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plus de la moitié des habitants, et c'est eacon
du Massacliussets et des Ktats voisins que sont * sortis la plupart des émigrauts qui out été peupler les solitudes de Touest, disséminant avec eux les idées, les luis, les usages de la Nouveiie- Angleterre. Ce que les Normands ont été pour les Skxons dans la Grande-Bretagne, les puritaini Vout été pour les autres colons de l'Amérique. Ce sont eux qui ont donné au caractère national ses traits les plus prononcés.
ÂTant de passer à Thistoire d'autres provinces qui ne jouent pas un aussi grand rôle dans la yie politique des États-Unis, il convient donc d'épuiser notre sujet en étudiant, avec quelques détails, et dans ses éléments, l'esprit de liberté qui donne au peuple de la NouTelle-Augleterre une physionomie si marquée. Jusqu'à présent nous n^ayons vu que la surface dis institutions; il en faut pénétrer le fond ; il faut connaître quelle force secrèle les anime et leur donne la rie*
Ici nous abordons uue question des plus délicates et des moins étudiées; cependant elle est d'une application journalière en politique, et par conséquent elle offre un grand intérêt*
Vous êles-vons jamais demandé ce que c'est que la liberté politique , et comment ou peut li donner à un peuple? £st-ce quelque chose d'extérieur, d'absolu, comme une vérité mathématique f (fïofk transporte de Francu en Chine sans
.V LEÇON. — NOli\ELLE-ANGLETERRR. 243
qu*eUe p«rde rien de sa Taleur? Sufii^ii de dé»
montrer rutilite d une forme politique ])oiir qu a ria&ULQt même eette forme eoit re^e uiùverseUe* ment et mus TéeisUMiioét La liberté ne eevait-elie pas , au contraire, le résultat de certaines hab^^ ludes» de eertaine besoins >qu'on ne peut eommO^ • niquer à un peuple que par degrés , et ne faut-il pas des soins infinis pour Tapj^ppner à la nation, an eièele » an elimat qui doit en^jouir ?
Toute la science, toute la politique se partage entre œs deux écoles: Técolediorabsolu ouTécole pbiloBopliique , Téeele de Teipérience ou l'éeol^ historique.
Si la premiire a raison, si la liberté est une
vérité mathématique, un absolu, il suflit de transporter en France la conslitation d'Angleterre ou eslle des États-Unis pour faire de nous à Tinstant des hommes aussi libres^ aussi habitués au gouvernement de la nation par elle-même que penyent l'être, après des siècles d'expérience, les Anglais ou les Américains. Avec les institutions de Ly-»' eurgne on ferait de nous des Spartiates, et le rédacteur de la constitution de 1793, Hérault de Séchellesy avait ïaison de demander à la Biblio^ thèque les lois de Mines pour en doter la France; un problème trouvé par £ucUde n'appartient-il pas à tout le genre humain ?
Si au contraire la liberté ne résulte pas d une oharte mais des mœurs ^ des idées» des habitudes
f44 LIVRE I. ^ COLONieS.
d*aii peuple; si on ne la décrète pas par un artide de loi; si le temps en est un des éléments néœs-
saires et si l'apprentissage ne s'en fait pas en an jour, ipil noToit que les constitutions, les chartes»
les lois écrites n'ont de valeur que par le peuple qu'elles régissent, et par le souille qui les anima et les TÎyifie?
' li^inpiunter la charte d un pays vuisiii, donner à un peuple les lois isites pour nn autre peuple» ce n*est que transporter un morceau de papier, si Ion ne trouve pas chez la nation qu'on appelle à la liberté l'esprit même de la nation qu'on imite, m si tout au moins on ne parvient pas à le lui communiquer. Les colonies espagooles ont pris aux États-Unis leur constitution; c'est le tissu ds
Neséus qui les dévore et qui les tue.
Comprenez maintenant qu'étu^dier, comparer des constitutions, c'est un travail stérile» si oa n'étudie pas en même temps les jpeuples pour qui ces lois ont été faitea, si Ton ne pénétra profbn* ' dément dans leur caractère et leur génie.
C'est ce qui vous explique tout à la fois pourquoi on vous retient, plus lodgtemps peut4tre qu'il ne semble nécetsairc, sur riusloire des origines coloniales, et pourquoi, après avoir indiqué las dispositions principales des Charles puritaines, on veut à présent vous montrer quelles idées régnaient dans la Nouvelle*Angleterre , et comment ht liberté politique était pour les planteurs, si
X* LEÇON. — NOUVELLE-ANGLETERRK. i43 /
j'ose le dire, une nécessité de situation. Elle sortait de leur vie privée tout entière.
^En premier lieu, c'était un peuple habitué dès longtenips à une assez faraude somme d'indépen- /iance. Ce n'est point le moment de retracer Tliistoire de la constitution anglaise, et de montrer comment, grâce à l'accord des barons et du peuple, l'Angleterre jouit de bonne heure d'une liberté plus grande que celle du continent; il suflit de ♦ dire que de tous les peuples de l'Europe, les An- , glais étaient déjà les plus avancés dans la pratique du libre f£ouvernement.
Ce goût d'indépendance, particulier de tout temps à la race anglaise, fut encore développé par les circonstances de l'émigration; les puritains, laissant à la mère patrie ses privilèges, emportaient avec eux Tégaiité politique, base première, condition essentielle de la liberté. C'étaient • des marchands, des bourgeois, de petits propriétaires. D'une part, point de misérables sans éducation, et asservis aux besoins de chaque jour; de "'^ l'autre, point de seigneurs réclamant ou des pri- . . viléges féodaux, ou la supériorité que donne la ^ naissance. Davantage, point d'évêques, point de clergé dominant, formant une caste distincte et privilégiée; point de magistrat qui voulût installer dans le nouveau monde un gouvernement fait pour un autre pays; en un mot rien qui altérât l'égalité. Au contraire, la ressemblance des con-
dilions , un égal éloignement de la mitère el de la richesse, de l'illustration et de la bassesse, Tunité * du but y le lien religieux ^ tout eoucourait à éta* blir un même niveau pour cette société nouvelle, tandis que nous , c est d'hier seulemeut que noua ayons déraciné Tin égalité (et bien plus encore des lois que des mœurs), et cela au prix d'une révolution sanglante , et qui trop souvent A perdu par ses evct'h les institutions mêmes qu elle prétendait fonder.
