IX. — F^ 533-540. Récit emprunté à des sources latines
APPENDICE. 49i
FRAGMENT DE LA CRONIGA ALFONSI Vil.
(Voy. paf« S03.)
(até dans Wolf^ Siudien^ p. 486, 497; en partie dans Doiy, Becherehes, t. II» p. 218; dans Damas-Hinard, Poème du Cid, p. xv; dans tons d'après Flores, Kspana tagrada^ t. XXI, p. 405).
Nous avons traduit les seuls vers qui se rapportent à notre sujet dans le morceau qui suit : mais, comme ce morceau est très-important pour l'histoire poétique du Cid et qu*il nous semble avoir besoin de corrections^ nous le donnons ci-dessous avec quelques rectiflcations. Nous nous étonnons que tant de savants distingués aient reproduit ce texte sans y rien changer ; il choque en plusieurs endroits le sens et la mesure :
Audio sic dici, quod et * Alvarus iUe Fanid Hismaelitarum gentes domuit, nec eanun Oppida vel tarres potaerunt jam ^ stare fortes : Fortia fhingebat, sic fortisille premebat! Tempore Roldani si tertios Alvarus esset Post Oliverum, fitteor sine crimine verum *, Sub juga Francorum fuerat gens Agarenorum Nec socii chari jacuissent morte peremptl; NuUaque sab cœlo melior Aiit hasta sereno : Ipse Rodericus, ndo Cid sspe ^ vocatus De quo caatatur, qood ab hostibus hand superatnr, Qui domoit Mauros, comités domait qaoqne nostros, HoDc extoUebat, se laode minore ferebat. Sed fateor verum *, quod tollet nulla dierum, Meo Cidi primus (ùit, Alvarus atque secundos Morte Roderid Valentia plaugit amid, Nec valuit Christi fiunniis ea plus retineri *.
• Bdd. <f#, M qui M pmt tUer ni a?«e le parmi Ut kérot, C«tt U Berna loontloo qM vcn ni •▼•c la phnae. ploa haat, oii alla aat auii déflfiuéa, /Ssfaor
s Laa éditioBt na donnent paa^om, nécetsaire verum,
poor le y9n ; U est vrai qn'alon ttare doit avoir * Edd. Née vaiuiS CkHeti fammbiê as phu
r« bref; auJa parailla cboaa aat adaiiaalbla retimtre, IL Doqr a ca^Jeetoîé emm; on voit
daaa la poéaia de ee Campa. qall n'accorda paa ao cbronlqaanr laa nottona
• Edd. rermti, qui n'a paa de aana. élémentairea de la vaniilcation. 11. Daaaa-Hi- « Edd. êemper: on ne peot admettre une il nard propoaa voimU et reHtmi; U aat vrai que
giomiif ftnta caoïra la maanra. D'aUIanra aa^M de la torte on obtient raaaaaaaea qnepténnlent
convient beancoop mianx qae temper. M. dn tooa lea vera ; mala la aana aat lain d'être lati^
Méfll aveit propoaé tta^na. binnt. La leçon qne nona adopCena nooa Mm-
« Edd. ainoN ; IL Doij Ut «<rd«, et tndnlt ble ne pouvoir faire doota.
(Voy. page 817.)
Nous avons déjàdit plus haut (page 94) que Girard d'Amiens, dans le troisième livre de son Charlemagne, invoque Tautorité de saint Léon, qui aurait raconté la guerre d'Espagne dans des décrets authentiques (voyez le passage même ci-dessus, p. 482). Cependant son récit ne contient rien qui ne se trouve dans Turpin, et aucun autre texte ne parle de ces prétendues décrétales de saint Léon. Girard a sans doute entendu le pape Léon ID, contemporain et ami de Charlemagne, et s'est avisé de son chef de le prendre pour garant de ce qu'il raconte. 11 en a fait autant pour les chroniques d*Aix (voyez ci-dessus, p. 478) où il dit avoir puisé tout ce que ne lui fournissaient pas les chroniques de Saint-Denis.
Le Pulci, dans son Morgante Maggiore, prétend souvent s'appuyer sur l'autorité d'Alcuin ; et comme il suit généralement les Reali di FrancUiy on a pensé qu'il les attribuait plus ou moins sérieusement à Alcuin. Cependant dans le dernier livre de son poème il fait successivement prononcer l'oraison funèbre de Charles par deux panégyristes, l'un clerc, Alcuin, l'autre jongleur, Lattanzio ; ces deux orateurs racontent chacun une vie toute différente de leur héros ; l'un suit l'histoire, l'autre au contraire ne fait que donner un résumé des Reali (voyez ci-dessus, p. i8i) ; mais c'est Alcuin qui fait le récit historique, c'est Lattanzio qui débite les fables populaires. Dans la pensée de Pu Ici, Alcuin représentait donc l'histoire réelle de Charlemagne; il est très -possible qu'il lui ait attribué la Vita Caroli Magni d'Eginhard; cette confusion a été faite plus d'une fois au moyen âge; Albéric desTrois- Fontaines, entre autres, citant (fol. 33 ^ B, s. a. 780) un passage d'Eginhard, le fait précéder de ces mots : SeçtUtur secundum Mcuinum.
