PREFACE. XI
Tes ! One — (he first — ihe lasi— > iho be$l,
The CifteînDatus of the West, whom envy dared hot hate,
Bt'queath'd the iiauiL'. of Washington io make man blush ibcrc Wds but oue^
Wàffiington eM-iï adSBî gtand qae le feit Byrott?
Oui, et bn le verra bientôt si on veut le comparer nul plas illustres pèrsoniiages. Qa*oti prenhe pour LXLuij)lc co César qui a tellement ébloui les hommes, que chacun à 1 envi lui pardonne ses tèfimei èt B'inelioé detaht la grandëbl* de fiés fbirlaits. ^Vashiugton ne pâlira pas devant ce h6ros de Tenipire rdmdih. SÎhâ fldùte le géiiéral américain n'avuit ni rcspiil ni lus rt^ssourccb du vaiii- ({deur de Pharsale; il vivait dans une société pauvre et frugale, et ses Gdiiciioyens rësBedlblaient plus aux contemporains de Cincinnatus ^li'à bèiix dé Cicéron ; inais quelle différetiëe itiorale entre ces deux hommes, et à ne considérer que le génib politique^ que Tun est grand, et que l'autre est petit 1
Si en ces deux rivaux on estime ce qui est de l'homme, et nofi poiut de la nature oîi du siècle, je veux dire la volonté, Washington ne le cède
t. «Où se reposera l'œil fatigué de regarder les grandâ? où iroiivera-t'il une gloire qui ne soit pas erimtneUe, une pompe qui ue sôii pas méprisable? Oui, il est un homme,— le premier,— le dernier^ le meilleur de tous, le Cmr :iiiii:,lii> ile r(hii >l, «|ue l%Mi\iL' l'aîné n'osa |ijs liaïr. II nous a lét;i:é lo nom de Wiishinglon pour laire rougir i tiumauilû de ce uu pareil homme C6l uuitjue dans l'hiâ- 141^»
xu PRÉFACE.
point à César* ïoub deux une fois entrés dans leur
vuie n'en sont jamais sortis, et n'ont point reculé. César a voulu imposer au monde sa volonté et en chasser le nom même de liberté; rien ne Ta retenu, et il a tué un milliou d'hommes pour arriver à son but. Washington a voulu défendre et consolider ia liberté de la patrie, et rien non plus ne l'a jamais arrêté; il a bravé la corde et Tinfamie pour affiranchir son pays menacé ; il a repoussé avec mépris la couronne que lui oiTrait Tarmée, et qull eût pu accepter sans qu'on le taxât d'ambition. Dictateur, il n'a eu de souci que la liberté, d'amour que la république. Tous deux ont réussi; chacun d*eux a fondé un empire, et légué à Tavenir son exemple et sa pensée; leur œuvre les ju* géra.
Le despotisme qu'a établi César a donné tout pouvoir à un maître, et condamné tout un peuple à vivre de la volonté d'un seul homme. Ce règne d'un jour, en fondant l'Empire, a valu au monde cinq siècles d*une décadence irrésistible. L*administratîon impériale, un des systèmes les mieux combinés qu'ait imaginés la politique, a tellement usé la société romaine quo lo christianisme même ne l'a pas relevée; il a fallu des races nouvelles pour régénérer un sang épuisé.
Washington a établi une république sage et biei^ ordonnée, et il a laissé à l'avenir non pas
PHÊFACE. xui
reiemple &tal da crime triomphanty mais Texem-
pie bienfaisant du patriotisme et de la vertu, ëq moins de cinquante ans^ grâce à la aéye puissante de la liberté, on a \ u b élever un empire basé non pas sur la conquête, mais sur la paix et Tindustrie; un empire qui, avant la fin du siècle , sera le plus grand État du monde civilisé, et qui, s'il reste fidèle à la pensée de ses fondateurs, si Tarnbition n'arrête point le cours de sa fortune, offrira au monde le- spectacle inouï d'une république 4® cent millions d'hommes, plus riche, plus heureuse, plus brillante que les monarchies du vieux continent. Voilà l'œuvre de Washington!