A est éMmant d'indépendanee, ft Tégriité po-
lUique qu'il ne faut point confondre avec l'égalité absolue d^s nÎTelenn modernes (celle-là serait la destruction de toute liberté, ce sendt TégalHé de latbrut« dans Téeurie), il faut joindre le tp^- #ort énergique que donnait à la liberté individuAtte
la foi, la croyance des pui ilaiiis. On ne parle pas
des formes toutes républicaines de leur Église; oo a déjà traité cette question. Je remonte plus baut, et je demande d où est sorti cet esprit républicain qui a transformé tout ensemble k oroyanee, îe culte et la société?
ra:vance ici sur un terrain brûlant, et je réclame toute Totre indulgence si par basard ma parole allait plus loin que ma pensée, et pouvait vous blesser dans ce que Thomme a de plus respectable, dans Tos convietions religieuses.
J'ai un respect véritable, et qui n*a rien d'affecté» pour le catholicisme ; il a fait de très-grandes
X* LEÇON. — lfOl}V£LL£-AMfiU;TEIUUi. Ul
choses, 6t je crois que ses destinées sont loin d'être aooQin plies , mais je ne pense pas le luécoBoattre en disant qa*une religion fondée sur 1% principe d'autorité, et qui exige des fidèles ia «oumisêioa absolue de la raison dails les matièros d^ Ibi «t même 4® discipline, si elle abat Torfcueil, comprime aussi jusqu'à un a^rtaiu poiçt la pensée ' de Imdiyidu, et qu*en deux mots, par le tour d*esprit qu'elle donne, elle semble mieux faite pour iouruir des sigets à une monarchie que pour développer les instincts énergiqvea du républicain.
Il eai remarquable, du moins, que toutea 1^ l^randes monarehies modernes ont été catholiques,
et que toutes les républiques qui se sont établies, la Hollande^ la Suisse, TAmérique; appartenaient surtout aux opmiuus calvinistes.
. Ët on comprend en effet qu'un individu à qui on remet la Bible dans' les mains comme sa seule règle de conduite, qu'on rend responsable et seul respensaUe de sa destinée religieuse, en eomprend, dis-je, que pour cet individu, à considérer en lui le citoyen, la moitié du chemin est déjà faite; il eat de nécessité républicain.
Je ne veux point, du reste, donner à cette observation une portée trop grande. A Dieu ne plaise que je prétende qua la croyance tient aux formes politiques; qu'il y a une religion pour les monarchies, et une autre pour les républiqoee.
i48 UVRE I. — COLONIES.
L'eiemple do eatholi«i«itte floriSMint tfttx État»-
Unis suilt à prouver que cette communion peut yvm dans nne République , et il y a même dans la hiérarchie romaine, certaines formes qui, en te développant dans le sens de la liberté , peuvent rapprocher Torganisation religieuse de l'organisaLion politique, sans qu'il y ait d'altératiou essentielle dans ce saint édiftce consacré par tant de siècles. €*68t ainsi qu'une émancipation plus complète qui remettrait au diocèse la nomiuation ou an moins la présentation de réivéqne, c*est ainsi que des cou cites fréquents, indépendants du bou plaisir de l'Etat , toutes mesures qui seraient a<^ eaeillies avec faveur par le clergé , car elles ae seraient qu'un retour aux libertés primitiveSt mettraient l'Église pltis en harmoDie avec les idées du siècle.
Ce que j'ai voulu 4ire seuiemeut, et ce que je crois Téritabie, c'est que surtout à une époque où !a séparation de l Eglise et de l'Etat n était rien moins qu'établie (il n'y a encore qu'un pays au monde, TÂmérique, où cette séparation soit complète), il était uaturel que chacun, portant dans le monde extérieur les idées qull aivait reçues dans rÉglise, le puritain rêvât rindépendance comme le catholique la monarchie, chacun prenant son Église pour Tidéal de sa politique» et voulaul modeler la cité terrestre sur la cité de Dieu.
X* LEÇON» ^ MdUVKLLE-ANaLSmRB. 9i9
C eât ainsi que la ductnne puritaine; qui poussait à rindépendaticet à la souveraineté du jugement individuel, et qui par une conséquence naturelle coaduisait à i'orgamsation de l'Église sur la base du suffrage universel , était par sa nature uiéiiie uD énergique instrument de liberté. Comment faire accepter les institutions de la monardrie absolue à des hommes qui, dans la ferveur de leurs convictions nouvelles, aimaient mieux mourir que de se soumettre à Tautorité d'une Église établie , et qui se croyaient martyrs en défendant les droits du jugement individuel , en d'autres termes^ et sans ea avoir conscience, les droits de la raison?
