‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 10 sur 77 · TU · texte numérisé non relu

TU

? nce supérieure et destinée à la

s<r ^e c'est ce peuple vainqueur,

^ .« ie sOQ courage, qui trois siècles

. . .çi^HOt dans le prologue de sa loi \

'. .e 4ui a le premier célébré avec

.. . ^j^ :iief et son plus illustre représen-

.. L.-'juer que les témoignages allégués

..^.euce de chants contemporains se

^ nzioiques ou tudesques : ce sont les

> r >^ après la victoire même ; ce sont

^^^ .vvuis des siècles leurs vieilles épopées

^ ic it recueillir ' ; ce sont eux qui avaient

. ^^^.'rt.toîsseurs. Enfin leur idiome,habitué

. , i urme poétique, semble avoir dû se

« > nouvelles chansons ; nous possédons

;.i:!s leur langue au huitième siècle \

. i* [fi le Ludwigslied de 872. Toutes ces

^ >.c>^et acquièrent plus de poids encore si

.^ V . >iî««? ^^rte d'enquête contradictoire. Pas-

, > ,^<r ^ran en tyran, sans participation aux

.. ^H::nient de nationalité romaine qui Tavait

X Jau> romane n'avait pas d'existence poli-

^. Je I empire. Sa langue, dont le plus ancien

, ^.\v; \ingt-huit ans après la mort de Char-

; c. ,v texte encore bien informe et hésitante ;

,..:u î^^ns avoir trouvé ses lois propres; elle

^ k> caractères les plus essentiels du français •;

.. ^ A' S.unt*CiaU de i;Austrasie (1. 1, c. x).

^» .t* s^^s. n * « Gens Franconim inèlita, auctore

.^^»^. *e nom de Dei coodita^ fortis in armis^ Arma in pa-

^t\>à vW« Alpes cis fœdere, profunda in consilio, corpore

\..otiKik?ue), nobilis, incolumna candore, fonna egre-

" «»» T>^**i*«^ QW*^ 8iû' audax, velox et aspera^ etc. » {Pro-

.. ,s» sV wmi^-là, logue de la loi Salique.)

Si ^ .uc^v^ntHuChar- • Egrinhard, Vita CaroU Magni, c. ÎS,

.Kx sM^*«* ** fi*' * Hxltibraht enti Hadhubrant (Uilde-

' N « yuxAfi^i» ne se brand etHadebrand). H safHtde rappe-

KvN*<^*x>» q^iand on lerenoatre le grand poème d'Otfrid sor

^^ s «x^^ iviiune des la yie du Christ, composé pour Louis le

.ov ♦ ^tr opjH^Mtion Germanique,

^.r^-'N H*^^ v^t*»wU ceux * Par exemple l'article manque.

die ne semble pas en état de supporter la poésie. Enfin aucun monument roman ne peut se placer à côté du Lttdwigslied^ aucun débris n'a subsisté d'une cantilène héroïque composée en langue française à ces époques reculées; le plus ancien teste poétique qu'elle ait à montrer n'est que du dixième siècle et est purement religieux.

Malgré ces arguments, que nous avons brièvement exposés, nous croyons pouvoir ai&rmer qu'il y a eu des chansons romanes contemporaines de Gharlemagne. La plus grande preuve que nous puissions en apporter est l'existence de l'épopée française à une époque assez rapprochée de celle-là. On s'accorde à la reculer au moins jusqu'au onzième siècle, et nous espérons montrer qu'elle était formée de toutes pièces dès le dixième. Mais, en s'en tenant à la Chanson de Roland, qui ne sent combien ce poQme, au premier coup d'œil si primitif, suppose de prédécesseurs et de ramifications de la poésie ? Il contient des allusions à de nombreux poëmes, perdus aujourd'hui pour la plupart, et oubliés déjà des chansons de gestes du douzième siècle ; seul il est venu à nous d'une série de compositions dont rien ne limite le nombre et qui étaient incontestablement les unes avec les autres dans un rapport qui ne peut exister qu'après un assez long développement de l'épopée. Gomment d'ailleurs les Romans du dixième siècle, auxquels on fait d'habitude l'honneur d'avoir créé notre poésie épique, auraient-ils conservé de Gharlemagne un souvenir assez vivant et gardé à sa mémoire un culte assez ardent pour en faire le sujet de tous leurs poèmes ? Us étaient assurément incapables de concevoir l'idée toute moderne d'étudier les documents écrits ^ de construire des poômes avec des matériaux historiques. Si, comme on le prétend, le génie et l'idiome de la France n'ont été qu'à cette époque mûrs pour la poésie épique, il est absolument certain que les premiers trottveurs auront chanté les événements eL les hommes de leur tqmps ; s'ils ne l'ont pas fait, s'ils ont au contraire ramené à Gharlemagne, centre de leurs compositions, les fiûts mêmes que leur transmettait la génération immédiatement précédente, c'est qu'un grand cycle épique, déjà formé autour de œ nom, leur avait été légué par leurs ancêtres, c'est que depuis Chariemagne la poésie romane n'avait pas cessé de reprodoLre, en les modifiant suivant les changements de la langue et des nuBurs, les primitives cantilènes qu'avait créées de son vivant

