‹ Histoire politique des États-UnisChapitre 94 sur 126 · XV LEÇON. — US DEUX CAROLINES · texte numérisé non relu

XV LEÇON. — US DEUX CAROLINES

d^oii demi-peniiy rtdera&oe par «era, usa

concession de c^nt acres à tout émigrant qui, din» l'espaoe de cinq aoe» a*élablirait daaa la Ca^ roline.

Quelques émigrés de la Virginie , chassés di^ la {iroviiiee à la aaite de la rébeUioii do cohmel Bacon y avaient formé apteor du Sund d^Albimarle un petit établissement dont la suryeUiance fut ocofiée à air William Berkeley, gooTemm de la Virginie; ce fut le germe de la colonie du nord \ Berkeley leur donna un gouyerneur» un conseil, 0t lea laieaa ûemmer une aaaeiablée$ en d'aatrea

termes, et sans même parler de la redevance prétendue par lea propriétaires» il abandonna oom* plétement aux ptanteura le eoin de leurs propres afEaires, Cet abaudon ( 1 expérience de T Amérique le imove ) est loin d'être U plus mauvaise eoiidi* tion peur une eolooie saîasante et dam un pays nouveau.

Vers la même époque, quelques plantaura des

Barbades, désireux de fonder un établissement où îl^ fussent maîtres abeolus, vinrent avec leurs ' noirs s'établir près du cap Fear, et eommeucèrent

la colon isatiuii du pa^'s, qui fui plus tard la Caroline du sud' Le gouvernement de oe nouveau 4Brr pîtoiret qui fut nommé le comté de Oarendon, fut cQiitititué comme celui du comté d'Albemarle, mais il en resta politiquement séparé i Téloignemmit dep deux établiasementa était sî considérable, il y avait

entre eux de tellee loHtiideB^ qm ees deux pointe

isolés demandaient une administration distincte, n y eut donc dès l'origine deux colonies. Tune an nord, l'antre en end» ayant chacnne son aeeen* blée, son gouvernement et ses lois.

Pendant que dans le désert commençaient péni^ blement ces défrichements, ces plantations de quelques centaines d'émigrantis perdus dans les lorèts et les manda de la Caroline , les propriétaires j animés par la description dn pays menreil* ieux qu'on leur avait donné, désireux de l'étendre encore, et d'en faire un véritable empire, obtinrent, en 1665, du prodigue Charles !I, une concession nouvelle qui leur accordait ce que ne possédai^t ni le roi, ni TAngleterre. An mépris des récla> mations de la Virginie et des droits de l'Espagne, Charles U, avec une libéralité qui lui coûtait peu, donnait aux huit lords-propriétaires tout le pays compris entre le 28" et le 36* degré de latitude nord, et de T Atlantique au Pacifique; en d'autres termes, il leur donnait ce qui compose ai^onrd'hui le territoire des deux Carolines, de la Géo^ gie, du Tennessée, de TAlabama, du Biississipi, de la Louisiane , de TArkansas , une partie considérable du Missouri et de la Floride , presque tout le Texas, et une portion dn Mexique. A se par» ta^er ce territoire, chacun des associés se fut îsiii un royaume considérable, royaume sans habitants il est vrai, et où n'existait qu*nn germe de

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colonisation; mais 1 état iloriasant des provinces Toiaines et la fertilité d'un pays si bien sitné permettaient à toute ambition les espérances les plus hardies ^

Cette diarte obtenue , les Tues de la eompagnie

s'agrandirent; on voulut donner à cet empire un , gouTemement qui répondît à la fortune qu'on entreyoyait dans un prochain avenir. Gfaurendon n'était plus en Angleterre; ce fut Ashley Coopère comte de Shaftesbury, le plus actif et le plus intelligent des associés , qu*on chargea de rédiger pour rÉtat naissant une constitution parfaite , et qui durât au travers des siècles*. C'est là peut-être

un des plus anciens exemples de cette erreur contagieuse que nous a transmise le xtiii' siècle « et qui consiste à rêver des lois étemelles pour des rapports qui changent tous les jours.

