‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 105 sur 246 · LIVRE li · texte numérisé non relu

LIVRE li

commande le plus à notre attention est l’histoire de son mariage avec Berte au grand pied ou aux grands pieds la mère de Charlemagne. Cette histoire touche de près à ce dernier et est l’introduction nécessaire des récits qui le concernent ; elle raconte sa naissance et se relie étroitement aux traditions qui nous sont restées sur son enfance.

Nous connaissons sur ce sujet sept récits qui s’accordent pour le fond, mais qui sont tous indépendants les uns des autres. Le plus ancien, au moins comme forme, est celui de la chronique saintongeaise du manuscrit de la Bib. Imp. fr. 124; nous le donnons ici en entier.

« Après conseillierent (à Pépin) sis homa qu’il presist femme, et que presist la filia au rei Floire de Ongria, Berta; e tramist lui ses messagies. Et sis pere tramit la li most honoraument; et quant ela fu à Paris, li reis se cuida cocher ot lei, mes la maitra qui l’ot nuirria i fist cocher sa filia per trieberia. E dist à Berta que ferist un poi sa filia per la cuissa ob un costeu, e ela si fit. Cela qui fu ferua cria most en aut, e li reis s’evelia, et la viella prist Berta e gita la de la chambra forment bâtent. Apres comanda h dos sers qu’il la ocesissant, et pramist lur grant aver. Il ne la vogrent ocire, ainz la laissèrent en la forest dau Maina, e Berta fu most essarréa, et oit soner un seig à una yglise, et ala lai. E li vachers Pépin trova li, si la amena à son ostal à sa molier Costança, e tinc la .1111. anz por chambareira. Li reis Pépins cuidot de cesta femna que fust Berta, e cela avoit ogu de lui .II. filz, Rcimfré et Audri. Ço fu la piera femna qui onques fust, si que la meira Berta en oit noveles de sa mauté, et au plus tost qu’ela pot vint à Paris. E quant ela fu à Paris, la velia fist sa filia malada, e la reina demanda or eret sa filia. Cela li dist que muret sei. La reina si dist : Je veirai ma filia; e porta un plen poig de chandeles, et la velia estenxit les li en sa main, e dist que si ela veet lumeira ela murret. E la reina equi endroit levalo cubertor, et conoguit que n’estet mia sa filia, e apela le rei e ses barons, e dist que ço n’estet pas sa filia, e li baron jugiarent que la velia fust arse, e ela reconoguit à sa penitença que Berta sa filia aveit balié à destruira. La reina s’en ala marie e dolenta, e li baron et les genz de la terra

1 Les textes ne sont pas d’accord là- grandis pede), Adenès aus grans piés. Cf. dessus; les Italiens l'appellent del gran Schmidt, l. I., p. 7. Les deux versions pié ou dcl grosso pieds (God. de Viterhe paraissent anciennes.

LES KÉCITS.

orent grantjoie de la velia qui fut morte. Et issi con De plot, au quart an après, ala ehaicer li reis Pépins en la forest dou Maine; e esguarra sei tos sos de ses chevaliers, e ala s'en en la maison de son vachier, e preia lo que l’arbergiast, e il si fit, e vit Berta; e desquant il l’otveua, ne puet aliorsles oilz tenir for quant à lei, e demanda à la femna au vachier qui eret, e au vachier ensement, e cil li dist cornent il l’avoit trovea. Li reis li pria que il la li pretast la nuit à cochier ot lui; cil l’otrea, si li fit lict sor un char qui estait davant Pus, chargié de fougiere. Li reis li demanda qui era, et cela qui bien le connoisset li dist cornent avet esté de li e cornent la velia havet fet. Lors se descouvri Pépins, e dist qu’il estet meimes li reis, c qu’il les feroit riches genz, gardassant la fieument. Lors s’en ala à Paris, e dist à ses gens quo trové avoit Berta, li queus en ogurent grant joi »

Nous ne pouvons comparer ici toutes les variantes de cette légende dans les autres récits qui nous en restent. On trouvera d’ailleurs ce travail, exécuté avec tout le soin désirable, dans un excellent opuscule de M. Ferdinand Wolf*. M. Wolf n’a cependant pas connu toutes les sources; aussi est-il bon de les énumérer : 1” le poëme d’Adenès ’ ; 2° le poëme franco-italien du ms. S. Marc de Venise fr. XIII, dont nous avons parlé plus haut en détail (1. I, ch. is); 3" les lteali di Francia (1. VI, ch. i-xvu); 4° la Gran conquista de Ultramar *; 5° la chronique de Henri Wolter 6° le récit de la chronique de Weihenstophan '. Nous remarquerons seulement, dans un prochain chapitre, les traits particuliers de cc> diverses versions en ce qui concerne la naissance de Charlemagne ’.

* Ce passage a déjit été publié dans i tlist. lilt., t. XX, p. 702, mais avec quelques lacunes.

* AUfranz. Hehlengedicht e, p. 37-73.

a Ce poème semble être la source du romau en prose qni se trouve à la bibliothèque de Berlin {pian. G •ail., in-fol., i 10), analysé par Schmidt {Uni. Ileldengediehte, p t et suiv.); il s’v trouve cependant quelques traits anciens qui manquent dans Adenès. Le ms. iiibl Impér.

fr. 5003, l>> 91 - 92 , suit incontestablement Adenès.

* Voyei liv. II, ch. X. L’histoire do Berta se trouve au liv. II, chap. xliii, p. 17 1 de l’édition de M. de Gayangos.

Elle a pour source un poème très-voisin de celui d’Adenès. Le roman espagnol des Pioches de Inviemo , par A. de Eslava (voy. Wolf, l. /.), s'appuie uniquement sur les Heali, qu'il altère arbitrairement.

• Voy. Wolf, I. I.

* Le Stacker, qui résume en quelques vers, au début de son Karl, l'histoire de Berte, avait en vue le même récit que la chronique de Weihenstcphan. Ce récit, comme celui de Maine! dont nous parlerons tout à l’heure, avait sans doute été écrit par un Allemand qui avait entendu raconter l’histoire et l’avait retenue asses confusément. Voy. ci-dessous.

1 Nous comptons donner, dans la col-

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