LIVRE PREMIER
roi de Prusse par Monsieur M* (Dufresne de Francbeville) *.n Ce petit roman politico-sentimental, où l’on développe, pour plaire à Frédéric, des théories gouvernementales que relie une légère intrigue, supporte encore plus la lecture que les poèmes épiques en alexandrins ; il est d’ailleurs, comme eux, profondément oublié depuis longtemps.
Nous avons parlé à plusieurs reprises du faux moyen Age dont le goût régna en France sous l’empire. Ce goût remontait plus haut, et c’est dans le premier mouvement scientilique vers nos origines poétiques qu’il faut chercher sa source. Legrand d’Aussy et Tressan, avec leurs traductions et leurs extraits de fabliaux et de romans, séduisirent leurs contemporains. Quelques bien vieux récits eurent alors un véritable succès. 11 est vrai que leurs auteurs les auraientsouvent à peine reconnus sous leur costume Pompadour; il n’en faut pas moins savoir gré à ces premiers vulgarisateurs de richesses depuis si longtemps enfouies. Les extraits de la Bibliothèque des Romans charmaient toute l’Europe; ce fut certainement leur lecture qui attira quelques jeunes esprits dans ces domaines nouvellement découverts, et, si nous sommes en droit de les trouver trop souvent faux, inintelligents et parodiés, il ne faut pas oublier que sans eux peut-être le moyen âge poétique ne serait pas encore connu.
Ce fut aussi sous leur influence1 que le romantisme s’enthousiasma pour les siècles chevaleresques. Pendant que le moyen âge devenait le champ d'un vaste travail d'érudition, la poésie y cueillit çà et là quelques fleurs; mais elle ne remonta guère audelà des derniers siècles et ignora trop les productions du génie épique français. Cependant M. de Vigny a raconté non sans talent la légende d ’Etjinhard et la Mort de Roland, et plus récemment M. Victor Hugo a vigoureusement esquissé, d’après Aimeri de Narbonne, la grande figure de
Charlemagne, empereur à la birbe fleurie.
1 Amsterdam, 17*2, in-S". Ce livre figure au catalogue de la Bibliothèque Impériale dana la section à'Histnire de France; il devrait être aux Romans.
• Il serait facile de faire voir les gradations par lesquelles les Odes et Ualtades remontent jusque-là, en passant par les poésies de ClotiUlc de Surville , la
Gaule poétique, le Dernier des Abencérages, les romans de M"* Cottîn, etc.
Plus tard, la poésie romantique étudia le moyen Age, ou au moins sa dernière période, sur le vif, cl essaya de le faire revivre dans de nombreux romans dont un seul a échappé et échappera à l'oubli, Sutre-Dame de Paris.