CHAPITRE XV
« La Hollande, ajoutait-il, attaquée parles Français et les Anglais, s'est vue obligée, par mesure de représailles, de renvoyer de ses ports les navires appartenant à ces deux nations. La navigation est demeurée libre aux autres pavillons, jusqu'à ce que l'armée française, en fermant aux Hollandais l'Escaut supérieur, les a obligés d'adopter des dispositions analogues sur l'Escaut inférieur, dont les communications générales ont nécessairement souffert. Le roi ne s'oppose point cependant à la navigation sur le fleuve, tout en se réservant d'user très incessamment de ses droits, reconnus par la conférence ellemême. »
Les négociations se renouèrent, mais le principe d'un arrangement entre la Belgique et la Hollande ne se développait que lentement, et ne fut admis qu'après de Ion* gués discussions.
Le projet néerlandais était de telle nature, qu'il ne pouvait, raisonnablement être admis par les Belges. Il stipulait qu'on rétablirait, relativement à la cessation des hostilités et à la navigation de l'Escaut, l'état de choses tel qu'il avait existé avant le 1 er novembre 1852.
Ces mots, extrêmement vagues, ne contenaient en réalité nul engagement, car M. Dedel soutenait que toute suspension d'armes formelle avait cessé depuis le 25 octobre 1831, et le baron Verstolck Van Soelen, par dépêche du 25 février 1855, avait insinué que le gouvernement néerlandais, dès l'année 1851, s'était réservé le droit d'éta-
blir, même avant tout arrangement, un péage sur l'Escaut équivalent à celui qui existait prétendument en
Des observations ayanl été faites à ce sujet, M. Dedel offrit de remplacer le passage critiqué par la phrase suivante :
« Tant que les relations entre la Hollande et la Bel- « gique ne seront pas réglées par traité, Sa Majesté néer- « landaise s'oblige à ne pas recommencer les hostilités « avec la Belgique, et à laisser la navigation de l'Escaut « entièrement libre. »
Cet amendement, d'où résultait implicitement un armistice indéfini, fut accepté conditionneliement par le gouvernement belge. Il demanda que la navigation de l'Escaut fut réglée, en prenant pour base le statu quo agréé de part et d'autre, du 20 janvier 1831 au 1 er novembre 1832. Cette réserve était nécessaire, car les Hollandais, en s appuyant sur le protocole n° 9, du 9 janvier 1831, eussent pu tenter, même avant la paix, de percevoir sur l'Escaut un péage équivalent à celui qui, de droit ou de fait, existait en 1814.
M. Dedel ayant admis l'interprétation proposée par les ministresdu roi Léopold, la convention proposée fut signée le 21 mai. Le jour même de l'échange des ratifications, des ordres furent donnés par la levée du blocus maritime, la reddition des navires saisis, et la mise en liberté des prisonniers hollandais.