‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 21 sur 136 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'espoir de jeter le désordre dans leurs rangs, mais les bourgeois se formèrent en carrés, repoussèrent la cavalerie bourguignonne, et continuèrent à marcher vers Gavre, déplaçant leurs canons à mesure qu'ils gagnaient du terrain.

Le combat s'engagea enfin avec vigueur, sur toute la ligne. Le duc, voulant à tout prix rompre cette masse compacte, devant laquelle venaient échouer tous les efforts de ses gentilshommes, la fit assaillir par son artillerie légère et ses archers. Les Gantois, accablés de traits, s'ébranlèrent en ce moment, et l'explosion d'un chariot de poudre acheva de mettre le désordre parmi eux.

Rejetés du côté de l'Escaut par les hommes d'armes picards, leur retraite se changea enfin en déroute complète. Poursuivis par les vainqueurs, les uns se jetèrent dans les flots et s'y noyèrent, tandis que leurs compagnons tombaient sous la hache des Bourguignons, qui les foulaient sous les pieds de leurs chevaux. Le carnage fut effroyable, et des milliers de cadavres couvrirent bientôt la plaine.

Deux mille Flamands, s'arrêtant dans leur fuite, s'étaient retranchés dans une prairie, entourée en partie par le fleuve, et défendue de l'autre côté par une forte haie et un fossé. La lutte s'y renouvela avec acharnement, et le duc de Bourgogne, qui s'était élancé dans la mêlée, fut sur le point d'y périr, de même que son fils, le comte de Cbarolais, qui y fut blessé d'un coup de lance.

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Ce fut le dernier épisode de celle triste guerre. Le 27 juillet 1453, une députation gantoise se présentait au duc Philippe, et lui apportait la soumission de la cité gantoise. Les métiers abdiquaient le pouvoir, et désormais l'aristocratie urbaine, plus favorable au prince, reprenait la direction des affaires.

Huit ans après ces violentes commotions, le duc de Bourgogne, alors en paix avec la France — où Louis XI venait de commencer un règne fécond en grands événements — et avec l'Angleterre, soumise à Edouard IV, ne songeait plus qu'à réaliser le rêve de sa vieillesse, c'est à dire à prendre la croix et à se rendre en Orient. Avant de s'embarquer en personne, il voulut se faire précéder dans la Méditerranée par une division navale, et il mit l'embargo, dans ce but, sur plusieurs nefs marchandes qui se trouvaient en ce moment à l'Écluse.

Douze galères, montées par un grand nombre d'hommes d'armes, parmi lesquels on distinguait un corps de trois cent trente Gantois, mirent à la voile aux embouchures de l'Escaut, transportant en Asie les futurs compagnons du « grand duc d'Occident ». Cette flottille était commandée par le comte de la Roche, qui avait sous ses ordres Baudouin de Lille, Simon de Lalaing, le sire de Bossu t, le sire de Cohen et d'autres vaillants chevaliers. Philippe assista à leur départ, espérant bien les rejoindre un jour sur ces plages lointaines dont ils allaient braver les périls : « Et estoit belle chose, dit un ancien chroniqueur, de voir les

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