‹ Histoire politique de l'EscautChapitre 24 sur 136 · CHAPITRE rr. 4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE rr. 4S

d'argent ciselé, par dessus laquelle il portait an riche manteau, semé d'étincelantes pierreries. Maîtres des plus beaux fiefs de l'Europe, plein de persévérance et d'audace, il ne lui- manquait qu'une couronne pour marcher l'égal des plus fiers potentats, en humiliant son suzerain et son rival, Louis XL Celui-ci ne l'ignorait pas, et travaillait déjà à la ruine de ce voisin dangereux , dont il connaissait l'indomptable orgueil.

Charles, en acceptant le combat mortel dont son triomphe devait être le prix, y apportait toute la dévorante activité d'une nature fougueuse et passionnée; son en* nemi, au contraire, attendait avec patience le moment d'agir, profitait habilement des moindres circonstances favorables , et ménageait ses forces pour ne les employer qu'au moment décisif. Le premier avait la rudesse, la bravoure et l'imprévoyance d'un preux chevalier : le second possédait l'esprit rusé et cauteleux du diplomate et de l'homme d'État.

Nous nous bornerons à citer, parmi les faits qui se produisirent sous l'administration du duc Charles, les épisodes qui se rattachent à l'histoire de l'Escaut. De fréquentes rencontres navales eurent lieu, en 1470, entre les Français, les Flamands et les Anglais. Nos côtes étant menacées par une escadre hostile, commandée par le comte de Warwick, une flotte bourguignonne sortit du port de l'Écluse , le 8 juin , pour ojler la combattre. Cet armement, placé sous les ordres d'Henri de Borsele, se

composait de vingt- quatre gros vaisseaux, parfaitement équipés. Nos marins, après avoir croisé pendant quelque temps en mer, se rapprochèrent de Warwick le 2 juillet, lui donnèrent aussitôt la chasse , le poursuivirent»jusqu'en Normandie et, l'ayant atteint, lui capturèrent une dixaine de bâtiments. Plus tard, quelques nefs marchandes, belges et hollandaises, étant tombées entre les mains des corsaires, en se rendant au Levant, le duc, pour prévenir le retour de pareilles infortunes, prescrivit aux armateurs de réunir en flottille les navires destinés désormais à ce voyage, en les plaçant sous la direction d'un amiral. Leurs équipages, pourvus d'armes et de munitions de guerre, devaient arborer, en cas d'attaque, la bannière de Bourgogne.

Dans l'intervalle, Anvers eut quelques démêlés avec les Hanséates, concernant les péages établis sur l'Escaut, et l'institution des chefs-hommes , des quarteniers et des examinateurs, employés fiscaux dont les fonctions étaient à peu près celles de nos officiers de douane. Ils étaient au nombre de trois, et furent bientôt supprimés.

Des atterrissements considérables commençaient à se former en face de l'Écluse, et obstruaient en partie l'entrée de ce port. Les délégués du duc, craignant l'influence fâcheuse de ces modifications physiques sur le commerce de la Flandre, consultèrent les trois états du comté sur les moyens d'arrêter l'engorgement des passes maritimes, et de leur rendre leur ancienne profondeur. Des commis-

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