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Fe comte du Maine, homme d’un goût nouveau et, on peut le dire, raffiné, ne pouvait manquer d'être un protecteur pour ce Greban qui venait de produire une œuvre comme le Mystère de la Passion 3, d'une conception si artistique, et par là nouvelle.
Encore qu’il n’eût que de lointains rapports avec sa province, avec son comté du Maine, longtemps d’ailleurs entre les mains des Anglais, qu'il n’ait fait que passer au Mans4,
1. H. Chardon, Le tombeau de Charles d'Anjou, comte du Maine, à la cathédrale du Mans, Paris, s. d. — L'identification repose sur le rapprochement fait entre la médaille et le gisant. Francesco Laurana était, par ailleurs, l'artiste attitré de la maison d’Anjou. On lui doit les médailles de Jeanne de Laval, de Triboulet, un des fous du roi René, de René et de Jeanne, de Jean de Calabre et de Charles d'Anjou.
2. Abbé A. Ledru, La cathédrale Saint- Julien du Mans, ses évêques, son architecture, son mobilier. Mamers, 1900, in- fol., p. 35a.
3. La Bibliothèque du Mans (ms. n° 6) conserve un manuscrit important du mystère de la Passion dont il sera parlé plus loin.
4. Le Maine était libre depuis i45o seulement. Charles du Maine fit sa première entrée au Mans en 1471. On ne connaît pas de représentations dramatiques contemporaines au Mans. En 1470 seulement, lors de l’arrivée de son fils Jean II, il y eut des jeux de personnages et, l’année suivante, eut lieu la représentation d'un mystère de saint Jean l'Évangéliste (H. Chardon, Les Greban et les Mystères dans le Maine, 1879).
ARNOUL GRE BAN
Charles devait demeurer un puissant protecteur et patron auprès de l’évêque du Mans, Martin Berruyer1. Mais nous ignorons absolument ce qu'il fit pour Arnoul Greban qui s’était rendu auprès de lui.
On peut croire d’ailleurs que le milieu du Mans pouvait bien être favorable aux travaux des deux frères Greban. Le comte Charles du Maine avait retrouvé sa ville qui avait été l apanage du roi René, grand amateur de mystères et de bonnes lettres 2. Les officiers du comte du Maine, comme ceux de l’évêque d’ailleurs, semblent avoir été des hommes avides de distractions, et de tout ordre3. A Martin Berruyer succéda Thibault de Luxembourg, d’une famille illustre en Europe, très mondain en sa jeunesse4, et qui était entré dans les ordres après son veuvage. Le comte Charles du Maine épousera la sœur de ce magnifique et noble prélat. Le connétable de Luxembourg,* celui qui fut décapité en place de grève en 1470, après avoir joui d’une grande faveur auprès de Louis XI, était le frère de l’évêque du Mans. Il est bien intéressant alors de noter que le plus beau des manuscrits de la Passion d’Arnoul Greban que nous conservions soit à ses armes5. D’autre part, le plus personnel des manuscrits d’Arnoul Greban, copie contemporaine delà première journée de la Passion, un manuscrit qui a pu être préparé par l’auteur, contenant non seulement des jeux de scène pour les acteurs, mais encore l’indication des parties chantées par les enfants de chœur, les anges, des endroits où l’orgue devait se
1. Evêque eutre 1 44g et i465, cet ancien chanoine du Mans, qui va rédiger un mémoire en faveur de Jeanne d’Arc, était un homme débile et crédule, mais tout à fait dévoué au roi et à son beau frère. Jacques d’Argouges, chanoine, son exécuteur testamentaire et son garde des sceaux, parait avoir administré en son lieu.