Gilles de Retz, le duc d’Alençon
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Prions Dieu qu’il efface nos péchés :
Ainsi l'ottroye celluy qui vit et régné Eternelement en son hault siégé et régné.
Amen.
C’est la fin des Lunettes de l’écuyer dévot. Sur le feuillet de l’édition originale est gravée une admirable figure. Deux angelots, à genoux, élèvent dans leurs bras un immense calice, une grande et lourde cuve où ruisselle le sang de la croix1.
Il ne faudrait pas croire que Meschinotn’ait été qu’un strict fabricant de discours moraux. Il avait observé le monde et il savait tout ce qui sépare un conseil donné de son application. Témoin le refrain de la ballade :
C’est très bien dit, mais querez qui le face ?
Meschinot ne fait d’ailleurs que traduire sa nature sérieuse et sincère; et lui-même a pratiqué le bien pour le bien :
Se maintenant tu es de chaleur sans,
Frileux, ridé, pale, gris ou chanu,
Ne te chaille, mais que soyes venu A tel estât, nect de crime et reprouche :
Il n’est trésor, grant, moyen ou menu,
Qui vaille honneur et véritable bouche.
Sa vie, à la manière des stoïques, est une préparation à la mort. Il n’a guère d’illusions, le brave homme, sur la société nouvelle qu’il voit naître, dans son âge mûr et sa vieillesse :
Fy d’estre filz de prince ou de baron,
Fy d’estre clerc ne d’avoir bonnes meurs,
Ung renoyeurs, ung baveux, ung larron,
Ung rapporteur ou bien grant blasphemeurs Plus sont prisez aujourd’hui, dont je meurs,
i. Cette image se retrouvera, mais sur le titre, dans l’édition de Nantes, i4ç)4» Dans cette même édition, avant les additions, une pièce de métal représente Adam et Ève chassés du Paradis.
JEAN MESCHINOT (( LE BANNI DE LIESSE
2ig
Voyant ainsi les estatz contrefaictz.
Qui a de quoy est en dictz et en faictz Sage nommé et sans aulcun diffame;
Mais les povres, vertueux et parfaictz.
Gens sans argent resemblent corps sans ame !
Plus qu’un autre, peut-être, le pauvre écuyer avait constaté le pouvoir de l’argent, et la grande peine que c’est de n’en pas avoir :
Est il douleur, desconfort ne oultrage Qui tant griefve comme d’argent deffaultP...
C’est assez mal pour devenir martir Ou pour jouer les peines saint Guedas. ..
c’est-à-dire la représentation du martyre de saint Gildas, un mystère aujourd'hui perdu.
Et souvent aussi Meschinot s’étonnait que Dieu ne nous frappât pas de sa faux ou du trait du grand arcqu il tend (Paraph rase du verset ; Et misit signa et prodigia in medio tui, Ægipte). Sur la cour, qu’il pouvait bien connaître, dans sa province du moins, Meschinot avait encore moins d’illusions :
La court est une mer1 dont sourt Vagues d’orgueil, d’envie orage :
Qui la chiet a peine en ressourt.
Malebouche y fait maint dommage,
Ire esmeut debas et oultrage Qui les nefs gittent souvent bas,
Traison y fait son personnage :
Nage aultre part pour tes esbas...
Prince, court est ung droit servage :
Liberté vault trop mieulx, helas!
Toy donc qui as bon patronnage,
Nage aultre part pour tes esbas.
Sans doute, elles datent des premières années du règne de Louis XI, quand la guerre du Bien Public va éclater et englober la Bretagne, les belles ballades sur les On dit, On fait, les ballades dialoguées dont tant d’autres exemples se