La chair de la queue est moins dure ot moins sèche ; c'est colle que les matelots mangent en gros morceaux et qu'ils font cuire à l'eau comme la viande ordinaire.
La graisse dont on tire l'huile , et qui ne se trouvé, comme aux phoques qu outre cu,r et chair, a le plus souvent six pouces d'épaisseur sur le dos ei sous le ventre, quelquefois un pied sur les nageoires , et jusqu'à doux à la lé vre inférieure qui est toujours l'endroit le plus gras. Mais il en est des ba-" einos comme de tous les autres animaux; les unes ont plus de graisse que d au res. C'est dans les polies nerfs qui s', trouve,,, méfés que ,',„,, e Z semble. On l'exprime comme l'eau d'une éponge ■ mule se ras-
La quouo d'une baleine lui servant de gouvernail pour se tourner, ot ses nageoires d avirons, son mouvement ne diffère point do celui d'une barque ■ elle nage avec autant de vitesse qu'un oiseau vole, en laissant après elle un' vaste s,ll„n , comme les vaisseaux qui sonl à la voile. Les baleines du Cap- Nord , auxquelles on donne ce nom , parce qu'elles so prennent entre le Soite berg et la Norvège, ne sont pas si grosses, et rendent moins de graisse m, celles du Spilzberg ; elles n'en donnent ordinairement que depuis dix jusou'à rente barils au lieu quo celles du Spitzberg en rendent usqu'à quai' »u,gt-dix. Il n est pas rare au Spitzberg de prendre des baleines de cinq„a„,e
500 on suivante pieds île long. Martens en vit prendre mie de cinquante-troispieds, dont la graisse remplit soixante-dix barils ; sa queue avait ù"ois brasses et demie de largeur. Une autre navire lira d'une baleine morte , que le hasard lui avait Tait rencontrer , cent trente barils dégraisse. Ces animaux ont une mesure de longueur qu'Us ne passent point, et Martens fait entendre que, pour les plus grands, c'est environ soixante pieds; mais leur épaisseur' n'est pas si bornée, de sorte qu'uni! baleine peut être à la fois moins longue cl plus «russe qu'uni' autre. I
On crûlt que la baleine se nourrît de petits limas de mer ; mais Martens ne peut se persuader que ees insectes soient capables de lui donner tant de graisse. Il condamne encore pins ceux qui ne la font vivre que do vent, et la fiente jaune qui se trouve dans ses intestins lui paraît une objection sans réplique. D'ailleurs, un pécheur célèbre lui assura qu'il en avait pris une, aux environs de Ilïilanil , dans laquelle on avait trouvé près d'un baril de harengs. Les baleines étant plus petites dans cette mer que celles du Spitzbcrg, leur pèche est beaucoup plus dangereuse; elles sont si légères et si vives, que, ne faisant que bondir dans i'eau , et tenant presque toujours la queue au dessus , on n'ose s'en approcher pour leur lancer le harpon.
Cependant le courage de cet animal marin ne répond point à sa force, ni à sa grosseur. Dés qu'il aperçoit un homme ou une chaloupe, il se cache sous l'eau pour prendre la fuite. On ne connaît même aucun exemple d'une baleine qui ait fait volontairement du mal aux hommes, c'est-à-dire sans y être comme forcée par son propre danger ; mais alors les hommes ou les elialuiiprs m- lui cat*Mïlt pas plus d'embarras qu'un grain de sable; elle les fait sauler en mille pièces. Toute la force d'une infinité d'autres poissons , pris ensemble ou séparément . qui donnent tant de peine à les tirer au rivage, n'approche point de cette d'une baleine. 01e fait quelquefois filer des milliers de brasses de corde, et nageant avec plus de vitesse qn'on oiseau ne vole, elle élourilit ceux qui ia poursuivent, dépendant on a toujours observé qu'elle ne peut nuire aux grands vaisseaux; lorsqu'elle leur donne un coup de sa queue, elle se .fait plus lie mal qu'ail bâtiment.
