Ibid., t. V, p
4. Faiclz et dictz, fol. 6gro; ms. James de Rothschild, fol, 33 ; ms. de Tournai io5,
fol. 48.
HISTOIRE POÉTIQUE DU X\e SIECLE
comme un second Charlemagne, il était entré dans Rome, dans Naples. Et Molinet disait aussi comment le roi Charles avait été assailli, à son retour, par le « grand veneur de Venise » et par ses chiens. Molinet, qui tant de fois avait crié : « Vive Bourgogne ! », s’époumonnait dans un trait final :
Throsne azuré, Irescrestienne Fiance,
Royalle, franche, entière, sans gastis,
Puis cinq cens ans n’a[s] eu roy portant lance De tel vaillance ; il a, par sa puissance,
Acquis finance, honneur, terre et pastis.
François gentilz, parez1 chambres et lictz De fleurs de lis et du rouge lion :
Vive le roy dans plus d’ung million !
Sans doute, ce qui rendait Charles VIII si sympathique à Jean Molinet, c’était la croisade contre les Turcs qu’il entrevoyait comme conclusion logique à la descente en Italie. Car la croisade contre les Turcs était, depuis près d'un demisiècle, un thème à déclamation cher aux Bourguignons. Au temps de Molinet, on parla beaucoup des Turcs, surtout après le siège de Rhodes 2. Enfin Jean Molinet pouvait bien connaître un certain Jean de Tournai, bourgeois de la ville de Valenciennes, qui, entre 1/187 et i488, accomplit un voyage en Grèce et en Turquie qui le mena jusqu’à Jérusalem. On lui lit une entrée triomphale à son retour. Ce fut un grand défilé de gens dans sa maison, et aussi au cabaret. Il y eut fête et dîner auquel assistèrent quarante-sept de ses bons amis. Or, à la suite de la relation de son voyage, nous trouvons une poésie acrostiche le célébrant et disant la joie que son retour avait causée. Jean Molinet est l’auteur de ce « dictier » composé à la requête de Jean Godin, beau-frère de Jean de Tournay, et qui fut lu dans la maison de ce dernier à l’issue du dîner a :
1. Ms. de Tournai : tendez. — a. Chronique, t. II, p. a4S (mai 1480).
3. Le 8 mars i486. — - Bibl. de Valenciennes, ms. 4g3, fol. 3i3-3i5. La pièce est publiée, avec quelques incorrections, par Hécart, Mémoires de la Société d'agriculture de Valenciennes, t. III, iS3S, p. iio-ii4.
Joieulx suis de vostre retour,
Et grand liesse au cœur en ay...
Et Jean Molinet écrivit ce que l'on a appelé une orientale1 2, -c’est-à-dire sa Complainte de Grèce', vers ce temps-là 3.
C’est un discours de la Grèce à l’Espagne4 5 très chrétienne et à la vaillante Angleterre '’. Et la Grèce, mère de philosophie et nourrice de toute science, demandait à chacun de rembarrer les a faulx Turcs forcenez » ; elle faisait appel à la puissance inlinie et à la richesse de Bourgogne, au cœur des mignons de cour qui suivaient alors les pas d’armes, les tournois, où ils perdaient follement leur jeunesse. Elle nommait les ducs de Bourgogne « les lyons puissants », les soutiens de toute la chrétienté. Elle priait Dieu d’envoyer à son secours des légions d’anges, suivant le vieux jeu de mots sur les angels et les anglais. Selon l’usage, l’auteur réclamait l’indulgence des lecteurs pour un de ses ouvrages des plus ennuyeux, en effet, et d’un bien mauvais goût. Molinet l’avouait :
Lourd, saulvaige,
Sans paraige,
Ou riens n’est net,
Molu d’un gros molinet.