L. II, V
Or cet usage n'a certainement pas commencé à Louis le Débonnaire; ses ancêtres avaient aussi été l'objet de chants populaires ; le poète saxon qui a versifié Eginhard nous dit,ver6 la fin du neuvième siècle :
Est quoque jam notum : vulgaria carmina magnis
Laudibus ejus avos et proavos célébrant, Pippinos, Carolos, Hludoyicos et Theodricos
Et Garlomannos Hlothariosque canuni.
> Il est escrit dans la geste francor. . . 'Un passage plus significatif encore H est escrit en l'anciene geste. . . se trouve dans Baoul de Cambrai; voy. {Roi., CXIil, 1443; CCLXXVH, 3742.) plus bas.
n ne cessa pas non plus avec les premiers successeurs de Gharlemagne; le hasard nous a conservé un de ces chants contemporains, cdui auquel donna lieu la bataille de Saucourt, gagnée le 5 août 882 par Louis III contre les Normands ^, et il serait facile de rassembler un grand nombre d'allusions à ce sujet éparses dans les chroniqueurs de ce temps-là '. On est donc certain de ne se pas tromper en affirmant que la poésie populaire, habituée à célébrer les événements ou les hommes qui frappaient l'imagination des masses, n'a pas manqué à sa coutume pendant le règne de Charlemagne, et qu'elle a au contraire redoublé ses chants devant les exploits et la personne du grand empereur.
On a beaucoup agité dans ces derniers temps une question qui se rattadie trop étroitement à notre sujet pour que nous puissions Doos dispenser de la traiter au moins sommairement : ces premins chansons, qu'on est convenu de désigner sous le nom de caniilênes, étaient-elles en langue tudesque ou en langue romane'?
La première hypothèse semble d'abord la plus vraisemblable; de tous les peuples qui composaient originairement l'empire de Ghar^ lemagne ou qui vinrent successivement s'y joindre, ceux qui devaient avoir pour lui le plus d'enthousiasme et être le plus portés à en faire un héros national, étaient évidemment les Francs austrasiens. C'est de l'Àustrasie, qui avait incontestablement gardé à peu près intact son cachet germanique, que la race carolingienne était sortie ; c'est elle qui avait vaincu la Neustrie avec Charles- Martel ; c'est elle qui était la terro dominante^ le pays souverain entre tous. Elle fournissait les ducs qu'on envoyait partout gouveroer les provinces ou défendra les frontières ; elle possédait la capitale, construite par Charlemagne dans son pays ; sur son territoire se réunissaient les grandes assemblées où les ambassadeurs arrivaient de toutes parts rendre hommage au chef qu'elle regardait comme le sien. Les Francs austrasiens étaient devenus pour l'Europe du neuvième siècle ce qu'avaient été les Romains
* Pubtié soufent, entre antres dans * Le germanisme a été soutenu par
YEimmeiuia de WUlems et Hoffoiann. M. d'Héricault, dans son Essai sur Fort'
' Voy. entre autres, sur ce point, E. du gine de l'épopée; M. Paul Meyer a soumis
Méril, Poéne seamimave, p. 471, note 3, son ar^mentation à une critique inci-
sf tMt ce qui suit; Mélanges arehéolo- sive et s'est prononcé pour l'opinion con-
fifwf, p. 297 et suiT. ; G5deke, MiHel- traire dans la Bibliothèque de l'École des
elter, p. 21. chartes ( 5« série, tome U, p. 84 ).
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