Pigouchet 1490 : Si est ung mer
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rencontrent, à cette époque, dans les manuscrits contemporains :
Sire ! — Que veulx? — Entendez — quoy? — mon cas.
Or dy — Je suys... — Qui? — La destruicte France.
Par qui ? — Par vous ! — Comment ? — En tous estas.
Tu mens! — Non fais — Qui le dit? — Ma souffrance!
Que seuffres tu P — Meschef. — Quel P — A oultrance.
Je n’en croy riens! — Bien y pert ! — N’en dy plus.
Las ! si ferav — Tu perds temps — Quelz abus ?
Qu’ay je mal fait — Monstre paix — Et comment?
Guerroyant. — Qui? — Vos amys et congnus.
Parle plus beau — Je ne puis bonnement!
Aucun doute, ici Meschinot a bien parlé de Louis XI, respectueusement mais sévèrement. Et c’est de la France encore, de Louis XI et de Charles son frère1, qu’il est question dans une autre pièce :
Frere, qui parlez de L et C,
Les aultres lettres confondant,
Dictes, quant viendroit a l’essay,
Sériés vous tant effondant De ce sang humain com fondant,
Vont voz mots de menaces plains?
Après jeux viennent pleurs et plaings..
Meschinot disait, comme Commynes, que Dieu seul donne la victoire :
La cause de la maladie Du royaulme et sa lésion,
Celuy qui France amaladye,
Ce fut Guerre et Division.
Et il déclarait, comme lui, qu’on ne doit pas livrer bataille « a un hasard » : Meschinot rappelait Poitiers et Azincourt :
Vivons en paix par union :
Faire ne povons plus bel œuvre.
i. Suivant A. de La Borderie [op. cit., p. 85) cette pièce daterait de 1487. L. et C. désigneraient les deux rois de France, Louis XI et Charles VIII ; A et B désigneraient Anne de Beaujeu. A mon sentiment ces pièces datent toujours des préliminaires de la Ligue du Bien Public. L et C doivent désigner Louis XI et son frère Charles qui chercha, comme on sait, refuge à la cour de Bretagne. — Cette pièce est dans l’édition de Nantes i4q4 et dans celle de Philippe Pigouchet.
JEAN MESCIIINOT « LE BANNI DE LIESSE
Car, selon mon oppinion,
Que la pert a tard la recueuvre :
Quant soubz couleur de bien on cueuvre,
Poesons, la mort en peult venir :
Bon fait les meschiefs prévenir.
Les vertus qu’il avait chantées jadis, Meschinot les voyait bafouées en ce temps-là. Désolé, il s’écriait, comme celui qui constate que son système est ruiné :
C’est grant pitié des miseres du monde !
De cette époque, de cette province, qui nous paraissent baignées dans la foi, Meschinot nous dira que tout y tend au mal :
De craindre Dieu, le servir et aymer,
L’ame aujourd’huy est petitement duyte.
Mais la conclusion de ce désenchanté est bien curieuse, celle de ce mystique aussi :
Tout est perdu par default de raison !
Ainsi il conclut dans le refrain de la ballade :
Prince puissant, quant bien je me recorde,
Toute bonté se deffait et descorde,
Vices régnent par tout ceste saison.
Se Dieu piteux a luy ne nous accorde,
Tout est perdu par deffault de raison !
Cette Raison, qui lui avait déjà baillé ses mirifiques lunettes, Meschinot la comparait encore au mois1 :
Le mors est bon qui tient la beste Et luy faict droit porter sa teste.
Aussi Raison baille les frains Desquelz, si ta langue refrains,
Chascun te tiendra pour honneste.
L’écuyer chevaucheur pouvait bien d’ailleurs connaître la
i. Éd. de Larcher i 4 9 4 et de Philippe Pigouchet.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
bouche et le mors des chevaux, autant que l’écrivain les lunettes. Sachons-lui gré, du moins, d’avoir ici allégorisé rapidement1 :
C’est ung cas qui deshonneur touche,
Si chevaulx veulx bien enboucher,
Et qu’ on te puisse reprocher Que toy mesme as malle bouche !
Et telle est encore son autre conclusion2 :
Il fault mors autres que de fer A faire aux gens la bouche bonne.
Vertu, pour deux frains, nous ordonne Bien aymer Dieu et craindre enfer.
Ce n est pas après sa mort que Jean Meschinot a connu la gloire littéraire, avec les nombreuses éditions des Lunettes qui suivirent celle de 1493, postérieure de deux ans seulement à la disparition du poète. De son vivant, il a été certainement la parure de la pieuse cour de Bretagne. Charles d'Orléans 1 a apprécié, on la vu. Mais surtout il a reçu du grand Georges Chastellain, c’est-à-dire de l'arbitre du goût nouveau (du mauvais goût), un témoignage qui est une consécration venant de ce chevalier de lettres, qui donnait le ton, non seulement à la cour de Bourgogne, mais encore à celle de Bourbon et même à la cour de France. Si I on considère le jeu verbal des rimes de Jean Meschinot, il est certain que, dans une grande partie de son œuvre, il demeure l'élève, comme il se montra l'admirateur, du grand et superbement ennuyeux Georges.
Chastellain, qui aimait autant à moraliser3 qu'à allégoriser, et par ailleurs un psychologue et un somptueux historien, avait inventé un petit poème intitulé dans les manuscrits les Princes, dans lequel il passait en revue les différentes espèces