ANALYSE DU KARL MEINET
(Voy. pige lis.)
I. Mainet (F« i -21 5). ** A Balduch^ Tîllage près de Paris^ près du ruisseau, demeuraientdeux frèresyllainfroi (Haenfrait) et Heudri (Hodericb)^ filsdePé* pin, roi de France, ou, suWant d*autres« descendants de laboureurs. Le frère aîné, Heudri, eut an milieu de la nuit une yision : un nain lui dit de se lever à la pointe du jour et d'aller à Paris ^ur le pont, où il lui arriverait une chose agréable et une chose désagréable. Heudri ne se décida à accomplir cet ordre qu'après qu'il eut été répété la seconde et la troisième nuit. Un changeur qui allait à ses affaires le rencontre sur le pont, l'interroge et apprend de lu* la cause de sa présence à cet endroit. « Moi aussi, dit le changeur, j'ai eu dans le temps la visite d'un nain, qui m'a dit qu'à Balduch, sous le saule vert, près du ruisseau, je trouverais un grand trésor; mais je ne suis pas si sot que toi pour écouter ce que disent les nains. » Là-dessus il lui donna un soufflet et s'en alla. Ainsi fut accomplie pour Heudri la prophétie du nain<^ Les firères trouvèrent en effet le trésor à la place indiquée, construisirent une maison en ce même endroit, allèrent à Paris, et bientôt, par l'usure et l'acquisition de nombreux domaines, ils devinrent de plus en plus riches. Dans ce temp»-là Pépin était roi de France. Les deux frères Taidèrent de leur argent, et par là ils s'insinuèrent si avant dans sa confiance que Pépin à son lit de mort confia à leur tutelle son fils Charles, Agé de douze ans, et les nomma régents du royaume. Les parvenus ne cherchèrent qu'à grossir par leurs largesses le nombre de leurs partisans, pour arriver à enlever à kor pupille la royauté qui lui appartenait. L'enfant fut accoutumé à se tenir plus dans les cuisines que dans la salle. Cependant un ancien chasseur de Pépin, David, que le feu roi avait donné pour maître à son fils, en prenait toujours fidèlement soin. Les frères essayèrent de lui persuader de les débarrasser de Charles au moyen dn poison. David, tout en entrant en apparence dans leurs vues, prétexte un pèlerinage à Saint -Jacques de Galice qu'il ne peut retarder, et emploie le temps qu*il s'est ainsi procuré à aller chez les hauts barons de France auxquels il révèle le danger où est le jeune roi : il ne dit seulement rien de la proposition d'empoisonnement. H décide les barons à demander sans retard que Charles soit couronné et fait chevalier. D avait en quittant Paris mis dans sa confidence Téchanson Thierri (Dederich) et loi avait recommandé Charles. Un des barons, Gerfin, entre-
• D^ipiii eelto dont M. Adtlbcrt K«ll«r ■ bit rature Ma édition.
prends déguisé en messager^ de se rendre lui-même à Paris, pour Yoir où en sont les choses. En effets David^ revenu avec lui^ le présente aux deux frères comme harpeur des rois de Galice. Pendant un séjour d*une semaine il remarque facilement qu'on ne rend pas à Charles les honneurs qui lui sont dus et qu'il est presque toujours confiné dans la cuisine. D se retire chargé de présents^ sans avoir été reconnu. Les frères pressent de nouveau David d'en finir avec Charles ; il parvient à gagner quelques semaines, sous prétexte qu'il lui faut attendre le mois de mars^ époque où croît la plante qu'il compte employer à l'empoisonnement. Sur le conseil de Gerfin, les princes de Tempire font dire à Heudri et Hainfroi qu'ils veulent tenir une cour et couronner Charles. Pendant que les douze princes se préparaient, ainsi que leurs fils qu'ils voulaient armer chevaliers en même temps que Charles, les frères ont réuni leurs forces, pour être prêts en cas d'attaque, et ordonné au cuisinier de garder Charles auprès de lui et de le faire passer pour faible d'esprit. Les princes arrivent à la cour : leurs enfants trouvent Charlesdanslacuisine^occupéàrôtir unpaon,et se mettent tous à imiter cet acte de leur seigneur. Guidés par Heudri et Hainfroi, les princes les surprennent dans cet exercice, et sur l'avis d'Hoêl (Huwel) le couronnement est remis à l'année suivante.
