‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 23 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

renfermer les reliques de saint Léopard Toutefois les parties du corps indiquées plus haut se conservent depuis des siècles dans la sacristie et se montrent aux fidèles ou aux curieux*; en outre l’humérus droit a été extrait de la châsse en 1483, comme le prouve une déclaration des chanoines qu’on y trouva en l’ouvrant, pour être conservé dans un reliquaire d’or massif, en forme de bras, présent fait à cette expresse intention à la cathédrale par le roi Louis XI 5, qui avait, comme nous aurons occasion de le voir, une dévotion spéciale pour saint Charlemagne. C’est peut-être ici le lieu de mentionner lo respect dont les rois de France depuis le quinzième siècle ont entouré la mémoire de celui qu'ils appelaient nr-rue leur progéniteur. Un usage singulier en est la preuve: à chaque t-acre, le nouveau roi envoyait à Aix le drap mortuaire qui avait servi aux funérailles de son prédécesseur, pour être étendu sur le tombeau de Charlemagne1. Commentiez chanoines, qui reçurent régulièrement cette offrande jusqu’en 1773, evéculèrent-jls l’intention îles donateurs à une époque où ils avaient perdu le souvenir de l’endroit où étaient les ossements de leur fondateur, nous l'ignorons; mais ils n’oubliaient pas à chaque nouveau règne de faire renouveler la rente de quatre mille livres tournois que Louis XI avait constituée à leur profit en 1482 \

Mais revenons à Frédéric, dont celte digression nous a écarté. Il avait l’intention, pour mieux imiter Charlemagne, de faire comme lui d Aix-la-Chapelle le centre de son empire; il donna donc à cette ville des privilèges considérables. Mais le chapitre de la cathédrale ne se contenta pas d invoquer le souvenir de celui qui lavait fondé pour demander des faveurs à Frédéric; il produisit à 1 appui de certaines prétentions excessives un acte qui trouve sa place dans l’histoire fabuleuse de l’empereur. Ce prétendu diplôme de Charlemagne, dont la supposition n’a même pas besoin d'être discutée *, fut parfaitement admis et ratifié par

assez claire : Hoc diptoma quant auctoritotem habere deheat alii judicent ; cornpluret in eo mirnmur; nom surprctorc o/terte quod alter Imperotor récitât , et trnditio Aqueneis eretesia tuetur, vis nudenms[l. /., p. 889). Mais nous ne voyons aucune raison pour révoquer en doute, comme l a fait J. Basnage (np. Walch.

Hirtoria canoniuUionù Carnli iogni, p.gv.

l'authenticité du diplAme de Frédéric.

' Arendt, /. I.

’ I! est étonnant que malgré cela la ville d'Osnabrück ait prétendn posséder le chef de Charlemagne (voy. AA. SS., I. p. 888 ). Nous ne savons si on l'y garde encore.

■ Arendt, /. I. •

* Arendt, 1. 1.

1 Arendt, I. I.

* La réserve de Rolland à ce sujet est

LES SOURCES

Frédéric I ; il nous intéresse à cause d’une légende relative à la fondation d’Aix-la-Chapelle que nous y trouvons rapportée Dans le diplôme où Frédéric inséra cette pièce supposée, il rappelle la canonisation de Charlemagne et donne les titres qui lui ont valu cet insigne honneur. Charlemagne a été, suivant lui, apôtre et confesseur ; en outre «bien qu’il n’ait pas péri par le glaive, toutes les souffrances auxquelles il s’est soumis, scs combats périlleux, et sa volonté constante de mourir pour les incrédules, l’ont fait martyr. » Pour mieux faire comprendre à tout le monde ces mérites du nouveau saint, l’empereur engagea un écrivain, sans doute quelque moine d'Aix, à composer une Vie de Charlemagne spécialement destinée à l'édification. Cet ouvrage, que d'assez nombreux manuscrits nous ont conservé1, est intitulé: De la Sainteté des mérites et de la gloire des miracles du bienheureux Charlemagne. Il a pour unique but d’édifier les fidèles et de justifier la canonisation de l’empereur par l’exposition de ses vertus et le récit des miracles que Dieu a faits pour lui. Il n’a aucune valeur historique ou littéraire; il est écrit dans un style ampoulé et délayé qui est juste à la hauteur des idées. L’auteur déclare d’ailleurs qu’il n’a voulu toucher en rien à l’histoire politique et s’est restreint absolument à ce qui regardait la dé\otion de son héros. L'ouvrage est divisé en trois livres; le premier ne contient guère que des renseignements assez exactement tirés d’auteurs anciens, mais amplifiés et noyés dans le verbiage; le second est la légende latine du Voyage à Jérusalem, dont nous avons parlé plus haut; le troisième emprunte ses huit premiers chapitres à la chronique de Turpin, et le reste à différentes sources latines; il se termine par le récit de la translation des reliques de Charlemagne *. L’auteur n’a pas voulu mêler à son récit de fables populaires ; il ne nous en rapporte qu’une seule, qui se retrouve ailleurs sous diverses formes , et ajoute aussitôt : « Mais je passe sous silence bien d’autres choses semblables, ne touchant qu'à ce qui est contenu dans les histoires authentiques. » Il est vrai que Turpin et le Voyage à Jérusalem sont pour lui parfaitement authentiques.

* Non* reparlerons ailleurs de celle pièce.

1 Entre autres les manuscrits de la Bitliolh. Impér. 4895A et 61 87, et le manuscrit de la Bibl. Ste-Geneviève L1 1.

* Voyez sur ce livre AA. SS. Jamutrii l. p. 876; Mémoires de V Acad, des inscriptions, VU, 280; Lambecius, Catalogua codicum Vindob., t. Il, p. 329 et suiv., 359 et suiv.

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