AUX PARLEMENTS ANGLAIS ET BELGE
Pendant plusieurs années, la campagne menée contre l'Etat du Congo par r«Aboriglnes Protection Society» s'était poursuivie exclusivement dans les journaux anglais. Son vénérable secrétaire, M. Fox-Bourne, avait, en outre, publié un ouvrage intitulé : Civlisation in Congoland. Subitement, la question reparut au Parlement.
A la suite d'une interpellation de sir Herbert Samuel, la Chambre des communes entendit plusieurs orateurs, sir Charles Dilke, M. Emmott, lord Fitzmaurice, qui tous formulèrent contre l'Elat du Congo et son souverain les griefs les plus graves. Cependant, M. Balfour, parlant au nom du cabinet, déclara ne pouvoir condamner
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un gouvernement ami sur de simples déclarations personnelles, sans avoir procédé à une enquête. Il ne s'en rallia pas moins au texte de la motion proposée et amendée que voici :
« Le gouvernement de lEtat Indépendant du Congo, au moment de sa constitution, aijant garanti aux puissances : a) que ses sujets indigènes seraient gouvernés avec humanité, et b) qu'aucun monopole ou privilège comcrcial ne serait autorisé sur son territoire, la Chambre demande au gouvernement de S. M. de conférer avec tes autres puissances signataires de VActe général de Berlin, en vertu duquel l'Etat Indépendant du Congo existe, à V effet de prendre des mesures pour mettre un ferme aux abus qui prévalent dans cet Etat».
Celte motion fut votée le 20 mai 1903, à l'unanimité. Elle provoqua, en Belgique, de l'émotion et souleva une tempête de protestations dans les journaux dévoués à l'Etat du Congo.
La séance de la Chambre anglaise eut son contre-coup à l'assemblée plénière de la Société coloniale allemande, qui se tint quelques jours plus tard, le 4 juin, à Carlsruhe, sous la présidence de S. A. R. le duc Jean-Albert de Mecklembourg. A l'unanimité aussi, les coloniaux aile-
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inauds volèrent un ordre du jour priant instamment le chancelier de l'Empire de s'entendre avec les autres pinssances signataires de la Conférence de 1SS5, aux fins d'obliger VEtat du Congo de respecter les articles de VActe général de Berlin qu'il a jusqu'à présent violés».
La manifestation d'hostilité vis-à-vis de l'Etat du Congo, à laquelle s'était livrée la Chambre des Communes, fut, pour lieauooup de personnes, eu Belgique, une véritable surprise. On savait bien qu'une campagne était menée contre l'administration congolais,e par les associations philanthropiques congolaises, mais rien n'avait fait supposer, au public non initié, une animosité aussi profonde, exprimée par ïunanimité des représentants de la nation anglaise soutenus par les organes du gouvernement. Les journaux belges à la dévotion du gouvernement du Congo tentèrent une riposte déplorant la violence et le parti pris de l'attaque. Quelques avocats parmi lesquels des professeurs éminents, tels MM. Nys, de l'Université de Bruxelles, et Barboux, du barreau de Paris, publièrent des consultations sur la question académique du droit de disposer des terres vacantes. Mais le moment n'était plus aux savantes dissertations. Une situation grave.
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des excès de tous genres commis pjir des nationaux, des atteintes à un pacte international étaient signalés dans un Parlement étranger. La naiion belge ne pouvait rester sous le coui) de telles accusations. Le gouvernement fut interpellé les lei', 2, 3 et 8 juillet. La discussion, corollaire du débat anglais, mit aux prises les leaders des différents partis politiques à la TJiambre.
MM. Vandervelde et Lorand firent un exposé général de la situation. Ils montrèrent les prescriptions essentielles de l'Acte général de Berlin violées, les droits des indigènes méconnus, la liberté du commerce compromise. Ils firent, en s'appuyant sur des documents, la critique des procédés inhumains de l'administration de l'Etat. Ils mirent en cause le Souverain et le gouvernement local, à propos du travail forcé, du paiement des impôts, de la contrainte, des otages. Ils citèrent des faits précis, empruntés à la sombre affaire de la Mongala et à la récolte du caoutchouc dans les Domaines. Ils conclurent en réclamant une enquête.
M. de Favereau, ministre des Affaires Etrangères, opposa aux faits isolés signalés par les interpellateurs, l'admirable campagne contre l'oppression arabe et déclara que l'Etat du Congo
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avait rempli tous ses devoirs. Il exprima «la confiance que l'opinion pulilique, singulièrement égarée à l'étranger, revienne un jour à une conce})tion plus juste et qu'elle rende hommage à l'cinivre africaine . M. Woeste dit ([ue les Belges n'auraient pas lingralilude de s'associer aux attaques de l'étranger et proposa l'ordre du jour suivant : «La Chambre confiante^ d'accord avec le (jouvernenient dans le développement normal et progressif, sous Végide du roi-soiiverain de VEtat du Congo fKisse à Tordre du jour . M. Iluysmans, de la gaui'he modérée, fit connaître f(ue la i)luparl des membres de ce groupe < ne s'associeraient nullement à linterpellation toute personnelle de M. Lorand , et émit l'espoir «que ceux ([ui i)arlaient aujourd'hui contre l'œuvre africaine regretteraient un jour leurs attac[ues ; . Le clief de cabinet ne voulut voir dans celles-ci que de la passion anticoloniale. Il reprocha aux interpellateurs de n'avoir que deux «dadas» : atrocité et domanialité des terres vacantes. Il taxa les criticjues venues d'Anglelej're, de calomnies. Il exposa, en les célébrant, l'inslilntion du Domaine privé et celle du Domaine de la Couronne. Il conclut en disant que rinterpellation était vide de sens.