‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 31 sur 126 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

SUITE DE L HISTOIBS DB LA VlRQlIftB. (1621*1688.)

Messieurs,

Nous avons laissé la Virginie au moment où le partage du sol et la culture du tabac assuraieai sa durée y d*uDe part en stimulaot le travail» d^autre part en lui garantissant une avantageuse rémunération. Après treize ans d'éprenTOi les aventuriers étaient devenus planteurs, chefs de familfe^ propriétaires de domaines cousidérabies, c'est alors que se réveilla le vieil esprit anglais; la charte coloniale parut oppressive; on lo prit sur le ton de rindépendauce avec le gouverneur; on réclama comme un droit inaliénable les privilégeSy les libertés, dout le citoyen anglais jouissait dans la mère patrie.

Pour apaiser cette agitation^ sir George Yardley, gouverneur de la colonie eu 1619^ convoqua une assemblée générale composée des représen* tants des diverses plantations , et leur permit de prendre et d'exercer à coté du gouverneur et du conseil colonial, les hautes fonctions de la législature. Ce fut la première as^ieuiblée reprt ^L lUative établie en Amérique, et, remarquez-le bien, il

T« LKCON. » lA VIRGINIE. 97

n^y avait que treize ans que la colonie était fondée*

Cette iDstitutioû fut si bien venue, elle parut si nécessaire à la prospérité de la colonie» qu'en 4621, le conseil supérieur , siégeant à Londres, rendit une ordonnance célèbre qui accordait à la Virginie une constitution écrite, et, en assurant su liberté, asburait du nie me coup sa fortune.

La forme du gouverneinent donné à la Virginie int une imitation de la constitution anglaise ; elle a pour nous un intérêt particulieri car elle servit de modèle aux ordonnances qui régirent les colonies relevajit directement de la courounc. « Le but de l'ordonnance, est-il dit dans le préambule de la charte, est de procurer le plus grand soulagement et le plus grand bien-être du peuple, et de prévenir ainsi Tinjustice et l'oppression. »

Les dispositions de l'acte sont peu nombreuses et simples. Un gouyemeur choisi par la compagnie , un conseil permaueiit , nommé par la même autorité, une assemblée générale qu'on doit réunir tous les ans t et qui se compose des membres du conseil et de deux députés élus en chaque plantation par les habitants , telle est la

composition des pouvoirs publics, qui dans ses traits principaux rappelle la constitution anglaise : un roi , une chambre haute , une chambre des communes.

A réassemblée 1^ pleiii pouvoir législatif; mais le gouTerneur a un droit de veto; et nulle loi n'est yalide qu'autant qu'elle est ratifiée pa$ la coQipajj^ie jie ^qH4f ps, QPuUrfi (et ce^e dispo^itiqu, au§^i que \>'m en(en4«|o» a»^ritç à'^tr^

piarquue), uuciiu des orjrca de la compagnie de

i^ni^die^ 1)6 p^ut ohligef |{i ^^^^ 4 étrf

ratifié pi^r l'assemblée^

Qo^Ut âuî^ cours de jU3tjcey U leur {u( ei^qint

mm le^lqw et l^ fprqifft i^qglf^il^i c'é^itlf

rétablissement du jury, c'élaitrabulition desçour? iqartiale^ qu'oii avilit établies de l'avis 49 fi^coiif ^t que défeud^it h papfite de Warwiqk, dédaimat que uifl ji|geq^e|^t n'était plus uoble qu'une ^mmiU^ir^jt puisque c'éM^itMl^t deti sQidat^, des hommes ç( epée , qui prononçaient. Les p^apt^urs pféfér^ept ^^jà ^tr^ ^ité« e^t cUoyfkps plutôt qu'en gentilshommes.