Remarquez bien le rôle que joua la doctriue l^uritaine , léle opposé à celui qu'a tenu le catholicisme^ et TOUS comprendrez comment la religion a conservé tant de place dans la vie américaine. Chez nous, quand la raison a commencé de s'émanciper, elle a rencontré comme adversaire l'Église effirayée. Des deux parts, dans Tattaque connue dans la résistance, on a été à l'extrême, et ce n'est qu*après des luttes sanglantes qu*on a Sni par comprendre que la foi et la raison ont des provinces distinctes, et qu elles peuvent vivre Tune près de l'autre non-seulement sans se détruire, mais en se prêtant un mutuel appui*
En Amérique^ le ruladu puritanisme a été tout
différent; sans doute il a été violent et persécuteur au dehora^ mais au dedans^ et aana a'en randie compte , il a favorisé la raison. Chacun a vu dtm la Bible, comme dans un ninoiri l'image de mn esprit; ohacan a lu dans le texte sacré ce que sa pensée et quelquefois sa passion y voulaient lire; et aioai, eu iaoe dea prescriptions de à Église aaglicane qui aomnaudaient «ne obéiasanae abse* lue, le puritauisuie a été l'exaltation, l'enivreijQeat de la raison individuelle. '
Voie! un exemple bien remarquable de cette ïùmic fondamentale du puritanisme. Quaud se iit la première émigratiout celle qui fonda Nevr-PlylîKmtli, Ilobinson , le pasteur de la petite eolouit de Leyde, accompagna les pèlerins qui a'embarqnaient sur la Fleur de Mai, et, coaune s'il avait déjà le pressentiment que la mort rempécherait de les rejoindre, il leur adressa pour adieu les paroles suivantes :
Frères , nous allons bientôt nous séparer ; vivraî-je Bsm pour vous revoir encore sur la terre ; le Dit u du ciel est le seul qui le sache. Mais qu'il l'ait ou non permis , je vous Boonne devant Dieu el les anges bénis de ne poiat lae soim |Ais Un iiue tous ne m'eras vu suivre le Seigneur léaus-Chrîit.
Si Dieu vous révèle quelque chose ji u un autre de ses organes^ soyez aussi prêts à recevoir celte vérité (]ue vous Tavez tou^jours été à accueillir celles que vous faisait eonnaUre mon ministère, cw je suit sincèranent eoovnîncn que Dieu fera eneere sertir beaucoup de vérités 4la
X' LEÇON. — NOUVELLE-ANGLETERRE. tîJi
sa sainte parole. Pour moi je ne puis assez déplorer la condition des Églises réformées qui , arrivées à une certain de^vé en religion ne veulent pas uller plus loin que n'ont clé les instruments de la réfonnation. On ne peut amener les luthériens à aller au delà de ce qu'a vu Luther. Quelque part de sa volonté que notre bon Dieu ait révélé à Calvin, les luthériens aimeraient mieux mourir que de l'embrasser. Kt les oalvinisles, vous le voyez, s'attachent au point où les a laissés ce grand homme de Dieu, ^qui cependant n'a pas tout vu. *
C'est une nûsère bien regrettable, car encore bien qu'ils aient été dans leur temps des flambeaux qui ont brillé et ^resplendi , cependant ils n'ont point pénétré dans tous les desseins de Dieu, et s'ils vivaient aujourd'hui ils seraient tout aussi disposés à accepter une bonne nouvelle qu'ils l ont été à recevoir la première ; car il n'est pas possible que le monde chrétien sorte si tard des épaisses ténèbres antichrétiennes , et que la perfection de la connaissance éclate ainsi tout d'un coup. ^
Ainsi donc, la religion a été pour les puritains, au xvii* siècle, ce que la philosophie a été pour les incrédules du xviii', mais avec cette différence tout à son avantage, que le champ qu'offrait la Bible, tout étendu qu'il fût, n'était pas illimité, et que pour une foule de questions, pour la morale notamment, Tusage avait planté des bornes que personne n'entendait déplacer.
Ce rôle philosophique, la religion le remplit encore aujourd'hui en Amérique. H y a peu de rationalistes aux États-Unis , et ils y sont mal vus; mais il y a des unitaires qui proclament
qu*il n^y a qu'un Dieu , qui rejetteot U divinité
de Jésus, le pécbé origiael, et l éternité des peines de l enfer, et qui voient dans le Christ non pas uo médiateur mort pour sauver les hommes, mais un modèle à imiter. Seulement, tandis que le déisme reste ici a l*état d'opinion individueiie^ en Amérique il fonde une Eglise -, il a ses apôtres y sa doctrine, sa morale et ses prosélytes. Ce qui chez nous est philosophie, là-bas est re* ligion.
Je reviens 'aux premiers temps .de la colonie.
Ou n'a pas oublie la sévérité religieuse des premiers puritains; pour eux l'État n était, à proprement parler, qu'une Église; aussi la morale, qui chez tous les peuples croyants est une dépendance de la doctrine, et qui par conséquent relève du prêtre, se trouvait soumise au ministre mafi^trat; et par une conséquence logique, quoique biaarre en apparence , les délits moraux se transr
forinaient en délits civils, et ceux-ci eu tiélits de conscience. Vous vous rappelez les lois bleues du Connecticut.
Avec le progrès des lumières, la séparation de rÉglise et ds l'État s'est faite, et plus compléta* ment en Amérique qu'ailleurs , puisque aujourd'hui le culte est une association privée soutenue par les contributions volontaires de chaque communiouj uiais la moralité publique a conservé quelque chose de son caractère primitif, et dans
X* LBÇON. — NOUVBLLB-AIfGUTBRRE. 253
ce paya jaloux de lii>ertéy ou accorde à l*État une influence beaucoup plus grande sur certains actes
privés que daus des pays qui ue sout riou moins que républicains.
C'est ainsi qu'aujourd'hui, dans la Nouvelle- Angieterrcy l'observation du dimanche est maintenue atec une rigueur plus grande que dan» la mère patrie. C est une inconséquence, car si c'est en vertu de la Bible qu'on ordonne la célébration du jour du Seigneur, c'est une invasion de TÊtat daus le domaine de la conscience ; et si c'est simplement par raison politique qu'on assure aux classes ouvrières un jour de repos , il est bizarre qu'on leur interdise tout plaisir , toute bonaôte récréation.
