‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 75 sur 126 · XII* LEÇON*. — MARYLAND · texte numérisé non relu

XII* LEÇON*. — MARYLAND

Lord Baltimore mourut aTant que fût scellée ia ebartede cortpession, pièce que, suivant toute apparence, il avait lui-même préparée; mais il traosmit son droit et mieux ^encore son esprit à son fils Cticilius Calvert , connu sous le nom du second lord Baltimore» le fondateur, et pendant près d'un demi^sièete le propriétaire, le chef et le bienFai* leur de la colonie.

La concession du Marjrland lui f«t fSaiite le 20 Juin 1632 par le roi Charles V\ La charte qui reproduit la promesse du roi Jacques , érige eu pro» vinee le territoire concédé, qui comprenait; outre TÉtat actuel de Maryland , le Delaware e( une partte de la Peni^lvanie. Le roi appela la proinnee nouTcUe : Maryland (terre de Marfe) en l'honneur de sa femme la reine Henriette-Marie, la fille de Henri IV, la mère de cette Madame Hen* riette qui a laissé dans notre histoire un si touchant souvenir, pleusées toutes deux par Bossuet.

La province fut distsaite de la Virginie et for^* mellcmeut exceptée de sa juridiction, étant concédée à Icnrd Baltimore et à ses héritiers , oomvie seigneurs et propriétaires absolus , sauf réserve de Tallégeance due au souverain. La, Charte attii«> attribue au lord propriétaire tous les droit» et prérogatives appartenant a l'évôque de Durham dans son comté palatin. C'est de la couronne qu*il tient son domaine , comme une dépendance du uianoir royal de Windsor, en franc et

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couiUlua soccage et non pas in cayUc ou par aei^ Tiee de chevalier (c'était, on Ta dcjà dit, la fomit da ooncession la plus favorable). Pour touU redevance il doit le ciaquitîUAe de 1 or et de l*argeiit qu'on trouvera, et en outre, comme

signe (le sujélioLi, suivant 1 usage féodal, deux ilàckee indiennes portées tous lee ans au châtaau de Windsor tant que la demanda lui en sera faite.

Il n'y avait point d*autra réserve de la souveraineté. Lord Baltimore était maître absolu dans son domaine ; bien plus» une disposition reinarquabla nous montre toute la prudenoe du concea* siuuuaire et Tempire qu'il ^vail sur le roi. Charles F s*eDgage pour lui et ses successeurs à ne jamais établir de taxe» sous quelque nom que ce soit, sur les habitants de la province. 11 confère ainsi une immunité perpétuelle au Haryland» tandis que dans toutes les autres chai tes 1 immunité n'est que temporaire, et faite seulement pour faciliter le pre* mier établissement.

Toutefois cette autorité absolue n existait que aamme une défense contre les empiétements de la

royauté, et non point conuiit un droit suprême que devaient respecter les planteurs. Tout au contraire, à la difltéreBce des chartes coloniales, telks que celles de la Virginie ou de Plymouth qui douaaient à la Compagnie un pouvoir illimité, la charte de Marylaud assurait aux émigrants uue

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pmrt dana la législatioxi* ; il y élait dit que les lois BtMiaat établies de l'aTeu ei avee Tapprobatieii

de la majorité des colons ou de leurs députés^ et qn'oo se lèverait point de eubsidea sans leur

agrément.

Aiosi le régime représentatif était dans la ckarte de fondation, et de plus nn article spécial déel»» rait que rautuhtc du propriétaire ne pouvait atteindre la vie ni les biens d'aueun émigrant«

C'est sans doute à cette part faite à la liberté que la charte du Maryland doit d'avoir échappé à b mauvaise fortune de toutes les concessions sans limites faites, soit à des compagnies, comme celles de Virginie» soit à des particuliers» comme celles de Nevtr-Haropshire ou du Haine; il est remarquable du moins , et Thistoire de la Pensyl^ vanie confirmera cetle observation , que de toutes ces chartes , celles-là seules ont profité aux propriétaires qui ont accoxdé aux émigrants la Uhcrté politique»

L'acte donnait en outre à lord lialtimore le droit d'établir des tribunaux civils et- criminels, le pa* tronage des Églises , consacrées suivant la loi eo-

clésiastique d'Angleterre (le nom même du ca;

t, Ram^.^v, Héroîution d'Amérique, I. I, p. 10. « l.a première el ia seconde cuioiiie (c'est-à-dire la Virginie el la Nouvclie-Ao^lelerre) furent gouvernées pendant plusieurs années par des corporalion», et é'ioe façoo mbverilv» Se la liberté ulurellt « mail la tntaièiie, dèi ton établissement, fui réglée par des lois rendues dins la législature ^oTioclale. *

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tholicisme n'était pas pronoucé par respect des préjugés haineux qui régnaient dans la métropole), le privilège de conférer des tities de noblesse» et d'établir ainsi par des inféodalions ans aristocratie comme en Angleterre; mais on ne TOÎt point qu'on ait jamais essayé de cette prérogative. Ceci proave une fois de plus combien les conditions d'une colonisation pacifique répugnaient à une organisation qu ou ne peut expiiqaer que par Vétat de guerre, qui fut la sitoih tion normale de la féodalité. Quand la société n*èsl; qu^une armée campée sur le sol, et na d*autre payement que la teire, c'est une nécessité qu'il y ait une hiérarchie de propriétés comme iL y a une hiérarchie de combattants ; mais ce système n a\ait pas de sens pour les cultivateurs «indépendants qui colonisaient en paix FAménque. C'était la liberté, c'était Tégalité qui convenaient à ce sol que le sang n'avait point engraissé, et qui ne ovnnaisBait d*autre fer que celui de la chtirrue.

