Arch. du Nord, B
4. Chronique, t. II, p. 234> 279 ; t. V, p. 99, ad, a., 1498.
372 HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
répandu en Hainaut1. C'est un fait que Jean Molinet rima, en ce temps-là, la Ballade de la maladie de Naples 2 :
O faulse goutte appellée reumatique,
Dyabolique, pire que sciatique,
Orde relique de Naples qui me suyt,
Contre toy fault que ma langue declique En rhétorique, car tu m’es trop inique ;
Par ta pratique tout plaisir me desfuyt:
De jour, de nuyct, de repos suys destruyct.
Tu m’as seduict de bien et de plaisance;
Par quov je crye souvent, a la my nuict :
Que mauldit soit qui t’apporta en France!
Or le malade invectivait aussi contre la fille publique qui lui avait passé ce mal, disant qu'il aurait mieux valu pour lui qu’il fût Turc, Tartare, juif ou païen : car il devenait maigre et infect, et tout le monde le fuyait. Le feu était dans ses os et pour lui point de secours. Souhaitons pour Jean Molinet qu'il ait parlé à la place d’un autre3, comme il le fit
1. Une manière de « mesellerie »,fort horrible « nommée pocques, grosse verole et la grant gaulre ; et aultres la nommoient maladie de Naples ». Chronique, t. V, p. 5g (ad. a., 1496) et p. 33, en parlant de Charles VIII, ad. a., 1 4 9 4 : « mais fînablement il concquist la grosse verole, de laquelle comme impétueuse, horrible et abominable maladie, il fut angoiseusement touché; et plusieurs de ses gens, qui retournèrent en France, en furent moult doloreusement oppressez ». — Jean Molinet a recueilli ces dénominations : « la maladie de Naples... les grosses pocques... la grande gorre... la paucque denarre... les fiebvres sainct Job ». La date de 1.496 est fort intéressante. Cette année-là parut à Nuremberg la pièce de Theodoricus Ulsenius, medicus. .. in epidimicam scabiem que passim tobo orbe grassal, avec la planche attribuée à Albert Durer représentant précisément un pauvre « gaudisseur ».
2. Le ms. fr. 1717, fol. 9V0, l’attribue à Molinet; « qu’on dit avoir esté faicte par Molinet ». On y retrouve son style vigoureux, ses équivoques et ses allitérations. (P. Champion, Epiiaphium cujudam meretricis... dans la France Médicale, 1907). — Il y a lieu de remarquer que la pièce n’est pas dans les Faictz et dietz, ni dans les manuscrits James de Rothschild et de Tournai. Mais on ne se vante pas, à l’ordinaire, de ce genre d’accident. Bien des pièces libres du ms. fr. 2375 sont de Molinet et elles ne sont pas signées.
3. C’est bien par expérience qu’il parle cependant dans l’impudique pièce en rébus du ms. de Tournai io5, fol. 4o3ro :
Plus njagre que ung soret, plus barbus que ung convers,
11 est entre tous cons, cons rouges et cons vers...
Josnes gens, escouttés de quoy je me complains:
Regardés le dangier de quoy est ung con plain,
La goutte et les boutons sont en moy congelés...
Tous mes membres et sens sont par ung con gelés...
JEAN MOLIXET RIIETORIQUEUR
dans la « Complainte d'ung gentil homme a sa dame aggreffé de la maladie de Naples ou de pocques1 ».
Ce qui est certain, du moins, c'est qu'il avait été un libre compagnon, marié à Valenciennes2. Mais l'expérience qu'il avait faite du mariage ne lui apparaissait pas trop encourageante, si l'on en croit les conseils qu'il adressait à autrui3:
Tart t’y boutte, et se amer il est,
Sy l’avalle doulx comme laict !
Mais il faut bien que la jeunesse se passe, même dans cet état du mariage, V « ordre noire » comme il l'appellait, et où il voyait seulement une consolation d'un ordre fort cynique:
Martelés sans estre esperdu,
Faictes saillir les étincelles De ce propre cailleau fendu...
Ainsi, avant ou pendant son mariage, Jean Molinet avait été un galant en son bon temps; un compagnon un peu rude tout de même avec
Ceste fillette a qui le tetin point4,
mais sachant, à côté de pièces libres admirables5, où son jeune talent n'était pas encore chargé du faix de la rhétorique6, parler simplement et avec esprit des choses de l’amour 7, comme dans le charmant rondeau des « dames