‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 45 sur 110 · LA COMPAGNIE DU KASAI · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE DU KASAI

ner à l'action privée un territoire de cette importance et de cette valeur. Mais il se dit qu'il lîc tarderait pas à lui revenir exploré, outillé et les plâtres essuyés. En effet, l'article l^^" du décre! portait ([ue l'abandon n'était fait que pour un terme qui prendra fin à l'époque oii la Belgique pourrait exercer son droit de reprise confornicment à la convention du 3 juillet 1890 >. Le souverain du Congo savait fort bien que la rei)risc serait ce qu'il voudrait qu'cdle fût, et que, en abandonnant le Kae ai au commerce libre, il ne [e lui abandonnait pas pour longtemps. En réalité, cène fut qu'une ruse destinée à étouffer lek protestai ions des particuliers. Le commerce privé s'y laissa prendre, il perdit de vue fjue < le terme dont parle la convention du 30 octobre 1892, nrrivail à échéance dès 1901, soit huit ans après, el il se mit aussitôt à s'organiser et à s'outiller pour la mise en valeur de ce vaste territoire, comme si la liberté d'y trafiquer ne pouvait pas, un jour, y être supprimée.

La Compagnie du Congo pour le commerce et riiidustrie dirigée par MM. Jules Urban et Thys, conçut le projet de constituer une compagnie nouvelle, qui établirait une chaîne de factoreries, ferail l'exploitation des forêts et créerait des

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plantations. Elle demanda à acquérir 175,000 hectares de terrain. L'Etat, semblait-il, ne pouvait voir que d'un bon. œil semblable entreprise, mise sur pied par des hommes expérimentes. Mais il avait son i)lan et refusa. La Compagnie du Caoutchouc du Kami dont le ca])ital était fait et les statuts imprimés, ne se constitua pas.

Déjà la Société belge du haut Congo, qui venait de fusionner avec la firme française Daumas-Béraud, et la Société hollandaise de Rotterdam avaient développé leurs établissements dans le bassin et leurs flottilles. La Compagnie des Magasin généraux et la Bclgika établies au Slanley-Pool, en 1895, ne tardèrent pas à les rejoindre. Puis, à Bruxelles et à Anvers, on vit se constituer de nouvelles entreprises. Successivement, furent fondés :

1-' La Société des Produits végétaux du Haut- Kasai, 26 mai 1894, capital : 1,000,000 de fr. ;

2^ La Compagnie anversoise des plantations du Lubefu, 1er décembre 1897, capital 600,000 fr. ;

3" La Société de la Dj'uma, 29 décembre 1897. capital: 250,000 francs. ;

4° La Kassaïenne, 27 janvier 1898, capital : 150,000 francs ;

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5° Le Trafic Congolais, 11 juillet 1898, capital : 100,000 fr., porté à 500,000, le 3 lévrier 1899;

()0 La Loa/ige, 5 janvier 1899, capital : 1,000,000 francs ;

7° Les Plantations Lacourt, mai 1899, capital : 800,000 francs ;

8" L'Est du Kwango, 7 janvier 1899, capital: 350,000 francs ;

9*^ La Centrale Africaine, juin 1899, capital: 1,000,000 francs ;

10° Les Comptoirs congolais Velde, octobre 1900, capital: 1,000,000 francs.

En 1901, treize sociétés belges et une société hollandaise fonctionnaient donc dans le bassin du Kasai. Elles y avaient installé 11 factoreries, occupées par 176 agents et desservies par une flottille de petits vapeurs. (îrâce à la concurreuce qu'elles se faisaient, la rémunération payée aux noirs était devenue importante, ce qui constituait un avantage considérable pour la population et était de nature à faciliter l'amélioralioii de son état matériel et moral.

