‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 50 sur 126 · I. Bancrod · texte numérisé non relu

I. Bancrod

LIVBE I. — COLONIES.

premier historien de Ahode-IslaDd les vrais pi incipei de la liberté de conscience n'étaient ni connus , ni adoptés par aucune secte chrétienne. Tous les partis pensaient ' qu'étant seuls en possession de la vérité, ils avaient seuls

le droit, dès qu'ils étaient les plus forts, d'étouffer œ qu'ils appelaient 1 erreur ou i'hérésie , c estrà-dire toute opinion qui n'était pas la leur; c'est seulement quand ils étaient les plus faibles «[u'ils demandaient la liberté de conscience. Du reste, en même temps qu'ils écrasaient leurs adversaires, tous les partis repoussaient ridée de contraindre les consciences, chose si mjuste et si akisurde, si cruelle et si impie, que tous les boounes rougissent d'une pareille accusation. Le prétexte de k paix publique, la nécessité de préserver de l'infection l'Église du (;in isl, l'obstination des hérétiques, tels étaient les motifs aiiégués pour excuser et justitier une conduite que les lumières naturelles et les lois de Jésus-Chri&t condamnent de la laçon la plus solennelle. Roger Williams et John Clark, les deux pères de la colonie, furent les premiers qui affirmèrent publiquement que Jésus-Christ est roi dans son royaume, et que personne autre n'a d'autorité sur ses sujets dans les affaires de la conscience et du salut éternel. Ce n'était donc pas chose particulière an peuple duMassachussets que de se croire obligé en cons* dence à tirer l'épée du magistrat pour forcer rintelligence des hérétiques, et à chasser de l'État les intidèles pour qu'ils n infectassent pas l'Église et ne troublassent pas la paix publique. Ce n'était pas le seul peuple qui s'imaginât servir Dieu , en écrasant ses frères. Toutes les autres sectes agissaient de même, bien convaincues qu'on ne pouvait mieux honorer Dieu, et que c'était le meilleur moyen

1 > John Gallender. Je ne croto pas qu'en toute l'Europe, à la mêine date, on eût trouvé una déclantton do principes aunl iihérsle et aussi cbrélienoe.

YIU* LEÇUfi. — PAOViUËNGE, AUUD£-i&LANi>. 189

de répandre r£vangile de paix et de se montrer les vrais

et sincères disciples de Jésus-Christ ; — de Jésus-Christ qui a déclaré que son royaume n'est pas de ce moade, qui a comaïa&dé à ses disciples de ne donner à personne ici^bas le nom de maître, qui leur a défendu d'user d*aulofîté sur la conscience d'autrui , qui leur a ordonné de laisser l'ivraie pousser avec le blé juscju a la moisson , t t qui eiiliii nous a donné comme gageel signe de sa religion l'amour mutuel, la paix» la patience et la douceur *.

L'année même de la Ibndation de Providence, la coioaie de Madsacbus&ets fut agitée par des troubles plus eérieux que ceux qu'ayait involontairement soulevés le pieux Roger VV liliams. L agitation était causée par une femme , Anne Hutchinson , que soutenait le jeune Henri Vane, gouverneur de la colonie, celui-là même qui joua plus tard un grand rAle dans la révolution d^Angleterre^ et à la Restauration mourut sur Téchafaud.

1. Franklin a écrit contre la persécutton une parabole . où il a imité avec son esprit ordinaire le langage de l'Écriture. Elle a été publiée par lonl Kaiino': , flnns ses F^$ais sur l'histnire (^r rhomme ^ t. II. |) La voici ; eite e^i ici fort i sa place et n'a ^às moins d'à'propos qu'au premier jour :

m RI II arriva après cela qu'Abrakiam était assis à la porte de sa teole, vers le couclier du soleil.