Ce qui est plus difficile à expliquer, c'est la phrase que nous avons citée page 50 d'après un manuscrit d'Eginhard du onzième siècle : Reliqtia aciuum (jus gestOy vel quœ de eo in carminibus canufUur^ hic non pieniter descriptOfSed require in viia quam Alchuinus de eo jcr/6iï. Courait-il donc au onzième siècle, sous le nom d'Alcuin, une histoire de Charlemagne compilée en latin d'après les poèmes populaires? Le fauxTurpin et le faux Philomena avaient-ilseu un prédécesseur? C'est peu probable, vu l'absence complète de toute autre trace d'un semblable ouvrage. Cette phrase reste pour nous une énigme ; ou plutôt elle prouve seulement chez celui qui l'a écrite le besoin de justifier l'absence, dans la Fie de Charlemagne qu'il venait de copier, des récits consacrés par la poésie } à ce titre et vu sa date, nous avons
signalé son intérêt. L'auteur aura sans doute purement et simplement attribué à Alcuin ce qui ne se trouvait pas dans Eginhard^ parce que c*étaient les deux clercs les plus célèbres de l'entourage de Charlemagne.
Nous ne croyons pas davantage à Tauthenticité de récrit que sembleraient indiquer ces vers de la Chanson de Roland (str. GLYIII } :
Ço dist la geste et cil ki el camp fut, Li ber seinz Gilie por qui Deus fait vertus, E flst la chartre el muster de LoOm : Ki tant ne set ne l'ad prud entendut.
Ce passage complètement isolé, auquel rien ne se rapporte dans tout le poème, nous semble une interpolation évidente. Ce soupçon se confirme par la mention de Laon (cf. ci-dessus, p. 22, 568) et par certaines particularités deyersification qu'il serait trop long d*exposer icL Quoi qu*il en soit, il existait nne tradition qui plaçait pendant l'expédition d'Espagne l'entrevue de saint Gilles et de l'empereur (voy. ci-dessus, p. 379) et représentait le premier comme ayant séjourné au camp ; cette tradition se retrouve^ si nos souvenirs ne nous trompent pas, dans Tristan de Nanteuil; elle a servi pour ainsi dire de point d'attacbe à Tauteur de ces vers. M. Bormans, dans une note de son livre sur les rédactions tioises du Roland (voy. ci-dessus, p. 187), a présenté sur ces vers des hypothèses qui ne sont pas admissibles.
Il n'est pas facile de dire précisément à quelle époque furent fabriquées les histoires de Hanco Forteman, Sulco Forteman et Occo, dont parle Suffrid Pétri dans son livre de Seriptoribus Frisim (Francfort, 1619), p. 45, 49, 52 et pass. Ces prétendus auteurs frisons, contemporains ou peu éloignés de Charlemagne, avaient été recueillis par Andréas Cornélius (1 589) qui les transmit à Suffrid Pétri (voyez son livre de Frisiorum antiquitate et origine, Cologne, 1590). Ces histoires rentrent dans laclasse des romans patriotiques dont nous avons parlé ailleurs (p. 108). Voyez l'excellente critique d'Emmius, qui réduisit au néant ces misérables fables {De origine atque antiçuitatibus Frisiontm, dans sa Rerum Frisicarum historia^ Leyde, 1616).
ANSËiS DE GARTHAGE.
(Voy. page 877.)
Ce poëme ofAre une particularité très-digne de remarque. Voici ce qu'il raconte en commençant : Charles a laissé auprès du jeune roi Anséis^ pour Taider à gouverner l'Espagne^ un sage et puissant baron^ Isoré de Coninbre; celui-ci parle de la beauté et du courage d'Anséis à sa fille, qui s*eD éprend aussitôt. Anséis envoie Isoré comme ambassadeur auprès de Marsile, en Afrique; pendant son absence^ sa fille vient à la cour, et quand Isoré revient de sa mission, il apprend que le roi Ta déshonoré. Furieux, il se rembarque pour l'Afrique, offre à Marsile son alliance, et le ramène en Espagne, avec une immense armée de Sarrasins, pour se venger de Toutrage que lui a infligé Anséis (voy. Bist. Ht, y t. XVI).
On ne peut méconnaître la parenté de ce récit avec la célèbre légende du roi Rodrigue et de Florinde, ou la Cava, la fille du comte Julien. Julien est en ambassade en Afrique, comme Isoré, quand le roi d'Espagne séduit sa fille ; il revient de même, apprend Tinsulte qu'on lui a faite, et repart chei^ cher de l'autre côté de la Méditerranée des vengeurs chez les infidèles. La principale différence est dans le caractère de la jeune fille ; la plupart des traditions espagnoles veulent qu'elle ait été violée ; cependant le surnom injurieux qui lui est resté semble indiquer une autre version où elle était plus coupable ; et on voit en effet des romances où elle se laisse très-facilement séduire.
Le plus ancien auteur espagnol qui rapporte cette histoire est le moine de Silo (fin du onzième siècle et commencement du douzième; voy. Florez, Espafia sagrada, XVII, 278). Il est fort probable que,Tacontée plus ou moins confusément à un Français, elle aura servi de base au poème d' Anséis, qui se déroule ensuite à travers une longue série d'aventures beaucoup moins originales. Cet emprunt en France d'une tradition espagnole méritait d*ètre signalé.
Au reste le poème à' Anséis de Carthage appelle une étude ; on s'est borné à en donner des analyses plus ou moins rapides ; il soulève diverses questions intéressantes. Par exemple il y a deux rédactions tout-à-fait différentes; on ne s'est jusqu'à présent occupé que d'une.