‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 19 sur 183 · Monstrelet · texte numérisé non relu

Monstrelet

5. Bibl. Nat., ms. fr. 816. (Cette belle copie fut terminée le 22 février i473, n. st.)

faire entendre, n’a jamais dû quitter la capitale du Maine'.

Cet ensemble de faits, en l’absence de tous autres documents2, montre assez les liens d’Arnoul Greban avec sa province. Tout ce que nous savons, c’est que Simon, frère d’Arnoul, qui figure en 1 468 parmi les officiers de Charles, comte du Maine 3, occupa au Mans une maison canoniale en 1471 4 et qu’il mourut peu de temps après5.

Ce Simon Greban, qui a pu être le collaborateur de son frère, fut du moins son émule1’. Le prologue d’un immense mystère, les Actes des Apostres, nous fait connaître son œuvre, et aussi en quelle estime elle était tenue 7:

1. Bibl. du Mans, ms. n° 6. — Ce manuscrit provient de l’abbaye de Saint-Vincent du Mans où il était déjà en 1718. — a. Lesdocuments capitulaires font défaut pour cette époque. Le nom de Greban ne se rencontre pas dans le nécrologue du chapitre.

3. « M. Simon Greben a LX 1. » (Bibl. Nat., ms. fr. 7855, p. 708).

4. II. Chardon a publié un document péremptoire tiré du compte de l’srgenterie du chapitre (1471-1472, fol. 35) à l’article des maisons canoniales : « Maistre Simon Greben pour la maison dans laquelle il demeure... X livres. » Dans le compte de la bourse pour l’année 1472-1 473, fol. 26, il est question du gros de la prébende <t maistre Simon Greben » affermé à Jean Cotté pour 110 s. Simon était donc décédé alors — Simon paraît être l’auteur de la complainte faisant l’éloge de Jacques Milet, mort à Paris en 1 466, qui avait écrit un grand mystère sur la destruction de Troie (Arthur Piaget, Simon Greban et Jacques Milet dans la Romania, t. XXII, p. 23o). On a également de lui des vers sur la mort de Charles VII, i46i. (Bibl. de l’Arsenal, ms. 3523.)

5 . Dom Piolin , Histoire de l'Église du Mans, t. V, p. 180, dit que Si mon fut enseveli dans la cathédrale du Mans devant l’autel de saint Michel où on lui érigea un « beau monument » que détruisirent les Huguenots en i56î. Dom Piolin renvoie aux pièces justificatives du pillage de Saint-Julien où il n’est absolument rien dit de ce tombeau. Dom Piolin reproduit simplement un renseignement emprunté à La Croix du Maine. ( Bibliothèques françaises , éd. Rigoley de Juvigny, 1772, t. II, p. 4oq, article Simon Greban.) H. Chardon a fait observer que la construction du jubé par Philippe du Luxembourg aurait troublé cette tombe bien avant le pillage des protestants.

6. Le titre du manuscrit de la Bibl. Nat., fr. 1528 : Les actes des apostres en neuf volumes composes par deffunct maistre Symon de Greban en son vivant preslre chanoine de l'eglise du Mans par le commandement du feu roy René de Cecille, duc d'Anjou et comte du Maine, est bien intéressant.

7. Le premier volume du triumphant mystère des Actes des Apostres.. . Paris, 1 5 3 7 , fol. iij. — Les Actes des Apostres ont été achevés d’imprimer à Paris pour Guillaume Albalat, bourgeois et marchand de Bourges, par Nicolas Cousteau, le i5 mars t53j avant Pâques. (Bibl. Nat., Rés. Y. F. 19-20.) Une autre édition a été donnée en i54o, à Paris, par Arnoul et Charles, les Angeliers. (Bibl. Nat., Rés. Y. F. 111-112.) En 1 5 4 1 une nouvelle édition est publiée, avec les Gestes des Césars. (Bibl. Nat. Rés. Y. F. 21-22, 23-24.) Les 4 volumes manuscrits de l’Arsenal nos 336o-3363 sont datés de i538.

ARNOUL GREBAN

Symon Greban, bon poete estimé,

Mesme en son temps print peine de l’escripre,

Comme le voys, moult doulcement rhythmé,

Ung frere il eut, Arnoul Greban nommé,

Gentil ouvrier en pareille science,

Et inventeur de grande vehemence.

Or l’ung et l’autre est digne d’estre aymé,

Se on doit aymer les choses d’excellence .