Malgré tout l'éclat de son génie, César a laissé nn nom sinistre, et qui signifie despotisme. Le nom de Washington est bien plus que celui d un fondateur d'empire; Washington ouvre une ère nouvelle dans l'histoire ; plus grand que César, il a défait l'œuvre du Humain; il a fait cesser le funeste divorce que César a introduit sur la terre, il a réconcilié le monde avec la liberté !
Ët Washington n'est pas seul en Amérique; un génie égoïste comme César n'a autour de lui que des instruments et des subalternes ; chacun se plie à la pensée du maître. Une àme généreuse et amie de la liberté, comme était Washington, appelle autour de soi tous les honnêtes gens, et provoque partout le patriotisme et le dévouement.
XIV PilEFACE.
Quelle pléiade de citoyens excellents! Patrick
Uenry, Hancock, Samuel Adams, Franklin, John Adams, Jefferson, Jaj, Gouverneur Morris, Ma- (lison, et au premier rang cette belle et douce iigure d'Hamiitoa^ Uamiiton pour qui TAmérique a été ingrate» et que nous avons le tort de ne pas connaître, car ce jeune homme a été le bras droit etie conseil de Washington, le digne Éphestion de ce paisible Alexandre! C/cbl quand on a vécu en temps de révolution, au travers de ces nuits d'orages ; au milieu des passions et des appétits soulevés, qu'on sent ce que valeut ces nobles cœurs, qui dans le danger même ne voient qu'une raison de plus pour défendre ces deux sœurs inséparables, la Justice et la liberté, contre le caprice , Taveuglement, la furie popukire. Glorieux temps 011 les épreuves étaient rudes sans doute, et le lendemain douteux , mais où chacun comptait sur Washington, soutenant tout de son exemple et de sa vertu l
L'histoire de la constitution, non moins instructive que celle des colonies et de la révolution, avait en 1849 nn intérêt particulier. Comme nous, l'Amérique avait souffert de Tanarcbie, et ee mal lui venait de deux causes 2 l'absence d*UB pouvoir exécutif fortement constitué , et l'ommpotence d'une assemblée unique. La laçoa él^it frappante, on en conviendpf. I/Amérique, don*
PEÉFAC£. XT
naat m démenti à son passé «t cédant à one
illusion que partageait Fpauklin, avait remis le gDuvemement à une seule chambre $ c'en fat assez pour qu'elle s'abîmât dans l'anarchie et tremblât devant l'émeute^ au moment même où la paix la laissait maîtresse de ses destinées* Ce fut idors que rxmmoriei Hai^iiton, et Jay, et Madison» et tons les yrais amis de la liberté se réunirent pour sauver la patrie, et firent nommer celle Convention de 17d7 qui rédigea la constitution*
Que de sagesse dans les délibérations! Quel déôir liouuéie de fonder la liberté sur la justice et sur le respect des droits de tous ! Ët plus tard, quel courage pour faire adopter cette loi counnuiie aux treize États divisés par mille passions diverses! Ce dévouement du moins produisit une des constitutions les plus parfaites que connaisse rhistoire, et une de celles qui déjà a duré le plus longtemps. Deux chambres, toutes deux peu nombreuses ; un sénat mêlé sagement à Tadministra^ tion; un président chargé de peu d'attributions, mais libre dans son actiioa» et eulin, ice que noua n'avons jamais connu, m pouvoir judiciaire vraiment indépendant, et asse^ fort pour mainte? nif d4ns le devoir les chambres n^ème^ en les
enipt'chaiit de violer la constitution. Que de leçons pou/: nous da^s .cette loi dont u^us connaissons si peitt reprit!
XVf PRÉFACE.
Ët à côté de cette division des pouvoirs si sage, et fondée sur une si longue expérience^ quel ménagement de l'individu» quel respect de ces droits et de ces garanties sans lesquels la liberté politique ii'cbt qu'un nom! La lilitrté religieuse, la liberté individuelle, la miUce, le jury mis au rang des droits inviolables ; partout ce soin jaloux qui craint TusurpatioD ou la faiblesse des assemblées.
