Adam Smith, Uv. lY, ctiap. u
U théorie des lois prohibitives, a dit M. d'Hauleme, est écrite en lettres de sang dans Thistoire de toutes les
guerres qui , depuis quatre siècles , mettent partout l'iodusfrie au\ prises avec la force, oppriment l'une, corrompent l'autre, dégradent la morale politique, infectent la morale sociale et dévorent l'espèce hamaine*
Le système .colonial, Tesclavage, les haines de ravarioe, qu'on appelle haines nationales; les guerres de Tavarice, qu'on appelle guerres de comiiiorce, ont fait sortir de cette buîtc de Pandore l'iuondation des erreurs, des fausses maximes, des richesses excessives, corruptrices, et mal réparties, de la misère, de l'ignorance et des crimes, qui ont fait de la société humaine, dans quelques époques de l'histoire moderne, un tableau si odieux, qu'on n'ose s'y arrêter, de peur d'avoir à prononcer contre le développement de l'industrie et le progrès même de la civilisation*.
Four ue parier que de TAmérique, les etïets de cette politique furent déBastreuiK ; ce fut le triom** phe de la force et de Tinjustice sur le droit qu'a tout homme d acheter et de vendre librement. Les colons ne pouvant demander les produits de TEurope quaux marcbauda anglais, qui oécessairement gagnaient au monopole i il en résultait celte iniquité (ju'on appauvrissait les habitants de 1 Amérique pour enrichir quelque négociant de Londres ou de Bristol. Dans la vente de leurs produits , les planteurs ne souiïraient pas un moindre préjudice; le prix des tabacs baissait parce qu'il y avait peu d'acheteurs, le prix des
1 JMdt d*4eùiu pM,
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articles importés augmentait parce qu*il y avait peu de Tendeurs, double perte pour le colon. Aussi voyons-nous que plus d'une fois les planteurs de la Virginie , de la Caroline, du Maryland, essayèrent de se concerter pour arrêter ou réduire la culture du tabac, et dominer ainsi le marché. Ces essais ne réussirent point à cause des jalousies proTinciales, mais Tardeur avec laquelle on y revint prouve assez ce que Tacte de navigation causa de souffrances.
Quant a la métropole, qui ne gaiinait riea au privilège qui enrichissait quelques individus en dépouillant les planteurs, elle y perdit son influence sur leb culuiiies. Les relations durables sont celles qui sont réciproques et également profitables aux deux parties. Ici la loi était faite par Tun des intéressés pour garrotter l'autre, et le principe proclamé par le parlement était un principe d'iniquité. Établi comme la loi du plus fort, il ne pouvait se maintenir qne par la force. Il convertit le commerce, qui est un lien de paix , en une cause incessante d'irritation , et sema les premiers germes de la guerre civile. L*acte de navigation eut comme résultat obligé riudépeuJaiice de l'Amérique.
L'histoire de Virginie, depuis ce moment, n'est en effet que ie récit des luttes de la colonie , des restrictions et des violences de la métropole. Dès
que Tacte de navigation fut connu en Amérique et
lîO LIVRE I. — COLONIES.
qu*on en sentit les effets destructeurs, les planteurs
réclamèrent auprès du roi ; mais les idées de Charles 11 et de son ministère étaient si parfaitement d*accord avec celles du parlementy qu^au lieu d'é> coûter les colons on mit tout en action pour faire exécuter strictement le monopole. C'était chose mal* aisée , car des lois qui subordonnent Tintérèt de tout un peuple à 1 lotérêt d'un autre pays situé à quinse cents lieues par delà les mers, ne sont pas d'une exécution facile. On construisit des forts sur les rives des principaux Heuves; on entretint des croiseurs à la côte, ce qui n*empécha pas la contrebande de prendre aussitôt un développement considérable. Plus tard il fallut introduire les cours d'amirauté. En un mot on fît sentir à la Virginie toutes les rigueurs de ce système, que, par dérision sans doute, on nomme le système protecteur.
Lia Virginie n*était pas au bout de ses souffrances; le parlement avait rainé la production de
la colonie, et diminué les franchises de rassemblée; le roi, dans ses prodigalités, imagina de donner la province elle-même à ses courtisans. Neuf ans après la restauration, en 1669, il avait fait une concession de terres des plus considérables à lord Culpepper, concession d'autant plus injuste , d'autant plus oppressive qu*elle comprenait dans son étendue des terres cultivées et possédées depuis longtemps par les planteurs ;
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mais il alla plus loin en 1673, car il donna, à
deux favoris, pour le ternie de trente et un ans il est vrai, totU le domaim de la terre et des eaux qu'on nomme Virginie ^ cVst-à-dire la colonie tout entière. Le premier de ces heureux donataires était ce même lord Culpepper, membre du conseil des colonies, courtisan avide et rusé; Tautre était Henri, comte d'Ariington, noble seigneur perdu de dettes, mais qui avait auprès du roi un titre des plus sérieux, celui d'avoir donné la main de sa fiUe au bâtard que le roi avait eu de lady Castlemaine. Telle était la récompense que le roi réservait à ses iidèies provinces d'outre-mer *.
