‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 77 sur 77 · Ducbâlaii · texte numérisé non relu

Ducbâlaii

1. Voir la préface à'Afff iVAeiçnon [RemeU des ancifms poêles de ia Fratice)^

p VIII.

voit, sans intérêt de pousser plus loin la discussion de ee t^bleau^ qui n'offre pas à la critique une base suffisante ^

Le chapitre m est intitulé : cOù trouve-t-on le texte des chansons de geste T » M. Gautier présente quelques remarques sur l'aspect des mss. qui nous ont conservé nos anciens poèmes. P. 184, le précieux inventaire de la bibliothèque de Jean de Safires, chanoine de Langres^ que M. Gautier semble considérer comme inédit, a été publié deux fois*. La date de ce document doit être fixée, non pas « vers 1320 », mais à Tannée 1365. — P. 185, le ms. fonds fr. 2495 ne peut servir de preuve au fait qu'avance M. Gautier, parce qu'il est en réalité composé de deux mss. d'origine différente réunis sous une môme couverture. — Des observations sur la manière de publier les chansons de geste terminent ce chapitre (p. 186- 191). Bien qu'elles ne puissent toujours être acceptées sans réserve, je ne veux pas entrer dans une discussion qui n'a qu'un rapport fort indirect avec l'histoire de notre épopée.

Le chapitre iv est un « Traité élémentaire de la versification de nos chansons de geste. » C'est, le plus souvent, un résumé des travaux qui ont été publiés en France sur cette matière. Je me proposais de soumettre à une critique détaillée ce que M. Gautier dit de l'origine de nos vers de huit, dix et douze syllabes, mais la récente dissertation de M. G. Paris sur le vers latin rhythroique rend superflues plusieurs de mes observations. M. Gautier ayant méconnu le caractère principal du vers rhythmique, celui d'être fondé sur le retour régulier de l'accent à des places fixes, a méconnu le même caractère dans le vers français. N'apercevant pas l'abtme qui sépare la versification rhythmique de la versification métrique, il n'a pas hésité à tirer celle-là de celle-ci. Voulant, par exemple, trouver l'origine de nos anciens vers de huit et de douze syllabes, il a cherché dans les mètres des Latins deux vers qui eussent ce nombre de syllabes ; il les a trouvéssans peine, et, se contentant de ce facile

1. Poar la même raison, je m'abstiens de discuter le tabieaa de la page 2ô6, où on ▼oit figurer dans la Geste du roi Flore et Blanchefleur ! C'est par une singulière méprise que M d'Héricault, à qui M. Gautier a emprunté cette fausse indication, a été conduit à classer dans cette catégorie un roman d'avenlures qui, par le fond comme par la forme, est complètement étranger à notre épopée nationale. Blanetiefleur est, è la mérité, selon l'une des deux versions de ce poemf», la mère de Bertbe, par conséquent la grand'mère de Charlemagne ; mais cela ne suffit pas pour Ciire d'un poème en octosyllabiques une chanson de geste.

2. Dans it Bulletin archéologique du Comité historique, IV, 319 et suif. (1847), et dans le Ballelin du Mliophile deTechener, 13' série, p. 471 (i857).

rapprochemeirt, îl a dit : a Llainbique dimèire, ou la première partie du septemtrhu trochalQue, a pu donner naissance à notre vers de huit syllabes ; l'asclépiade est le modèle de notre alexandrin. Pour ces deux vers, comme pour tous les autres, c'est à force de déformer la versification antique fondée sur la quantité ou la mesure^ qu'on l'a transformée en notre versification moderne, fondée sur Tassonance et le nombre fixe des syllal>e8. On a invariablement réduit Hiimbique dimètre à huit^ et l'asclépiade à douze syllabes ; on les a ornés d'assonances, parés de rimes. Ainsi modifiés, on les a tran^ portés dans notre poésie nationale; et telles sont les origines de notre versification > (p. 195). Celaestbientôt dit. Outre que la c déformation » que décrit H. Gautier est hypothétique, il tombe sous le sens qu'elle ne conduit pas au vers A«nçais« puisque dans les vers métriques, ainsi réduits à une longueur constante^ l'accent ne se trouve pas» sinon accidentellement» à la môme place qu'en français. Ainsi, que l'on note les accents de cet asclépiade»

MaBOéDM ttévift édite régibos,

on obtient une ligne qui ne ressemble en rien à un alexandrin, parce que c'est la cinquième syllabe, au lieu de la sixième, qui est frappée d'un accent.

Les essais tentés pour faire sortir notre versification de celle des Romains ne sont pas nouveaux. Mais il y a vingt ans déjà que M. Diez en a montré la vanité dans une dissertation qui reste ce que nous possédons de mieux sur l'histoire de notre versification» et que mal- ' heureusement M. Gautier n'a point lue ^ Le fait est que le vers français, considéré en son principe, est un , et que par conséquent il n'y a pas lieu de chercher un type particulier à chacune de ses variétés. Qu'il ait six, huit, dix ou douze syllabes, le vers français présente un caractère constant : c'est Taccent coïncidant avec la rime dans les vers de toutes les longueurs, et un second accent sur la quatrième, sur la sixième, ou quelquefois sur la cinquième syllabe dans les vers de plus de dix» de onze * ou de douze syllabes. Telle

1. Ueber dên epUchen Venê, h la loite des AUrcmtmUeke SproeMottaole; voir tortoot les diz dernières peges. — M. Gantier cite, à la vérité (p. 194, note), l'opinloo de M. Met tar on point particnlier, mais il est protiable que cette dtation aétéemprantéeèM.G. Paris, Accent latin, p. tll.

