Chronique, t. II, p
4. Elément chronologique confirmé par la Chronique , t. II, p. iC3 (la trêve est du
11 juillet 1478). Le poème date donc d’avril i479-
JEAN MOLINET RHETORIQUEUR
chapelle enrichie de corps saints. Elle se jetait à genoux, ainsi que Petit Peuple; et, joignant les mains, elle récitait cette oraison :
Prenez pitié du sang humain,
Vray Dieu, souverain Roy des roix...
Cette prière était même adressée à Louis XI :
Noble roy Loys de Valois
Vous nous tourmentez, soir et main,
Par guerres et piteux exploictz.
Souviegne vous que, povre et nud,
Bourgoigne vous a soustenu 1 Et soef nourri mainte anée:
Mais vous avez mal recognu La plus dolente qui soit née.
Et Jean Molinet implorait également Edouard, roi d’Angleterre. Sur quoi il retournait en son hôtel :
Ainsi que Panée présente Est dure et desplaisante a voir,
L'histoire que je vous présente Ne peult guaires de mieulx avoir,
Puis que chascun pert son avoir,
Son héritage et son bien meuble.
Prions Dieu que nous puissons voir La resourse du petit peuple!
Quant au Temple de Mars, c’est une allégorie très goûtée, qui suscita beaucoup d’imitations, au demeurant une image fort originale2 où l’on peut noter déjà comme la vision réaliste et fantastique d’un Breughel.
i. Ces termes sont intéressants à comparer avec ceux que Molinet emploie en 1467, lors de la révolte des Liégeois (Le Roux de Lincy, Recueil de chants historiques français, t. I, 37i).
a . Faiclz et dictz , fol. 61 vo-64TO ; Ribl. Nat. , ms. fr. 1 7 1 7 , fol. 70-76 ; ms. fr. 1 64a ; ms. de Tournai to5, fol. 119'"°. — Il y a une édition gothique imprimée à Paris par Jean Treperel sur le Pont Notre-Dame: Le Temple de Mars très bien correct (Bibl. Nat., Rés. Ye 11 37), avec une figure représentant un pas d’armes. Autre édition populaire: Le Temple de Mars dieu de bataille, s. I. n. d. (Bibl. Nat., Rés. Ye 3579), avec une figure de la Cité personnifiée apparaissant derrière une porte. Le Temple de Mars se rencontre encore, en 1637, parmi les Traiclez singuliers publiés chez Galiot du Pré (Bibl. Nat., Y0 1 a56). Je suis et corrige le texte de Treperel, qui peut dater de 1 499, dont certaines leçons sont d’accord avec celles du ms. de Tournai.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIÈCLE
Jean Molinet la datait ainsi :
Au temps de dueil que Mavors, le tyrant,
Alloit tirant canons, fléchés et dars,
Et mettoit tout a l’espée tranchant,
Courant, trassant, crueulx feux allumant,
Cler sang semant par soubz les estandars,
Par les souldars, plains de cautelle et d’ars,
Je fuz de dars percé 1, cotte et jaquette :
Au maleureux chét tousjours la buquete...
Sur quoi l’auteur allait suppliant tous les dieux du paganisme, leur offrant un présent en rapport avec leur divinité. Enfin, il arrivait au saint Temple de Mars : il dédiait à la divinité des ours, des lions, des léopards. Ce temple est d’ailleurs une église où l'on dit tous les oflices :
Le chant de ce temple est alarme,
Les cloches sont grosses bombardes,
L’eaue benoiste est sang et larme,
L’asperges ung bout de guisarme,
Les chappes sont harnois et bardes,
Les processions avant gardes Et l’encens pouldre de canon :
A tel saint, tel offre et tel don 2.
On voit le ton. Et l’on pourrait s’en étonner si l’on ne se rappelait un épisode réel de la guerre que Molinet a mentionné précisément dans sa chronique de l’année 1 4 7 9 3 : l’occupation par les routiers de l'abbaye de Saint-Waast, dont les dévotes chapelles étaient alors « pleines des religieux de Mars ».
Voici maintenant l'image de la divinité du lieu :
Mars triumpboit en son noble cbarroy,
Ainsi qu’ung roy armé de pied en cappe,
Trembler faisoit murs, chastel et beffrov,
Par son effroy et tenoit sans arroy,
En son desrov, flaiel dont nul n’eschappe.
Mars fiert et frappe et en tirant4 atrappe