Aiiiaj;, dès qu^ la coluni^ $entit vivre, i| lui fallut (e^ liberté^ d« h \&W logative^^ qui font la gloire et la grapdeur du citqyen (^^glai^ ; ie iibrp gonve^nemept^ le ju§^ ipem par. j^ré3.

pèû luis, lea Virgipieqs ne fqrf^nt plus 1^ l^fiut^^ les s^viteucf ^ yim fu>mpfhgi4iflr des tiommes libres, des Anglais, d^s citoyen^; depuis lpr$ aussi la prospérité de la coluaie *^ pu ^if^

tf^M^).lé^ par le^ évé![ifi9|iept9 d^ d^borB, par \m

incursions des Indiens^ par la mauvais^ paUce

gouvernemea^ nugi^^is, mai^ à l'intérieur elU était fondée sur uiie base trpp durable, pour (tre ébranlée d'uq iu^^tuuU

A ^Hjçt deui^ réflexipas» l'unfi qui Dqu« fff^ mieux comprendre la constiluiion américaine y rautre qui tq^al^e nos estais de çoioni^tiopy ai nous montre le principal défaut de notre poUtiqua coluuiule^ au98| bien de qellç quQ nous s»uivpns aujofird'buî que de celle qqe luivil Louie ]UV; ca|^ toutes deux se ressemblent en uu trait » je dirais presque en un vioe Q^SQatiel : ripterveaUoa exagérée, la tutelle eyeesalYa de TÉUt

Yuuâ \o)ez coo^ment, dès le premier jour, li^ eonstitutioa anglaise i toute proportion gardée^ fut naturalisée eu Amérique i et eombieny de eetle (tremière ebaucb^ politique, il est aisé da dégager le système du gouYarnemaat (idérai. L*indépeni

dance du puu\uu' exéculif, et le vela qui en esL la giurautifkf Udivi^ou du pouvoir législatiC, qui se fit d'elle-même du jour où Ton sentit la néee»sité de séparer le ço,useil| mêlé à TadministratioQ^ de TasMinblée qui n^avait que le vota dee lois, enfin la distinction du pouvoir judiciaire, étaient déjà d antiques libertés au moment de la réTolntion* el quand > après Tessai désastreux d'une çbambre unique , maîtresse de tous les I^uyi^irs, W^iahington el ses amis proposèveel d'établir la piréi^ideRce et le steal , ils ne Anmi que revoir | la tradition p à uua expérieaca qui

100 LIVRB 1. — COLONIES.

complaît oa Amérique plus d'un siècle de succès. Heureux pays , qui , eu recherchant son passé , n'y trouve que de tels exemples, et qui a acquis, par une longue habitude , le maniement de cet oulil puissant, mais dangereux, qui blesse trop souvent la main qui s'en sert pour la première foist la liberté !

Quant au système colonial anglais, vous voyez que ce qui le caractérise, c'est» dès le début» la libre administration ou du moins le libre contrôle remis aux planteurs. La Virginie, en 1621, était un établissement bien faible, bien misérable, peuplé d'une poignée d'hommeâ a peine caoïpés sur le sol; les Indiens étaient tout près» mena- <^nte et dangereux : rien ne nous eût semblé plus naturel que de tout remettre entre les mains de r£lat, et de charger un gouYemeur de protéger les émigrants, de les conduire et de les faire coloniser sous sa direction ; il est probable que Ten* treprise eât échoné.

C est qu li ea est des sociétés comme des individus; c'est qu'une même loi régit les hommes, qu*ils agissent isolément ou en corps. Charges* vous de diriger un homme, de le faire travailler» de le nourrir; ne rabaodoanes jamais à ses propres forces; ne lui laissez aucune responsabilité» vous n'en tirerez rien» vous en ferez un fainéant; la liberté au contraire «I la i^sponsa* bUile lui rendront tout facile» et lui feront

V LEÇON. — LA VIRGINIE. iOi

déployer une énergie dont il ne se croyait pat

doué. Il en est de même des sociétés, c^est la ii« bertéy c'est la responsabilité qui fait leur puissance et leur yie.

