‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 16 sur 136 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

truisait entièrement l'équilibre qui avait toujours existé entre les différents États belges, et tendait à diminuer l'action de ces résistances locales , jusqu'alors si vivaces, qui avaient contribué puissamment à l'établissement des communes flamandes. L'avènement de Philippe le Hardi, favorable à la consolidation de l'unité nationale, était menaçant pour la liberté publique.

Le duc et la duchesse firent leur entrée à. Anvers, le 23 mars 1384, au bruit des acclamations populaires. Ils s'étaient conciliés, dès l'année précédente, l'affection des Anversois, en accordant un sauf-conduit général à tous les étrangers qui se rendaient dans leur cité, pour y vendre ou y acheter des marchandises, à charge d'acquitter les redevances imposées par les règlements de douane. Les magistrats municipaux se hâtèrent de demander la révocation des privilèges accordés aux Malinois, et le rétablissement du droit d'étape que ceux-ci continuaient à leur contester. Philippe évita de trancher la question et, sans prononcer de jugement définitif, décida qu'un tiers des produits importés resterait à Anvers, et que les deux autres tiers seraient envoyés au marché de Malines. Cette solution eût été mal accueillie, si de plus sérieuses complications n'avaient absorbé, en ce moment, l'attention générale.

Les Gantois, en insurrection ouverte contre Louis de Maie, n'avaient point déposé les armes à l'avènement de son successeur. On apprit bientôt qu'ils venaient d'unir

leurs forces à celles des Anglais, et qu'ils menaçaient file de Cadzant. Ils y opérèrent, en effet, une descente, ravagèrent entièrement ce territoire et, tandis que l'escadre britannique cinglait vers l'embouchure de la Somme, leurs alliés, après avoir réuni trente vaisseaux, remontaient l'Escaut et se présentaient devant Anvers, qu'ils espéraient surprendre. L'expédition ne fut pas heureuse, et le commandant des rebelles, Jacob de Scheutelaere, revint au Sas, après avoir perdu la plus grande partie de sa flotte et de ses hommes. Cette défaite rendit le courage à leurs adversaires. Les villes de Bruges, de Biervliet, de l'Écluse, de Termonde et d'Anvers, qui avaient reconnu l'autorité du duc de Bourgogne, équipèrent à leur tour des navires, bloquèrent l'embouchure du Hont, et se disposaient à entamer vigoureusement les hostilités, lorsqu'une contrerévolution éclata à Gand, et mit fin à cette guerre civile. Quelques transfuges, persévérant dans leur résistance, cherchèrent un asile à bord de la flotte du comte d'Arundel et, après l'avoir vainement engagé à attaquer l'Écluse, firent encore quelques courses du côté d'Oostbourg, et allèrent s'établir ensuite à Londres, sous la protection du roi d'Angleterre.

Le duc de Bourgogne, que des liens de famille rattachaient à la cour de France, avait adopté, en cherchant à se soustraire à l'influence anglaise, une politique essentiellement nuisible aux intérêts commerciaux de ses sujets belges. Tandis que les tisserands de Flandre se plaignaient

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