Shaflesbuiy était à cette époque (en 4668) dans la pleine maturité de son génie; célèbre par son éloquence, son esprit, sa ûnesse, tout-puissant près du roi dont il avait servi le retour, et joignant à une grande capacité et à une grande fortune une ambition plus vaste encore. C'était un de ces hommes comme il en parait dans les tsaips de révolution , qui , au travers de tous les bouleversements de choses et d'idées, savent se maintenir à hi tête du gouvernement ou de lopinion ; de

1, tocron, Mùlory of thê UnUtd 8iam, t. H, p. 1S8. 3. taoroft* U>c dl«» p. tia

3§t Um I. — COLONlli.

ces hommes «omme M* de TaUeyrand, qui laissent leur parti au moment où ce parti se peid par ses

fautes, et le leudemain de la chute de leurs amis rentrent au pouvoir avec Topposition. Il ne ttian« que pas d'historiens pour exalter Tesprit infini» les ressources incroyables do ces habih s politiques qui, dil-on, sont toujours demeuréa fidèles à leurs idées. Pour moi, je Favoue, je n'ai qu'une trèsmédiocre estime pour ces gens versatiles qui , ce me semble» ne restent fidèles qu'à leur ambition. Et quant à cette prescience qui leur révèle la ruine imminente de leur parti, elle me parait d'autant moins admirable , que ce sont eux qui d'ordinaire décident cette chute dont ils doivent profiter. A cette classe de sceptiques, trop nom* breux en des temps agités comme les nôtres» il manque des qualités qui ne vieuDcnt point de Tesprity mais du coeur» J'entends cette probité politique , ce dévouement à la cause qu'on a em* brassée y sans quoi il n'y a point de grand caraictèrs, ni de renommée durable. Snim un

parti dans ses égarements, c'est folie; se tour* ner contre lui» c'est l'effet d'une làcbs ambition ) llioimear a d'autres oonditions. On peut, avant le danger, quitter son drapeau ; mais on ne doit jamais le combattre sous des couleurs étrang^MS* Aussi» avec une grande intelligence» das taknll véritables, et plus de courage que n'en ont d'ordinaire ces adorateurs de l'opinion et de la for*

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tutte^ SlMftesbiiipy^ emnme Tttlleyrand, ii*t«ll marqué dans l'histoire plutôt comme un intrigant de géûi« que mmm un homme d*Étet; et lA cmittittttion de la Caroline est là pour prouver combien ces politiques, qui entendent si parfaite^ meut leurs affoires, qui savent ai bien tourna à leur profit les liommcs et les choses , se méprennent souvent sur les conditions véritables da paya dont il se diftputent la eondnite.

Du reste, ce ne fut pas Shaftesbury seul qui fit IVBavuB singulière que noua allons examiner | le principal auteur^ soue sa direction néanmoins^ fut Locke , si célèbre plus tard par ses écrits , le père de la philosophie du xviif siècle» Tapôtre de la tolérance religieuse, le politique qui , après la révolution de 1(i88y formula les principes des ^igs en opposition au système tory de la légitimité et du droit divin ; Thomme enfui à qui Rousseau a emprunté les doctrines fondamentales du Gonfrol sectol.

Shaftesbury avait distingué à la première vue le mérite de Locke» et de son médecin il avait fait son commensal , son ami , son easocié dans tous ses travaux politiques. Entre l'esprit pratique et positif du comte et l'esprit exact du médecin philosophe, il y avait des rapports suffisants pour expliquer Tamitié qui les unit jusqu'à la fin. Le mamuia succès de la révolution d'Angleterre , les excès du parti puritain avaient fait de tous deux

3S4 UVU h — COLONIES.

des eDiiemÎB de la démocnUie qu'ils regMNUieafc comme dangereote pour l^État, et impuiBSiiiile à

rien ionder. Tous deux chérissant ce qu'à cette époque on nommait les principes anglais^ considéraient raristocratie comme le seul rempart contre Tarbitraire et la tyrannie, que ces fléaux Tinssent d*en haut ou d'en bas» Locke regardait les privilèges de la noblesse comme la garantie des libertés de rAngieterre, et au travers de tous les changements de Shaftesbury, il est aisé de voir qu il considérait Taristocratie comme la pierre angulaire de la constitution.

