‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 64 sur 110 · LA LETTRE ROYALE DU 3 JUIN 1906 ET LE CODICILLE DU TESTAMENT · texte numérisé non relu

LA LETTRE ROYALE DU 3 JUIN 1906 ET LE CODICILLE DU TESTAMENT

Les incessant 6S attaques des rcformistes anglais qui, depuis plusieurs années, tenaient en haleine les deux Chambres du Parlement britannique ; le rapport du consul Casement et celui des magistrats enquêteurs envoyés au Congo par le roi -souverain lui-même ; les *[Jublications sensationnelles belges et étrangères de MM. Cattier, Vermeersch, Morel, Pierre 'Mille, Challaye et Marc Twain ; la campagne de presse poursuivie surtout par le Patriote^ la Gazette^ le Peuple^ la Flandre Libérale et la Dernière Heure ; la discussion des interpellations Vandervelde et Lorand ; linalemeni l'ordre du jour Beernaert, voté le 2 mars 1906 et auquel le cabinet s'était vu dans l'impé-

rieuse obligation de se rallier :"n extremis, tout concourait à créer au souverain du Congo une siluation qui devenait chaque jour pour lui plus difficile et plus périlleuse. La décision inattendue de la Chambre de liorter sans retard à son ordre du jour l'examen du projet de charte coloniale, ne fit 'qu'augmenter son iri'itation. La vérité était, en effet, que ce projet n'avait été mis en avant, en 1901, que pour embarrasser et énerver toute velléité nouvelle de la Belgique de reprendre l'administration congolaise et depuis lors il demeurait dans les cartons, où M. de Smet de Nayer le laissait dormir paternellement.

Ce n'était plus, depuis longtemps, un secret pour personne que le souverain du Congo ne voulait pas de l'annexion, bien moins encore en 190G qu'en 1895 et en 1901. Il avait déjà, à cet égard, fait connaître ses intentions formelles dans sa -Note verbale 'du 23 juin 1901, adressée au gouvernement bt-lge. Puisqu'on feignait de ne pas l'avoir compris, il se voyait dans l'obligation de redire plus haut et plus net sa décision bien arrêtée. Le dépôt du rapport, qu'au nom de la Commission d'examen, lui remit M. le président Van. Maldeghem et les quelques réformes qui allaient s'en suivre, lui en fournirent l'occasion.

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Pour la première fois, depuis sa Icllre du 5 août 1889, à M. Beernaert, alors sou chef de cabinet, Léopold II allait, en tant icpie souverain du Congo, élever la voix en une circonstance solennelle. Il u'est pas douteux qu'il dut hésiter un instant sur la forme qu'il donnerait à sa communication. Il ne pouvait l'adresser, par voie de proclamation, à son peuple noir, puisque celui-ci était dans rimpossibililé de l'entendre. Monarque absolu, il n'avait pas de parlement auquel il put lire un discours du trône. Ecrire une lettre à son ministre était chose tout aussi impossible, puisquU n'en avait plus depuis cinq aiis. 11 y avait son gouverneur général, le baron Wahis, qui venait précisément de rentrer du Congo... Il préféi'a faire connaître ses volontés sous la forme (riaslruclions adressées à ses isecrétaires, MM. Droognians, de Cuvelier et Liebreclits. Aucun décret n'a, mieux que cette lettre du 3 juin 1906, servi la cause des peuples du Congo. En dépit de son génie diplomatique, Léopold II ne s'est pas douté un seul instant, en signant, sous J'empire de la mauvaise humeur, ce document altier, qu'il y déposait le germe dont, deux ans plus tard, allait sortir le vote de cette annexion dont il ne voulait à aucun prix. L'importation du caout-

choiic, atteignit en cette année, le chiffre le plus élevé de tous ceux qui avaient été enregistrés : quarante-huit millions de francs.

Répondant, tout d'abord, aux préoccupations humaiiitaires du moment, le Roi commence par recommander en une courte phrase, à ses secrétaires, de ne ': rien négliger pour améliorer le sort des indigènes . Sai^imyant sur les rapports du gouverneur général Wahis. il est heureux, dii-il. d'y trouver l'assurance que les indigènes soumis à l'actioa directe de l'Rtat, sont traités avec équité: — ce qui réfute tout net les affirmations contraires produites depuis tant d'années, en même temps que certaines dépositions actées et contrôlées par la Commission d'enquête. Puis, il exprime ses remerciements à la Belgique qui a bien voulu l'aider de ses tieniers, (dans quelque mesure » ; mais il ajoute aussitôt que le Congo est son œuvre personnelle ; que toutes les charges comme toutes les responsabilités lui ont été laissées ; que « ses droits sont sans jiartage > ; qu'ils sont le produit de ses peines et de ses dépenses.

Il poursuit en célébrant les grantls travaux publics qui ont été amorcés, tant au Congo qu'en Belgique, et se continuent aux frais de

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