‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 74 sur 126 · XI» LEÇON. — NOUVELLE-ANGLETERRE. 29 J · texte numérisé non relu

XI» LEÇON. — NOUVELLE-ANGLETERRE. 29 J

il 6Q était des soldats comme des généraux* On

comprend qu'avec de pareils souvenirs, les milices soient restées populaires aux Éiata-Unis et qu'on n'y TSniUe pas d'autre organisation. L'armée permanente, peu nombreuse^, disséminée sur les frontières pour contenir ce qui reste d'Indiens , n'a aucune influence, quoique les officiers, sortis de VVest-Pointy soient capables et instruits. En revanche, là-bas comme én Suisse, c'est la gloire et 1 amour-propre de juuer au soldat, de s'exercer au maniement des armes et aux ex^cices mililaireâ. C'est ce qui explique comment , pour l'expédition du Mexique, on a pu trouver si vite un si grand Hmnbre de volontaires, intrépides et rompus au rude métier de la guerre. S'il n'v a point d arméci il y a des soldats.

A la différence des Français, les Américains prennent au 8érieu.t leur garde nationale pendant la paix, et comprennent quel est son devoir. Us savent qu'elle est destinée à maintenir la tranquillité publique et à faire régo^ la loi; aussi, dans les moments difficiles, traitentrils l'émeute avec une extrême rigueur. C'est une justice populaire qui, n'ayant pas de responssd)iUté, ména^e peu ceux (fui résistent. Chez nous, oî^ manquent les mœurs politiques et ce respect de la loi qui est la première conditioil d'un libre gou-

1. Ko 18&4, rarmée permanesle est composée de 964 oflicien et •SS5 soldais , teHal 10 346, ÀmerieâmafMnaeh^ 1S&4, p. 115.

vernement, la garde nationale n'est qu'une fmr

sance d'opiuion; aussi, tour à tour, et sotTanl que l'opinion a raison ou s'égare, estr^Ue une défende admirable ou une arme qui éelate dans h main qui s'en sert; aux États-Unis, au contraire, la milice fait en général une poliee excellente et maintient la devise de toute république , OBUKS KT libbrté.

On voit maintenant quelles racines profondes a jetées la liberté dans ce pays^ que des yoyageurs superficiels jugent trop légèreuicnt. A ne considérer qnç les partis qui s'agitent à la surface , le choc des opinions , le bruit et les injures des journaux, la faiblesse apparente des Etats, oo du gouvernement central, on peut douter du niaiiiùea et de la durée de la république. Mais, pour qui a pénétré dans les fondements de Tédifiée , pour qui a vu sur quellea assises larges et solides repose la société américaine, celui-là, sans inquiétude sur la liberté des États-Unis, ne peut que souhaiter à la France d'emprunter à TAmérique, dans la mesure de son génie, noo point des formes qui n*ont rien d^essentiel, mais cet esprit qui fait la force et la |j,raiideur de U nation^ de la société américaine, ceself government, qualité admirable qui contient à la fois Tesprit d ordre et Tesprit de liberté, Tindépeadance et le respect'.

1. Sur ccç principes qui, aux États-Unis, consliluenl b lihertéi voyez à l'appeodice A, la Iclire de JoUo Âtlaou à V^bbé de Mabif*

DOUZIÈME LEGON.

COLONIES OU CSimUE.

Mesaieiiniy

Nous avons terminé Thistoire des colonies de la Nouvelle-ADgieterre jusqu'au moment où leurs chartes réroquée^ et la réyolatioii de 1686 accomplie, elles passèrent, avec les autres provinces» de la souveraineté du roi sous la souveraineté dû parlement; c'était la partie de notre tâche la plus importante, la plus curieuse, mais aussi la pins longue; l'histoire des plantations du centre et celle des [ilan latioas du sud, nous demandera moins de temps, car ces provinces ont joué un rôle moins considérable dans l'établissement colonial, quoique plus tard elles aient tenu une grande place dans la révolution, quoique Tune d'elles, celle de Nevr- York, soit aujourd'hui parvenue à un dee;ré de prospérité, de grandeur, et d'influence qui lui a valu le surnom de l*ËTàT bmmrb*

Les colonies du ceutro sont les lAnis compris entre la Virginie et la Nouvelle-Angleterre, c*est-à-dire le Maryland, le Delaware, la Pensylvaoie, la Nouvelle-Jersey, et 1 État de New* York.

S94 UVAE 1. ^ GOLUi'ii£$.

