Tome I
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née avee la pranière famille ; e'est an fait naturel, primitif « comme le langage, un fait que la science prend comme point de départ mais qu'elle n'explique pas. L'homme vit pu société parce qttHl est né sociable, et non parce qu il lui a pria fantaisie de se rapprocher de ses semblables,' fantaisie qu'il pourrait abandonner pour un désir contraire et qui le ramènerait au fond des bois; et c'est parce que 1 homme est né sociable, parce que sa nature veut qu'il vive en communauté, parce que c^est là seulement qu'il trouve la Mtis^ faction de ses besoins physiques, moraux, intellectuels, la perfection de ses instincts et de ses idées, qu'il a dans la société des devoirs auxquels il ne peut se soustraire , et des droits qu il a raison de réclamer.
L'acte rédigé sur la Fleur 'de-Mai n'est donc rien moins que la formule authentique d'un contrat social. C'est tout simplement une charte, comme il y en a beaucoup, par laquelle une société toute constituée, une compagnie d'hommes, vivant ensemble sous l'empire de coutumes et de lois reconnues, convient d'établir une autorité assez forte pour faire respecter les lois ^ sous la protec*tion desquelles ou continuera de vivre. Les pèlerins n'avaient rien de plus cher que les coutumes de la patrie, qu'ils ont conservées jusqu'à ce jour, et ce qu'ils constituaient, ce n'était pas une société, mais un gouvernement.
TU* LSCON. IKËW-PLYliOUïH, il»
Les eommeQcenieDts de la plantation furent tfà««péaibleft; la aaiMm étail meurtrière, etr le freidy en Amérique, 6»t infiniment piue rigou«reux qu en Europe souâ U même latitude ^ et par exemple, Québec, au Canada, qui a les étés de Paris, a un luvar de six mois aussi rude qu'à
âaiot^Péteriàbourg} taudis que New-York, «oue la latitude deNapleSp a les étés de Rome et les hivers
de Cppenbague.
« Los pèltrint STsient ptifé le vssts Ooéan , dit rhklo-
rien de la colonie, ils arrivaient au but de leur voyage, mais ils ne voynipnt point d'amis pour les recevoir, point d'habitation pour leur oiirir un abri. On était au milieu de l'hiver, et ceux qui connaissent notre climat savent combien les hivers sont rudes , et quels furieux ouragans désolent alors nos côtes. D»ns cette saison, il est difficile (le traverser des lieux connus, et à plus torte raison de s'établir sur des rivages nouveaux. Autour d'eux p'appa^ nissait qu'un pays hideux et désolé, pleiu d'animaux et d'hommes sauvages, dont ils ignoraient le degré de férocité et le nombre. La terre était glncf^e ; le sol était couvert de forêts f t do buissons. Tout avait un aspect barbare. Derrière eux, ils n apercevaient que l'immense Océan qui les séparait du monde civilisé. Pour trouver un peu de paix el d'espoir, ils ne pouvaient tourner leurs rsiards qu'au cieP. «
A tous ceâ maux du climat, Timprévoyance joignit une cause de ruine qui faillit perdre la
colonie, On imagina, comme en Virgiuitî, d'é-
I. Tncqueville« I, hb^ S^w Englandt mémorial de NaUiaqiel Horion.
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tablir le travail en coramuD, la propriété commune. Le résultat de cette erreur ne fut pas moins désastreux au nord qu'au midi, et peu s'en fallut que la première Migration ne pértt de misère et de faim.
Quelle raison avait décidé les exilés à établir
ce régime rigoureux et stérile ? Suivant Bancroft, c'était un engagement avec la compagnie de Londres, intéressée dans les bénéfices de la planta* tjon. Si l'ou eu croit RoberUon, c'était une pensée religieuse y le désir d'imiter les premiers chré^ tiens. Mais quel que fut le motif, et quelle que fût l'ardeur des colons , il devint bientôt évident à Nevir-Plymouth comme en Virginie, que la communauté fait violence à la nature humaine, en loi demandant à la fois deux choses qui s'e^
cluent : une a])négation complète de tout intérêt personnel et un zèle infatigable pour l'intérêt d*autrui.
