‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 172 sur 183 · I.a mort occupait sa pensée · texte numérisé non relu

I.a mort occupait sa pensée

Mon franc amy. mirons nous en la mort ! 1

Niais il n’était pas guéri cependant de ses équivoques :

Vers de virlais laisse a Dieu Molinet.

En ce temps-là, sans doute, il composa son Didier pour penser a la mort2. Molinet méditait gravement; il connaissait enfin le repentir. I.e religieux parlait à I’ « homme mondain » :

Et puis donc qu’il te fault mourir,

A quoy te sert ta grant bombance?

Tu sçays qu’il fault ta chair pourrir,

Eschapper ne peulz par finance.

Se tu as mesfait, sans doubtance,

Tu seras damné en enfer...

Il regardait le crucifix, déplorait l’habitude de jurer de ses contemporains, et aussi les « delictzcharnelz ». Il contemplait ce beau trésor qu’est le Paradis...

Molinet, on ne le reconnaissait plus ! Mais ce n’est pas à l’heure de la mort que nous mourons.

Le poète avait connu la gloire 3; cependant il était demeuré très pauvre. 11 avait dû, sur ses vieux jours, se retourner vers ceux qui avaient abrité ses années d’écolier.

Niais il semble bien que la mort de Henri de Berghes, son protecteur4, détruisit ses illusions, si elles n’étaient pas dissipées depuis longtemps.

i. Ms. James de Rothschild, fol. 1 4 4 • — 2. Faictz et dielz, fol. 126.

3. Voir les vers latins qui se lisent sur son portrait ( Mémoires de la Société des

cintiquaires de France, 1868, t. X, p. 1 a 3) .

4. Le noble Henri de Berghes, qui officia dans toutes les circonstances solennelles pour la famille de l’archiduc ( Chronique , t. III, p. 4-i8*ai), succéda à Jean de Bourgogne sur le siège de Cambrai en i48o. Il fit un voyage en Terre Sainte, décou-

HISTOIRE POETIQUE RU XVe SIECLE

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Il était mort, le bon prélat, au retour du voyage d’Espagne Et solennellement, dans un grand luminaire, on l’inhumait à Notre-Dame de Cambrai, le somptueux évêque qui avait présidé à tant de cérémonies familiales dans la maison de l’archiduc. Car il, était noble de sang et de vertus, élégant de corps et bien éloquent, beau prélat en vérité, grand, humain, « fort aulmosnier », tout discret et docte, chaste et dévot; et il avait beaucoup travaillé à la réforme des monastères2. Pour ce prélat, qui répondait à l’idéal du prêtre à ses yeux, Jean Molinet3 rédigera une très belle épitaphe, en versant, on le devine, de vraies larmes'1 :

Terrible mort, trop flere, qu'as tu faiet Par le forfaict de ta cruelle espine ?

Le bon Henry de Berghes, sans mesfaict.

Prélat parfaict, tout vertueulx de faict,

Tu as deffaict, de ton dart qui fort pince,

De ce province ung grant trésor non mince,

D’Empire prince, ung comte, ung pasteur vra> ,

Très vénéra ble evesque de Cambray.

Et Molinet disait la noblesse et aussi l’humilité de celui qui fut le prudent chancelier de la Toison d'or. 11 rappelait qu’il avait visité le Saint-Sépulcre et Saint Jacques-le-Grand ; tous ceux qu'il avait assistés, en leurs nécessités, pèlerins, clercs et étudiants. Il disait son œuvre de réforme et comment il fut pleuré de tous :

Prions Dieu qu’il avt gloire a tousjours.

vrit eu 1491 les reliques de saint Guillain, officia à l’occasion des noces de l’archiduc avec Jeanne, la fille du roi de Castille, qu’il accompagna en France. Il mourut au mois d’octobre tooi et fut enterré au chœur de la cathédrale de Cambrai ( Gallia Christiana, t. III, col. 5o-5i). Sur cette famille, dont le nom revient si souvent dans la Chronique de Molinet, voir en particulier, t. V, p. i3, 5g. 19g.

1. Chronique, t. V, p. 19g. — 2. Chronique, t. V, p. 191-200.

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