Le repos du dimanche est aiusi un ancien Dsage quejes mœurs ont conservé après que rinfioence politique de l'Église a cessé; et les mœurs ont égalemeul soutenu des dispositions qui se justifient par elles-mêmes, mais qui avaient leur racine première dans la religion. Aujourd'hui, par exemple à Boston, 1 adultère et la prostitution aonddes crimes publics prévus et punis par les lois; il y a cuiitre l'ivrognerie des mesures sévères, et parmi ces mesures il en est de préventives qui vous étonneraient dans un pays de liberté, si vous n'en connaissiez les principes austères, il faut un privilège pour oiivrir un cabaret» ei dans tous les États de la Nouvelle-Angleterrei hormis
ttt4 yma u — colonies*
im seul, la vente des liqueurs spintaouBes est absolumnt défendue.
Cette intervention de TËtat dans les habitudea privées ne peul s'expliquer que par le rôle primitif de TÉtat-Égliio. Sana doute ai^ourd'hui
ouLes les aatiojis civilisées attribuent à l'Etat une liaut^ tutelle^ mais cette tutelle, qui çhea uoua eat toute politique, a pour les Amérieain» quelffue dioae de sacré et de religieux , et par conséquent on raeoepte avec plus do déféreneo qu*on ne fait en France , où la liberté n'est trop souvent que le droit pour chacun de vivre à sa fantaisie. Dauâ h Nottvdle^Angleterre on entend aujouid^hoi la liberté comme faisait Winthrop au xvii* siècle. C'est le droit à tout ce qui est bien , à tout ca qui est beau » à tout ce qui est juste , mm rien de plus , et par conséquent on admet u^e intervention de l'État plus grande que noua ne l'imagittorions au premier abord.
Ajoutez que, comme la morale publique a été réglée par la religion , l'opinion la soutient plus encore que la loi. £nireindre la loi n*est pas seulement un délit, o'eat un sachlége^ Thomne im^ moral, ou dont la eonduite est peu ordonnée, est considéré comme uu impie. De là un ordre rigoureux, une sévéïtté tout extérieure pour oer*
tains actes que noua regardons trun œil plus ludulgeat. La vie privée, la liberté de l'individu » «e tiouvent ainsi oontenuts dans des limites
X< LEÇON. NOOVBIXE-AlfGLETKMUS. S»5
étroites, dont profite la liberté du citoyea. Le lien politique 86 relâche d'autant pins que le lien moral est plus serré.
On comprend comment la religion puritaine laieeant à la pensée un champ des plus larges, en même temps qu'elle borne sévèrement la vie civile y a évité le grand danger de la philosophie qui souvent, en émancipant la pensée, livre le coeur à toute la licence dea passions. Il est aisé maintenant de sentir comment cette société si régulièrement ordonnée, et si formaliste, était pourtant ai lihre» si indépendante par un autre
côté; comment, suivant une maxime anglaise un peu détournée de son sens^ lea puritains étaient libres par les lois, et esclaves par la coutume; comment eniln les mêmes hommes demandaient à la loi de les gêner le moins possible , et suivaient en esclaves les usage» reçus. Ce caractère, qui fut celui de la vieille Rome, est encore aujourd'hui celui de la Nouvelle-Angleterre.
Si la reli<^ion favorisait la liberté politique , le génie propre des émigrants y contribuait aussi pour beaucoup.
Vous savez quel est le caractère que Tacite donne aux tribus garmmiques, caractère qui le frappait d'autant plus qu'il est surtout opposé au génie romain : c'est Tindépendance individuelle. Le barbare se sufih à lui-même , et par conséquent reçoit avec méfiance tout ce qui diminue la liberté en la
S56 LIVRE I. — COLOI«iU!.â.
réglant. Tacite nims représente le& Germains ne
formant pas de villages , mais s'étubLissaiit isolément là où le pays les attire ^ ut fons, tU nemm placuit. Les émigrants qui n'appartenaient point aux conquérants de race normande, mais aux Saxons , portaient en Amérique ce trait caractéristique de leurs ancêtres, et qui se retrouve aujourd'hui en Allemagne^ c'est ce qui explique et au delà comment la race germanique est faite ponr colouiber dans la solitude et risolemeot^ taudi:> que nos races méridionales ne se développent el n'agissent que par a<^glomération, comme des armées; la solitude leur est morlelie.
Dans cet état de choses on sent quelle est Timportance de Tindividu, de la laiiiilie el de la luaison, ce €[ui nous explique le respect du domicile poussé si loin ches les Anglais, et la valeur toute particulière qu'ils donnent au mot ai home (le chez soi). Chaque individu est souverain $ il n*est point, comme dans les républiques antiques, le membre d'un État; il n'est pas fait pour la citéi • c^est la cité qui est faite pour lui* Il n*est pas non plus le rouat-e d'une machine comme dans les systèmes socialistes^ il exista par lui-même et pour lui*mème avant tout, et ne doit à la société que ce que l'intérêt social j)eut rigoureusement exiger. C'est ainsi qu'an début de la plantation chaque famille était une petite monarchie indépendante, et on conçoit qu'il était diliiciie de de-
V LEÇON. — NOmrBLLE-ANGLETERlUS. 2»7
maxuler beaucoup à ces .fermiers disséminés sur le sol, perdus dans les forêts , qui se nourrissaient et s'iiaiiiilaieut de leurs propres mains, et pour qui l'argent était souvent chose inconnue*
Telle esl encore aujourd'hui la situation des
États de l'Ouest , qui sont parmi les plus démo* craëquesi et le Michigan, par exemple , nous représente asseai bien ce qu'était , il y a deux siècks, le Nevir-Hampshire ou le Connecticut.
Ainsi le caractère de la race portait à l'indépendance , et ie genre de vie concourait à développer ce fier sentiment. Le régime communal n'y servait pas muius, et ce régime, qui depuis deux siècles fait la force de la Nouvelle-Angleterre, mérite notre attention -, car c'est la base la filus solide de la liberté américaine. Un des mérites de M. de Tocqueville, c'est d'avoèr bien compris Timpor* tance de cette organisation, et de l'avoir mise en pleine lumière.