Toutes ces sociétés ne prospéraient pas également, mais toutes étaient également exposées à se voir interdire la récolte et le commerce du caoutchouc et des autres produits domaniaux,

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l'échéance de 1901 ayant sonné. C'est ce que leur révéla la discussion à laquelle donna lieu le dépôt de la loi de Sniet de Naeyer, qui proposa et fil voter par le Parleincnl belge l'abandon du principe de la reprise. Elles constatèrent alors avec stupéfaction que la liberté du commerce dans l^ bassin du Kasai, consentie en 1892, avait pris fia. Plusieurs virent leurs capitaux gravement compromis. Aussi le gouvernement congolais, désireux de mettre fin aux derniers vestiges de liberté commerciale sur le territoire de TEtat Indépendant, n'eut-il pas trop grand'peine à décider les sociétés à faire une affaire avec lui.

Le projet mort-né de la «Compagnie des caoutchoucs du Kasai fut tiré des cartons et remis sur pied, sous la dénomination de Compagnie du Kasai , société congolaise à responsabilité limitée.

Pourquoi n'a(loj)la-t-on point la forme de la société anonyme belge ? Nous ne pourrions le dire avec précision. La société était belge, en réalité, puisque son siège administratif était établi à Bruxelles, que c'est à Bruxelles que devaient se réunir les assemblées générales et les conseils d'administration, que c'est à Bruxelles que devaient être encaissés et répartis les béné-

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fices. Mais, en faisant de la Compagnie du Kasai nue société congolaise, l'Iitat Indépendant la soustrayait à l'empire de la loi belge sur les sociétés.

Le capital, fixé à 1,005, 000 francs, fut, souscrit moitié par l'Etat, qui reçut 2,010 actions. 0 p. c, et moitié par les quatorze sociétés qui faiasient du commerce dans le Kasai^ et qui reçurent, elles aussi, 2,010 actions, 6 p. c. 11 fut créé, en outre, 4,020 parts bénéficiaires, donnant droit au surplus des bénéfices. La moitié de ces parts fut attribuée aux quatorze sociétés et l'autre moitié à l'Etat.

l^^n échange: 1° les sociétés renonçaient, pendfinl trente ans, à tout commerce d'importation cl d'exportation, notamment à celui de l'ivoire ci du caoutchouc, dans les territoires du Kasai. et cédaient à la compagnie leurs postes commerciaux, factoreries, etc., 2° l'Etat renonçait, lui aussi, à tout commerce d'exportation et d'importation et accordait à la compagnie, pour un terme de trente ans, « le droit de récolter le caoutchouc, la gomme copale et tous autres produits végétaux du domaine de l'Etat, ainsi que rîvoire )^ .

La Compagnie fut constituée le 31 décembre

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1901, sous la présidence de M. J. de Hemplinnc. La moitié des administrateurs devaient être agréés par l'Etat qui nommait la moitié des membres du Comité permanent, le président du Conseil, le directeur général, un commissaire spécial et deux délégués. Le souverain appela à l'un des sièges de délégué M. Begerem, membre de la Chambre des représentants. Ce choix provoqua les plus fàclieux commentaires. Il était d'autant plus regrettable que M. Begerem avait précisément été le rapporteur de la loi d'abandon des droits d'annexion immédiate, qui venait, quelques mois auparavant, de rendre possible la fondation de la Compagnie.

Le bassin du Kasai que, en 1892, l'Etat s'était vu contraint d'abandonner au {-ommerce libre, était habilement reconquis. Déjà par la fondation du Domaine de la Couronne, il avait repris possession des bassins du lac Léopold II et de la Busira ; j)ar la constitution du «Comité spécial), il avait fait rentrer dans son giron le Katanga. L'initiative privée belge et le commerce libre qui, en 1892, avaient insolemment invoqué l'Acte général de Berlin et failli provoquer une intervention des puissances signataires, étaient définitivement matés. La population indi-

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gène de l'Etat presque tout entier était rclonihrc sous le joug de « Boula-Matari > . Le mouvement commercial » ne cessait de se développer et l'exportation du caoutchouc qui, dix ans auparavant, était de 577 tonnes valanl environ o millions de francs, s'éleva, en 1905, à 5,()()() tonnes, valant 44 millions. Le p^ouvoir absolu a ainsi de ces heures où il peut croire que les dieux le guident et que ses décrets sont irrévocables.

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