Ibid., t. I, p. 107. — 4. Ibid., t. II, p
5. Faictz et diciz, fol. 56-6 1 ; l’ouvrage se trouve encore dans le recueil de Roberteq Bibl. Nat., ms. fr. 1716, fol. 77vo-85 ; fr. 1 2490, fol. i48 ; fr. 2200, fol. 71 : La ressource de povre peuple; manuscrit James de Rothschild, fol. 67; ms. de Tournai io5, fol. 90 (fragments). — Ce petit poème, mêlé de prose, où l’on peut voir comme un souvenir du Quadrilogue d’Alain Chartier, ne saurait dater absolument de i477, la glose faisant allusion à des événements postérieurs. Il a été imprimé à Valenciennes par Jean de Liège (René Giard et Henri Lemaître, Les Origines de l'imprimerie à Valenciennes dans le Bulletin du Bibliophile, 1 903, p. 357-358). Unique exemplaire dans la collection de M. Ad. Lefrancq, conservateur du Musée à Valenciennes, qui m’a fait la grâce de me le communiquer.
qui multitude de nouvelles histoires debvoit tourner entre ses meules pour en tirer Heur et farine ». Or, comme il se récréait ainsi, un abîme profond s’ouvrait devant lui, au milieu des flammes et de la fumée. Une épouvantable « satrape », bile de perdition, horrible à voir, avec un chef cornu, des poings de fer, le dos velu, la queue venimeuse, montée sur un monstre jetant le feu par la gueule et le soufre par les narines, « chargié a tous letz d’espées, couteaulx, dolequins, rasoirs, soyes, faulx, dagues, planchons, paffus, picques, pinces, forces, fourches, ars, dars, bars, licolz, chaines, cordes et cagnons », etc. Famine, Fraude, Rapine, Sacrilège, Conspiration, Meurtre et Félonie l'accompagnaient. Son ost comprenait encore Cacus, Nembroth, Denys, Dioscorus, Dacian... Olibrius, etc. ; Néron y portait l’étendard. Ils allaient, montés sur des éléphants, des girafes, des tigres, des griffons, des serpents, des dragons, des crocodiles, formés en bataillons terribles, au milieu du bruit de la foudre. Et ils commençaient à courir sur le plat pays, répandant le sang, brûlant les églises, mutilant les innocents, déflorant les vierges, rôtissant les petits enfants, foudroyant les villes, pendant les gens. Quelle bande, où l'on pouvait bien reconnaître, hélas! les boutefeux, les brigands, les « paillardeaux » qui suivaient la queue des armées d’alors !
Du même trou d’où était sortie la vision infernale surgissait une révérende dame qui allait consoler une jeune femme, échevelée, dépouillée de ses nobles atours, ayant près d’elle un petit enfant de deux ans qui pleurait et criait de détresse, cherchant les tétins de sa mère pour y trouver sa nourriture. Mais il suçait seulement une mamelle vide. Or, cette noble dame, à un signe secret, reconnaissait la pauvre femme : c’était sa sœur germaine, Justice ; et l’enfant était le Petit Peuple. Alors la noble dame, prenant l’enfant dans ses bras, maudissait la guerre et les « recteurs de la chose publicque 1 » :
i. Faicts et diclz, fol. 57vo. — Je suis le texte de Jean de Liège. Cette pièce a dù
Princes puissantz, qui trésors affinez,
Et ne finez de forgier grans discors,
Qui dominez, qui le peuple animez,
Qui ruminez, qui gens persécutez,
Et tourmentez les âmes et lescorpz,
Tous vos recors sont de piteux ahors,
Vous estes hors d’exellentes bontez,
Povres gens sont a tous lez reboutez!...
Que faittefs] vous qui pertubés le monde,
Par guerre immonde et criminelz assaulxP...
Trenchiez, copez, detrenchiez, decoppez,
Frappés, haspez, banieres et barons,
Lancinez, hurtez, balanciez, behourdez,
Querez, trouvez, conquérez, controuvez,
Cornez, sonnez trompettes et clarons,
Fendez talions, pourfendez oreillons,
Tirez canons, faittes grans espourris,
Dedens cent ans vous serez tous pourris !
Et la dame se demandait ce que les héros de jadis avaient emporté de ce <c mondain wason » ; elle rappelait aux princes qu ils étaient les gardiens de l’Église ; que ceux qui avaient pillé les reliques et les moutiers, aussi bien chez les païens que chez les chrétiens, avaient toujours été punis :
Oyez vous point la voix des povres gens,
Des indigens péris sans alligance,
Des laboureurs qui ont perdu leurs chens,
Des innocens, orphenins, impotens,
Qui mal contens crient a Dieu vengance?...
Accordez vous, roix et ducz, acordez,
Et regardez vostre peuple en pité,
Resuscitez Justice et le gardez...
Gens de tous états étaient alors bien émus. Vérité prononçait un beau discours rappelant, pour l’honneur de la resplendissante maison de Bourgogne, comment le due Philippe avait jadis entretenu la paix entre ses sujets; comment
jouir d’une légitime célébrité, car on la trouve à part dans le ms. de Tournai io5, fol. 398™ : S'ensuit une petite réprobation de la guerre...
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Conseil, sous la flamboyante épée du duc Charles, avait accordé le riche et le pauvre. Au temps de Maximilien C qui pouvait ressusciter Justice, subvenir aux oppressés et conduire Petit Peuple au bienheureux Temple de Paix? Toujours Conseil. Et Conseil examinait, comme on visite un malade dont on regarde l’urine et à qui l’on tâte le pouls, Justice, qui semblait en effet fort malade. Car elle parlait à voix basse, telle une agonisante, et il faut le reconnaître, bien puérilement :
Justice suis privée de solas Ez las, llelas !
De fausse tirannie...
Or. Conseil la réconfortait, lui montrait les deux très nobles marguerites resplendissant en ce val de misère : la grande Marguerite d’York (la précieuse perle d Angleterre qui fleurissait au quartier de Bourgogne) et la petite Marguerite de Bourgogne, sa filleule-. Et c est vrai que le
10 février 1V79, l’enfant avait été baptisée en l’église Sainte- Gudule à Bruxelles1 2 3.
Et Conseil disait qu'aujourd’liui la puissance était à Gand, à Bruges, plus flamande que wallonne. Sur quoi Conseil prenait congé des dames. Vérité, Justice et Petit Peuple montent sur un char pour faire un pèlerinage. Patience est la jument châtrée et meurtrie qui les mène à un petit logis, appelé trêves, charpenté depuis demi-an, et que l’on rallongeait depuis trois mois4, si ouvert à tous les vent* qu on ne pouvait y demeurer. On gagnait, avec Montjoie, une grosse abbaye pleine de convers, de dames, de demoiselles et d’amoureux. Justice y était aimablement accueillie dans une