(Lacune d'un feuillet dans le manuscrit.)
Au banquet il ne manque plus que le paon rôti par Charles.Thierri rengage à profiter de cette occasion pour frapper un coup décisif contre ses oppresseurs, et lui promet son appui. Cest Charles lui-même qui doit servir le paon à table ; mais il en soufflette Heudri, ce qui devient le signal du combat. Thierri protège le jeune roi ; les princes prennent aussi sa défense. La lutte se renforce; mais Heudri sait l'apaiser en promettant de pardonner à Charles son action puérile.
Mais le fidèle David ne se &e pas à cette paix et délibère avec Thierri sur les mesures à prendre pour la sécurité de Charles. Thierri lui raconte qu'en Espagne il y a un roi appelé Galafre (Galafers), engagé dans nne gueire contre un autre roi païen, Braimant (Bremunt) d'Afrique, qui vent épouser la fille de Galafre, la belle Gaiienne (Galia) ; celle-ci a refusé sa main à ce géant hideux, et il prétend l'enlever par force à son père. On convient de mener Charles chez Galafre. et de l'aider contre Braimant ; Morant et Evrard (Everhart) les accompagneront. Ceux-ci, et deux cents hommes avec eux, s'engagent à accomplir ce dessein ; au matin du troisième jour ils se rencontreront avec Charles près du grand tilleul à Saint-Denis. Là Thierri leur expose le plan concerté, et tous prennent le chemin de l'Espagne. Heudri et Hainfroi se réjouissent de la disparition^de Charles,etle,premier8e met la couronne sur la tête.
Charles et les siens arrivent à Tolède, chez Galafre. Thierri offre à Galafre son service et celui de ses amis, qui est très-volontiers accepté. Le roi paîeo leur jure de les protéger en frappant sa dent de son do^; alors Thierri nomme son jeune seigneur, et Galafre, bien que Pépin lui eût fait la guerre, reste fidèle à son serment.
Gaiienne, de crainte de Braimant, avait été enfermée par son père dans
une salle du palais* Auprès d'elle étaient Tingt-cinq pucelles et sa mai- Ireœ Florette» qui lui parle des Français proscrits et de la beauté de Qiarles. Les dames regardent les étrangers de leur fenêtre^ et Galienne s*éprend si bien de Charles que d'émotion elle tombe pAmée.
Braimant menace Tolède avec quarante mille hommes. Galafire et les Français s'arment pour défendre la ville. Avant la sortie qu'on veut faire, on confie Charles à la garde spéciale de David. Galafire ne peut opposer à Tennemi que dix-neuf mille hommes et les deux cents Français. Les Français combattent vaiUamment; le combat est longtemps indécis. Braimant, blessé par Evrard, est mis en fuite, et les vainqueurs restent dans Tolède, où Galaf^ fait de riches présents aux Français. Ceux-ci se divertissent à la pèche, à la chasse, et dans Tintérieur de la ville à des jeux guerriers et chevaleresques. Galienne nourrit toujours pour Charles un amour caché.
Au bout d'un an, Braimant, guéri de sa blessure, prépare une nouvelle expédition contre Galafire. D donne d'abord Taccolade de chevalier à son neveu Kaîphas, géant de dix-neuf ans. Puis il s'avance avec une grande armée et campe sur les bords du Tage. Kaîphas, à la tète d'une division, traverse le fleuve pour engager la lutte. Charles est très-affligé et se plaint à David de n'être pas encore chevalier. Galienne entend ses plaintes de sa fenêtre et forme le projet de faire donner satisfaction aux vœux du jeune homme.
Le combat s'engage entre Kaîphas et les gens de Galafre; des deux côtés il y a de grandes pertes. Le lendemain Braimant envoie un messager à Galafre pour lui dire de lui livrer sa fille; sinon il le chassera du pays. Il lui offre en outre sept jours de trêve. Le message est repoussé avec énergie.
