PRÉFACE
ment dans les études auxquelles est cousacré ce livre, une pointe d'ironie ne messied pas. On ne veut pas avoir Tair de prendre son sujet trop au sérieux, et on redoute pardeMus tout le pédantisme, ce spectre abhorré des Français, qui, en apparaissant à leur imagination, leur a plus d'une foif barré la route de la science. Aussi arrive-t-il trop souvent qu'on s'arrête à la surface des choses, et qu'on laisse dans le vague les points les plus essentiels. On peut plus justement encore adresser ce reproche à l'enthousiasme aveugle qui s'est maintes fois répandu , sans mesure et sans critique , sur ces mêmes études , et qui les a peut-être discréditées auprès d'une partie du public.
J'avoue qu'à mes yeux le moyen âge, comme toutes les provinces du vaste domaine historique, est digne d'être étudié avec le plus grand sérieux et l'exactitude la plus minutieuse; je pense en outre que les faits sont beaucoup plus intéressants par leur simple caractère de faits, c'est-à-dire de phénomènes soumis à des lois, que par les plaisanteries ou les déclamations auxquelles ils peuvent prêter. La tâche du travailleur, dans chaque branche d'études, est de rassembler le plus de faits possible, de les grouper suivant leurs affinités naturelles, de les caractériser, de dégager leurs principes générateurs, et d'apporter ainsi à la science universelle, œuvre commune de tous, la connaissance exacte du sujet qu'il s'est choisi. Envisagé dans son rapport avec l'ensemble, il n'est pas un détail, dans quelque science que ce soit, qui n'ait sa valeur; il n'en est pas un qu'on ait le droit d'altérer ou d'examiner légèrement, parce que chacun a sa raison d'être, et peut, rapproché d'autres détails seuil)lal)les, servir de fondement à une règle ou d'indice à Itt critique, Telle est l'idée qui a présidé à mon travail, et (jui Hï'n soutenu dans des investigations souvent fatigantes, imU qui offrent de l'intérêt du moment qu'on les considère
PREFACE. ix
comme des moyens d'atteindre une vérité, et qu'on est conyaincu qu'aucune vérité n'est indifférente ou inutile.
Je me suis efforcé de mettre dans mon sujet un ordre qui permit de retrouver sans peine le passage qu'on aurait besoin de consulter; je n'ai pas épargné, dans la même vue, les renvois et souvent même les répétitions.
Dans un aussi long travail, il serait plus que téméraire de prétendre être complet ; je suis si loin de le croire que déjà j'ai retrouvé plus d'un renseignement que je regrette de n'avoir pu utiliser en son lieu. Quant aux erreurs et aux inexactitudes, j'espère qu'on ne les jugera pas trop sévèrement ; ceux qui s'occupent de ces études encore nouvelles savent combien il est difficile de s'en préserver toujours. J'ai remonté aux sources autant que je l'ai pu; je n'ai admis les citations de seconde main qu'en très-petit nombre, et faute de mieux.
En poursuivant le filon de mes recherches spéciales au travers de cette mine si opulente de l'épopée carolingienne, j'ai dû souvent, bien qu'à regret, fermer les yeux à des richesses que je n'avais pas le droit d'exploiter cette fois. Les monographies du genre de celle que j'ai entreprise ont l'avantage de vous faire pénétrer dans toutes les couches de la poésie épique et de vous révéler des rapports de toute sorte que vous découvrirait rarement l'élude des œuvres isolées. Il serait à souhaiter que les principaux héros de notre cycle fussent l'objet de travaux spéciaux, qui seraient nécessairement moins étendus que celui-ci, et qui éclaireraient par divers côtés l'ensemble des traditions et des œuvres. Roland, Ogier, Turpin, Berte, Guillaume d'Orange, Girard de Roussillon, se prêteraient à merveille à de semblables études.
Qu'il me soit permis, avant de me séparer décidément de mon travail, de remercier quelques savants distingués qui
•xfii vùh\
1 r > iilïîciles ou fourni de précieux
. . ^l. tJélestand du Méril, qui, il
.; .iuo le sujet et la voie à suivre.
V t plus d*indications et de recti-
, . ;uv ilaus quelques-unes de mes
. . 0 . bli^'ulion à M. Léopold Delisle,
. iiaaud Denis, à M. Guessard^ à
aiuv; à Télranger, à MM. Dozy,
., , t surtout Adolf Mussafia : je les
, . * N^^i>u de ma reconnaissance.