« Et voici qu'un lioninie courbé par l'Age» venait du cbemin du

désert, aj»|>iiyê sur un l'Mnn

€ Et Abraham se leva et alla au-devant de lui et lui dit : « hulrez, « je vous prie, et lave/, vos pieds, et reposez-vous cet^e nuit; et vous « TOUS lèverez demain de bonne beure pour continuer votre che* « min. »

« Et Hiomine dit : c Non, Je me tiendrai sous cet arbre. » Mais Abraham le pressa vivement, si bien <iu'il céd.i, tl ils cnlrcrenl dans tente, ei Abraham prépara du pain sans levain , et ils maa-

gèrent.

« ti quand Abraham vil que l'homme ne héniiïéait pas Dieu , il lui

100 LUUE i. ~~ CULUMES.

Anne Hatehinaon appartenait à la secte des An-

tinomiens; c'étaient des espèces de quiétistes qui poussaient à Textrême le principe calviniste que la foi seule justifie. En d*autres termes , suivant eux, la sainteté de la vie a était pab uu témoignage qu*on fût en état de grâee avec Dieu; les osuvres en elles-mêmes ne prouvaiciil rien; c'est Dieu qui choisissait lui-même les vases d'élection» et qui par des impressions et des révélations intérieures leur découvrait sa divine volonté. Au premier abord une pareille discussion nous semble oiseuse et bien peu faite pour troubler un État; mais à une époque où la politique aussi bien que la philosophie prenaient le masque de la thëolo* gie, la doctrine des sectaires cachait une attaque des plus dangereuses contre le parti des puritains. Si la foi seule justifie , à quoi bon toutes

dil: « Pourquoi n'adorez-vous pa& le Dieu suprême, crialeur du « del el de la lerre? »

« Et llionraie répondit i « l« s'adore pas TOtr« Dieu el Je dIatoc que pas ion nom , car je ma luis fait k mol-nénie un dieu qui le

« Uent toujours dans ma maison, el me fournil de loules choses» •

"■ Et le zèle d'Abraham (ul enflammé contre rel homme, el il « leva , el, tieielaatsur lui, il le ctiai&a daoi le désert à (orce dt

coups.

> Et Dieu a(>pela Abrahaui, disaul : c AUrabam, où esl i'é- « traupr? •

« Et Abraham répondit *. « Seigneur, il ne Toulail pas vous adorer « ui invoquer voire noms pourquoi je l'ai cbaiBé loin da laa

• face dans lo dêserl. »

c El Dieu dit : « L'ai-je sui)iMirlf depuis trois ceul quatrp v'mgtc dix-huil au:», lai-je uuurrà elUabiiié, malgré sa rébellion couUe

• moi, pour que toi, nn pécheur, tu ne puisses le supporter une « seule nuit?» {PpHHcal, MiMceUaneout and FhUotophieal pîMif, «fine» by B. Franklhi. In-4, London, 1779, p. 72.)

l68 fonnalités » toutes les oérémonies d'une Église

établie? Si l'esprit saint habite dans chaque croyant, si la révélation de l'esprit est supérieure au miois* tère, tout aboutit en dernier ressort au jugement individuel. Cette opinion était donc la négation du ministère, par conséquent la destruction d'une iullueuce alors toute puisâuute dans TÉtat.

La colonie fut mise en feu par ces questions qui aujourd'hui nous paraissent puériles , comme paraîtront à nos successeurs plus d'une des ques* lions qui partagent aujourd'hui les assemblées; la pulithjuti a sa scolastique comme la religion , et c'est une mousse parasite qui étouile aussi fatalement Tune que Tautre.

Ou essaya de conférences aimables , ou fixa des jours de jeûne et d^humiliatton , un synode géné-

lal ïnl convoqué, et enfin, après des dissensions qui menacèrent la colonie d'une dissolution complète, en 1638 Anne Hutchinson fut exilée et ses opinions proscrites.