Le plus mortel ennemi des baleines est le poisson à scie, nommé à toïl
l'espadon ou l'épee. Jamais iis ne se rencontrent sans combat, etc'esi la *■"'
qui esl toujours l'agresseur. Ouelquefois deux de ees animant se joignenl contre une baleine. Comme Hle n'a pour arme offensive et défensive que sa queue, elle plonge la léle, ci , lorsqu'elle peut frapper son ennemi , elle rassomme d'un coup; mais s! est forl adroit à l'esquiver, et, fondant sur elle, il lui enfonce son arme dans le dos. Souvent il ne la perce point jusqu'au fond On lard, et la blessure est légère. Chaque Ibis qu'il s'élance pour la frapper.
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elle plonge; mais il la poureuil dans l'eau . al l'oMjgl reparaître; alors If
combat recommence el dure jusqu'à ce qu'il la perde Je vue. Elle bal toujours on retraite , et nage mieux que lui à Heur d'eau. Les baleines qui ont été tuées par des scies sentent si mauvais que l'odeur s'en répand fort loin.
Aussitôt qu'on aperçoit une baleine, ou qu'on l'entend souiller ou rejeter l'eau , on crie d'abord : FaUlfalU c'est-à-dire, en bas , eu bas, et tous les pêelieurs se jeltcnt dans leurs canots. Chaque canot contient ordinairement six boiumes , et quelquefois sept, suivant sa grandeur. Ils s'approchent de la baleine à force de rames. I.e harponnent , qui est sur l'avant , se lève et lance le harpon qu'il a devant lui. Le monstre n'est pas plus lot frappé, que , voulant aller à fond , il lire In corde avec tant do force, que l'avant du canot se trouve au niveau des Ilots, el qu'il routraincrait même au fond, si l'on n'avait une extrême i ii„„ à hier continuellement la corde. La méthode pour lancer le harpon est de tenir la pointe du fer vers la main gauche, avec la première (les lieux cordes auxquelles il est attaché. Celle corde a six ou sept brasses de long ; son épaisseur est d'un pouce. On a pris soin de la disposer en rouleau lâche, aiin qu'elle ne rolicnnc pa« |,. harpon lorsqu'un I- fuie; ; Hic doit être plus souple que l'autre corde qui la relient , et qui est à l'autre 'bout du harpon , pour suivre le poisson dans sa fuite : aussi la fait-on du chanvre le plus doux el le plus lin , sans la goudronner. Le harponneur lance son instrument de la main droite. Lorsque la baleine est frappée, tous les canols virent de bord. L'on porte les yeux on avant , et l'on se bàle de placer les avirons de chaque côté dos canots. Un d'entre eux a pour unique fonction le soin de voilier sur la grande corde. Chaque canot est fourni d'un monceau de cordes, divisé en quatre ou cinq rouleaux, dont chacun eu contionl depuis qualre-vingls jusqu'à cent brasses. Le premier lient à la corde du harpon. À mesure que la baleine s'enrouce, on lâche plus de corde , el si le canot n'en a point assez , on prend celles des autre». Ces cordes sont plus grosses el plus fortes que celle qui lieiu au f,„. ,l„ !„„.,,„„ . ,.||t.s s0llt ,,.,„, cilaUïn. him goudronné. Le pêcheur dont on vient de désigner l'emploi , et tous ses compagnons, doivent prendre un soin extrême qu au moment où la haleine s'enfonce , leur grande corde no se mêle , ou n'avance trop d'un coté : sans celle attention , le canot chavirerait infailliblement. La corde doit filer direelcmenl par le milieu du canot , cl le harponneur mouille sans cesse avec une éponge le bord qu'elle louche en passant , dans la crainle qu'un mouvement si rapide n'y mette le feu. Les autre» y oui aussi l'.eil , tandis qu'un matelot expérimenté , qui est sur l'arriére pour gouverner le canot avec son aviron . observe de quel coté la corde Ole, el se régie sur son mouvement, car inl croit pouvoir assurer sans exagération que le canot va [dus vile que le vent,
On tâche de frapper la baleine à l'oreille , au dos on aux parties génitales , on s'efforce aussi de la percer avec des lances pour lui Taire perdre plus de KM La tête est l'endroit où le harpon a le moins do prise, parce que les os j sont fort durs et qu'il y a peu de graisse. On Juge mime que l'animal se connaît celte propriété, car, lorsqu'il se voit on danger et aulne peut se garantir du harpon , il , expose la léle plus ordinairement que le dos. Le fer du harpon a la forme d'une flèche par le bout, avec deux tranchants. L extrémité nui est le plus près du manche est épaisse comme le dos d'un couperet, alm qu'il ne puisse ni couper par là , ni se détacher. Le manche est plus gros par le haut que par le bas , et creux jusqu'à la moitié, pour J faire entrer le fe qu'on fixe ensuite avec une grosse ficelle. La petite corde qu on a nommée la première lient au fer, près du manche. Le plus grand pouls du fer dort toujours être en bas, alin que, de quelque manière que le harpon sort lanee, .1 tombe toujours sur la pointe. Les meilleurs harpons sont ceux qui ne sont pas trop trempés et qui peuvent plier sans se rompre.