Pourquoi les colonies grecques ont-elles atteint sitôt la richesse et la grandeur? c*est qu elles ont toujours été libres. Dès que l'essaim s envolait, il était maître absolu de ses destinées , et rien n'inquiétait son indépendance. Les émigrés n'étaient point les serviteurs, mais les alliés naturels de la métropole. Les deux peuples parlaient la même langue, avaient les mêmes dieux, gardaient les mêmes coutumes, mais chacun était maître de ses intérêts et de çes droits. G*est la liberté qui , en stimulant Ténergie des colonies naissantes, leur permit de s'étendre par toute la Méditerranée; jamais le monopole n'a connu cette fécondité.

Dans les temps modernes, prenons pour exemple VÀmérique du nord.

Tandis que le Canada, établi avant la Virginie, le Cauada, où Ton donnait aux émigrants des terres, du bétail, de l'argent, languissait sous la protection de nos rois, la Virginie, abandonnée à ses propres ressources, faible, mais sachant qu'elle ne pouvait compter que sur elle-même, et que chaque effort lui proiiterait, la Virginie s'organisa, se développa librement, et quand, franchissant les Alleghanys, elle vint disputer aux Français la vallée de l'Ohio, la colonie libre qui

iOi UTBK I. COLONIES.

n'avait rien demandé à la métropole était riche et peuplée et pouvait mettre en ligne des forces bien pluA considérAblésqttelaeoloilie royale, qui avait coûté, qui coûtait encore à la France d énormes et d^inuiiles sacri&beà.

Il en e3t de mcnic de TAlgcrie ; ce ne seront pas trois représentants , noyés dans la Chambre, qui félrbttt la pitisf^érité ; t^eêt îihe adininistratioa coloniale indépendante, c'est la liberté, c'est la responsabilité. Qii'y aui'ait-il de dangèrettt à donner au moins à la province d'Alger une représentation indépendante, à imiter la sage disposition qui (^bmtnenba la prospérité de la Virgitiié, il y a deux siècles : laisser la colonie faire ses lois, sauf veto de ià métropole, n'y point appliqiier d'ordonnances sans l^aveu Ah l'assemblée cdidnialé i

Personne plus que moi n'est ëonvaineu de Tàiràtitage qu'il y â poiir nous à pbsséder une colonie aussi bien située, à y écouler les esprits àirdents qui sont un danger ici , qui seront là-bas iihb gloire bt dne tbrce; liiats, rhistbire à la main, il est aisé de prédire l'insuccès après tant de inillions dépensés, si l'oii persiste dans cette fausse politique qui tient les colonies en tutelle. Aujourd'hui surtout que la liberté séduit tous lés peuples, parce qu'ils en comprennent les avantages économiques non moins que les avantages politiques, si le coiiraut de l'émigration qui Va aux États-Unis ou à Montévidéo ne se dé-

V LÈt^Â. — LA VifeGiNliî. iDâ

totthid eil Heti t>oti^ l*AlgëH«, c'm, ëftcUet-lë

bien y parce que la liberté y manque. Quand dii tl'otivëra ën Algérie , faon pas ilti caibp ihais tiné pairie; quand, après unr cotirle épreuve, le cdion , d'où qu'il viebne , serà don pas UD étràngeih mai» un Utojrëti; thalstlti Ifaetnbre du gouvertae* ment, aloi's le succès de la colonisation ne serà pa& àû ïÛiiÀiïi douieut. JusqUe-là oti ponr^rk tdu» jours craindre que la France ne se lasse d'une conquête ruineuse^ et ne perde quelque jour une colonie dont elle pourraU, pat un dédret^ fâire U patrie commune des races latines. Le secret de rheureuëe fortune des plantations anglaises n'est autre que la liberté.