Les États-Unis sont, comme le nom Tindique, une fédératiun, c'est-à-dire que la souveraineté centrale est limitée et n'absorbe point la souverain . neté locale. Mais, en outre, les États particuliers sont eujL-mêmes constitués dans leur intérieur oomme TUnion , et chacun d'eux peut être défini une fédération de petits États souverains et indépendants dans certaines limites. Ces petits États, ces petites réjpubliques portent le nom de tawns ou
loimMps j ce qu'on a rendu en français par le mot I. il
288 Lnmi L -i»* OOLONIES.
district j ou plus péeemmeut (M. de TocqaeTÎUe, par exemple) par le neot ammme, qui n'est pas très-exact. Le towmhip est une drvision territoriale comme le oeoton^ el peut ewtenir phisieure oomflmnes. Deiie bt Nenvelle-Angleterre il eomprend en général de cinq à six miileis carrés^ et de deux à trois mille habitante.
Ces communes (je me servirai de ce nom faute d'un meilleur) sont aujourdliui maîtresses de kors afhires intérieures, et s'administrent lilirement par des oiTiciers que le peuple choisit tous les ans; mais dans l'origine^ lors de la premièfe eolonisation^ quand le pouveir central était plus faible I et les intérêts généraux moins développés , leur indépendance était encore pios grande. Chacun de ces municipes était une petite république. S'il eoroyail des délégués à la cour générale, c'était ponr un petit nombre d*aflnres d'un intérêt commun, comtne fout aujourd'hui les États y quand ils enroient des députés à Was* hington. L'Amérique était dès lors organisée à Finverse de nos idées; en Frauce la vie ira du centre ani extrémités, et c'est l'État qnî accorde des libertés à la commune; dans la Nouvelle^Augteterre la yie ira des extrémités au centre » et c'est la commune qui concède à l'État quelques-uns des droits de la souveraineté. On ne trouverait personne en Amérique qui reconnût à l'Etat le droit d intervenir dans lu direction des intérêts
X* LEÇON. — H0UVBLLE-AN61ETERRE.
purament communaux, et ce qui chez nous est un dogme serait là-bas une hérésie.
La liberté pohticjue a doue , dans la Nouvelle- Angleterre, dés racines plus profondes qu*il n'est possible d'en juger sur la lecture de constitutions qui diûèrent peu des nêtres. La nation n'a pas qu^un intérêt indireet à la représentation du pays; elle ne se réuuit pas violemment tous les trois ans pour faire une élection, abdiquer entre les mains de ses délégués et retomber dans la torpeur; elle veille sans cesse, elle agit sans oasse, mats diTisénenl,^ dans un petit- cercle, et pour des intérêts (|ue comprend le moindre citoyen.
En d'autres termes , et pour exprimer par une
comparaison la différence des deux systèmes, ce eourant d'idées libérales, sonTeat grossi d*erreiirs et de passions mauvaises, qui règne en tout pays de discosaion^ nous prétendons le couteuir par «ne digue que nons n'ouvrons qo'à interfalies périodiques, et qu'emporte souvent Forage, tandis qie ks Américains divisent ce Ilot menai^t en ruisseaux, en irrigpHons perpétuelles q«i pottent partout la fécondité, et de la liberté ne iont eon- ■aîtoe aui générelieM nouvelles que les bienfaits.
ONZIÉHS LEÇON.
C^CI£&£ GgMÉaiL DE LÀ NOCVELLS-ÀKGLKT£&li£.
(Suite et &n.)
0l6A«llàTM« «MmOnO» iWCàtKNI» MDJCB*
Messieurs,
En étudiant le caractère général de la Nouvelle^ ADgleterre^i nous avons va comment le génio de la f'ace, les eonditiona de rémigration, la forme du premier établissement, la religion ^ les idées morales 9 tout enfin avait piussé dès le premier
jour LLU devcioppcnieiit de la liberté et de Tégalilé politique. On peut dire qu'il ; avait de ce e6té un penchant &tal^ et que la première société américaine ne pouvait être autre chose qu'une république où la liberté serait longtemps le premier et le seul besoin. Dans une com* munauié tout occupée des soins matériels de la cutture, MBS eapitanx «Mumolést sans loisir; dans une société qui, par sa religion, rompait même avec le passé de la mère-patiie, il n'y avait plaee ni pour les arts , ni pour les scienees , ni pour les lettres. 11 u y faut cliercher rien de ce qni en France oeeupait les esprits eultivés sons le règne de Louis XIV, et y [aibuit diversion au
XI* LEÇON. — NOUVELLE-ANGLETERRE. 2fil
gout de liberté qui commençait à fermenter sourdement. Rien de ce luxe , de ces distractions , de cette pompe, de cette magnificence, ne pouvait exister en Amérique; il n'y avait pas non plus la guerre pour donner à la nation un intérêt, un but commun. La plantation était une réunion de fermiers pauvres, économes et religieux , ne voyant rien au delà de l'indépendance qu'ils avaient conquise , n'ayant aucun des besoins de la civilisation française, et par conséquent sans autre pensée que de maintenir la liberté, et de la faire régner dans l'État comme dans TÉdise. C'était TOuest d'aujourd'hui, mais avec un sentiment religieux plus énergique , et aussi avec moins de désirs et moins d'ambition.
On a maintenant le secret de la supériorité politique des colonies américaines ; elles nous devançaient do deux siècles; seulomont, et j'insiste sur ce point, pour éviter une erreur ordinaire, de cet avantage 'politique, gardons-nous de conclure à la supériorité de civilisation.
