J. Quicherat, op. cil., p
2. Ibid., p. 99-100. — Ce tapis n’est donné que par le ms. fr. 12490, fol. ii9ro.
3. Je suis ici le ms. fr. 1716, car Jules Quicherat n’a recueilli qu’un très petit nombre de ces tapis ; pièces dans le même ordre dans le manuscrit de Chantilly 5 1 o ,
Et voici encore les maigres ânes de Mirabeau qui se dévoraient l’un l'autre; les ânes volants qui sortent de la trompe de Faveur; l’âne qui préfère manger des chardons que de se voir empalé dans un parc, comme le noble cheval.
Maintes scènes produisaient le petit bonhomme qui peine et qu’on saigne quand il fait entendre sa plainte; le peuple qui paye tout et ne peut avoir la paix. Et Baude montrait encore l’étonnant pressoir où l’on tire de l’huile de cailloux; l’imprévoyant qui tranche la branche sur laquelle il est juché; l’homme de village caché sous le rocher en attendant un temps meilleur. Car Baude excellait à tirer la philosophie de son expérience de chaque jour en montrant l’homme qui dégringole les escaliers dangereux de la Cour; la chandelle allumée où tant de gens se sont brûlé les ailes; la pirouette, qui est le jeu que nos enfants appellent toton, et qu'une main gouverne; l’homme qui veut rompre les anguilles sur ses genoux, et beaucoup d’autres imaginations où brille la sagesse paysanne. Et Baude proposait encore aux tisseurs de laine ce bon tapis, représentant un parc bien gardé des loups, où il fait parler, comme dans un naïf mystère abrégé, les anges, le berger, les brebis, le loup et le chien, Honneur, Justice, Vérité et Crainte de Dieu.
Nous ne possédons plus aucune tapisserie de ce genre; quelques sujets galants, certaines promenades dans la campagne, comme la tapisserie des Arts Décoratifs, celle du Musée de Nuremberg, une autre représentant Souper et Banquet1, peuvent seulement en donner une idée. Mais il ne faut pas oublier que nous possédons surtout des pièces de tapisserie conservées dans les trésors des églises ou dans les successions princières. Il est très possible que ces projets du poète aient été réalisés dans les maisons des bourgeois enrichis; des gens de finances qui, un peu partout, commençaient à jouer un grand rôle dans nos provinces et à supplanter la noblesse locale.
1. Jubinal, Anciennes tapisseries historiques de la France, i83g.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIECLE
Mais à défaut de telles tapisseries, nous en possédons les cartons. Ils nous ont été conservés par un très précieux manuscrit l, qui est en même temps un recueil d'admirables dessins français formé par François Robertet, un peu après ibog2.
Ce recueil, dû à la collaboration de deux artistes au moins3, commence par nous donner les images de l’Amour, de la Chasteté, des Parques, etc., qui illustraient la traduction des Triomphes de Pétrarque, par Jean Robertet; puis on y voyait défiler les dieux et les déesses du paganisme , les Muses. Charmantes images françaises où les Parques sont des Rieuses de chez nous, le Temps, un rude voyageur, 1 Eternité, une vierge tenant la palme de gloire. Saturne dévore ses enfants devant un petit château du style le plus récent. Et Racchus, le verre en main, foule le raisin dans la cuve, tandis que les laboureurs font une ronde que rythme le tambourinaire. Pan, le grand pâtre, règne de sa houlette sur un parc, à Forée du village: Yulcain forge des coulevrines; et la belle enfant qu’est notre dame Vénus, dont le torse gracile sort des eaux, tient ce rameau d'odeur délicieuse qui
Signiffie que plaisance amoureuse Se change tost et réduit en tristesse.
Mais nous quittons bientôt ces régions étliérées où demeurent les Muses. Car c’est bien sur la terre que nous sommes avec les dessins qui illustrent des sentences morales
1. Bibl. Nat., ms. fr. a446i. (Ce manuscrit a été copié et mieux reproduit, mais plus grossièrement, par le scribe du manuscrit de l’Arsenal, u° 5o66.) Le manuscrit de Chantilly 5og, de plus petit format, datant du début du seizième siècle, présente une suite d’illustrations de ces tapis. Ces figures offrent le plus souvent la même disposition que les figures du manuscrit de la Bibl. Nat., ms. fr. 2446 1 ; mais elles sont de qualité inférieure. Quelques-unes sont originales.
2. Les armes de Itobertet sont dans l’écu pendu à l’arbre qui fait le fond du tableau d’Hercule enchaîné (fol. ii5). L’écriture de François se voit au fol. ii5 et ailleurs. — Au fol. i4i, on voit le portrait de Charles de Bourbon, le connétable; la légende fait allusion à la bataille d’Agnadel (i5og). En face, les armes et les devises de la maison du duc dont François Robertet a été le secrétaire.
3. Et plutôt de trois. La deuxième collection commence certainement au fol. 98.
HISTOIRE POÉTIQUE DU XVe SIÈCLE. Il