‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 170 sur 183 · Épître de Crétin (Lemaire, Œuvres, t. IV, p · texte numérisé non relu

Épître de Crétin (Lemaire, Œuvres, t. IV, p

6. Bibl. Nat., ms.fr. 56i8. — Balthasar, qui mourut historiographe de Charles Quint et greffier de la Toison d’or, n’est pas son fils, comme on l’a dit.

JEAN YIOI.I NET R Fl ETOR1 0 UEUR

au courant pur le récit de fêtes solennelles, l’entrée de Monseigneur d’Arras, Nicolas de Ruter, jadis audiencier1 *, en son évêché-, évoquant les fastesde la Flandre, vivante et brillante, l'infecte et somptueuse Espagne, décrivant tant de fêtes de la Toison d'or, de tapisseries et de tapis d’or déployés, énumérant combien de naissances, de mariages et de deuils princiers 3.

Il rapportait, en 1006, le lamentable trépas du roi Philippe de Castille, archiduc d’Autriche, dans Burgos, où il prit froid à la suite d’une partie de paume à la chartreuse de Mirallores. 11 disait son corps exposé dans la salle du Palais, vêtu de ses riches vêtements royaux; et l’archiduc semblait plutôt dormir, avec ses cheveux bien peignés et son bonnet sur la tête, l’épée au côté et le sceptre de l'autre. Or, chacun entrait comme il voulait pour le voir, escorté d’appariteurs portant de grands flambeaux de cire ardente. Et les grands d'Espagne et d’autres des Flandres le portaient jusqu’au monastère des Chartreux où il était mis dans la sépulture du roi Jean, « laquelle est de albastre fort somptueuse et bien entaillée ». Puis, on l’en retirait, car la reine, sa femme, entendait le mener partout où elle allait. Et l’amiral apportait à Bruges son cœur qui était déposé près de Madame Marie, sa mère... Ces scènes de sombre splendeur et de deuil agitaient notre vieux Molinet. Il disait alors la lampe d’honneur éteinte au ciel occidental. Il interprétait le nom de

i. Il reçut l’archiduc à Louvain en 1 4 9 4 ( Chronique , t. V, p. ii).

Chronique , t. V, p. 201, ad, a i5o2. — J. Molinet a composé une pièce envers à ce sujet : Traictié a la louenge de l'entrée et du nom de Monseigneur maistre Nicolas de Ruttre, eves que d'Arras (Bibl. Nat., ms. fr. 19165, fol. i8V0). — Un peu après i5oo,il écrit les Lamentables regrez pour le trespas de très illustre seigneur Monseigneui Albert, duc de Zasson (Ms. de Tournai 100, fol. a66ro).

3. « Monseigneur l’archiduc et Madame se tenoient le plus a Toledo, ville fort infecte et dangereuse, pour sens délicatifs, a cause des rues fort eslroictes et non pavées ; et ce procédé par putréfactions de charognes qui engendrent le snaulvois air. . . » Chronique, t. V, p. 19 8, ad. a., i5oa. — Il dut s’arrêter d’écrire seulement à la mort de Philippe le Beau (i5o6), car il y a un chapitre la rapportant que n’a pas recueilli Buchon (Bibl. Nat. ms. fr. a4o35, fol. 469; Bibl. de Cambrai, ms. 73o; Bibl. de Lille, mss. 5 4 a -544, 545, 546).

HISTOIRE POÉTIQUE DU X\ e SIÈCLE

Philippus, qui « vault aultaut a dire comme bouche de lampe1 ou amateur de choses haultes ».

Sous les lettres de son nom, il lisait : « Proesse, Hardiesse, Justice, Largesse, Intelligence, Poissance, Paix, Vérité et Souffisance ». Ces neuf vertus, personnifiées par des dames, descendaient en sa bière pour présenter cette lampe d’honneur « devant la face de l’éternel dominateur en gloire pardurable, ou elle resplendira a tousjours par le mérité de celles nommées. Laquelle gloire vœulle ottroyer a tous2»!

Dans les prières qu’il adressait au ciel, on voit combien Jean Molinet se dit faible, cassé, perclus. Dans une « Lettre de recommandation a ung bon amy », faite sur des rimes en rébus, il disait ses craintes relativement au jugement3 4:

Pour ce que j’ai trop but et gourmandé.

Et dans une autre « lettre missive* », Molinet déclarait qu’il n’avait jamais eu de plaisir, et d’aucune sorte, depuis qu'il lui était advenu de perdre un œil. Il n’avait plus de voix; il ne pouvait plus chanter le Credo. Une seule consolation lui demeurait, boire à grands traits,

Comme docteur avec les bons frater...

Ailleurs5, sur une suite de rimes en pé, il disait qu'il venait d’échapper à la mort :

Et mon povre œil perdu ou le mal s’est frap

Feust bien gary par ung bon reci

Car j’ay par ci devant tant monté, tant grip

1. Os lampadis : tel est le début des Regretz que Molinet composa en vers sur la mort de Philippe le Beau (Ms. James de Rothschild, fol. 3Y0). Et les « gentilz bergiers des champz » qui avaient perdu leur bon maître gardaient silence. Dans une autre pièce : Mortuus est rex (fol. 3), Molinet montre le troupeau dispersé des gens de cour, le pasteur étant mort. — Sur l’émotion causée à Valenciennes par la mort du roi et son épitaphe, voir S. Leboucq, ms. de Valenciennes 672, fol. 260. La ville se lit représenter aux obsèques, à Malines (IbicL., fol. 269).

2. J’ai suivi le texte du ms. fr. 24o35, fol. 466-469 (chapitre inédit).

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