‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 146 sur 183 · Ms. de Tournai io5, fol. 24ovo · texte numérisé non relu

Ms. de Tournai io5, fol. 24ovo

JEAN MOLINET RHETORIQUETjR

rable, qui fait revivre l’esprit des sociétés joyeuses du Nord. Car, dans son empire, il énumère tous les compagnons étranges que Molinet pouvait bien connaître :

Escornifleurs de trippes et d’andoulles,

Joindeurs de culx, ratripelleurs de coulles,

Pervers, parjurs, effondreurs de terrasses,

Joueurs de dez, combatteurs de ducasses,

Vieux guisterneurs, vieux trompeurs, vies ivrognes,

Vieux batteleurs, vieux gueux a rouges trognes,

Vieux chevauceurs et vieux courreurs aux barres Et vieux saulteurs et vieux jetteurs de barres !

Tous les ribauds, enfin, les figures enluminées, les ventres vides et les narines fendues, les pourris, ceux qui ont froid et faim. Et les dames aussi sont convoquées dans le palais de froidure : mais la citation n’est plus possible...

Nous reconnaissons la série des calembours traditionnels parmi les écoliers parisiens dans le Cry des monnoyes fi Comme toutes les époques qui ont suivi les guerres, celle où vécut Molinet a subi sa crise de monnaie, « a cause de l'entretenement et nouriture des guerres, dures et austères, es pays de monseigneur l’archiduc ». Les monnaies y avaient tout à fait changé de valeur: la pièce d'or valait trois pièces d'argent pour le grand dommage des pauvres rentiers et des gens d’Église 1 2. Le bruit courait alors qu'on allait ramasser les monnaies : l'un présentait de l’argent ; l’autre le refusait à sa valeur. D’où bien des altercations et des procès3.

A ce propos, Molinet faisait des plaisanteries de ce goût :

1. Marcel Schwob, Le Parnasse satyrique, p. i55. (D’après le ms. de la Bibl. Nat., fr. 1716, fol. 93to).

2. Chronique, t. IV, ad. a., i48g, p. 7S. — Des ordonnances sur les nouvelles monnaies ont été données en 1467, en 1492, en i4g6, en i499 (Arch. du Nord, B. 644).

3. Molinet a parlé encore des monnaies en 1602 ( Chronique , t. V, p. 200). — La maison de la Monnaie s’élevait devant l’église Saint-Géry. C’est vers i4g5 que les célèbres changes de Valenciennes et la monnaie périclitèrent tout à fait (H. d’Outreman, Histoire de Valentiennes, p. 302).

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

Nobles de poix sont a la cour du roy...

Les croix voit on es plus haults des moustiers...

Les pilles ont gens d’armes voulentiers...

Et les salutz aux pieds des nobles princes...

Les filz lippus en Lesdain ont palais...

Targes, escus sont chez les fourbisseurs...

En Cambresis sont les marionnettes...

Les rides sont pour vieilles fammellettes, etc.

On pouvait lire à la table de Jean Molinet, aux alentours du premier janvier, de ces « pronostications », de ces calendriers comme Rabelais en composera encore. Telle cette Pronostication 1 que l'homme « simple », que se dit Molinet, formule au début de l’année pour le salut des hommes, annonçant les tempêtes, les biens de la terre, les monnaies* la guerre, les campagnes des géants ; que le capitaine Frison de Biscaye, accompagné d’Ecossais et Barbarins, devait venir assiéger Valenciennes et dépouiller tous les feuillards de leurs habits. Alors les seigneurs de Gand devaient porter secours aux assiégés2. Et Molinet rédigeait cet étrange et libre calendrier3, si curieux avec son énumération des saints et des quartiers de Valenciennes, que suivent des Grâces sans villenye* où tout doit être entendu à rebours:

Les souris les chats occiront,

Les folz les sages conduiront...

On y lisait encore ces réjouissantes inventions5 :

1. Faiclz et dietz, fol. 97; manuscrit James de Rothschild, fol. iyyvo-iygvo. Pronostication des iiij vens (Ms. de Tournai io5, fol 233. Voir aussi aux fol. 235, a36r0,

2. Cette pièce qui se trouve au fol. ioov° des Faiclz et dietz est donc postérieure à 1/176.

3. Faiclz et dietz, fol. 101 ; manuscrit James de Rothschild; Montsiglon, Recueil de poésies françoises, t. VII, p. 204-210.

4. Faiclz et dietz, fol. iod; manuscrit James de Rothschild, fol. io3.

5. Faiclz et dietz, fol. io4'°. Cette étonnante pièce est intitulée Gratias dans le manuscrit de la B i b 1 . Nat., fr. 2375 et suit le Confiteor (fol. i58): Aultres grâces (Ms. de Tournai ioô, fol. 284roJ. Le ms. de Tournai io5,fol. 32-33, contient Les douzes abusions des cloislres dans le même esprit.

JEAN MOLÏNET RHETORIQUEUR

Prions Dieu que les Jacobins Puissent menger les Augustins,

Et les Carmes soyent pendus Des cordes des Freres Menus.

Les faulx mutins et les pillars Soyent seigneurs gentz1 et gaillars,

Et leurs gens puissent clievauc[h]er Recluses que Dieu a tant cher,

Prendre femmes et beguinettes Et religieuses nonnettes.

Soyent saincles les curatieres,

Les macquerelles, les loudieres,

Qui prennent filles en leurs las.

Le dyable emporte noz prelatz,

Noz doyens, prestres séculiers,

Et mendians et cordeliers Qui n’ont cure de ces pecunnes.

Vierges soient toutes communes,

Soient riches gens dissolutz,

Traînez au gibet les esleuz.

Soient en gloire les dampnez,

En enfer les bons amenez,

Quand Dieu fera son examen A l’huys du Paradis. Amen!

Pièce qui peut dater de l’époque de la réformation des Jacobins qui eut lieu à Valenciennes en x 479 2 -

Chez Molinet encore on pouvait bien rire d’une facétie qu’il composa pour énumérer Ceulx qui sont dignes d'estre aux nopces de la fille de Laidin 3. C’est là une suite de caricatures des gens laids de Valenciennes. Molinet, qui s'est nommé « le maire des laids4 », le disait:

Sacchiés que le conte Michault,

Qui est trop plus qu’a demy chault,

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