On pense tout de même aux vers de Verlaine
3. Ce n’est qu’un exercice de virtuosité dont nous rend compte la rubrique du ms. de Tournai io5, fol. 23oV0 : Didier quise peult adresch'er soit a la Vierge Marie ou pour ung amant a sa dame.
JEAN MOLINET RHETORIQUEUR 4 Q)
surprendre que les images des vierges contemporaines que peignirent Fouquet, Van Eyck ou Memlinc (on pense à la dame de Beauté, Agnès Sorel,sous les traits de la Vierge). JeanMolinet peint la Vierge telle la jolie iille des Flandres, la belle jeune femme aux longues tresses, au front bombé, à l'épaisse toison dorée, au manteau royal de brocard, trônant sous un dais de damas, comme la dessina Thierry Bouts. Car .lean Molinet implorait son secours contre Satan, prêt à le dévorer; et il avait soin de le dire :
Aultre ne quiers que vous pour mon secours,
Vrays amoureux, ne vous vueille desplaire,
Si congé prens de mes belles amours...
Car il s’attendait bien à la revoir, après lui avoir dit, tant de fois, adieu 1 !
Or, se sentant le « corps maladif, vermoulu »,
Laid et velu, impotent devenu,
.la tout chenu en vice se délité,
Jean Molinet se tournait aussi vers ce glaive de victoire, saint Hippolyte2. Il disaitson glorieux martyre; ilse nommai! son filleul, son serf et son paroissien. Plus que dans les prières des chanoines et des doyens, pour parvenir aux saintes cours, il avait confiance en ce sûr patron :
Tirez moy devant le throsne Du ltoy qui les roys patronne,
Qui bons messonneurs messonne,
Qui malades rend tous sains,
Qui les baslonneurs bastonne,
Qui les guerdonneurs guerdonne,
Et qui aux donneurs redonne,
Dieu le sçayt et tous les sainctz !
1. Faictz et diclz, fol. qvo. — 11 ne faut pas oublier non plus que les églises étaient alors pleines de chansons et de refrains profanes qu’on adaptait.
2. Faictz et diclz , fol. nï0. Ms. de Tournai io5, fol. 2 7 7rv : Oraison de saint Ipollte jaicle a la requeste de Me Ypolite de Berlold en laquelle est comprins son mol vous seulement et celuy de sa femme Dieu le scel. — L’écartèlement de saint Hippolyte a été peint par Thierry Bouts à Saint-Sauveur de Bruges.
4 20 HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Car le Paradis apparaît à Jean Molinet comme la chambre de son souverain. Saint Hippolyte y sera son introducteur.
Mais surtout, on l'a vu, dans une oraison que l’on tenait pour «hauJte et élégante », Molinet commentait chaque mot de la salutation angélique1, demandant à Marie la joie durable du Paradis.
C'est vrai qu'aux jours de sa vieillesse2, contemplant la sainte dame, la Vierge, Jean Molinet avait le remords de sa vie « orde, lente ». Presque dans les mêmes termes que Miehault Taillevent, il regrettait son «beau temps despendu » :
Sans Jleur, sans fruict, ne sans avoir attente \u temps futur, n’a la saison présente.
Jean Molinet pensait aux voluptés anciennes :
La chair m’esmeult aux delictz de la terre.
C est sur la Vierge, comme il convient, qu il comptait pour I e délivrer des serres de Sa lan et pour le met t re sur le chem in de la gloire éternelle3.
Comme il la priait, à genoux4 5 :
Pour ce qu’en suis déshérité,
Vers Dieu, dont povre me reclame,
Pour m’oster de ma povreté,
Ayez pitié de ma povre âme !
Alors Jean Molinet donnait à la \ ierge les noms des gemmes et des fleurs. >,
Il nous faut ouvrir un livre bien précieux pour comprendre cette artificielle et brillante poésie des serventois3 : c’est le
1. Bibl. de Sainte-Geneviève, 2734, fol. 12; ms. James de Rothschild, fol. 17; Faiclz et dictz, fol. 22.
2. Faictz et diciz, fol. 19 « très devole louenge a la Vierge Marie ». — A la Sallele-Comte il y avait 1111 autel privilégié à N'otre-Dame-de-Chièvres, ou des Étoiles, la madone des comtes de Flandre.
3. Vers i497, on s’entretint à Valenciennes de la condamnation de Jean Véry, Jacobin, à propos de la Vierge immaculée ( Chronique , t. V, p. 81).