Je reviens à la Virginie. La liberté qu'elle venait d'obtenir était séiis douté un élément de prospérité ; mais il restait encore plus d'une épreuve à traverser. UUe invasion indienne mît rétablissement nbiiVeâu à totitè elttéiiiité ^ et fut suivi d'une guerre sanglante où tes An* glais rivalisèrent de peirfidie et dé chialité avëc les sauvages. Plus que jauiais il élaii nécessairè que la compagnie vînt au secours des planteurs; mais , à ce moment même, elle eièila là jaloûsle du roi^ il conspira de la ruiner et il réussit.

La compagnie était devenue beaucoup plus importante qu'ab début ; le nombre ^ës associé! était considérablei et les réunions tumultueuses. Comme le roi convoqiiait rarement le parlement^

c'était dans les assemblées de la compagnie que l'opposition cherchait une tribune ; c^est là qu'on attaquait les proclamations du roi, les ordonnances. coloniales rendues par le conseil privé.

ff L'assemblée de la compagnie du Nord, disait l'ambassadeur d Espagne au roi Jacques, jaloux de sa prérogative et redoutant Topinion popnpuiaire, e est la pépiuîère d'un parlement séditieux. I)

Il fallait un prétexte pour venir à bout de la

compagnie , car elle refusait de renoncer à un établissement qui lui avait coûté fort cher et ne donnait encore qu'un revenu insignifiant : mais dans un gouvernement despotique quand le maître veut quelque chose, les moyens ni les hommes ne lui fontdéfnut. Le massacre des planteurs par les Indiens avait ému Topinion; la colonie n'était guère plus avancée qu^au premier jour; des sommes énormes avaient été enfouies; lea actionnaires mécontents étaient divisés : c'en était assez pour que Jacques ordonnât une enquête sur les lieux. A la suite de cette enquête, le rui contesta la validité de la charte , et elle fui annulée; la Virginie devint province royale, et garda cette situation jusqu'en 1 776.

La compagnie tomba, comme toutes les compagnies malheureuses, sans que personne la plaignit» sans que le parlement alors assemblé en prît la défense. Dans la colonie , sa chute n'excita pas

V* LEÇON. — LA VUIGIFIB. 105

dairaDtage de regrets; peu importait à la* Virginie de changer de maître, pourvu qu'elle conservât ses libertés : c'était la seule chose qui roccopât. Le seul point sur lequel elle insista auprès des commissaires chargés de renquète» c est qu'on ne doouât pas un pouvoir absolu au gouyemenr, et qu^on ne touchât pas à rassemblée, rien ne pouvant mieux conduire à la salisfaction et à Vutilité du public; ce furent les exprès* ttons des délégués.

La chute de la compagnie fut, tout bien considéré, un bienfait pour la Virginie. Une compagnie est le pire des souverains ; le gain , tel est le but pour lequel elle se forme et qu'elle poursuit uniquement. Mal administrés 9 les colons sont pillés par des agents infidèles; bien administrés^ ils servent d'instruments à Tavarice des associés. Quand c'est un individu qui commande , on peut espérer eu son geaie, en son amour de la gloire, en sa bonté $ sous un libre gonvemement, il est

évident qu'un intérêt commun et permanent liaira par triompher de toutes les difficultés; mais une compagnie» sourde à la pitié, insensible à la honte, sans responsabilité, même devant Topinion, sacrifie tout à son avarice : témoin la com* pagnie des Indes servie par des hommes tels que Warren liastiugs, des hommes qu'un roi même ne maintiendrait pas devant le juste soulèvement de Topinion.

Jacques nomma Un cohsdil chaîné de diriger de

Londres le gouvet'nement de la Virginie; il s était réservé d'établir lui-même un code de lois fondamentales pour la colonie ; mfeiis la niort ëiiipèchâ le royal législateur de se livrer à une fonction qui eût singulièreiheht flatté sa vanité ^ mats qui peut-être eût moins bien servi les planteurs.

