Pierre Champion, François Villon, II, p
a. Arch. Nat.,X2a5i, loi. i3 (publication légèrement abrégée dans Quicherat, op. cit. , p. I 2 1-125).
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
prendre sans doute, ce dont il avait eu déjà à souffrir, tous les procédés dilatoires de la justice 1 .
Le 17 octobre i4S8, un arrangement survenait entre le bâtard de Bourgogne et maître Henri Baude au sujet du paiement de son amende qui se montait à 5oo 1. avec les frais. Guillaume de Willecocq, argentier, payait à Baude 200 1. et, pour le surplus, se constituait « acheteur de biens » ; il s’engageait à acquitter toute sa dette avant le 2 février 1489- Or, le 29 décembre 1 4 S g , le Bâtard faisait discuter le fond même de l’affaire devant le Parlement, prétendant que Baude avait été retenu prisonnier pour une certaine somme qu’il devait au bâtard de Naux, et que lui-même n’avait jamais approuvé la violence qu’on lui avait faite. Le i5 juillet 1491, on voit que Henri Baude réclamait le bénéfice d’un défaut contre Antoine de Bourgogne. Dudrac, son avocat, rappelait l’arrêt de la Cour contre le bâtard de Naux, ses procédés dilatoires, la mauvaise volonté du Bâtard pour faire amenerà la Conciergerie les délinquants, et il demandait l’exécution d’un certain arrêt du 5 mai 1 49 r -
Quant à Petit, avocat du bâtard de Bourgogne, il répliquait qu’il n’y avait pas matière à plaidoirie, mais à jugement d’un défaut, que le bâtard de Naux n’avait rien de commun avec Antoine de Bourgogne, qu’il n’était pas son serviteur : « pourquoy dit que ladite requeste baillée par ledit Baude est impertinent et non recevable et n'y doibteslre obtempéré».
11 y a 1 ieu de croire que l’affaire traînait encore en i4g6...
N’y avait-il pas là de quoi dégoûter de la justice un homme de loi lui-même? N’était-ce pas le moment de déclarer que la justice était morte en France, depuis longtemps, avec le roi Charles Vil qui la voulait bonne et brève, « au povre comme
1. Sur toute la suite de cette affaire, cf. Pierre Champion, Henri Baude devant le Parlement de Paris, dans la Bomania, t. XXXVI, p. 80.
au riche, et petit comme au grant ». C'est bien le sentiment qui animait en ces jours Henri Baude, ruiné et vieilli. Il l’avait éprouvé, au surplus : jamais le métier d’officier subalterne de finances n’avait nourri son homme, du moins celui qui l’exerçait loyalement1. On sent que Baude est à la fois suppliant et indigné. Il adressait à la cour du Parlement requêtes sur requêtes2 :
Tant a cropy mon sac en Parlement Qu’il a couvé ung grant tas d’incidens Et eust couvé encore plus largement...
Et maître Henri Baude suppliait un tiers d’intervenir en sa faveur auprès des présidents :
Encore ung coup, en la chambre sur Seine,
Vous plaise aller Baude ramentevoir Tant que l’en puist de luy mémoire avoir Car dix ans a qu’il est en cette peine !
Baude imaginait que son cœur commençait un dialogue3 avec le fameux sac à procès, dans un morceau où il parodie les versets 3 et 4 du psaume i4a : Quia persecutus est inimicus animam meam : liumiliavit in terra vitam mearn. Collocavit me in obscuris sicut mortuos sœculi : Et anxiatus est super me spiritus meus; in me turbatum est cor meum.
Précieux sac, à tout jamais perdu, au milieu de tant d’autres sacs à procès4 !
Mon juge fait de l’entendu,
Mon advocat au bras tendu Et mon procureur négligent Demandent sans cesser argent,
Quant j’ay tout le mien despendu.
Mon procès est au sac tendu,
Lequel je tiens plus que perdu,
Riens n’y vault estre dilligent,
Mon juge.
i. Vallet de Viriville, Nouvelles recherches, p. io.
a. Cf. la tapisserie du manuscrit de la Bibl. Nat., ms. fr. 1716, fol. 63v0 :
Je gaigneray si je ne faulx.