Telles sont les principales dispositions de la charte qui fonda en Amérique la premièie province anglaise , le premier État qui, dès Torigine, ait été réglé et gouverné par une assemblée. Et c'est BOUS l'empire de cette charte que sauf une interruption révolutionnaire, les fils de lord Baltimore ont gouverné le Maryland jusqu'au moment de Tinsurrection.

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Dè& Tannée 4 633, lord Baltimore envoya prendre possession du Maryland par Léonard Gaivert, son iUs, qu il iioiiimu gouverneur de la province. L'expédition comptait deux cents- émigrants ; c'étaient pour la plupart des gens riehes et bien nés, qui quittaient T Angleterre par attachement' à la foi çatboUque. A leur arrivée sur les bords du Potomac, au point où ils fondèrent la ville de Sainte-Marie, ils trouvèrent un établissement d'Indiens f qu'ils traitèrent comme les légitimes possesseurs du sol. Oû ménagea les sauvages avec t^t de douceur , qu'ils cédèrent aux nouveaux venus leurs terres et leurs cultures; ce forent les femmes indiennes qui apprirent aux femmes des colons à faire du pain de maïs. De cette façon la plantation , aidte du reste par les ressources qu'offrait le voisinage de la Virginie , ne coQiiut j)oint les rudes et diflBciles commencements des autres émi* gratious, et se développa plus eu six mois que la Virginie n'avait pu le Mte en plusieurs années.

Ce ménagement des Indiens fut la politique constante du Mayland; aussi , à la différence des autres colonies ^ la province nfeut-elle presque jamaia à iiouiïrir du voisinage des Indiens. Guillaume Penn, dont les philosophes du dernier siècle ont un peu surfait k mérite, ne fut donc point le premier qui traita les indigènes avec humanité.

Hais ce qui est non moins digne de mémoire que rhumaiiilé envers les Indiens, c'est qu'a uue épo-

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que où, en l-^urope, la tolérance était considérée comme un crime, lord Baltimore , un eaihoUque , eut cette gloire de fonder le premier un gouvernement sur le principe de la liberté de conscience i et de régalité eiviie de tous les chrétiens»

Avant que Roger Williams, fuyant la vengeance des puritains , eût fondé Providenee , espèce de forteresse^ refuge commun de toutes les conscianees persécutées , où la tolérance était de nécessiié absolue, lord Baltimore» propriétaire paisible d'une eolonie qui ne comptait que des hommes de sa religion, placé entre la Virginie, qui avait repoussé son père , et les colonies puritaines pleines d*horreur pour un papiste espagnolisé^ ouvrait son domaine au2L puritains chassés de Vii^inie » eomme aux anglicans chassés du Massachussets. Un catholique que repoussait rAngieten e, oiTrait uu asUe à tous les protestants contre Tintoléranee protestante. Et quand les colonies, dii!;nes émules de la métropole , inscrivaieut dans leur code des lois de proscription contre quiconque ne pensait pas comme la majorité , lord Baltimore offrait aux bannis du Massaehussets de venir s'établir sous un climat plus doux , en leur garantissant pleine liberté religieuse. V oici en queiieb simples et nobles paroles il rédigeait le serment qu*à son entrée en fonction })rètait le gouverneur du Marvland :

« Je promets que ni par moi ni par les autres» je ne molesterai, pour ou à cause de sa religion ,

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ni direclement ni indirectement, ancutie personne qui fera profession de croire en Jésus-Christ* » £t en 1649 une assemblée composte de catholiques, ▼otaii un acte concernant la religion^ qui, pour la première fois, prodamait la tolérance dans le nouveau monde.

Attendu, dit l'acte, que la force faite aux consciences en matière de religion a été souvent de dan{;ereuse conséquence dans les pays qui en ont usé, et pour assurer le plus Uinquille gouvernement de ce pays, et pour mieux garder Taniour mutuel et Tunîté parmi les habitants, personne dans cette province, pourvu qu'elle professe dr ( luire en Jésus-Christ, ne sera troublée, molestée ou iiiquiélée dans sa foi ou dans Texercice de sa religion , ni ne sera contrainte de croire ou d*exercer aucune religion contre son aveu, à la charge d'être fidèle au lord propriétaire , et de ne point eonspirer contre le gouvernement établi'.

Cette liberté de religion ^ c'était du reste la

liberté telle qu'on renteiulait à cette époque, c'està-dire le droit d'adorer iésus-Christ chacun suivant sa communion ; ce n^était point le droit de nier lu révélation , ou les dogmes essentiels re^us par les différentes Églises : aussi ne faut-it pas s'étonner si dans ce même acte de 1649, on prononçait pcme ( ie mort et confiscation contre quiconque niait la Trinité. On n'imaginait pas alors qu'on pût se dire chrétien sans recouuaitre la divinité de Jésus^ilhrist. Roger Williams, n'était pas de

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