LIVRE II
guerre contre les Sarrasins ( Fierabras, Otinel) et dans le Voyage de Charlemagne en Orient. Un poème très-postérieur lui donne pour fils Galien.
3° Turpin, l’archevêque de Reims. D’après la Karlamagnùs- Saga (I, 26), c'était un clerc romain que le pape avait laissé à Charlemagne dans un voyage en France; celui-ci le fit d’abord chancelier, puis archevêque de Reims (1, 36). Il joue un grand rôle dans Aspremont, dans Ogier le Danois , et surtout dans la Chanson de Roland , qui raconte sa mort héroïque et sainte à Roncevaux. Il est presque toujours représenté comme armé, et la Chronique mise sous son nom lui attribue aussi ce caractère.
4° Naime de Bavière, le fidèle conseiller de Charlemagne, souvent plus sage et plus avisé que lui , toujours du parti du bon droit contre l’injustice même triomphante en apparence. Girard d'Amiens raconte sa généalogie et sa présentation à Charlemagne d’une façon toute particulière (fol. 112 v° B et suiv.). On le voit jeune et amoureux dans Aspremont; partout ailleurs, c’est Naime à la barbe canne. Sa mort n’est rapportée nulle part.
5® Ogier le Danois. Outre le grand poème sur ce héros qui nous a longuement occupé (voy. 1. II, chap. v), il figure dans Roland, dans Gui de Bourgogne , dans Renaud de Montauban, etc. Sa mort, sa résurrection et ses aventures fantastiques ont fait le sujet d’un bon nombre de compositions relativement modernes.
6° Guillaume au court Nez. D’après les poèmes parvenus jusqu’à nous, ses principaux exploits se sont accomplis sous le règne de Louis, fils de Charlemagne, mais une branche (IX) de la Karlamagnùs-Saga le fait fleurir et mourir sous Charlemagne.
On a attaché une importance très-grande à une expression qui revient souvent dans les poèmes carolingiens : les doute pairs de Charlemagne. On y a vu un symbole mythique, un nombre sacré; on en a fait le trait caractéristique de ces poèmes ; on y a cherché les éléments de la critique pour leurs dates. Nous ne pensons pas que cette désignation mérite qu’on s’y arrête aussi longtemps; nous le ferons sentir simplement en examinant les textes qui nous l’offrent.
La Chanson de Roland est le plus ancien. Là les douze pairs
LES RECITS
ue semblent être autre chose qu’une sorte d’association, à la tête de laquelle se trouvent Roland et Olivier, composée de guerriers particulièrement braves et voués à combattre toujours ensemble. Ce n’est pas du tout une Table-Ronde pour ainsi dire officielle dans laquelle on ait prétendu réunir les plus illustres des vassaux de Charleinague : la preuve en est que quelques-uns des premiers, Ganelon, Turpin, Naime de Bavière, Ogier de Danemark, etc., n’en font point partie. C’est un véritable compagnonnage' , dans l’intérieur duquel se forment des associations encore plus intimes, comme celle de Roland et Olivier, de Gérin et Gerer. Aussi, quand Marsile marche sur Roncevaux, son neveu a l’idée d’opposer à ce petit bataillon sacré une association égale entre Sarrasins. « Pour ma part, dit-il, je me charge de Roland ; élisez-moi maintenant onze barons, avec lesquels je combattrai les douze pairs*. » Cette phrase donne à croire que c’était Charlemagne qui avait désigné les douze pairs, et c’est en effet ce que nous apprend la Karlamaynùs-Saga. Un jour que Charlemagne est entouré de ses chevaliers, il leur annonce qu’il veut choisir douze d’entre eux comme champions contre les païens, «comme Dieu a choisi douze apôtres pour répandre sa parole sur le monde (I, 59). » Ceci se passe au début de l’expédition d’Espagne, et les douze pairs sont tués à Roncevaux. Ce n’est donc que dans la guerre d'Espagne qu’ils doivent figurer ; c'est de là que les ont empruntés les écrivains postérieurs qui les ont transportés dans d'autres parties du cycle. Ni Aspremont, ni Gvitalin, ni le Couronnement de Charles ’, ni aucun des poèmes sur les guerres contre les vassaux, ne les connaissent. En revanche nous les trouvons dans Gui de Bourgogne , dans Otinel, et surtout dans Fierabras ‘.
C’est ce dernier poème, devenu si populaire grâce au roman en prose qu’on en tira (voy. ci-dessus p. 97, et passim), qui détermina en beaucoup de points l’idée qu’on se fit de l'épopée carolingienne; c’est à cause de lui qu’on se représente toujours Charlemagne comme entouré des douze pairs, conception qui n’apparatt pas dans la poésie primitive. Cette conception se retrouve d’ailleurs dans
* Us sont appelés les douze compagnons au vers 875 (str LXXl).
* Id. ibid.
* Les doute pairs dont il est parlé dans l’aUnsion de Renaud de Monlauban à ce poème que nous avons citée (voy.
ci-dessus, p. 319) sont tout autre chose.
* Nous avons dit ailleurs ( p. 252) que ce poème, dont la scène devrait être en Italie, l’avait transportée en Espagne. La partie où paraissent les douze pairs n’a sans doute rien de traditionnel.