Le premier acte de Cbarles fut de coniirmer le monopole dii tabac que le roi Jacques avait donné à la Virginie pour en assurer la fortune; non*seulement oii prohiba le tabac espagnol dont la qualité était supérieure, mais on défendit la culture de la ieuilie nouvelle en Angleterre et dans le pays de Galles, et on arracha les plants 4ui existaieat. Charles avait compris qu'il y avait pour le trésor une source de richesses dans le mdnopole du tabac ; et, dès te premier joiir, il essaya de devenir par ses agents le seul facteur de la coloiiie. Indifférent à la constitution ijui régissait les planteurs, son seul Iml fut d'aceaparer le fruit de leur industrie, et c'est aiusi que subsistèrent les droits politiques de la Virginie ^ lié se conservèrent comme usages, grâce à Theureuse indifférence du roi.

Ainsi, pen<iant que I^Atigietèire était ftgitée par le iermeut de la guerre civile, la Virginid s'essayait au libre gouvemèmeAt; c était Tassem*

1 . C'est ce qu'a démoDtré H. Bttusroft « contre Robtttloo ^ h en à la defIruciloQ de eei liberté*.

¥• LEÇOH. — LA VIRGINIE. 107

blée qui déclarait la guerre aux Indiens, fdisfetit là paix, acquérait de nouveaux territoires. Eii 1648, il y avàittirigt tntlle ediôns, etce nonibi^e rutseinslblement augmenté par la ruine de la noblesse d'Angleterre après la mort du roi. Des hommes

considérables dans le parti des cavaliers , frappés d horreur et de désespoir pâr les excès de la rébellion, et ne voulant à aucun prix se réconci-* lier avec les vainqueurs, allaient chercher une nouvelle patrie par delà les mers. C'est en Virginie Qu'ils s'établissaient^ car ils y trouvaient, non pas comme au Massachusets, un peuple de puritains qui ressemblait à leurs enhemls , mais la société anglaise, avec ses mœurs, ses idées, ses préjugés, iin pays enfin d'aristobraUe terrieune où toute maison était pour eux uli asile et tout planteur un ami.

Aussi Tesprit aristôclratiqlle , lèS sentihients hJyalistes de la vieille An<ïleteric prirent-ils en Virginie un ascendant considérable, d'autant plus que le gotiTei*neur, sir William Berkeley, était un des boinmes les plus dévoués au parti des Stuarts. Grâce à lui, là Virginie fut la dernière province qui reconnut la république, la première qui proclama les Stuarts, aussitôt après la mort de drbmwell et Avant la restauration.

CrouuvcU, devenu protecteur, envoya une eBca4re pour que la colonie se soumit au nouveau gouvernement. Lë royalisnie des Virginiens n'ai-

lait pas jusqu'à tenter une résistaoce inutile, et d'un autre côté Tagent du protecteur avait ordre de laisser la plantation maîtresse de ses destinées pourvu qu'elle reconnût la république. On fui donc bientôt d'accord sur des conditions sans doute remarquables par Tesprit de liberté qui règne dans tout ce que demandent les colons y mais plus remarquables encore par la générosité des instructions qu^avait données Cromwell.

Il fut convenu que le peuple de Virginie (c*est Texpression textuelle) conserverait toutes les libertés du peuple d* Angleterre; que rassemblée générale se réunirait comme auparavant et dirigerait les affoires de la colonie; que les habitants auraient partout et avec toutes les nations la même liberté de commerce que les Anglais; qu'on

ne pourrait, sans le consentement de rassemblée générale, imposer aucune taxe^ faire aucune levée de deniers, construire des forts ou tenir des troupes sur pied. C'était riudépendance la plus complète; il n'y «vait entre la colonie et U mère-patrie qu'un lien de suzeraineté.