l'enthousiasme des Français. Pour échapper à cette rigoureuse conséquence, il n'y a qu'un moyen, c'est d'admettre que ce legs poétique fut fait aux po6tes du dixième siècle par la poésie Cranque expirante, et qu'à un moment donné, quand la langue fran* çaise fut assez développée, quand le génie français fut assez fort, les chants tudesques devinrent des chants romans. Cette solution est absolument inadmissible ; il suffit d'y réfléchir un instant pour s'apercevoir combien elle est contraire aux lois de l'histoire et particulièrement à celles qui régissent les phénomènes populaires, la fusion de races longtemps étrangères l'une à l'autre. Il faut admettre une génération de Francs sachant le tiois et le roman, parfaitement au courant des vieilles cantilènes germaniques et consacrant leurs loisirs à les traduire en français. Gela est impossible ; la poésie et la langue des Francs ont insensiblement disparu, sans qu'ils pussent en transmettre rien au peuple qui les absorbait, excepté ce qu'il leur avait emprunté du temps de leur puissance. D'ailleurs en Gaule les Francs se romanisèrent beaucoup plus tôt qu'on ne pense ; les leudes de Gharles le Ghauve, qui entendirent et prêtèrent le serment de 842, étaient certainement des Francs d'origine et ne comprenaient plus l'allemand : parmi eux, il faut y songer, se trouvaient à coup sûr bien des guerriers qui avaient servi sous Gharlemagne, et qui cherchaient sans doute les jouissances de leur orgueil et de leur sens poétique à chanter ou à entendre des vers qui le célébraient. Si les hommes du dixième siècle avaient été étrangers à toute tradition poétique sur Gharlemagne, qui donc les aurait portés à accueillir ces traductions de poëmes germaniques sur un héros qui ne les intéressait pas, et pourquoi auraient-ils édifié sur ce fondement étranger toute leur poésie nationale? Au reste, une façon raisonnable d'expliquer historiquement le passage de l'épopée française du tudesque au roman est vraiment impossible à trouver; il faut renoncer à cette supposition, qui d'ailleurs ne s'appuie sur rien \ et dès lors on est contraint d'admettre dès le neuvième siècle l'existence de chants en roman sur Gharlemagne.

Nous croyons l'avoir démontrée d posteriori; voyons si on ne serait pas conduit au même résultat par l'examen d priori. Nous

( M. d'Héricault s'appuie sur le Lud' mond et Isembart; mais voyez ce que lui mg^litd, rapproché du poème de Got' a répondu M. Meyer.