Leâ phiiosuphes peuvent imaginer des communautés prospères^ mais l'expérience et la raison démontrent qu*il n'y a là qu'un réve^ et non point un rêve trop beau, un idéal trop grand pour notre pauvre nature humaine ( ce serait déjà un grand défaut qu'une théorie slius ap])lication possible et faite pour des anges mais une méconnaîssanca complète de Thomme et de la liberté qui hix sa grandeur. Sans la propriété individuelle, riiomnie n*a pas la pleine possession de lui-même; ii n'est
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qu'une brute ou un esclave dane la dépendance de la main qui le nourrit. La propriété est la condition première de la liberté , et elle est teUcment dans la nature de rfaomme, que le pays le plus éclairé, le plus heureux , le mieux constitué est toujours celui qui compte le plus grand nombre de propriétaires. L'Amérique, au besoin, serait la dé* monetraiion éclatante de cette vérité.
Du reste, à New-Plymouth comme en Virginie, le partage du sol lendiL aussitôt le courage aux émigrants et ranima leur activité. Dès qu'on cultiva pour soi, les femmes et les enfants même se mirent à l'œuvre, et en peu d années la plantation, où, sous le régime de la communauté^ on était mort de faim, fît un coinnierce de graius assez considérable pour nourrir ses voisins.
Revenons au gouvernement de la colonie. Ce gouverncmeta, établi entre quarante chefs de fa- *wUe^JSli|t le aoiiibre des signataires de l'acte),
tous fn»res parla fui et la souffrance, égaux de condition et de fortune , que pouvait-il être, sinon une pure démocratie? 11 n*y avait pas là un chef guerrier partageant la terre entre ses compagnons d^armea, suivant leur mérite et leurs eiploits. 11 n'y avait pas davantage un noble seigneur payant de ses deniers la terre qu'il distribue, à des conditions diverses, aux colons qu'il agrée. L'égalité était absolue entre les pèlerins; ils 1 avaient payée au prix de la persécution, de la pau-
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vreté et des misères de l'eiil* Nalle distiDclioB
de rang, d'origine, de richesse; presque tous sortaient de la classe moyenne. C'est ainsi qae la démocratie' s'échappait do milieu de la société féodale, et que )a liberté politique triomphait à eftté de la liberté religieuse* Ces deui grands principes des temps modernes étaient proclamés en même temps, et commençaient la prodigieuse fortune de rAmérique.
Un gouvernement nommé par le suffrage universel) et assisté d*un conseil de cinq membres f une assemblée où se réunissaient tous les planteurs mâles et majeurs, telle fut la forme primitiye de la constitution de New-Plymouth ; la nprésentation n'y fut introduite que plus tard, en 1639, quand la population fut disséminée sur un territoire trop étendu pour qu'on pAt aisément se réunir. Âiors des élections annuelles désignèrent les délégués qui formeraient rassembléo de la colonie.
Les émigrcmts, installés sur un sol qui ne kur appartenait à aucun titre, sentirent le bosoîo âê
faire reconnaître leur établissement par les propriétaires du territoire et par la conronna. £a 4629, ils obtinrent une patente du conseil de Plymouth, autM'isaut le concessionnaire W illiam Bradford et ses associés à s'établir en oorporatton, sous un nom convenable, et à jouir de tous les privilèges des compagnies. C'était dans la bout
VIP LECOII. NEW-PLYMOl'TH. ibd
une ainiple concession commerciale» an fond c'était le droit de libre gouvernement qu'on leur recomiaiâsail, et ils i'exeicèreat saus contrainte et eans difficulté»
(Jette patente, accordée par une compagnie à une autre et moindre société , et qui constituait un Ëtat, aurait eu besoin» ce semble, d'être au moins conûrmée par le roi , car la souveraineté et la juridiction ne se délèguent pas; mais il ne paraît [)oint qa ou se soit occupé de la colonie nai&âante jusqu'à Charles 11 ^ qui contesta la validité de la concession» Les planteurs essayèrent alors d'obtenir 1 agrément du roi; maib la question n'était point encore décidée, lorsqu'on 1684 Jacques II fit annuler les chartes coloniales. New- Plymouth tut soumis au gouvernement arbitraire jusqu'en 4690, où la colonie fut incorporée dans la pru\mce de Massachusgets par la charte de Guillaume et Marie* Dès ce moment elle cessa dVoir une existence et une histoire particulière.