Quand la baleine fuit, tous les canots vont do l'avant, suivent des jeux la corde pour en connaître la direction , et la tirent quelquefois pour connaître a sa raideur le degré de force qui reste à l'animal. Lorsqu'elle parait lâche et qu'elle ne fait pas pencher l'avant de la chaloupe plus que le dernerc, on pense à la retirer. Un des pécheurs la remet en rouleau à mesure qu on la lire pour être en état de la filer avec la même facilité, si la baleine recommençait à fuir. On observe aussi de ne pas trop lâcher la corde à celles qu. fuient au niveau de l'eau , parce qu'en s'agitant elles pourraient l'accrocher a quelque roche et faire sauter le harpon. Des baleines mortes, ce ne sont pas les plus grasses qui s'enfoncent aussitôt j on remarque, au contraire, que plus elles sont maigres, plus elles vont vite à fond , quoiqu'elles reviennent sur l'eau quelques jours après. Mais on n'attend point que celles qu, disparaissent ainsi remontent d'elles-mêmes, cl l'cllbrl de tous les pêcheurs se réunit pour les conduire au vaisseau. A la vérité, si la mer était assez calme pour permettre de s'arrêter long-temps dans le même lieu , ils auraient moins de peine à les prendre au niveau des flots. Mais, outre les obstacles du vent et des courants, une baleine morte depuis quelques jours est d'une saleté et d'une puanteur insupportables ; sa chair se remplit de vers longs et blancs. Plus elle demeure dans l'eau , plus elle s'élève ; la plupart se découvrent d'un ou deux pieds. A quelques unes on voit la moitié du corps; mais alors elles crèvent avec un bruit extraordinaire. Leur chair fermente; il se fait de si grands trous au ventre, qu'une partie des boyaux en sort. La vapeur qui s'en exhale enllannne les yeux et n'y cause pas moins do douleur que s, 1 on y avait jeté de la chaux vive. Des baleines qui remontent en vie sur l'eau ,
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— son ta unes paraissent seulcmon, élomées, d'antas soM làrouches et furieuse, u „ T" 7 " U"fl eX'rèm° "r,'Ca"li°" "<""' s'c" 1*™*-. - po ; c I Ll.it ou lu, lanCe m nouveau harpon, qI,0|0„orois ta ^ ,,
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«eo res S h ,' SC1' "" mïGaU "° le"U' ™ "S1""1' la 1"™" « ta „afceoucs. S,, dans ce mouvement, la corde s'enlorlille autour de la queue le harpon eu es, plus ferme « Ion ne crain, pas qu'il se détone. ' '
Les balcmes blessée, rejouent Peau de toutes leurs forces, on les entend I . uss, h„n une le bruit du gros canon ; ,„ais lorsqnelles ont perdu lou leur s ng ou ,p, elles sont tout à fait lasses, elles ne rejettent Peau que fa.He c t et connue par goutta. Leur bruit ne ressemble plus qu'a ceUid'ùn flacon
vont no n u . Quelques unes , après avoir été blessées , font rejaillir leur sans jusqua la mort, en couvre les ebaloupes et les pécheurs, ■ ro ' e,u a ■W dans un vaste espace. Celles qui son, blessées moralement S IteU par leur agUatajusqu'a se couvrir d'une sorte de sueur qui a û e ,e ^ de . or : ,1s v.cnneul les béqne.er pendant qu'elles vivent encore Avec Teaù quelles font rejaillir par leurs naseaux, elles jettent aussi „, es" graisse ,„, uagç sur Peau, e. que les ma.Icmuckcs avalent for, a Le», S ,1 arme qu'un harpon se brise ou se détache, les pécheurs d'ul'c va,sseau q,u son aperce,™,, ne manquent point de lancer leur propre to! pon , et s ds frappent la baleine , elle leur appartient. Quelquefois Le balle est rappeeeu mémo temps de deux „arp0„s, ,ancés par deux vaisseau. d «Ï en s. Ata, les deux va.sscauv y on, „„ droit égal, e. chacun en ob.ien, la no, ,e Tous les canots ,„, accompagnent celui d'où le harpon est lancé aln en, que a alcne remonte, et la pressent A coups de lances. Ce morne, , e toujours le pu, , gereus , m „ ca„0[ , , ^ °»'™'