avons recueilli des témoignages sur Teiistence de cantilènes franciques ; n'en trouverons-nous pas d'analogues pour les cantilènes romanes? L'auteur de la Vie de saint Faron, qui écrivait au neuvième siècle S rapporte qu'un des actes de la vie du saint fut rappelé dans une chanson qui se chantait, ditr-il, dans les places et dans les carrefours, par les femmes et les enfants. Saint Faron était évèque de Meaux, en terre romane, comme on voit; il vivait au septième siècle, sous Glotaire II, en l'honneur duquel fut composée Jttxta rusticitatem la chanson dont il s'agit. Il est bien difficile d'admettre que cette chanson fût en allemand, car assurément on ne le comprenait déjà qu'assez peu dans la Brie : elle était sdon toute probabilité en roman ; la question serait tranchée â, au lieu d'en donner sept vers d'un latin mauvais mais en somme latin, l'annaliste avait transcrit^ comme Nithard en 842, le texte même de la chanson. Toutefois ces quelques vers laissent transparaître le génie de la poésie et de la langue romanes, d'une façon qui s'explique beaucoup moins qu'elle ne se sent. On a pu en donner une traduction fidèle et aisée en langage du douzième siècle; nous ne croyons pas qu'il fût possible delà traduire en ancien allemand. Glotaire II aurait donc été chanté en roman ; cette supposition reçoit une grande vraisemblance quand on retrouve dans l'épopée française, reportés, il est vrai, à Gharlemagne, des récits qui certainement lui étaient primitivement consacrés '. Il en est àB même de Dagobert, autour duquel semble s'être formé tout un cjde auquel les Romans ne durent pas rester étrangers, puisque leur poésie postérieure en a gardé la trace *. La même conclusion s'applique, nous l'avons vu, à Gharlemagne, avec bien plus de force encore ; ici les preuves matérielles nous manquent ; mais au siède qui suivit le sien nous trouvons un fait qui démontre l'existence de cantilènes romanes contemporaines des événements. Personne ne prétendra nier, après les derniers travaux de l'his- Unre et de la philologie, que la Ghampagne et la Picardie ne fussent au dixième siècle des provinces romanes, dans lesquelles on ne parlait plus l'allemand. G'est dans ces provinces que se livra, vers 943, la bataille où périt Raoul de Gambrai. Nous possédons un poème sur ce sujet, il n'a pu nattre d'une chanson germanique, et ce fait suffirait pour appuyer la thèse que nous soutenons ;

• Cest probablement Hildegarius , * Voy. 1. Hl, ch. ii. mort éTèque de Meaux en 875. * laid.

48 livre: PRëBUER.

mais il y a plus, il est dit expressément dans le texte qui nous est parvenu que le poëme a pour base une chanson composée par un témoin de la bataille, évidenunent en français ^ ; et un auteur du dixième siècle, Âimoin, nous montre des Bourguignons, c'estr-à-dire des Français, se faisant précéder à la guerre par un jongleur qui chantait les exploits de leurs pères {res fortiter gestas et priorum bella prœcineret) .

Il résulte de tout ce que nous avons dit que Charlemagne a dû être célébré de son vivant même et immédiatement après sa mort, dans des chansons tudesques et romanes. Nous dirons ailleurs ce que devinrent ces deux grandes classes ; il nous suffit d'indiquer ici ce qu'on peut conjecturer sur leur forme. Elle était sans doute rapide, brusque et concise; l'événement dont il s'agissait était brièvement raconté, et quelques détails seuls étaient traités avec une ampleur lyrique au moins autant qu'épique* Des tableaux saisissants et sans lien, des dialogues heurtés, des exclamations de joie, d'admiration ou de douleur, tels étaient leurs principaux éléments *. Il est probable que les verd se groupaient en strophes, allitérantes pour les chants germaniques, assenantes pour les chants romans ; dans ces derniers, il est permis de supposer que la divi* sion en strophes était rendue plus frappante par un refrain '. A cette époque, les chanteurs (jongleurs, ménestrels, etc.), ne semblent pas avoir encore formé une classe distincte ; en tout cas la plupart des guerriers savaient eux-mêmes répéter ces rudes poé-* sies, et chantaient comme Achille les hauts faits des héros, xXia divoptûv* Ainsi arrivaient aux fils les chants qui avaient célébré les pères, et se formait la tradition poétique qui devait aboutir à l'épopée carolingienne.

Charlemagne avait en effet surexcité trop vivement l'imagination populaire pour que cette légende commencée de son vivant ne lui survécût pas. Dans toutes les parties de son vaste empire qui se détachèrent plus tard pour former des royaumes séparés,

* Moût par fa preus et saigesBertolait; boq populaire, et qu'il ne faille pas par

De la bataille vi tôt les greignors fais : . conséquent juger les autres d'après lui.

Ghançonenflst,n'oreisinilorjamès; C'est l'œuvre d'un moine et non d'un

Puis a esté oie en maint palais. guerrier. (Voy. Genrinus, 1, 84 ; Gttdeke,

( Roùui de Cambrai, p. 96.) 2i .)