Il doit paraître fiiaguiiery qu'à l'exemple des hisUviens américains^ nous attachions tant d'importance à rétablissemenl d une puiguée d iiuuiaes qui ne joua jamais un rôle considérable; mais ce qui rend la mémoire des pèlerins impé* rissable, c'est moins leurii actions que Tesprit nouveau qu'ils apportèrtot sur le continentt car c'est cet esprit qui a t'ait la grandeur des États- Unis.
«Les principes de la Nouvelle-Angleterre, a
(lit éloqueiiimeQt M. de Tocqueville *, se sunt d'abord répandus sur les États voisins; iU ont ensuite gagné de proche en proche les plus éloignés» et ont ilni» si je puis m'exprimer ainsi, par pénétrer la confédération entière. Ils exercent maintenaul leur iulluence au delà de ces limites sur tout le monde américain. La civilisation de la Nouvelle*Angleterre a été comme ces feux allumés sur les hauteurs, qui, après avoir répandu la chaleur autour d^eux^ teignent encore de leur clarté les confins de l'horizon. »
line seule idée avait conduit ces émigranta dam le nouveau monde, celle de fonder une pure Église, et cette seule idée leur a sufii pour établir une colonie au milieu d'obstacles qui enssent glacé IMme d'hommes ordinaires , malgré la faim, le Iroid, la maladie, les Indiens, les bêtes sauvages. S'ils ont conquis ce sol ingrat, sMIs ont ouvert la voie à ce vaste courant d'émigration qui ne s'est point arrêté depuis plus de deux siècles, c'est que la foi les a soutenus au milieu des périls et des ennuis de la solitude, et leur a donné cette force qui transporte les montagnes et féconde les déserts.
Ce sont eux, qui, sous le nom de religion, ont porté en Amérique, ont planté, fécondé ce germe
t. De tû Mmoeratit •» Amérique 1 1« p. £0.
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de démocratie qui doit couvrir le monde de ses rameaux. Us oat dû leur courage et leur vertu à la pensée qu'en usant leur vie sur ces rochers , ils travaillaient pour Dieu et pour la chrétienté.
<c De grandes choses , disait firadford, un des premiers gouverneurs, de grandes choses sont sorties de faibles commencements, et comme un petit flambeau en peut allumer des milliers d'autres, ainsi la lumière qui part d'ici luira pour un grand nombre d*hommes , et peut-être pour toute notre nation. »
« Frères, écrivaient aux pèlerins si rudement éprouvés les puritains qui étaient restés en Angleterre; frères, ne vous aillxgez pas d'avoir été des instruments pour rompre la glace devant les autres. L'honneur sera vôtre jusqu'à la fin du monde. » Et ils avaient raison. Tant que les Etats Unis n'auront pas perdu la mémoire de leur origine, ils entoureront d'un respect iilial le souvenir de ces apôtres de la civilisation, de ces héros chrétiens à qui leur patrie d'adoption doit sa prodigieuse fortune. Ce sont eux qui, au prix de mille souffrances, ont enraciné sur une terre ingrate des croyances sérieuses, des mœurs sévères, véritables fondements, conditions essentielles de hi liberté et de la démocratie, car sans ces deux ancres modératrices , la liberté tourne à la licence, et le gouvernement populaire, dénaturé par les passions mauvaises, s'abîme enfin dans l'anarchie.