3. Car il 7 a des vers de ooie syllabes, qnoiqn^on Tslt nié plnsleors fois. H y en a en français et en provençal. Pour le provençal on peut voir les Lcffs ^aman, I, 116; la même mesoie a été employée par le comte de Poitiers, par GnHhem de Saat Leidicr (Mabn, Werke, II, S5) par G. Peire de Csaais (fr. SSS, f. 346 r). Poor

est la simplicité de ce système, qu'étant donné un vers roman quelconque^ on conçoit sans peine que les autres en soient sortis par voie d'allongement ou d'accourcissement^.

J'ai examiné de près la partie du livre de M. Gautier où sonttraitées les grandes questions, ces questions d'origines qui exigent nonseulement une complète connaissance des sources » mais encore l'entier déploiement des procédés de la critique. Les points trèsnombreux qui sont étudiés dans le reste du volume ont en général une moindre importance. En outre, les sources devenant plus abondantes, et la matière étant un peu mieux préparée par les travaux antérieurs, un moindre espace était laissé aux divergences d'opinion. Suivre M. Gautier dans ses recherches sur les procédés de composition employés par les auteurs de chansons de geste, sur les remaniements qu'ont subis ces pommes, sur leur diffusion et leur

le français les exemples ne manquent pas non pins. Voici le premier vers d'aoe chanson contenue dans le ms. fr. 846, f 31 :

Car me consoilliés, Jehan, m Dei vos Toie.

1. Je rejette en note quelques rectifications au sujet desquelles aucune discussion ne me semble nécessaire. P. 194, M. Gautier cite, diaprés le ms. de Paris (pourquoi n*avoir pas tenu compte des éditions?), six vers de Girart de RossUhn. Au dernier il lit Guillems où il faut GirartZy le héros du i)oëme. — P. 196 , M. r;aotier suppose le Mystère dei vierges folles antérieur au poème de Boéce et à la chanson de saint Alexis, ce qui n'est pas admissible, le poëme de Boéce (qui est le plus ancien document de la littérature provençale) étant du dixième siècle. ^ P. 198, Lamberlli-Cortn lisez : Lambert le Tort (cf. BibL de VÉc, des chartes^ 6« série, III, 69). — P. 204 (cf. p. 293), M. Gautier croit relrouver àhxa Jehan de Lanson la trace de deux rédactions fondues ensemUe. Û cite même un couplet dont le poème aurait conservé, « par une admirable distraction du scribe », les deux formes successives. Ces deux couplets sont en réalité une simple répétition épique; il est positif qu^ila oflfr^itrun et Tautre des assonances (essoine, dans la tirade en aire , p. 293] , et oonséquemment il n'y a pas de raison pour attribuer à chacun une origine distincte. — Les formes en i^ an prétérit ne sont pas « un barbarisme monstrueux • (Toir Bartseh, Revue critique, 1866, II, 411). — P. 216, note, ce serait en effet par une inexplicable licence que Pauteur à^Ogier aurait introduit des mots en ele dans une rime en é. Mais tele et mortele, qui paraissent dans les deux exemples dtés, doirent évidemment reprendre leur ancienne forme tés^ mortes. — P. 223, Fauriel aeo sur les répétitions épiques deux opinions tout à fait différentes. CeUeque rapporte M. Gautier lui avait été suggérée par Texamen de Girart de Rossilho, et il ne rappliquait guère qu'à ce poëme.— P. 277, M. Gautier, rapprochant, avec raison, le petit Ters fifiminin qui termine les tirades de certaines chansons de geste, du dernier vers de sainte Eulalie ( par souue clementia), ne devait pas dire que cette analogie n'a pas été observée avant lui. Un rapprochement aussi simple se présentait de soi ; il a no- Umment été fait dans la Bibl. de CÉc, des ch., 5, II, 252.

popularité, ce seraii s'engager dans une longue analyse, sans autre profit qu'une multitude de menues rectifications que les savants spéciaux sauront bien faire eux-mêmes, et que le grand public ne viendrait pas chercher ici. Je me bornerai à dire que la doctrine de H. Gautier est ordinairement plus sûre dans la seconde moitié de ce volume que dans la première.

Des recherches présentées, non dans Tordre qu'indique le développement régulier d'un sujet, mais selon l'occasion fournie par des livres qu'on examine, seraient d'un usage bien incommode, si un bref résumé ne venait donner en quelque sorte l'index des résultats obtenus.

Les principales questions ici traitées se rapportent à la formation de notre épopée, J*ai voulu montrerqu'elle est sortie d'un milieu roman, d'où par conséquent Pélément germanique n'était pas absent, mais où il ne dominait pas (p. 57-9) ; — que les plus grandes probabilités sont en faveur d'une épopée formée directement d'après une tradition, en certains cas presque contemporaine des faits, en d'autres déjà lointaine ; — que Tbypothèse selon laquelle nos chansons de geste seraient le développement ou la compilation de chants lyriques issus des événements, dénuée de tout fondement si on suppose ces chants germaniques, est bien peu vraisembUble si on les suppose romans (p. 5 et 64-6) ; — que Pépopée française appartient entièrement à la France du Nord, aux pays de langue d'oïl; qu'au midi, les traditions épiques n'arrivèrent pas à se formuler en poèmes (p. 15 et suiv.).

Chemin faisant, j'ai été conduit à traiter quelques questions moins importantes, notamment celles que soulèvent les traditions relatives à Emaut de Gironde (p. 14-5), le Pseudo-Philomena (p. 26-33), et le rapport de YEnirée en Espagne avec la Prise de Pampelune (p. 44-7).

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