La civilisation est un mot complexe et qui comprend des éléments bien divers, les lois, les arts, les sciences, l'industrie, le commerce, un certain goût général, une certaine sociabilité, toutes choses qui peuvent exister séparément et à des degrés fort éloignés chez des peuples différents, et qui concourent chacune pour leur part à former la politesse d'un siècle ou d'une nation. C'est ainsi ,
par exemplo, que nous difloo» que ia civiliBatkMi de la Grèee était plua avancée que eelle de Rom
quand lea Romains soumirent les Grecs ; et cependant les iastitutione politiquee des Romaina étaifliit bien isLipérieures aux institutions grecques. C'est ainsi que Tamour de la liberté, que 1 liabitude et la seienee de la Tie publique eeat tout autrement puissants en Angleterre qu'en France , en AUe^ BUigne, en Italie; et cejpendant qui oserait div» que Londres soit plus eivilisé que Paris ou Florence? Ces aillieffs d'étrangers qui chaque annéa «viennent cfaes nous pour j eherofaer les «hannes d une société plus douce protesteraient contre cette assertion*
Recules de deux siècles cette observation , et TOUS comprendrez comment Torganisation politique des puritains y infiniment plus libre que celle de la France sous Louis XIV, ou de l'Angleterre sous Charles 11, n'annonce peint cependant une société plus parfaite , ni une eivilisation pins
i^rande. Tout au contraire, il y a dans les annales de la Nouvelle«Angleterre oertains événmentsqui montrent une société bien moins avancée» bien moins éclairée qu ou ne le supposerait. C'est ainsi qne de 4688 à 1692 la colonie dn Massacboails se crut tourmentée par le diable , et qu'on passa quatre ans à poursuivre les sorciers dont le nombre augmentait avec la crédalflé ou tes reiMids des juges. A cette époque l'Europe commençait à
XI* LEÇON. — NOUVEtLE-ANGLETERRE. M
revenir de ces eanglautee Doiiee , eL quoique Moa* tesquieu, un demi-sièele plus tard , éeri^tt encore » qu ii fallait être très-circonspect dans la poursuite de la magie et de rhéréaie'», ii est sût que ni la société française, ni la société anglaise, n auraient présenté le speetacle singulier qu'of* Aait aloffa le faaatiame puritain.
Il est aussi certain que ce peuple sans arts, aana monuineiits, sani^ histoire, ne pouvait rivaliser de pruHleese a^ree la société de Loaia XIV. Cet a^ajUage nous Tavons jusqu'à présent conservé, et cela par mille causes qu'il serait trop long d'énu* mérer : la richesse accumulée, le loisir, une littérature classique, cette éducation répandue dans les aaeieDDes sociétés et que les classes riches se transmettent sans qu'elle s'enseigne nulle part, les asmre&ir» et lee exemples du pa^ , tout ce qui fait enfin rexeellence des vieilles nations, et ce qui, par ex^emple, depuis tant de sièdes maintient au premier irang, parmi les nattons aivilisées, ritelie étouffée par T étranger.
U était nécessaire de faire cette distinction entre la civilisation et lee înatitntioM pfiUtiques, pour plus d'une raison.
D'abord) pour ne pas se former de la supério» rité de l'Amérique une idée qui serait fausse si elle était exclusive, et enmite pour comprendre
i. Etfrit des /ou, liv. XII, chap. Covp., chap. vf. cOs poumil pronrer, dii-il iroBiquenieni, que ce crine B'exisie pas. »
comment aujourd'hui^ ainsi qu au x.vu' siècle, TAmérique peut servir de modèle à TEurope par un certain côté , et cependant en prendre aussi plus d'une leçon.
Quand . TOUS lirez dans les journaux certains actes, certaines brutalités qui nous répugnent; quand on vous parlera des duels de T Arkansas ou de quelque nouveau Initoire où la emliaalion n est pas encore entrée; quand ou vous fera k triste peinture de Fesdavage dans le Sud» et, ee qui est plus triste encore, quand vous entendrez dans la bouche d'un ministre de Dieu la justification de cet abus abominafcle, vous sentirez qu'il y a là des causes d'infériorité qui ne tiennent point aux formes politiques , et dont il est injuste d*aceu8er la constitution; vous ientirez également combien les deux continents peuvent s'eurkhir par de mutuels échanges « et je ne parle pas du commerce matériel, mais de ce commerce moral qui y faisant protiier la France de 1 esprit politique des États-Unis, porterait i TAmérique Tespritde sociabilité, le goût des arts et des lettres^ en un mot, la civilisation de TEurope.
Cette digression nous a peut-être menés un peu loin, mais je, ne le regrette pas y car elle est dans la pensée de ce cours. Je ne suis pas ici pour comparer des textes de lois, car, si vous avez bien compris mes idées, ces lois ne disent rien par elles-mêmes. C*est le génie des peuples qu*il faut
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connaître, car c'est le souille qui donne ia vie aux ÎDBtitutiooft. Comparer les mœurs, les goàts»
la civilisation, les idées politiques de deux pays, c'est donc véritablement iaire de la législatioii comparée dans le sens exact du mot.
Revenons à ia Nouyelle-Angleterre.
Pour satisfaire Cil amour» ee besoin d'indépen* dance personnelle , le ^énie américain organisa les institutions libres, le self governmeuL C'est un mot qui nous masque, parœ que nous n'avons pas la chose et que Fidée même nous est étrangère ; c est la souveraineté de rindividu pour ce qui le cdUceme seul , cVst la souveraineté de la commune pour ce qui touche ses intérêts particuliers* Pour défendre et maintenir cette précieuse prérogative, il faut autre chose qu'une charte. Aussi ce ne fut pas seulement dans la disposition des pouvoirs publics qu*on dtercha des garanties pour la liberté; sans parler de la religion, deux institutions admirables Tearacinèrent dans le cœur des citoyens : Tune est Torganisation commuuale, Tautre est Téducation»
C'est dans ces deux iniÉitutioufl qu'est la sève, de la démocratie américaine; c'est là qn il faut étudier la liberté pour comprendre comment elle eafc devenue ponr les citoyens des États-Unis aussi néeessaire que l'air qu'ils respirent.