La nouvelle du rétablissement de Charles 11 fut accueillie avec une joie universelle , mais qui ne fut pas de longue durée. Le nouveau roi eut de belles paroles pour la fidélité de ses serviteurs; mais il traita la colonie avec iugraliiude^ et > suivaiit Texemple de toutes

V* LEdON. » LA VIRGINIE*

les restauratioos, il oublia ou délaissa ceux qui ravalent aimé ^ pour conquérir les bonnes grâces de ses adversaires. Les provinces puntuiiies de MaesachusetB et de Rbode*l8land furent mieux traitées que la fidèle province de Virginie. Le roi légitime la dépouilla des privilèges que Cromwell avait respectés. 9ou8 le protecteur» la

Virginie était presque aussi indépendante, presque aussi souveraine qu'aujourd'hui ; dix ans après la restauration ) ses libertés sont réduites, ses privilèges amoiadris.

Au lieu d'une assemblée qu'on réunissait chaque année, et dont les pouvoirs , expirant au bout de deux ans, ne laissaient point oublier aux députés qu'ils étaient dans la dépendance immédiate des électeurs, on truu\ e maintenant une assemblée dont la durée est indéânie^ comme celle du parlement anglais; au gouverneur seul appartient le droit de la dissoudre, et, pendant plus de quinze ans» il se garda bien d'user de ce droit. Une législature, ainsi constituée, ne pouvait pas être bien zélée pour les droits du peuple; aussi prit^lle des mesures qui ne furent rien moins que populaires, et commença -t-elle par réduire le droit électoral : attendu, disait-elle, les troubles et Tagitation qui accompagnent les élections. Cest toujours au nom de la paix publique qu'on supprime la liberté !

Au gouverneur tenu jusque-là dans la dépen-

110 LlVfiE I. — COLU{<il£$.

dance de la colonie par le vote annuel iie aon trai-

temi^Qt, ou assigna un salaire élevé et permanent; on affranchit les conseillers de l'impôt; quant à Tas* semblée, qui ne s'oublia pas davantage, elle vota, pour (Chacun ses m^^bres, ua ssUaifa énprme, et qui monta à deux cent cinquante et une livrei de tabac. Ce pas tout, ou reudit à l'égUi^e anglicane le monopole de Is^ croyance; dea peines sévères furent prononcées contre led dissidenU gui allèrent peupler la Caroline; un traiteuieut considérable fut assigné aux miliietres ÔA Vfgjàw^ établie. C'était T Angleterre au pptit pieii.

Quant aux droite de Tintelligencei qu'étaient-il^ dans ce gouvernement où rien n'était fait que pour la grande propriété ? On en peut juger par les |Mh rôles suivantes du gouverneur Berkeley» homme de

bien iiaiis doiilt3, mai» imbu des préjuges do ia

caste, et qu^ naturellement avait en horreur les puritains de la nouvfiUe Angleterre et les idéef

nguveUçâ.

Les piinistr^s, disait-il en 1^74, doivtBl

prier davantage et précber moins. Mais , grâce è DieU| nous n'avons ni écoles t ni imprimerie, et j'espère que de çent ans nous n'en aurons pas ;

car c'est la science qui a aiueuc daus le niuiide la

désobéissance, l'hérésie, )^ aectes^ c'est Timprimerie qni les a divulguées, et qui a diffamé le

meilleur gouvernemeut. Dieu nou^ ga^de Pef

V hJùÇOH. — LA YiaGIMË. ii\

Sir William Berkeley était un vieux cavalier ^opl 1^3 opinions arriérées rappelaient Icis idée^ régnant à la cour despotique des Tudors, plutôt que q^lled qu'acceptait la cqur de Cliarles 11. C'ét^t respfit aiiciçn i qui, à la suite d*uqç re9tituration, réagissait sur la société fatiguée et par çela même «outïraal tq^t; q^e^ues années plu^ tard, un cbçf de réTpItç^ Bqcpn; soutenu alors par Topipion, por^iit accusateur, du gpuYeroe^iieuL, et lui d^n^&ltd^it que^f artii quelles soiepçe^ \l avait encouragés? quelles écoles il avait établie^ ? Mais fdori |out était possible; c est la suite Qr4iUtVir^ des r^volutiops d^ dégoûte^ de la liberté les esprits faibles; et, après les rudes secousses qu ayc^it ^proviv^es la société anglaise, les çpions ▼aient plus d's^utre passion ^UQ le repos, d'i^utre ^pin que leurs intérêts.

