‹ Histoire poétique du quinzième siècleChapitre 60 sur 183 · Arch. Nat., Xla 483o, fol. 8ovo · texte numérisé non relu

Arch. Nat., Xla 483o, fol. 8ovo

HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE

Mais ledit Barbeau ne voult surseoir et si saisit les heritaiges dudit appellant dont il y a joy bien xij ans... ».

Nous voilà un peu loin du Testament de la mule! Mais l’esquisse du rapace huissier laisse entrevoir un coin de cette vie des hommes de loi de la fin du quinzième siècle, vie d'aventures d’une certaine façon, et qui les conduit presque aussi souvent à la prison que leurs clients. Et l’histoire d’un Barbeau explique aussi celle d’un Baude.

Il reste à dire pourquoi Baude a retenu le legs de la selle. Ce sera l’occasion de lever un nouveau voile tendu sur les sentiments secrets de notre homme. Car il s’agit là d’une équivoque, et non pas du désir de posséder la selle de la vieille bête. Le legs, qui précède, fait à Colette d’une croupière qui porte en avant ne laisse pas de doute sur l’ordre de pensée qui occupe alors Baude. Chevaucher sans selle, c’est faire l’amour1, ce dont Baude entend annoncer qu’il est alors incapable, sans que nous soyons forcés de le croire.

Mais rentrons au Palais où Baude a été Parisien, aussi Parisien que peut l’être un commis de finances né en Bourbonnais, qui est assez souvent par voies et par chemins, en particulier dans son Bas-Limousin2; aussi Parisien que le sont tant de Parisiens, retenus à Paris par leurs offices dans la capitale, où beaucoup de familles de robe sont d’origine provinciale ; dans un temps où tout le monde est Parisien, quand l’Université et le Parlement se tiennent à Paris. Une

i. En voici d'autres exemples :

Sans selle ou bast, a tout le frain,

Avecques mon borgne poullain

L'aultrier cbevauchoy une mulle...

(Bibl. Nat., ms. fr. 1719, fol. 85). Cf. également le refrain de la ballade :

Je ne suis plus ainsi que je souloyo...

Boire sans soef et chevaucher sans celle

(Bibl. de Stockholm, ms. fr., lui, fol. 17).

3. <( Maistre Henry Baulde, en son vivant esleu de Lymosin, demourant a Paris » (Bibl. Nat., ms. fr. 1716, fol. 3ovo).

procédure du Parlement criminel le désignera ainsi : « Henry Baude, bourgeois demourant a Paris1... ».

Nous l'avons vu, à propos de la date de la signature du Testament de la mule Barbeau, dessiner le paysage du Palais. Ici Baude est chez lui ; il connaît tout le monde et tous doivent le connaître. La Chambre des Requêtes, Baude la nommera exactement « la Chambre sur Seine 2 » ; les chambres « Madame » seront celles où bon rend la justice3. Mais Baude aurait mieux aimé savoir où était, parmi tant de sacs, la chambre obscure où reposait le sac oublié de son procès4 :

Tant de procès et d’autres choses Sont es chambres Madame encloses Qu’on en laissera la moitié:

Si elle n’a de moy py lié,

Actendre me fauldra les roses !

Il y a plus : pour Baude, la Cour, la salle du Palais, sont des personnes vivantes. Au fait, il les mettra en scène et les fera dialoguer dans cette « pragmatique » qui semble bien une scène destinée à la table de marbre, et que l’on peut dater de i4865. La Cour personnifie l’opinion des gens du Parlement qui s’imaginent que lorsqu’on a fait de nouvelles ordonnances, corrigé les abus sur le papier, tout est parfait. Une voix répond ironiquement à chaque proposition du Palais; une voix qui est comme l’écho de celle de la maison, une voix lasse et désabusée.

La Court

On a des ordonnances faictes Et des anciennes extraictes,

Bien correctes et regardées.

Le Palais

A quelque fin ont été faictes.

Les vieilles sont assez parfaictes,

Mais qu’elles fussent bien gardées.

i. Arch. Nat., Xra5i, io mai i486. — a. J. Quicherat, Les Vers... p. 53.

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