Nous avons dit qu'aujourd'hui comme autrefois chaque tawnship est une république indépendante
qui se gouverne et s'admiuietre par des ofTicim à» mt «sbiÎK. Toub les tut , an mois iêmâi. Ut eom*
iiiune charge un certain nombre d*élus (selcclmm) d'axécuter ses décisioiift. Si dans la coiu» de l'année il y a quelque DiMiire importaBie à praidn» ce j^uut ces élus qui convoquent et font délibérer lia iMbitanlt. A aèté daa •ÊiÊCêmm raaaeinblée »nma tme foida de bnetionnairea mimieipaiii : les asseiseurs répariisseat Timpèt f les collecteun b lèvent ( et femarques-le bien, c^est Toffieier municipal qui lève en morne temps l'impôt de rÉtat, tandia que chez nona TÊIiit prête aea pe^ eepteom à ia commune ); le e&nskMe eat AsBtffè de la police ; le gre/fier rédige lea procès-verbaux et tient lea aetea de l'état chril; na eaiaaier garda les fonds commnnaux. Ajoutez une foule de trus^ tees ou commiaaaires y aurveUianta des pauTres^ ▼isitinTa des écolea, inapaotenra des rontea chargés de la grande et de la petite voirie , commiasairta des paroiaaea pour lea dépaansea du colle, inapeeteurs des poids et mesima; et vona mi tout un gouvernement qui se renouvelle annuellement comme aulrnioîa In répofoliqne romaine.
Remarqueîîs que le gouvernement intérieur de cea petite États eat «ne démocratie pure, et noa pas repréeentatiYe, e'eat-à-dife qae, pour tontes les décisions importantes , on ne s'en remet pas, comme cfaea nous » à an oonseîl municipal ; c'est la totalité de^ liabilaulâ mâles et majeuià qu'oa
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réunit eu assemblée , et qui prononce sans appel sur loB qiiMtioiia qui m tûmchfli&t qua i» eooH
mune.
Ces questions sont considérabies : la police, lot TostoBy rédneafion, ka {mma, k enlte. En somme, la muuicipalité américaine est plus chargéo qno la nôlie, car la eentralitalioii est moioB foKe, le nombre dos intérêta qii*oii regarde comme généraux moina grand que chez nous ; et la coinmnne n'accepte qa*ayec re^t M méfiance Titt* tervcntion de l'État.
Ënfin, pour la gestion de ses intérêts, la conmnne a me liberté absolaoy tandis qu'en France fion droit est des plus limités. La commune américaine rend^ achète, emprunte, plaide, transige sans que TÉtat se mêle de rien; qu'elle e'enri^ caisse on qu'elle se ruine, c'est son affaira. Ën denx mots , ehea nona la commune est aona ht tutelle de VÉtat, cest un mineur qu on protège, souvent, il est vrai, de la fe/çmi la plna maladroite , et comme nn enCint qu'on empêcherait de marcher pour prévenir une chute possible ; dans la NouveUe^Ânglalerre , la ommBune est majemw,
maîtresse de ses droiîs, < t responsable de ses actions. £lle a tous les dangers et tous ks privilèges de la liberté.
Il serait diffieile d'imaginer un gystème qui fût an méma degré la eontrepied du nUn, et il est mal aisé de supposer que deux régimeà aussi
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contraires soient également favorables à la liberté. Quelque diiîérent que soit le génie des deux peuples, on ne peut admettre que le goût de la liberté ait la même vivacité chez une nation où le pouvoir central fait ou fait faire toutes ch(»ses , condamne les citoyens à Tinaction et à l'indifférence, en les habituant à ne jamais compter sur euxmêmes, et dans un État où chaque citoyen se sent responsable non-seulement de ses propres affaires, mais de celles du pays.
Notre système de centralisation, qui porte la vie du centre aux. extrémités, a des défenseurs avoués fort habiles, et compte un plus grand nombre de partisans secrets; il sourit a notre nonchalance en même temps qu'il plaît à toutes les ambitions et à toutes les théories. C'est un système excellent pour les grands intérêts de l'État, l'armée, la marine, la diplomatie, et il a eu sa raison d'être pour l'administration communale. Napoléon Ta fondé au sortir de la révolution; c'était une réaction contre les excès des municipalités, qui toutes, usurpant^ sur le pouvoir central , avaient mis la France en morceaux et la monarchie en poussière. La commune de Paris noua avait dégoûtés, et pour longtemps, de la liberté.
Napoléon considéra la France comme une armée qu'il tenait tout entière sous sa main, qu'il animait de sa pensée, et qu'il inspirait de son génie. Entre sa volonté et l'exécution i point d'obstacle,
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point de résistâDce; un ordre émané, du cabinet de l'empereur devait s'exécuter dans toute la JPrance sans un moment d arrêt, bans un murmure.
C'est là y en théorie surtout, un système qui â
sa valeur. L'unité, la promptitude d'exécution , la coneentration entre les mains d'un seul indi* vidu de toutes les forces de la France, tout cela est un grand moyen de défense ou d'attaque. On peut mettre ainsi toute utie nation an service d une idée ou d'une passion; on peut tirer d'uu . pays son dernier homme et son dernier éeu, mais tout cela n*e8t point la liberté. L'organisation d'une armée peut bien être celle d un empire , comme en Russie , mats elle n'a jamais été celle d'une république. L'autorité , le commandement y paraît seul» il n'y a point de place pour la liberté* A Tar» mée, c'est un régime qui fait le salut et la force des soldats; dans la société, c'est une tyrannie qui opprima et paralyse les citoyens.
Depuis la charte de 1814 , on a senti que, dans les conditions nouvelles de la société et du gouvernement, il était nécessaire de faire à la liberté Une part plus grande; mais la centralisation est un instrument si commode pour le pouvoir, et les communes, longtemps tenues en minorité, ont tellement perdu la connaissance de leurs intérêts, et le véritable esprit de liberté , qu'on n'a jamais acr.urdé la franchise municipale que d'une main
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avare ou inquiète. L'État a toujours gardé plus M moiss cette tateUe qui 6te i la eonmiuie It sen Liment de sa responsabilité, et cependant «e sentimeat est ie premier gage de la liberté » la aeule garantie qui ea aaaim le bon usage 6l ks bienfaits.