!'": *" ':' talC'"C' S'"" 'ro"Ve »rdinaire,nc„l fort éloignera Ueu ' u ros, q,u viennent la frapper de leurs lances, son, comme sur elle, ou """"" "f,"*"* • <* "<= P»™>' S«»e éviter d'en recevoir des coups très r des su.vaut la vu, enee de ses mouvements. Sa queue e, ses nageoires tatlent si furieuse»] cm l'eau , qu'elles la font snifcr oi -m i HiA„„ «, , ,. . ' 4ul-"^i.iioius,uitei cl retomber comme en nous-
erc Ce choc peulbnser un canol; mais on a déjà remarqué que les grands sseanv „ en reçoive», aucun dommage, c, ,„',„ couLrê ,'anin al e„ ouirre beaucoup ; ,1 en saigne si for, , qu'il achève de perdre ses forces cl l" vaisseau demeure loin rouge de son sang '
Les lances sont composées d'une hampe d'environ div pieds de longueur <-<- .1 un 1er pondu long de cinq pieds, qui doit èl.e médiocrement tripe,'
— sto — alin ,-|ii'il puisse pliersans se rompre. Apres avoir enfonce In lance , on la remue de divers cotés pour élargir la blessure. 11 arrive quelquefois (pic les lances de irois ou quatre canots demeurent enfoncées dans le corps d'une baleine. p ;
Aussitôt que l'animal est mort, on lui coupe la queue, parce qu étant transvénale, .-lie retarderait la marche des canots. Quelques pêcheurs allemands ..ardent la queue et les nageoires, et les suspendent au coté du vaisseau pour le garantir des glaces lorsqu'il s'en trouve assiégé. Les canots étant amarres | à la queue les uns des autres, on attache la baleine à l'arrière du dernier, et l'on retourne an vaisseau dans cet ordre. Un y arrivant, la baleine y est ;„„.„.„',. avec des cordes , la tète vers la poupe, et la queue vers la proue. Ensuite deux canots se placent de l'autre côte de l'animal , et se maintiennent dans cette situation par une longue galle qu'un matelot ou nu mousse appuie contre le navire. Le harponiicur do chaque canot est sur 1 a- «tmt ou sur la baleine mémo, velu d'un habit de cuir, et quelquefois en belles, (lo liebe des crampons de fer dans le corps de la baleine pour se tenir ferme sur sa peau , parée qu'elle est si glissante, qu'on s'y laisse tomber comme sur la glaco. «eux pécheurs , charges de couper le lard , reçoivent pour leur peine quatre ou cinq rixdalers. La première pièce qu'ils doivent couper est celle du derrière de la tête, près des yeux , dont elle est l'enveloppe : c'est la plus grosse; toutes les autres se coupent en tranches le long du corps. La longueur do cette première pièce , lorsqu'elle est posée debout , s'étend depuis la surface do l'eau jusqu'à la hune du grand mal. Ensuite on coupe d'autres pièces, qu'on tire aussi sur le pont , el les matelots qui sont à bnnl les découpent en morceaux carrés d'un pied de grandeur. Leurs couteaux, avec les manches , sont à peu près de la longueur d'un lion A
impure qu'on détache des pièces de la balei on la lève avec des poulies
I r S1. donner plus de facilité, à la dépecer ; les morceaux carrés sont découpes en morceaux beaucoup plus petits, qu'on jctlc dans les tonneaux. Durant celle opération , on a soin de se tenir éloigné du lard autant qu'il est possible, parce qu'on pense qu'il pourrait causer une contraction de nerfs capable de rendre perclus des mains et des bras
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