* On en retrouve quelque chose dans * Il en reste des traces dans Roland, et

•le Ludwigtliedf bien que ce poôme ne dans Gormond et Jsembart, Voy. Wolf,

soit paS| à proprement parler, une chan- Veber die Lai», p. 25.

le souyenir du grand empereur se conserva pendant bien des siècles, modifié suivant les lieux et les temps. Peu à peu, dans les contrées où des causes que nous examinerons plus tard avaient dû le rendre particulièrement vivace, de toutes les traditions confuses et variées se formèrent quelques groupes de récits qui, réunis et centralisés, perpétuèrent dans la mémoire poétique des nations cette figure surhumaine ; nous aurons plus tard à étudier chacun de ces épanouissements de la légende. Nous n'en trouverons pas d'antérieur au onzième siècle ; soit qiilil ait fallu deux cents ans à la poésie pour prendre pleine conscience d'elle-même et transformer en épopée les fragments dont elle se composait, soit plutôt que le dixième siècle, époque barbare entre toutes, ait négligé de nous transmettre ses poèmes, nous n'avons pas de monuments, soit en roman, soit en allemand, plus anciens que la Chanson de Roland, dont on peut assigner la date à la fin du ontième siècle \ Mais cet intervalle, stérile en apparence, ne fut pas plus perdu pour la poésie que ne l'est pour la plante la période obscure où le germe se développe et s'attache de ses racines à la terre nourricière, tandis que sa tige naissante cherche l'air et le soleil* L'épopée de Gharlemagne germait aussi, s'enfonçant de plus en plus dans le souvenir populaire et jetant des pousses de tout cMé. Les grands poèmes qui suivirent sufQraient à le démontrer ; mais nous avons des preuves plus certaines encore de l'existence, dans ces temps obscurs, de légendes sur Gharlemagne. Les chroniqueurs des neuvième, dixième et onzième siècles, gens peu poétiques en général, annalistes sans intelligence et sans intérêt, nous laissent parfois entrevoir, par quelque allusion passagère, par un récit épisodique, par un mot, qu'ils croyaient ou qu'on croyait autour d'eux à un Gharlemagne déjà bien poétisé, et qu'on lui attribuait des actions dont il n'avait pas mérité la gloire. Nous citerons dans un autre endroit ces passages précieux, premiers linéaments des traditions futures, qui sont disséminés dans les historiographes d'alors; grftce à l'admirable recueil auquel M. Pertz a pour toujours attaché son nom, il nous a été possible de rassembler à peu près tous les documents de ce genre qui existent Leur indication serait inutile ici.

Nous aimons mieux montrer par deux témoignages extrême-

* Noos ouieroos de prooter l'existence de l'épopée romane aa dixième siècle.

meut intéressants la durée, dans l'intervalle que nous avons déterminé, des chants consacrés h Gharlemagne. Dans un manuscrit d'Eginhard, que M. Pertz et M. Teulet s'accordent à faire remonter au onzième siècle ^, la Vita d'EJginhard est terminée par ce commentaire : « Reliqua actuum ejus (Garoli) gesta, seu ea quœ in carmmibus vulgo canuntur de eo, non hic pleniter descripta, sed require in vita quam Âlchuinus de eo scribit. » Ce passage fait voir l'épopée carolingienne formée de bonne heure; il soulève en outre une qu^tion que nous retrouverons ailleurs, celle de la Vie de Gharlemagne attribuée à Âlcuin.

Le second document que nous voulons signaler est plus explicite et plus ancien. U s'agit du précieux fragment que l'éditeur des Monumenta Germaniœ historica a découvert à la Haye, sur les derniers feuillets d'un manuscrit du dixième siècle *, et publié dans sa collection '. C'est le débris d'un poème latin, dont le sujet était une guerre de l'empereur Charles contre les Sarrasins ^. Dans le manuscrit de la Haye, les vers ont été réduits en prose, et, bien que l'auteur de ce travail se soit le plus souvent borné à changer l'ordre des mots, on ne peut pas toujours rétablir les hexamètres primitifs. Ce fragment est écrit dans le style ridiculement emphatique de certains ouvrages des neuvième et dixième siècles ^ : il cherche à simuler la science avec des mots extraordinaires, la poésie avec des tournures étranges, l'éloquence avec un pathos vide de sens qui tombe parfois dans le grotesque ^ Le morceau conservé est un épisode d'un siège; les chrétiens donnent l'assaut; Charlemagne combat le roi païen :

GoDCorrunt reges pariter^ Martemque lacessimt Viribus emissis^ quoniam bene creditur illis Unum posse diem totum largirier orbem^

Propositique sui redit unusquisque labori

Ast eccontra magis se continet induperator

Garolus^ ut fortis^ fixas pietate TonaotiSy

Quem sibi praesentem semper largumque sciebat ^.