Pendant la trêve, Galienne fait venir son père chez elle et lui demande de Caire Charles chevalier. Galafre y consent : il annonce aux Français qu'il veut armer Charles de sa main et lui faire présent de l'épée Galosevele et du cheval blanc Affeleir. Charles est armé : il monte à cheval, et on exécute des jeux guerriers, auxquels Galienne assiste de sa fenêtre. Charles s'en tire avec éclat et gagne glorieusement ses éperons. Galienne vient prendre part au banquet qui termine la fête. Sa parure et sa beauté sont ^^ement incomparables; elle n'a qu'une seule tache, c'est une marque à la main gauche, sur laquelle dans son enfance était tombé un flannbeau. Depuis ce jour tous deux se portèrent dans le cœur un amour réciproque. Galienne est de nouveau enfermée dans son appartement.
La trêve expire : les Français se préparent au combat pour le lendemain; mais l'amour ne laisse pas dormir Charles. Il se lève, revêt son armure, tire Affeleir de l'écurie et décide le portier à le laisser sortir, il chevauche le long du fleuve du Tage, qui est couvert de brouillard : sur l'autre rive Kaîphas en fut autant. Il entend le cheval de Charles hennir : là-dessus il s'engage entre eux deux une conversation ensuite de laquelle ils conviennent que Chartes traversera le fleuve et aura le temps de sécher ses armes. Chartes, arrivé sur l'autre rive, s'agenouille et prie. Us combattent ensuite; Chartes est vainqueur; il tranche la tête de Kaîphas, l'attache à sa selle et repasse le fleuve.
Au point du jour cependant David a cherché son maître. Ne le trouTanl pas^ il éclate en lamentations et le croit mort. Il sort de la yiUe à sa poursuite et le rencontre au moment où il repasse le Tage. Toute la ville s'assemble bientôt pour admirer le jeune héros. Galienne aussi^ de sa fenêtre^ le contemple avec ravissement; elle fait part de ses sentiments à Florette, elle se déclare prête à se faire chrétienne et demande à sa maîtresse de lui procurer un entretien avec Charles.
Braimant se lamente de la mort de son neveu et jure d'en tirer vengeance. Pendant la nuit^ Charles a le bonheur de parler à Galienne par une ouverture de la muraille; ils échangent des serments d'amour, et elle lui donne son anneau et sa ceinture en gage de sa foi. Le lendemain, les Tolédans sortent pour livrer bataille dans la vallée de Modale (Vaelmoriale). Galienne, montée sur une tour, regarde les exploits de son amant; à côté de lui, parmi les Français, se distinguent Evrard et Morant. Chez les Sarrasins, Braimant, armé de son épée Durendal (Durendart), se conduit en héros. Il tue Morant, puis Evrard , et combat longtemps avec l'échanson Thierri. Le combat se termine par le duel de Braimant avec Charles; celuici lui enlève sa bonne épée Durendal et l'en frappe mortellement On en* terre le géant mort et on lui élève un monument colossal. Thierri est retrouvé évanoui sur le champ de bataille.