On ne sait quand mourut Arnoul Greban, sans doute avant 1471, et même s'il décéda au Mans revêtu de la dignité de chanoine de Saint-Julien b On ne connaît de lui pas d’autre œuvre importante que le Mystère cle la Passion'2. On ne sait pas la part de collaboration qu’il prit dans la rédaction des Actes des Apôtres 3.

On le voit, la biographie d’Arnoul Greban se réduit à quelques linéaments. Les documents qui le concernent au chapitre de Notre-Dame sont heureusement plus nombreux;

1. Comme le répète M. Henri Stein ( Arnoul Greban, poêle et musicien, dans la Bibl. de l'École des Charles, LXXIX, 1918, p. i4a). Un seul registre capitulaire du Mans existe pour le quinzième siècle, de i4i8 à 1429 (G. 18). Il y a lacune dans les archives du chapitre jusqu’aux premières années du seizième siècle. — La Croix du Maine et Duverdier, Bibliothèques françaises, éd. R. de Juvigny, 1772, t. I, p. i4q, paraît être la source de celle information : « Chanoine du Mans, l’an i45o ou environ. » On le verra, la date de i45o n’est pas possible.

2. Une oraison à la Vierge, signalée dans le Champ Fleury de Geoffroy Tory, a été retrouvée par M. Ernest Picot dans un manuscrit du catalogue Didot, vente de 1881, n° 27. C’est un lai portant sa signature acrostiche (Remania, t. XIX, p. 5g5).

3. « Il a continué le Livre des Actes des Apôtres commencé par son frère Arnoul »,dit La Croix du Maine, ad art. Simon Greban. Mais il n’est même pas assuré qu’il y ait quelque chose de lui. Dans la glose qui accompagne ce mystère, où sont indiquées soigneusement les sources et quelques jeux de scène, on ne trouve pas d’indication de jeux d’orgue. — Arnoul Greban ayant fait précéder son grand drame d’une Creacion abregee, G. Paris a cru devoir comprendre qu’il avait abrégé un ouvrage plus développé sur ce sujet dont il aurait été l’auteur. Ces premiers chapitres se retrouvent en tête du Viel Testament, et aussi dans le manuscrit de la Bibliothèque de Troyes qui donne le mystère remanié de la Passion de Greban. De là l’hypothèse qu’Arnou! pourrait être l’auteur d’une partie du Mystère du Viel Testament. Le Procès du Paradis qui se retrouve aus«i chez Greban, comme chez Mercadé, semble fortifier ce point de vue. Mais ce n’est là qu’une hypothèse. Cf. Le Mistere du Viel Testament publié par le baron James de Rothschild, I, p. xliu.

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

et surtout ils nous permettent d’imaginer l’existence de maître Arnoul à l’époque où il composa le grand Mystère de la Passion ' .

C’est le 19 octobre i45o qu’Arnoul Greban devint l’auxiliaire du vieux Raoul le Fourbeur, maître des enfants de chœur de Notre-Dame depuis le 10 décembre 1426. Alors Raoul le Fourbeur, maître de musique, s’était engagé à faire l’instruction musicale des enfants et à les nourrir. Il recevait pour cela un habit d’église et, pour chaque enfant, 20 écus ; le maître de grammaire était payé 100 s. par an et il avait l’étrenne d’un capuchon quand les enfants touchaient des vêtements neufs. Maître Raoul le Fourbeur réclamait alors pour lui une servante et un domestique1 2. Suivant la convention de i45o, maître Raoul le Fourbeur devait s'occuper d’instruire les enfants de chœur pour le chant et les répons, les conduire à matines et aux autres heures, tandis qu’Arnoul Greban leur enseignerait la grammaire et la musique. Car Arnoul Greban, organiste de Notre-Dame, s’était présenté pour le faire.

Ces enfants étaient au nombre de huit ou de neuf3. Sans doute, ils n’étaient pas faciles à mener suivant leurs règlements rigides. En i44S, par exemple, Raoul le Fourbeur avait cédé sa place à l’un de ses élèves, Germain Watrée, prêtre, clerc des matines : mais les enfants lui manquèrent tout à fait de respect et le chapitre avait du demander à le Fourbeur de reprendre leur direction : ce qu’il accepta, à la condition d’être secondé par Arnoul Greban4.

1. Ces documents ont été signalées par Marcel Schwob dans une communication à l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres (1899), et certains ont été utilisés par M. Henri Stein, Arnoul Greban, poêle et musicien, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. LXXIX (19 18), p. i42-i46.

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