Sua dottte <m a comeocé un affipwwhiinewiwil
inévitoble, et, depoia 4830 surtout, il y «m grès; maity d'une pari, on a reeuié devant l'énuuMÎfwtîon compléter dea munieipaliiéa; de TaiH tre, on a marchandé le droit électoral, dana un cas où il y avait tout intérêt à le prodiguer.
La conséquence de cette politique , c^eat (|q*«m grande partie de la nation est restée étrangère à aea piopies a&irea, et qu*aujourd*hui , quand k suffrage universel a fait de tous les Français des citoyens, il manque au plus gcsand nombre cette éducation poUtiqoe que la vie municipafe peut seule donner.
11 faut entrer de suite dans une voie non* velle, sous peine de compremottro la républiqae; car on ne peut pas imaginer que des pay sans tenuâ dans rifttoranco de leurs intérèto eomnuuuum, intérêts qui les touchent et qu'ils peuvent comprendre, seront I tous les trois ans, éclairés d uns lumière subite pour élire des représeotante oi un chef de 1 État. Dans la Nouvelle-Angleterre, on ne trompe pas un électeur, car la commMoe a été pour lui l*école primaire de la liberté; elle
lui en a non- seulement fail goûter les avantages , mak elle Ta habitué à s'en servir; il eonnalt r administration par expérience^ il sail corn- BaentoD perçoit ripipèty où om le prend, et eooh* nent m le dépense. 11 a va quelles sont les coih dition» de Tautorité et de la paix publique* Riea n'est ehangé pour lui quand il passe sur uu plus grand liiéâtre; dans TUnion^ dans TÉtat, dans la GommuDe, ce sont toujours des intérêts de même espèce qui sont en jeu » des questions sonblables qu'on agite. Chez nous, au contraire, queue peuton pas persuader à un paysan qoi ne sait pas où
va c( t impôt qu'on lui demande, et qui doute si le gouvernemeat n a pas d'autres trésors que l'argent des citoyens?
Dans l intérêt du pays, dans l'intérêt de la répubbqw, il nous £aut donc des libertés niunieipsles.
11 le faut encore au nom du droit que donne anjeurd^hm la république , car ou elle n*est rien
que la substitution d'une assembUe à un roi, e'est-à-dire de sept cent cinquante souverains à un seul ( ee qui est une des formea les plus détectables du despotisme ou elle «est, comme eu Amériqne^ la reconnaissanee de» droits de Tin* dividu , la consécration de la plus grande somme possible de liberté personaeile, rétablissement du moindre gonverneBient.
La maxime fondamentale d^une république ou
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d un gouvernement libre , c'est que TÉtat ne doit
pas intervenir dans la gestion des iuicrùts locaux, el que ht commune» à son tour^ ne doit pas se mêler de ce qui concerne rîndWidu seul. On nous hit un intérêt géné^ qui n'est pas la somme j de tous les intérêt» particuliers, mais je no sais quelle abstraction politique. C'est là une erreur désastreuse et qui va au despotisme d'une mino rite. L intérêt général est tout ce qui subMSte en dehors des intérêts locaux, et de ces derniers la gestion n'appartient qu'aux pouvoirs iooaux, c'est-à-dire à la comuiuiu:.
En résumé, sans institutions municipales, une nation peut se mettre en république, mais elle n'a pas, elle n'aura jamais lesprit de liberté ; elle peut se donner les formes, Tappaience d'un gouvernemeut Hbre, mais le despotisme, comprimé un instant I remontera toujours à te surface. ;
€W là notre histoire depuis i«xante-dix ans, car depuis soixante-dix ans nous essayons le travail de Sisyphe*. Avec une administration énorinique , et qui n'est que trop disposée à s'occuper de choses qui devraient lui rester étrangères^ avec une centralisation qui remet aux mains des bu- i reaux les intérêts et les libertés de la commune , qui par conséquent 6te à la commune toute res-
I. « Il u'e»L pas Uc payâ où la luaute de uop ^ouverntr ail pris plitt profondes raeines qu'en FInnoe, et où ello cause plus de mal, > érrivail en HOS Jcffenon )k Maison.
XI* LEÇON. — NODYELLB-ANGLETERRB. Î7S
poosabililé, toute action, toute vie; sur cette py-* ramide élevée par le dêftpotisme, nous voulons ^^upe^pose^ des libertés qu'une telle base ne comporte pas. Les Américains > au contraire ^ ont pris la Sberté pour fondement de leur édifice ; aussi est-il impossible d imaginer que leur gouvernement puisse être «utre chose qu'une démocratie. Comment la tyrannie s'établirait^elle dans une contrée où le moindre citoyen a un intérêt direct, journalier, au maintien des libertés publiques; car la liberté, pour lui^ ce nest pas le droit d'envoyer dans la capitale des députés jqu*il ne connaît guère et qui feront des lois qui ne l'inquiètent pas ; la liberté, pour lui , c*est la construction d'une roate qui passe près d« son biepi d'un pont qui lui permet daller en tout temps au giarcbé, d'une école où on élève ses enfants; en \m mot, c'est un droit qui le touche d'aussi près que les droits ci\ils. Comment arracher du cœur de cet homme le besoin, la passion de la liherlé j il tient à ses privilèges de citoyen autant que nos paytttns à leur propriété. .
Du reste, et quoi qu'on puisse dire eu faveur de la centralisation» il est aisé de, prouver, Thistoire à la main, que lis l'étais les plus prospères, et enlin les plus grands, ont été ceux où les libertés municipales ont été le plus complètes.