L'INTERPELLATION VANDERVELDE ET L'ORDRE DU JOUR BEERNAERT
Le Parlement ne pouvait demeurer indifférent à Iii sombre situation révélée pur le rapport de la (Commission, par les li\Tes de MM. Cattier et Vermeersch. Une interpellation s'imposait. Ce fut encore M. Vandervelde qui l'introduisit, le 20 février 1906. Elle retint la Chambre jiendant cinq séances. La vérité à laquelle chacun s'adressait, parfois avec une apparente confiance, s'était enfin dégagée. Le « rubber System» était mis à nu dans toute sa laideur, avec ses désastreuses conséquences. Les circulaires administratives étalent sorties des dossiers, pour en dire le mécanisme, le fonctionnement et 1" inhumanité. ^L Vandervelde en donna lecture et exposa en un
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discours émouvant, écoulé avec attention par la Chambre entière, la situation faite aux inaltieureuses populations du Congo, par la politique de l'Etat Indépendant. Il passa successivement en revue le sysitcme du régime foncier et celui du travail forcé. Il lut des extraits des Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur et du Mouvement des missions de Scheut, où les missionnaires catholiques, écœurés, libéraient leur conscience et déclaraient ouvertement la guerre à l'Etat, reconnaissant en toute sincérité «que celui-ci n'avait pas été noirci par les étrangers anglais, américains et italiens». Il lut des résolutions d'une assemblée de missionnaires protestants anglais, améi'icains, allemands, suédois, norvégiens et danois, tenue à Léopoldville, le 11 janvier 1906, et où ceux-ci renouvelaient «leur solennelle protestation contre le terrible état de choses existant dans l'Etat Indépen.dant » .
Devant ce réquisitoire, les membres du gouvernement belge se dérobèrent. M. de Smet de Naeyer se borna à reprocher à MM. Vandervelde et Lorand de ne pas avoir suffisamment rendu hommage à la beauté de l'œuvre royale. 11 persista à dire que les abus signalés étaient individuels, ne dérivaient pas d'un système. M. Woeste
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alla jusqu'à défendre le régime foncier, l'impôt en travail et osa conclure par ces mots: «Je dis à tous ceux dont le dévouement est acquis à l'œuvre civilisatrice du Congo : laissez passer le flot des ca loin nies et des accusations injustes, elles retomberont sur la tète de ceux j^jui les formulent ».
La gauche modérée, qui jusqu'ici, s'était presque désintéressée de la question, déclara par Torgane de M. Masson, que le voile était déchiré et que la lumière était faite. Il est donc établiv dit-il, que des erreurs graves ont été commises dans l'administration du Congo ; qu'il n'y a pas eu que des excès et des abus personnels, mais des fautes dans certaines institutions fondamentales, dans le régime foncier, dans F application de la liberté commerciale, dans les impôts et leur perception». M. Paul Hymans appuya la motion.
Un ordre du jour déposé par M. Beernaerl rappelant l'Acte de Berlin et évoquant les conclusions de la Commission d'enquête, exprima sa confiance dans la Commission des réformes et passa à l'ordre du jour en décidant « de procéder sans retard à V examen du projet de loi du 7 août 1901, sur le gouvernement des possessions coloniales de la Belgique . Il fut adopté. Le gou-
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vernemenl s'cUiil empressé de racce|)ler, parce qu'il scnlail (jue la Chambre s'y sérail ralliée inalgi'é lui et même coulre lui. Taclicpie imprudente, car les ministres feignaient d'oublier que le 23 juin 1901, au lendemain de la proposition d'annexion immédiate déposée par M. Beernaert, le roi-souverain avait adressé au gouvernement belge une Note irerbale» où il disait: «Lorsque le développement de l'Etat sera arrivé au point où la transmission de ses pouvoirs à la Belgicpie constituera pour le pays un avantage certain, l'Etat Indépendant sera/epremiVr à en avertir patriotiquement la Belgique». L'intention royale était nettement exprimée : le souverain ne voulait plus qu'on lui parlai de la reprise. Et voici que sans attendre la notification promise, les représentants du pays manifestent, les premiers^ leur désir d'en finir avec l'Etat du Congo el, dans ce but, réclament « ^ans retard'^ l'examen de la charte coloniale, préliminaire du projet sd'ennexion. Le Parlement manquait de confiance 'dans les vues patriotiques du fondateur. Il voulait devancer ses intentions. Et le cabinet s'était incliné !
Léopold II en fut irrité.
Dès lors, les événements se précipitent et la crise éclate.