Les colons, menacés dans leurs libertés et dans leurs propriétés par ces lai'gess es royales, envoyèrent à Londres pour supplier Charles II de re* prendre la souveraineté qu'il avait si follement abdiquée.
« Nous ne voulons pas , disait noblement Ta-
dresse votée par l'assemblée, et nous sojilons que nous ne devons pas nous soumettre à ceux à qui Votre Majesté mal informée a concédé la suprématie sur nous , qui payons avec joie à Votre Majesté plus que nous ne gardons pour notre peine. Travaillant pour Tavanlage de la couronne, et désireux d'être plus utiles encore au roi et à la nation , nous vous prions humblement
>> Baneroft» diai». xir.
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de ne pas nous fioumetUe à des hommes qui sont comme nous tos sujets , et de nous garantir pour
1 avenir de toute crainte d'être réduits en servitude* 9
Les envoyés étaient chargés de réclamer pour la Virginie les privilèges d'une corporation , ce qui, en donnant à la colonie une existence légale, Teût garantie à 1 avenir contre uii nouvel envahissement, et en même temps lui eût permis d'acheter et d*éteindre à son profit les droits des concessionnaires. Les agents firent mieux que remplir leurs ui s tr actions p ils défendirent et maintinrent la liberté naturelle des colons, réclamèrent l'exemption des taies ai bili aires^ et insistèrent sur le droit inalié* nable des Anglais, de jouir partout d'une représentation iiatiuiiale. Mais les nouvelles delà Virginie paralysèrent bientôt tous leurs efforts K
Pendant qu'ils réclamaient inutilement à Londres> la fausse politique du gouvernement avait amené la révolte de la province* Le 4 juillet 1676| un sh cIl* jour pour jdur avant la déclaration d'indépendance f les planteurs poussés à bout se soulevèrent i BOUS la conduite de Nathaniel Bacon, coluiicl de milices, homme hardi, éloquent, possédant la confiance de la colonie bien qu*il y fût nouveau venu et qui pendant sept mois sut gouverner en maître.
I* Sancrofl, cUap. xiv.
Y* LBCON. — LA TIBGINIB. liB
Dès ÏQ premier jour de la révolte, le vieuiL Berkeley avait demandé au roi des aoldato pour étouffer une rébeliioii (^ui uieUait tout ea feu; il représentait la Virginie comme étant tellement exaspérée par les restrictions mises à son commerce y qu'elle était impatiente de secouer le jong de la métropole. Charles expédia des trou* pes, mais quand elles arrivèrent, tout était termiaé. Une maladie avait emporté Bacon , et avec lui s^était éteinte la rébellion.
Berkeley vengea son autorité méconnue par une répression des plus rudes; les prisons se remplirent; vingt-deux personnes fureht pendues, ir Le vieux fou, disait Oharles U dont le cœur était bon et inaoeessible à la vengeance, le vieux fou a pris piiiâ de vies dans ce misérable pays que moi pour le meurtre de mon père, » et il disait vrai, ear il n^était monté sur TéchaCsud que six régicides. Dans une proclamation publique le roi blamala conduite du gouverneur comme contraire à ses ordres
et blessant sa clénu iice , et bientôt Herkelev luimême fut rappelé. Mais déjà rassemblée coloniale ^ avait pris le devant en votant une adresse au gouverneur pour qu'il voulut bien ne plus verser de sang davantage. «Si nous l'avions laissé faire, disait un des membres de l'assemblée^ il eût pendu la moitié du pays. >
Du sang versé, tel fut pour la Virginie le premier résultat du système colonial. £lle y perdit
également plus d'une liberté. L'imprimerie fat
défendue. Mal parler du gouverneur ou de son parti était un délit puni de l'amende et du fouet; parler ou écrire en faveur de la rébellion c'était un crime de haute trahison. Hien ne fut publié sur ce mouvement; et c'est seulement de nos jours qu'on a imprimé les délaib de cet événement, resté célèbre dans les souyenirs de la colonie 8008 le titre de la grande rébellion du colond Bacon.
L'insurrection fournit au roi un prétexte suffisant pour refuser une charte libérale; les droits de la Virginie ne reposèrent plus que sur la tolérance de l'autorité. Ce fut une faveur royale, au moins pour tout ce qui dépassait la protection que la loi civile assure aux citoyens anglais. Des instructions rovales léi^lèrent la forme du gouvernement. L^assemblée ne devait être convoquée qu une fois en deux ans^ et la session ne devait pas du* rer plus de quinze jours.
Quant aux restrictions commerciales , elles furent maintenues dans toute leur sévérité , et l'esprit de monopole ne ût que s'accroître. C'est ainsi, qu'en 1698 Nicholson , gouverneur de la colonie , tout en reconiiaibsaiit, dans un mémoire envoyé au parlement) que depuis l'acte de navigation le tabac était souvent à si bas prix qu'il ne fournissait pas à ceux qui le cultivaient de quoi s'habiller, conseillait cependant au législateur de rendre