Toutefois ces prescriptions n'étaient point ce qui nie frappait le plus; nous les avons souvent répétées dans nos constitutions, et elles y sont restées une lettre morte. Mais aux États-Unis les mœurs y soutiennent les lois, et ces dispositions sont vivantes parce que chaque citoyen en sait* tout le prix, et est prêt à les défendre. 11 y a d'ailleurs une sentinelle vigilante qui ne laisse jamais le peuple s'endormir sur ses libertés menacées ; c'est la presse, cette gardieuue nécessaire de tous lee droits publics et privés. En France, il est aisé de faire le procès de la presse, nous en avons | beaucoup souffert, et ses excès nous ont aveuglés sur les services que seule elle peut rendre. Mais rbomme n'abuse-t-ii pas de toutes les forces qui sont à sa disposition , et avant tout n'àbu8e*t-il pas de la plus précieuse de toutes, de sa propre vie? £h bien I la presse est la vie même du corps social, et quelque abus qu'on en fasse, on n'en détruira jamais la nécessité. C'est ce qu^on a com<*
PBÉFAGS. XVJl
pris eo Amérique, et comme c est uu pays jeune et qui 86 sent vivre» nulle part on n'a usé plus largement de lu presse, ni su en tirer un meilleur parti* Là-bas on proclame que l'ignorance est le fléau qui perd les démocraties , et que la presse seule achève l'éducatioa du peuple f qu'elle seule fait la supériorité des pays libres, car en excitant l esprit, elle amène la richesse à la suite de la liberté : ce sont de bien vieux axiomes, mais qui» là-bas , n*ont pas encore changé*
Tel fût l'objet de mon cours ; tel fut le tableau
que j'essayai de remplir. Plus d'une fois il me parut que rauditoire s'associait à mes études; mais pour moi j'en vivais» et il me semblait que nulle publication ne pouvait être plus utile qu'un livre où l'Amérique parlerait à la France» et lui communiquerait son expéricuce. l'eu importait le mérite de l'auteur» pourvu que son ouvrage contînt la substance des idées américaines» et en ce point» qui ne demandait que du travail , je me croyais en état de satisfaire le lecteur.
J'allais imprimer mon livre quand, au commencement de 1851» la question de révision occupa la France. Éclairé par l'exemple de l'Amérique» un des premiers j'appelai l'attention du pays sur ee problème délicat S «t je proposai une
I. La Révision de la Conslilution, lettres à un ami, par Étûwmd Ubonlaie. Parii, févîtor 18&1, cbei ^. ihiraod.
xnu PRfiFAGB.
solutiun empruntée des Etats-Unis; c'était le moyen d'éviter des mesures violentes et dont la libel le soulYre alors même que l'opinion y applaudit. Eu étudiant TAmérique ^ pays pratique et de bon sens , Je m'étais demandé quel était le vice de ces assemblées constituantes qui chez nous ne parussent jamais que pour tromper à la fin les espérances quelles ont excitées au début. Et j cn étais arrivé à cette conviction^ que ces assemblées constituantes , à qui nous donnons tous les pouvoirs, sont une ciiimère; ce que serait en physiologie un système qui suspendrait la vie du malade pour renouveler un tempérament épuisé. Quaud le-remède serait trouvé, il y a longtemps que le patient serait mort. Les assemblées constituantes , à qui nous renie Itous le despotisme pour qu'elles organisent la liberté , e*est quelque chose d^aussi iou que la quadrature du cercle ; en Amérique, au contraire, on a résolu le problème : on touche à la constitution sans rien changer à la marche du pays, sans donner aux chambrée des pouvoirs extraordinaires y sans troubler les esprits, sans airèter les aiïaires, et il n'est guère d'année uù, sur quelque point des États-Unis , on ne réunisse une Convention. Ce nom de sinistre niéiuoire est là-bas un nom innocent, parce qu'on y a toujours su renfermer les assemblées dans le cercle étroit d'un devoir bien tracé.
Je oe sais si ma brochure, où je citais Texemple de rAmérifipie« était dénature à faire impreBaion, mais ce n'est pas en ttn jour et avec un livre qu on ouvre les yeux d'un peuple inquiet et luécoiUent; une nation qui aonffre ne Ut guère, et tandia que ji3 préparais pour l'impressiou le mauu&ci iL de mou Hùlùm dn lnaihUMon$ poliîiquei au» Étais-Umif
qui dcvciit achever la conviction de mes lectcurâ, la France faisait une révolution nouvelle et ohao gaait de gouvernement.