■ Ms. Blbl. Impér. 5354. Le manus- * U rappelle un peu celui d'Abbon^

crit 4631 , du quinzième siècle, en est Tauteur du poème du Siège de Paris.

une copie. ' Nous donnons le fragment dans son

' Bibl. reg. 921. entier à V Appendice, n^ I.

' Pertz, SS. 111^ p. 708-710^ en note. ' Nous n'avons pas ajouté un mot (sauf

^ Ils sont désignés par ces mots : gens sibi au dernier vers eique au quatrième];

offensa supemo régi. nous n'avons retranché que que au pre-

Le fragment ne nous apprend pas l'issue de la lutte ; les noms qui y sont cités sont Emoldus ou Emaldus, Bertrandus, qui est qualifié de Palatinus, Bemardus, Wibelinus et Borel; les quatre premiers sont certainement des chrétiens ; le dernier parait au contraire être un ennemi. On doit considérer ce document comme eitrfimement précieux, non pas tant par ce qu'il contient que par le seul fait de son existence. On peut en effet ajQBrmer, sans hésitation, que le po6me dont il faisait partie a été traduit d'une langue vulgaire ; le moine quelconque qui l'a composé ne pouvait avoir les qualités d'invention nécessaires à un poète original ; on ne saurait même prêter à la versification latine de ce temps la bculté de faire un po6me d'après les récits populaires. Le sujet est d'ailleurs trop d'accord avec les poCmes en langue vulgaire, pour qu'on puisse se refuser à admettre que le versificateur a travaillé sur l'un d'eux. Ce fait n'a rien qui doive surprendre; on pourrait en produire de nombreux exemples. Nous nous bornerons à quelques-uns : le Waltharius ^, poGme latin composé dans la première moitié du dixième siècle, par Gerald ou Eckehard dans le couvent de Saint-Gall, est certainement traduit de l'allemand, et sans doute d'un de ces chants même, appartenant au cycle des Nibelungen, qu'avait fistit rassembler Gharlemagne; on peut attribuer la même origine au Buodlieb *, écrit dans les premières années du onzième siècle par le moine de Tegemsee Fromond ; dans la même abbaye, vers il60,.Metellus donne le résumé d'un des pofimes qui ont concouru à former la chanson d'Ogier le Da-^ nois '• Plus tard, cet usage ne disparut pas : au douzième siècle on peut citer le poSme De Traditione Guenonis ^, imité de notre Chanson de Roland^ et au treizième un fragment de traduction du Willehalm de Wolfram d'Eschenbach *• On est donc parfaitement autorisé à regarder le fragment de la Haye comme traduit d'un poème en langue vulgaire; c'est le plus ancien document que nous possédions en ce genre.

t; nous n'avons ea besoin qae * Grimm et Schmeller^ LotemUcksGe-

^ renettre les mots à leur place, et de dkhte, p. SetsuiT.

aoe fbnne archaïque aux denz * Ibid., p. 429 et suiv.

iri et imperator; de semblables * Voy. Canisins, Aniiq, ieet., \, p. 68-

ne sont pas sans exemple à 70 de Tappendice.

époqqe (cf. Bâhr, pasnm), La * F. Michel, La Chanson de Boiand,

qnaiicé eomird est fréquente dans les p. 228 et saiT.

poêles de oe temps ; on troa^e également * Wolfram Ton Eschenbach, p. p. Lach-

C^^êmi et CSroims. mann, p. zui et suIt.

Les recherches que nous venons de résumer nous permettent d'affirmer que Charlemagne a été dès sa vie le sujet de récits poétiques et de chants populaires, en tiois et en roman ; que ces chants et ces récits ont persisté après sa mort, et qu'aux dixième et onzième siècles il existait une épopée dont il était le centre. Il nous reste maintenant à indiquer, aussi complètement qu'il sera utile et possible de le faire, le développement de son histoire poétique chez les différents peuples qui l'ont créée ou accueillie. Mais avant de renoncer à embrasser dans nos recherches l'empire de Charlemagne tout entier, et de nous restreindre successivement aux divers pays qui le composaient, nous devons examiner un côté de la question par lequel elle est encore générale et indépendante, au moins dans une certaine mesure, des nationalités respectives : c'est l'admission de Charlemagne au rang des saints et les récits qui se rattachent à cette sainteté plus ou moins bien établie.

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