Après la victoire^ Galafre se demande comment il pourra récompenser Charles. Il se résout, dès que Thierri sera guéri, à conduire Charles dans sa patrie avec une armée et à le remettre sur son trône ; pendant ce temps le jeune homme convient avec Galienne qu'il reviendra déguisé et remmènera en France avec lui. Dès que Thierri est remis, on prépare rexpédition : Charles prend congé de Galienne en présence de son père. Sur leur route les envahisseurs trouvent Termis, le château de Gerfin, et David est fâché de voir une armée entrer sur les domaines de ce fidèle partisan; mais Charles n'ose pas contredire Galafre là-dessus. Gerfin envoie des hommes à la rencontre des étrangers; Godin, son neveu, provoque un d*eux en combat singulier. Mais Gerfin ne se laisse pas enlever cet honneur et renverse successivement trois païens; aloi^ Charles lui-même lutte contre lui, lui fait vider les arçons et le fait transporter évanoui dans sa tente. On se reconnaît bientôt avec joie; Gerfin et Godin se joignent à Texpédition. Arnaud (Arnold) de Senlys est envoyé à Paris pour sommer les usurpateurs de vider la place. Le message est fort mal reçu, et Texpédition reprend son cours. Le duc Belin d'Arles (Arlo) se joint à Charles. Heudri et Hainfroi s'arment pour la résistance. On livre une bataille, longuement racontée, qui se termine par la fuite des deux frères vers Paris. Les païens et Charles assiègent la ville pendant quatorze semaines, non sans de nombreux combats. Belin surprend et bat un corps envoyé au secours des Parisiens; l'héroïque Lorin est pris par les assiégeants. Heudri et Hainfroi s'aperçoivent que la foi de leurs barons chancelle; ils s'enfuient nuitamment de la viUe, Les bourgeais se soumettent à Charles : il fait son entrée et porte dorénavant la couronne de France. Les deux frères sont atteints dans leur fuite et expient leur trahison sur une potence. Galafre prend congé après avoir
reçu de riches présents; il reftase absolument de se faire chrétien et part pour Tolède^ chargé des saints de Charles pour Galienne.
Celle-ci ne pense qu*à Charles^ et lui qu'à elle : d*ailleurs les barons le pressent de prendre femme. Sous le prétexte d'un pèlerinage, Charles, accompagné des seuls Thierri et David^ se met en route déguisé. En passant la Dordogne, ils rencontrent des bateliers dont ils châtient la grossièreté. Arrirés à Tolède^ les trois Français^ pour ne pas être reconnus, prennent trois logements différents. Charles se présente comme mendiant à la cour de Galafre, et souffre, pour Tamour de Galienne, mainte humiliation. Bientôt les amants se retrouyent; on concerte Tenlèvement. Galienne se sépare surtout arec peine de son amie Bargone : accompagnée de Florette, elle rejoint Charles, et tous s'enfuient. Pendant que Galienne fatiguée est endormie, passe un chevalier qui demande à Charles de lui abandonner cette belle jeune fille. Charles, qui la donne pour sa sœur, refuse. Dans le combat qui s'ensuit, le chevalier étranger est tué. Galienne tombe malade; elle est conduite dans la ville d*Oriette et cachée dans la maison d'un pécheur. Cette ville appartenait au païen Orias, homme vaillant mais félon, qni avait avec lui sa sœur One; Galienne^ dont ils sont les parents, craint d'être reconnue par eux et veut quitter la ville dès qu'elle est guérie. David et Florctte la précèdent à Tcrmis. Mais on a parlé d'elle à Orias; il la fait venir à sa cour et lui fait des propositions d*amour ; comme elle les repousse, il veut user de violence. Aux cris de Galienne, Orie accourt; elle persuade à son frère de renoncer à la force, et lui promet, en quelques jours, de disposer selon ses vœux l'esprit de la belle étrangère. Orias part pour la chasse; Orie et Galienne se font des confidences; elles se reconnaissent pour cousines, et Galienne décide Orie à fuir avec elle et Charles. Celui-ci écrit de Termis à ses barons de venir à la rencontre de leur roi et de sa fiancée. En attendant les dames se divertissent par des jeux et des contes. Godin s'éprend d*Orie; mais Orias vient pour réclamer sa sœur; les combats auxquels sa venue donne lieu, et dans l'un desquels David est tué, te terminent par sa défaite et sa mort; on donne la ville d'Oriette à l'évéque Gemas. Les barons français sont arrivés, et tous reprennent ensemble le chemin de Paris. Là Galienne, Orie et Florette reçoivent le baptême; pois on célèbre le mariage de Charles avec Galienne, et d'Orie avec Godin.
n. HoRikXT ET Galienne (F° 215-293). — Voyez ci-dessus, page 388. m. F* 293-317. — Récit emprunté à des sources latines.
IV. F* 317-321. — Histoire de la Femme morte et de saint Gilles. — Voyez ci-dessus, page 384.
V. F* 322-375. -— Récit emprunté à des sources latines, entre autres à Turpin.