Ibid., fol
3. Arch. Nat., Xra5i, 6 janvier 1487. n. st. (J. Quicherat, op. cit., p. 120).
4. Surtout ce qui suit, cf. Pierre Champion, H. Baude devant le Parlement de Paris, p. 79-86, dans la Romania, t. XXXVI, 1907.
5. Les portraits du grand Bâtard confirment cette dureté. Voir celui du Musée Condé à Chantilly ; l’effigie de Dresde reproduite dans les Chefs-d'œuvre d'art ancien à l'exposition de la Toison d'or à Bruges en 1907 p. p. le baron Kervyn de Lettenhove, etc... Bruxelles, 1908, in-4.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
guignonne à Granson, il avait été fait prisonnier dans la déroute de Nancy en M77, était tombé au pouvoir du roi René qui l’avait remis aux mains de Louis XI. Mais ce dernier se l’était attaché en le comblant de faveurs \
En i486, le bâtard de Bourgogne, qui a soixante-cinq ans, vient d’être légitimé par Charles YIll. 11 vivait noblement, administrant ses nombreuses seigneuries1 2, dans un luxe princier qui se manifestait, entre autres, par une collection de superbes manuscrits3; ainsi le Bâtard rappelait le faste paternel et montrait un goût faisant contraste avec sa vie mouvementée L
Or, le 12 février i486, maître Henri Baude reposait dans la maison du grenetier de Sainte-Menehould. A minuit, Denis Bournel, bâtard de Naux, capitaine du château, accompagné de Lambert Rabucan, de Thibaut le Vert, de Nicolas Malgarny, de Girard le Pescheur, se saisissent de Baude endormi. Il est jeté à bas du lit, tiré par les cheveux, frappé jusqu’au sang, transporté en chemise dans le château de Sainte-Menehould aux cris de : « Bibault, traître, te faut-il plaider à Monseigneur le Bâtard, comte de cette ville, et à ses gens? A cette heure sera la tin du procès, car tu es mort et n’échapperas jamais en vie de nos mains! » Ou bien, il pouvait encore entendre ces paroles peu rassurantes pour lui : « Etes-vous venu, notre maître? Le diable vous a bien amené ici. Fait-il bon plaider à Mon seigneur le Bâtard et à ses gens? Au fort, quand vous ne fussiez venu ici si vous ne fussiez pourtant échappé : car il y a des gens sur les champs ; s’ils vous eussent rencontré,
1. Chastellain le nomme « très gentil bel chevalier entre mille, en qui Honneur
et Nature avoient mis des dons beaucoup » ( Œuvres , III, p. 96).
3. Il était seigneur de Heures en Flandre, de Crèvecœur, de Vassy, comte de Sainte-Menehould, de Château-Thierry, de Guines, de Grand-Pré, de la Roche en Ardennes et de Steenberghe.
3. A. Boinet, Un bibliophile du quinzième siècle. Le Grand Bâtard de Bourgogne, dans la Bibl. de l'École des Chartes, t. LXVII, 1906.
4- Suivant une conjecture de M. A. Piaget, il est l’un des auteurs interlocuteurs du dialogue libre sur les différentes gouges, pièce qui se rencontre dans le manuscrit fr. 1721, fol. g5, contenant des poésies de Baude ( Romania , 1921, p. 1 73).
pi. xv
L’auteur offrant son livre au Roi Charles VIII
(Bibl. Nat ms. lat. 6222e)
ils vous eussent mis et détaché en cent mille pièces! Il vaut mieux noyer que faire pendre ou tuer! » Ainsi ces brutes plaisantaient, sinistrement, dans la grosse tour du château. Et Baude, qui grelottait, les pieds nus par un froid très vif, pouvait encore entendre le bâtard de Naux qui se distinguait par ses menaces : « Cnides-tu avoir la raison de Monseigneur le Bastard? Quant il t’aura faict mectre en pièces, et plus homme de bien de beaucoup que tu n ez, il n’en sera autre chose! » Et le capitaine du château avait fait mettre Baude et ses compagnons aux fers : on lui avait enlevé ses lettres, cédules, quittances, tous ses biens...
Ainsi l’avait ordonné le grand Bâtard de Bourgogne; ainsi l’avait fait Girard Bournel, son lieutenant.
Ce fut là une grosse affaire, qui eut, dans le monde de la justice et des clercs, un retentissement considérable. Car Martin de Bellefaye, lieutenant criminel du Prévôt de Paris, aujourd’hui conseiller à la Cour (un homme qui pouvait d’ailleurs avoir des égards pour un joueur de moralités comme Baude, car, dans sa jeunesse, il avait voulu monter une farce avec ses clercs, en i46od),se rendait auprès du grand Bâtard pour l’interroger et faire mettre Henri Baude en liberté. Denis Bournel et ses quatre principaux complices étaient ajournés à comparaître devant le Parlement; mais comme ils ne se présentèrent pas, le bénéfice de leur défaut fut adjugé à Henri Baude. Le 11 avril 1487, le Parlement les condamnait à 4oo 1. p. d’amende envers Baude et à 4oo 1. p. envers le roi, à tenir prison jusqu’au paiement de ces sommes
Ainsi Baude voyait ses persécuteurs poursuivis à leur tour et il pouvait espérer recouvrer à la fois son argent et son amende. Mais il allait connaître, ce qui ne devait pas le sur-