£110 partit pour le sud avec un grand nombre de sectaires qui restaient attachés à sa fortune; rintention de ces nouveaux émigrants était d éta« blir une plantation i Long^Island ou sur la baie de la Delaware. Mais Roger Williams les retint dans son voisinagej en leur faisant accorder par Miantonomy, le chef indien des Narra<ransels, l'île charmante qu'ils nommèrent Ilhode-lsland*

La colonie s'établit aussitôt sur le nouveau

192 LIVRE I. ^ COLOKIES.

territoire, après avoir dressé un contrat de gouvernement comme avaient fait les pèlerins de New-Plymouth. Quant aux formes de 1 administration on les prit dans rAncien-Testament. William Coddington, un des partisans les pins ardents de la prophétesse^ fut élu juge du nouvel Israël I et on lui donna trois anciens pour l'assister.

Deux ans plus tard , la colonie ayant prospéré» il devint nécessaire d*établir une constitution; il

fut donc décidé et unanimement agréé par tous les propriétaires réunis en corps :

« Que le gouvernement serait une démocratie (le mot est dans roriginal), ou gouvernement populaire, c'est^à-^ire qu^il serait au pouvoir du corps des planteurs (/rcemcn), régulièrement assemblés, ou de la majorité, de faire et constituer les justes lois par lesquelles ils entendent être régis, et de choisir parmi eux des ministres qui les fissent exécuter fidèlement d^homme à homme. »

On ordonna de plus que personne ne serait inquiété pour sa croyance; la loi de la liberté de

conscience fut déclarée perpétuelle, et enûn, en signe de la charité chrétienne qu*ils professaient, et en laquelle seule ils espéraient le triomphe de leur doctrine, les colons prirent pour armes de rÉtat un faisceau de dards avec la devise : Amor mncit omma.

YUl* LEÇON. — PROVIDENCE, RHODË-lSLÀJNl). ill3

Telles furent les lois établies par le parti d'Anne

Hutchinson. Cumiiic un même esprit animait les deux émigrations^ Tunion des deux colonies était . inévitable , et se fit bientôt sons le nom commun de Ràûde-lsiand. Mais les puritains du Massa* chnssets n'entendaient pas supporter le dangereux TOisinage de la liberté religieuse; ils inquiétèrent des plantations pacifiques sur lesquelles ils n'a- Yaient aucun droit. Anne » effrayée par les mi- Dibtres ses ennemis qui l'accusaient de sorcellerie (c'était une menace de mort), se sauva sur le territoire de la Nouvelle-Belgique, oii elle fut tuée par les sauvages ; quant à Hoger Williams, il partit pour solliciter la protection de la mèrepatrie : c'était en 1 G43.

liùfjBr fut accueilli comme un saint missionnaire. Henri Vane, qui était revenu en Angleterre, lui obtint du parlement (Charles I était alors exilé de sa capitale ) une cbarte qui assurait à la colonie un gouvernement libre et indépendant; et cet acte» qui mettait Abode-island à Tabri de ses dangereux voisins, fut renouvelé et étendu en 1663> au début de la restauration. Charles II fut toujours favorable aux colonies démembrées du Massacliussets, province trop chérie des puritains pour être bien venue des Stuarts.

Je n'entre point dans le détail de cette charte; c'est toujours la même distribution des pouvoirs publics Tautorité exécutive confiée à un gpuveri« 13

seur et dU assistants ; le powroir Vi#datif T«iii« à UM «weinWée unique, qui est composée du gouverneur, dM «•«•taat» et d<ift Réputé», «t qw, dan» Uft temps donué, se divise en deux oh»»p brea (p«nr ïU»<W»iawl, «'«t eu 1696 que ae ût eet inévitable changement); je veux aeakmMt «xtmfft da cat ^te ee qui ooncerue la liberté de religion, car «'est que* 1» flo«« laUud, et si chaque colonie était |m»e pwi» la -a,«MBifioikli»d'»ttpriueipe, Ubode-lsland j.aitegerait cet howi«UP avec te catfc«Uqua Hai^tovd, à'nva inaugut* et r^çfféseulé dans le noui'em monde la »»16ra»« wUgiwwe, C'eat asse» p«ur rendre ^ jamais louuortel \et plu» pe«it État l'Union.

