I.ES RECITS
va annoncer à Charlemagne le triste sort de son arrière-garde (voy. ci-dessus, p. 274). On ne dit pas qu’il fût lils de Ganelon; il est cependant probable que l'auteur suivait la tradition générale. Le poème de la Spagna, sans doute d’après les Reali et Nicolas de Padoue, a tiré de cette tradition un fort heureux parti : Ganelon, en concluant son traité infâme, a stipulé avec Marsile qu’on épargnerait son fils ; à cet effet, il doit porter sur ses armes une cotte qui le fera reconnaître. Le jeune homme, qui ne se doute pas de la trahison de son père ni de cette convention, prend au combat une part héroïque; mais il voit tous ceux qui pourraient lui résister esquher sa rencontre; Roland le raille en voyant ses armes sans tache, et lui fait entendre qu’il doit son salut à la trahison de son père, sans doute à quelque signe de reconnaissance convenu. Baudouin indigné soupçonne que c’est la cotte qui couvre ses armes; il l’arrache, se jette au milieu des ennemis, et en mourant il crie à Roland : « Tu vois que je ne suis pas un traître! »
Mais d’autres poèmes, d’accord avec le Roland , font survivre Baudouin à son frère ; et dans les deux textes de la Chanson des Sesnes (voy. ci-dessus, p. 288) il épouse Sibile, la veuve de Guitequin '; d’après Bodel, il devient roi de Saxe et se fait tuer à peu près comme son frère à Roncevaux, par une chevaleresque imprudence. Ni Bodel ni le poème plus ancien ne disent expressément quel était son père ; mais de leur temps les idées de vertu et de vice héréditaire étaient déjà trop enracinées pour qu’on n’éprouvât pas de la répugnance à faire d’un aussi brave chevalier le fils de Ganelon. On lui donna donc pour père Milon. Philippe Mousket le nomme fils de Milon (v. 6649), et dit expressément que Berte eut de Milon deux fils, Roland et Baudouin ; « mais pourtant, ajoute-t-il, on dit que ce dernier était le fils de Ganelon (v. 2718). » Quant à Girard d’Amiens, il n’hésite pas; il s’indigne, avec sa verbeuse niaiserie, contre ceux qui ont prétendu que Baudouin n’était pas fils de Milon ; Milon l’eut de Berte après sa délivrance de la prison où l’avaient tenu Hendri et Rainfroi ; dire qu'il est fils de Ganelon, c’est bourde prouvée (fol. 113 ri B) *.
* Cela u'est pas dit, il est vrai, dans la quis de Mantoue ont confondu ce Bau- Karlnmaguùs Saga, mais on le trouve douin, nian de Sibile, avec le Baudouin dans la KrOnike. om Keyrer Karl. fils d’Ogier, tué par Chariot (voy. Wolf,
1 Les romances espagnoles sur le tuaj> Prim., 11, 213).
i U LIVRE II. — LES RECITS.
Après la mort de son fils, Berte se fit religieuse, d’après les textes renouvelés du Roland et Philippe Mousket (v. 9337).
La mère de Roland est dans les poèmes la plus illustre des sœurs de Charlemagne; mais elle n’est pas la seule qu’ils lui connaissent. Us en mentionnent d’autres, soit qu’ils empruntent leur nom à des traditions presque oubliées, soit qu’ils les inventent pour rattacher épisodiquement leurs récits au grand cycle carolingien. Ainsi Adenès (Berte, avant-dern. strophe) et Girard d’Amiens parlent de Constance, qui fut reine de Hongrie; Aude, femme d’Aimon, mère de Renaud et de ses frères, est sœur de l’empereur dans Renaud de Mmtauban. La Kar/amagnùs-Saga connaît, outre Gille, Belissent, qui épouse Raimbaud de Frise (I, 26), et uue sœur nommée Adaliz ou Aliz, née après la mort de Pépin et femme du chevalier au cygne'. Olive, sœur de Pépin dans le roman français de JJoon de la Roche *, est fille de Pépin et sœur de Charlemagne dans une branche de la Karlamagnùs-Saga consacrée à ses aventures ‘.
1 Ce passage est évidemment une interpolation du compilateur islandais, qui puisait d’ailleurs à une source française, mais indépendante des poèmes carolingiens.
* Voy. Sachs, BfitrOge, p. 8,
* Cette branche ne se trouve que dans la seconde rédaction (voy. liv. I, ch. 7) : le changement d’Olive en sœur de Char-
lemagne pourrait bien être le fait du compilateur.
4 Dans la vie de Gottfried de Kappenberg, écrite vers le commencement dn douzième siècle, on lit : • Imezaro, quai Xantis quiescit, ut aiunt, sororit svir filiam, Carolus tanquam pads obsidein Widekindi dédit fllio (Peru, SS., XII, p . 528). »