€e changement était de telle nature que j'ajuurliai la publication de mon livre; non pas que mes convie tiou 6 lussent ébranlées par un événement qu'il était trop aiaé de prévoir*; non pas quej'eusae moins d'estime pour le génie de Washington et le patriotisme de ses amis ; jamais je n'avais mieux compris leur grandeur» mais je pensai que personne ne m'éoouter&it dans \e premier moment. La France est un jmyn paasionné» tout y est mode et entraînement. Le lendemain du 24 février» je
1. ■ L'école historique , écrivais je on is'iR, croit avoir réduit la politique en srieace posilivef et &i ses principes sont vrais, elle prédit liardimeDl qu'ea rompant la tradilion pour nous imposer une coa* stitutloo févoluUoDBalre, anlipittiique aux idées et aux babitudea reçues , oa Mm pQia» iofilUiblement à la dictature par ta iléma-
r;nç;ic. .Ir* ne piii? me î.is^pr dr> In rcpp'cr, et je voudrais que re ^ri fût enleiuiu de la t rinrc entière : ou ia science est fausse (et j'en viens à le soutiailer), ou 1 ou nous mèoe à l'abîme. En adoptant la constitotlon Doorelle , on perd la république , quand rien ne serait plus SwiOe q«e deta Mar Mt iiibaleadHndiiaSi elt. «(CoiifMMtoiii mur ta constitution, p. 79. Voy. aussi la AcWtt'on de la ctuuHhOion^ p. tu et lté.)
voyais passer à ma gauche une foule de gens que^ j'avais connus si iongteuips à ma droite , que j'ignorais qu'ils fùssent républicains; aujourd'hui» les voici revenus à leur première place , toujours ûdèles à la même pensée» c'est qu'il faut soutenir et servir le pouvoir. Quelques personnes les blâment, et moi je les admire, car ils ont résolu le plus délicat des problèmes» en mettant d'accord leur devoir et leur intérêt.
Pour moi» que le sort a toujours fût simple spectateur, et qui n'ai qu'un désir, celui de voir la France heureuse , libre et pacifique , j'ai le défaut» et il est grand dans ce pays» de ne point me fier au courant qui emporte si bonne compagnie; et, par un vice de nature ou d'éducation» je me défie de ce que tout le monde applaudit. Comme citoyen» ce n'est paa sans inquiétude que je considère ce qui se passe aujourd'hui. Bans ce que j'entends louer» il me semble que je reconnais des solutions déjà essayées » et dont la France s'était &tiguée comme elle s'est dégoûtée de tant de choses. En politique il n'y a plus de mystères» et on y peut calculer aisément l'effet d'institutions déjà connues. Certes» on n'avait point caché au pays ce que la démagogie apporte avec elle de misères et de crimes; la France n'a pas voulu écouter ses conseillers; elle a mieux aimé acheter l'expérience ; elle sait ce qu'on la paye : aujourd'hui on se croit au port ;
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.moi je vois des dangers de plus d'une espèce, et des dangers qu'il n'est fBB impossible de conjurer. \uilà pourquoi je publie mou livre, et pourquoi je n'y change rien. Il a été fait sous la République, à une époque où j'espérais prouver aux républicains que, pour la liberté comme pour le pouvoir, il n'y a de salut que dans un régime qui fait une juste place à chacun de ses deux éléments, dans uu régime qui empêche la liberté de se perdre dans l'anareliie, et qui empêche Fautorité de s'affaiblir par l'excès même de sa puissance. Aujourd'hui ce n'est plus du même côté qu'on penche, les termes du problème ont été renversés ; mais le problème n'a pas varié, et le devoir d'un citoyen qui aime son pays est toujours le même. Je publie donc mon cours tel que je l'ai fait en 4849, et sans y rieu changer d'important. Si arriéré qu'il soit, je le crois de nature à faire réfléchir un lecteur impartial , et c'est à celui-là que je m'adresse ; je n'écris point pour les partis.
Quant aux politiques qui se croient sûrs de l'avenir, je n'entends pas troubler leur sécurité; discuter d'ailleurs avec eux n'est pas aujuuid hui ehose £aeile; qu'ils me permettent seulement de leur citer une anecdote peu connue et qui ne manque pas d'intérêt. Je l'emprunte aux Souvenirs du général Mathieu Dumas^ Elle est du temps de TEm-