La charte flommeaM par wprodulre la pAtitioo

de fteger WillLam» et des autres demaudeura

«fneeaaioB i'imt patente foyate,

» Dans leur humble adjesae, ditleioi CMrieatt',

ih OBt fraaehettcnt déclar» qu'ils oot à cœur de

prouver par uMeipérieiM» éetetaBte^ qiu'u» m

Ifte-floriasant peut exister et se maintenir parfai"

tmeat parmi 1m AaglaÀ» nos av^ts» avQC uw

ptetne liberté en matière dft religion, «( que 1»

vnie piété faadée sur Iqs prwcipcô de i Évangile.

donnera à la loyiwté la meiUew et te plue f raad»

de& sécurités, et wettra daus le ww d«4 hm-

I. Voy. «eU« cUarlo dans le U»m» I? d«i <*««•»»"•». •««•. P» «•

Vm* LEÇON. m¥itt£Naii;^ MUDIs^-ISLAND.

me» lea plus fûrte& obUgatioah de la vmUblfi loyauté ;

«Noos doue y dMûreox d*#iioourag6r Tealreprise féeuude dd oos bi6n-ai]Qé& et loyaux sujets, vwilaai kur wmer le librQ etereioft «t la Uhn }mii88aBC6de ieun droits civiU et religieux, et l«ttjr eoo^erver oettû lûmtÀ éi Soi et de liiilto qu'ik •Bt poumiWiô «vae tant do puât», di^ douefut fit

do loyauté ;

« fil teA«y[àt eompta d« c(» que dans U «^looia i) y a des personnes , qui dans leuf opiQion ne peu-

v«mt &e eonfori»^ à Te^oroice de la religioa suivant ta liloFgie» la foma «t lea eirénwiiaa da

rÉgliiii d Aiii^letene , ui ]U'èter, ni souscrire

8aritt#at& at airtiiiLea faits et éUblii à «e

«t SoDgeanl an outra (eaoi est aofiem eoiMM i^u^$M:it r^surditû de mélange adultère de la paUtiqoo et de la religion)^ qWen laison du graad éloigneenent il n*e&t pas à craindre que cette a\v ceptioQ faasa br^lie à Vuniiormité établie ai mainlewae dana rayanoiei

f< Nous ordonnons,

a Que peMomie dana ladita eolonia ne ao|t à Vavenir mole&té^ puai ou iie^bercké pouc difr férence d'opinions en matièse da raligioik» maïs

qu au couUaire chacun ait pleiue cL eiUieve liberté de conscienee et de jugement en ce point, pourvu qu'il se cgny^te p^iUaouçiltjt et qu*il

196 UVRE I. — COIORIES»

ne toarne pas cette liberté ea licence ou probr nation, en injures ou tronble d^autrui. »

Certes c'est là une uoble déclaration et dont il serait difficile de trouver un second exemplaire dans le xvii*' siècle ; mais il est triste de voir combien cet acte est peu d accurd avec les persécutions domestiques autorisées par le même monarque daQs son règne dissolu ; il n'est pas moins triste de penser eombien cet esprit de tolérance a trouvé peu d'imitateurs parmi les autres colonies de la I^ouveile*Angleterre.

Du reste, comme il arrive toujours quand on a sur les yeux les écailles qu'y met l'esprit de partie les colons et surtout les ministres du Massachussets ne comprenaient rien au pro^^rès de cette plantation qui pendant quarante ans eut le bonheur de jouir des conseils et de Teiemple dn bon et pieux Wiiliams. « Cette colonie, écrivait en 1695 le fougueux et intolérant Cotton Matber, est un ramas d^antinomiens , de familistes , d'a> nabaptistes , d'arminiens , d'antisabbatistes , de sociniens» de quakers, de convulsionnaires, en un mot de tout excepté de vrais clirétiens; si un homme perdait sa croyance il serait sûr de ia re* trouver dans quelque village de Rhod»lsland: Bona terra f mala gemK »

On en jugeait aigrement dans la colonie , et

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