Malheureusement, ils furent blessé^ à cet isndroit et du la façon la plus sensible par un acte du p^^'lemçnt anglais^ célèbre daus les fa^te^ d^ la Grande-Bretagne, T^Cte de mivigatipn, une inesure de Cromwell, que l'Angleterre a considérée pendant pr^s 4^ à^x^% sièçle^ comme b^se de sa grandeur piaritime, qu'elle u'çi ^b^ndo.pnée que d'biert

GroniweU , jaloux de la puisufiupfi maritipae

des Holiaudais , qui , suivant l'expression de W. Temple, s'étaient emparés du roulage de l'Océan, et qui faisaient déjà des affaîrç^ Ç9uM4^Fl^l^

112 LIVRB I. — COLONIES.

avec les colonies anglaises Croinwell voulut créer à TAngleterre un monopole de navigation alla d'aiïaiblir les Pays-Bas et de donner aux Anglais l'empire des mers et le marché du monde. 11 lui fallait des vaisseaux et des marins à tout prix, et rintérèt du commerce devait céder à l'intérêt politique. Pour réussir dans ce dessein, il fallait commencer par assurer à la Grande-Bretagne le privilège exclusif de son industrie. C'est dans cette intention qu'en 1651, le parlement rendit l'acte de navigation. Cette loi décidait que la cornmerce de l'Angleterre avec ses colonies, comme avec le reste du monde, ne devait être fait que sur des vaisseaux construits, possédés, montés par des Anglais ; les étrangers n'étaient admis qu'à porter en Angleterre les produits de leur pays 9 le commerce international étant réservé aux seuls Anglais.

Les marchands anglais ne s arrêtèrent pas à cette oMsure^ qui portait en elle sa justification politique; ils demandèrent qu'on leur donnât rentier monopole des colonies; ce désir échoua devant la résistance de la Virginie, qui avait obtenu deCromwell les privilèges de la mère-patrie; mais après la restauration , quand le parlement s'occupa d'encourager le commerce par de^ règle-

1. Sur quarante v.ibseaux Ualii^uaut avec les colonies» treolehuit éUùeol holiaudaiâ.

nieuts dont l intention était meilleure que 1 eiiety l*acte de navigation fat renouvelé S et non-seulement la chambre des communes ajiproLn a toutes les idées commercialeâ de Cromwelli mais encore elie les exagéra.

Le commerce d'importation et d'exportation entre t'Angleterre, TAsie^ l'Afrique et TAmérlque futy 80UB peine de confiscation^ réservé aux vaissaux construits eu Angleterre ou dans les culouies ; le propriétaire, le capitaine et les trois quarts de

I équipage devaieut être Anglais; nul autre qu'un Anglais de naissance n avait le droit d'être mar^ chand ou facteur dans les plantations. Enfin c'est en Angleterre seulement qu'on avait le droit d'expédier le sucre, le tabac, le coton, l'indigo, denrées qui ne faisaient point concurrence à la production locale; et, pour assurer 1 exécution de cette mesure si rigoureuse pour les colonies, il fallait, avant d'expédier un navire d'Amérique, donner caution que le fret serait vendu en Angleterre.

Ce n'est pas tout ; en 1663 on rendit Tacte de navigation plus sévère encore pour les plantations et plus favorable au monopole anglais. Les péna*

II tés furent aggravées, et un préambule qui accompagne la loi explique quels étaient alors la politique commerciale, les principes avoués de l'Angleterre. Nous pourrons nous reconnaître dans ce tableau.

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