LES PARENTS DE CHARLEMAGNE
Pépin a perdu sous certains rapports à être le père de Charlemagne; peut-être, si la gloire de son fils n’avait'pas dépassé de beaucoup la sienne, l'histoire lui aurait-elle fait une plus belle place. H a gagné au contraire à ce voisinage dans la mémoire populaire; son nom ne s’est pas effacé comme celui des premiers Carolingiens, et les poèmes l’ont plus d’une fois rappelé. C’est lui qui, soustrait, dirait-on, à la destinée commune des hommes, occupe toujours le trône pendant que se succèdent les générations ennemies des Lorrains et des Bordelais. Sa guerre avec Justamont, que nous venons de voir rappelée dans le prologue de la Chanson des Saisnes, était sans doute le sujet d'un poème perdu. Le rôle épisodique qu’il joue dans Beuved'Hanstone et dans Doon de la Roche prouve que son nom était demeuré familier aux poètes. L’exiguïté de sa taille est restée célèbre et lui a valu le surnom de Pépin le Bref, voire même de Pépin le Nain *, que les contemporains ne lui donnent pas *, et qui a sans doute sa principale source dans les romans, qui font de fréquentes allusions à' cette particularité physique ’. L’histoire si connue de son combat avec un lion n’est qu’une légende poétique, comme le prouvent les différentes versions qu’on en rencontre *. Mais le trait qui le re-
1 Pippmus Nmus. Godefroi de Viterbe, entre autres, ne l’appelle jamais autrement.
* Il doit cependant avoir été de petite taille ; car le moine de Saint-Gall, qui adresse son livre i son arrière-petit-lils, Charles le Gros, parle de sa brièveté comme d’un (bit connu.
* Dans Aspremont, on dit en parlant de Charlemagne : o Ses perts fu uns daims nains chelis ( Hist . litt., t. XXII, p. 305) j» de même dans le roman flamand de
Malagjis (voy. Mone, Veberrichl der niederl. Volksliteratur, p. 45). Cf. aussi Karlamagmts-Saga, I, 22.
* La plus ancienne se tronve dans le biographe de Louis le Débonnaire connu sous le nom de l’Astronome limousin (Pertz, SS. t. H, p. 641). Le lien et les circonstances de la scène sont autres dans le Moine de Saint-Gall {livre II, chap. 15) ; et tout le récit est très-différent dans Adenès (flerfe oui grans plis, 11).