‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 147 sur 183 · Ms. de Tournai : preux · texte numérisé non relu

Ms. de Tournai : preux

2. Chronique, t. II, p. 229. — L’église venait d’être incendiée. De notables personnes profitèrent de l’incident pour repeupler le couvent de dévots religieux, les anciens étant « fort desreiglés » (S. Leboucq, ms. de Valenciennes 672, fol. 259). Les Carmes, de « mauvais gouvernement >>, furent réformés en i485 (Ibid., fol. 263).

3. Faictz et dictz, fol. 1 1 6-1 1 7 ; manuscrit James de Rothschild, fol. 44vo (Ledain). La rubrique du ms. de Tournai io5,fol. i63ro, est intéressante: Ceux qui sont evocqués aux nopces Magdne de Laidin... Je suis les leçons de ce dernier ms.

4- Épître à monseigneur de Ville (Bibl. Nat., ms. fr. 19165, fol. 18).

M’a fait ung conte fort soudain :

C’est que le fille de Laidain,

Ne scay se c’est Anne ou Marie,

Pour tout potaige se marie;

Et se prend Hottin Ourdoulet,

Nostre germain frere de let...

Et le seigneur de Laidin lançait les invitations à la noce qui devait être célébrée à « Crevecueur ». Parmi tous les bossus, les contrefaits, ceux qui louchaient, les gens noirs et velus, Jean Molinet nomme Jehannet Br il 1 et , Turpin, Moreau, Maliieu Robaille, Toussaint Le Wert, Jehan Lescot...; et parmi les dames, désignées allégoriquement, il nomme « Bietris a pance de musette, Molle fesse, Adison Bec d oue, Court talion, Margot Torte maue », etc. On devait y voir aussi le trésorier de Saint-Géry, Bruail, avec sire Laurens, le secrétaire Dainteville 1 . Le railleur y marquait son rôle:

Molinet rostira les trippes A tout ses grandes grosses lippes.

A « venerable et cachieuse personne, Jo. de Vuisoc2, Monsieur maistre N., president de Papagosse » adressait un faisceau de calembredaines, « escript au soleil pour le hasle, d’une plume de cocquart,sur ung papier velu sans poil, trois jours après demain, le XVI Ie jour du moy de Gingembre »... Le reste est à l’avenant.

1. Un Jean Dainteville était maître de l’artillerie en 1 4 9 7 (Arch. du Nord, B. 2160). Claude de Dainteville, enquêteur en i4tï (Ibid.., B. 338).

2. Faictz et dietz, fol. 108 ; « a venerable et cachonnieuse personne J. de Wissocq, monseigneur maistre N., president de papagosse «(manuscrit James de Rothschild, fol. i43).«Lectre missive a venerable et cachefummeuse personne Jo. de Wissoc, president en papagoise » (Ms. de Tournai io5, foi. 287'0). — Ce même Jean de Wissocq, excellait, paraît-il, dans la baguenaude, c’est-à-dire à écrire des couplets sans rime, (( mode pou recommandé » (Arts de seconde rhétorique, pp. Ernes! Langlois, p. 248). Le nom de Wissocq est celui d’une famille de l’Artois au service des ducs de Bourgogne dont l’origine remonte à Jean de Wissocq, maître d’hôtel de Philippe le Hardi en x 4 o 2 (Bibl. Nat., P. Orig., 3o52). Au temps de Molinet on trouve Antoine, capitaine d’Alost, qui défendit sa ville contre les Gantois rebelles ; Antoine, fils d’Antoine, qui servit Charles le Téméraire (Ibid.) ; Adrien de Wissocq, prêtre et chevalier de Jérusalem, en i5o3 (Arch. du Nord, B. 2184); Martin de Wissocq, conseiller en i5o4 (Ibid., 2190).

Ne cherchons donc pas à identifier ce monstre pronosticateur, le prince de « noir wegue » [Norvège], gouverneur des barragouyns, duc de Glacquedent, etc. Mais un des hôtes de cette table, fut « monseigneur le doyen de Borne1, maistre Anthoine Busnois2 », le célèbre musicien, honneur de la Flandre. Car Molinet lui disait :

Tu prospères, sans nul aBus,

En ce bas pays flandrixoïs,

En sucre, en pouldre d’oriBus,

Et en brouetz sarraziNois :

Tes porées et tes caBus

Vallent mieulx que tous mes tourxoïs...

Car Jean Molinet se sentait « mescliant, vieulx et barbus », bien pauvre, tandis que Busnois possédait des champs fertiles produisant ces gros choux, honneur de la région. Il se dépeignait de la sorte :

Ung chétif veau, lourd et pheBus,

Du plat pais de Boullexoïs,

Jus de poil3 plus que rasiBrs,

Sans asne, cheval ne harxoïs.

Oncques si voulontiers ne bus De vin friant, doulx comme vois,

Que près je te verroye es bus Des chérubins celestixoïs.

Avec toy, malgré BelzeBus,

Seroye, se tu m’y texoïs Mieux logé que DeipheBus :

Prens en gré, et vive Busxoïs !

C’est un fait d'ailleurs que Molinet avait un goût marqué pour la musique dont il a parlé si souvent, énumérant tous les instruments connus, équivoquant sur les tons et les

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