Le Deiawaii' et la Nouvelle-Jersey n'ont pas d'annales à propremeat parier, leur histoire est un appendice de eelles de la Fensylvanie et de New*- York; mais il uen est pas de même des trois autree provinces qui méritent de nous oeeuper. En suivant Tordre chronologique de la fondation, nous commeD ocrons aujourd hui par le Maryland.

La colonisation du Maryland n*a point été £ail» comme celle de la Nouvelle-Angleterre ; c 'est enivre la persécution anglieane qui a fait sortir de la métropole les premiers émigranta ; mais ils étaient catholiques, et la plantation était entrepriaa non point par une compagnie , maia par

un seul homnie, un grand seigutur, qui a laissé en Amérique un nom vénéré, et digne eu eUet du respect de l'histoire, cet homme, c'est lord Baltimore.

Le premier projet d'une émigration catholique

en Amérique fut conçu sous le règne de Jacques 1" par George Calvert, lord Baltimore. C'était un homme de mérite dont sir Robert Geeil avait bit la fortune. Après avoir occupé des charges consi* dérables, membre du conseil privé, sacrétaifc d'État, pair d'Irlande, lord Baltimore avait pris nn vif intérêt à la colonisation du nouveau monde, et il avait été un des premiers aaaociés de la compagnie de Virginie. Longtemps mêlé aux disputée religieuses, las de Tineertitude des eon* traverses, il avait cherché dans le sein de r$gUse

XIP LEÇON. ^ lURYUHD. M»

catholique b repos, que seule cette communion offre aux ospriu fatigués» puisque seule elle

décharge le fidèle du soia d édiûer sa croyauce et de raisonner sa foi.

Hais si lord Baltimore ayait trouvé un ah^i pour

les inquiétudes de son âme, il s'était jeté daus des périls nouveaux , et l'amitié du roi ne pouvait le laisser indifférent aux persécutions que souffraient ^es coreligionnaires. Les catholiques formaient un parti considérable ; ils avaient pour eux le respect qui s'attaclie au passé et à la fidélité des convictions; Jacques I les ménageait, car outre qu'il rêvait de quelque arrangement avec le pape, la doctrine de TobussaDce absolue ne déplaisait pas au roi; mais ils avaient contre eux les piuri« tains et les anglicans , loujours prêts à s'entredédnrer, hormis quand il fallait se dé&ndre ou marcher contre Tennemi commun.. Le souvenir de la sanglante Marie, la terreur de T Armada > le complot des poudres ^ la réaction religieuse qui se faisait sur le continent sous Tinfluence des suites 9 tout se réunissait pour auimei' i upinipn contre les catholiques , et plus encore que les pu* iitaius ils avaient à craindre la persécution.

Lord Baldmore pensa donc à une émigration qui permît aux catholiques d^aller demander à descieux moins inciémeuts la liberté que leur refusait la mère patrie. Après un premior essai à Terre-- Neuve, qui ne réussit pas^ il songea à la ^ a^iuiGi

dont on élevait si haut le cliuiat et le sol, et en 4 628 il se rendit dans la plantation. 11 y fut reçu en papiste , c*68(-4-dire comme on eût fait d*oii ennemi. La Vii^inie, fondée sous les auspices de rÉglise anglicane, tiraitiranité desa parfaite conformité et ne voulait point souffrir un seul dissident sur son territoire. Dès l'arrivée de lord Baltimore rassemblée décida qu'on lui présenterait le serment d*aiiegeance et de suprématie, tel que rétablissait la loi d'Angleterre , c'est*à*dîre conçu en des termes qu'un catholique ne ])Ouyait accepter.

Il était impossible de fonder une colonie catholique parmi des protestants aussi zélés ; lord Baltimore pensa donc à un établissement nouveau sar les bords du Potomac, le long de. la baie de Chesapeake, espèce de mer intétieure qui reçoit de grands ileuves navigables, et dont un côté seulement était oeeupé par la Virginie.

C'était un pays admirable que convoitaient les Français , ainsi que les Hollandais et les Suédois établis dans le voisinage, et il était important de coU iiiser si l ou voulait assurer ce beau domaine à l'Angleterre. Ce territoire avait été compris dans la charte de Virginie; mais la compac^nie étant dissoute , il avait fait retour à la couronne. Pouvait<-elle rien refuser & un fidèle serviteur, à un homme qui ne demandait au roi que le droit d'étendre la puissance de son maître sur un pays inoccupé?

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