Locke, ami sincère de la liberté» n^était rien moins qu'un républicain comme Sidney , ou qu'un ap6tre de Thumanité comme le fondateur de la PensyWanie; ses idées étaient d'une nature toute positive , et il ne donnait rien à 1 enthousiasme. Pour lui 9 la société est purement et simplement un contrat, et la fin de ce contrat, le but des lois par conséquent , c'est de garantir la liberté et la propriété. La conservation de la liberté et de la propriété, tel est l intérêt qui forcf les hommes à renoncer à l'état de nature, telk est la cause même de la société^ la source du gouvernement \ D'où cette conséquence rigoureuse que, dans TÉtat» la représentation doit être

1. Ou COUVE RNEMENT aviL, chap. viu, DcK fitis de ia société et du 0MM)enMmen( politique , p. 169 et sohmtes de TédiUon d'Aaittr 4ani,17tt.

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proportionnelle à la propriété, et que les grands propriétaires, les grandes familles, qui tiennent le sol héréditairement, ont dans le pays an intérêt propre ot distinct, et, si l'on veut, une place à part dans la communanté*

Admettei le principede Locke, et la constitution anglaise est parfaite; aucune autre ne donne à la liberté des garanties pins sérieuses, et n'assigne un r61e aussi grand à la propriété foncière (an xvu' siècle, c*était la seule qui eût une valeur considérable); c'est entre les mains des proprié» taires que sont tous les droits politiques. Admettes encore que la concentration du sol dans un petit nombre de familles et son immutabilité soient des

faits naturels ou indifférents, la politique de l.ockc est sans reproches* Mais si la ûn de ia société n'est pas là, s*il y a dans TÉtat quelque autre intérêt que celui des propriétaires, si le citoyen a des droits, et des droits autres que la liberté» par cela seul qu'il est homme et citoyen, on Toit que ce système est chimérique. Loin d'être une loi pour rbumanité, ce n'est pas même une description eomplète des phénomènes politiques qui se m»nifestent dans un coin du monde.

Cette critique anticipée indique les défauts de la constitution que le philosophe proposa pour la Carohne; car Locke, comme tous les constituants qui viment après lui, ne fit que reprocToire un modèle antérieur, et ce qu il prenait pour le calcul

3t« UVRE I. — COLOHtU.

iie 6a raisou n était qu un souveoir; seulemenl ce ne fîii point Inorganisation de Sparte ou de Rome qu'il essaya de reprodaire, ce lut le syiterne anglais; ce fut un gouveruemeut où tous les pouvoirs reposaient sur ia propriété. De ce poial de vue, du reste, et comme étude philosophique de ia constitution anglaise à la lin du XMf siècle, le projet de Locke n'est pas indigne d'attention.

Entrons dans le détail de cette constitution, inspirée y suivaut le préambule, par i& craûUe dê eomiiluer une trop nombreuse dimaeraUe^ et, en uiiime Leu^ps , par le désir de salhfaur à l'intérà des propriétaires et d'instituer m geuverrwmà a^éabte à la monarchie. Ifous comparerons «nsnite ce qu*inYenta le génie réuni d un politique habile fli d'un grand {Ailosophe,. avec Torgianisation des autres provinces d'An^que, produit naturel des désirs et des besoins de ces planteurs, qui n*analyaaient point leurs idées aussi bien que Locke pouvait le faire, mais qui sentaient iiilioimeDt mieux ce qui convenait à leur situation, et qui n'imaginaient point d'enfermer l'adivilé d'an peuple dans des combiuaisons artificieiicb et mécaniques*.

Les propriétaires, comme sonverains de la eo-

lonie, fori^ient une corporation ciose de huit

i . The fuAdMMRtel CmuHtv/Hons of Cwntim sm #é ptUm à

t.otidre^ en 1720 /dans a Collection of several vieces of Mr. lobo l4Mkt, Mrer b0fort primed im noi extant in his wortn.

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