LES RECHERCHES MINIERES ET LE PARTAGE DU SOUS-SOL DE L'ÉTAT
La convention dn 8 décembre 1900, par \aqiielle le Comité spécial du Katanga avait concédé le monopole des recherclies minières au i^roupe anglais de la «Tanganiyka Concessions», avait suscite une active prospection du pays et amené de précieuses et nouvelles constatations.
Kn octobre 11)0I>, un prospecteur découvrit de l"or. du platine et de l'argent, à Ruwe (haut Nzilo) ; (les lavages d'alluvions donnèrent de 10 à 10 kilogrammes par mois. En janvier 1904, d'autres prospecteurs reconnurent de riches gisements d'étain, à Kasongo et à Busanga : ils furent mis en exploitation provisoire l'année suivante. Quîi'd au l)assin cuprifère, on était définitive-
ment fixé sur sa richesse. Le délégué du Comité spécia!, M. ringcnieur r3uttgenbacli, avait fourni (les renseignements précis, d'où il résultait que plus de cent mines de malachite avaient été découvertes, parmi lesquelles plusieurs très importantes, et que, dès lors, on pouvait estimer l'existence au Katanga de plus de deux millions de tonnes de cuivre, pour l'extraction desquelles on trouverait facilement la main-d'œuvre. Les Anglais poursuivirent activement leurs recherches et une nouvelle convention, avantageuse pour eux, fut signée, le 22 octobre 1905.
La présence de l'or avait été aussi vaguement signalée dans le bassin du Kasai et, au mois d'août 1903, dans le district où l'Aruwimi a ses sources, deux prospecteurs australiens, avaient, après plusieurs autres constatations importantes, reconnu, près de Kilo, la présence d'alluvions aurifères, jugées assez riches pour que l'exploitation y fut commencée, en mars 1905; elle donna de 15 à 20 kilogrammes par mois. Le premier envoi d'or, d'une importance de 59 liilogrammes, parvint à Bruxelles, au mois d'août 1906. B-entôt les prospections apportèrent la preuve de l'existence de l'or dans plusieurs auti'es endroits du
du haut Uele, nolammcnl dans le bassin du Kibali.
L'Etat prit immédiatement des dispositions nouvelles.
Dans sa lettre du 3 juin, le roi-souverain avait insisté sur le devoir de la Belgique, sa légataire dans la souveraineté du Congo, d'assumer l'obligation de respecter tous les engagements de l'Etat vis-à-vis des tiers . Il visait surtout les deux fondations. Il jugea bon d'y ajouter, avant que l'annexion ne fût réalisée, des engagements nouveaux, concernant le sous-sol de la future colonie.
A celte date, la Fondation de la Couronne, le Comité spécial du Katanga et la Compagnie des Grands Lacs possédaient seuls des concessions de recherche et d'exploitation minières, dans les territoires qui leur avaient été respectivement attribués. Le reste du sous-sol du pays demeurait à la disposition de l'Etat. Le souverain estima qu'il y avait lieu de régler cette situation et, un mois avant que le Parlement ])elge n'enlamàt la discussion congolaise annoncée, il arrêta les dispositions suivantes.
Trois groupes seraient constitués. Tous trois auraient pour point d'appui la Société gêné-
raie de Belgique», au concours de laquelle il serait fait appel, et le gouverneur de celle-ci, M. le baron Baeyens, financier cminent, serait designé pour prendre la présidence de chacun des nouveaux organismes, constitués en sociétés congolaises à responsabilité limitée. L' l'état s'y réserverait une part et des participations importantes seraient données à des financiers étrangers : anglais, français et américains.
En l'espace de dix jours, sans qu'intervînt le moindre accord préalable avec la légataire, les trois sociétés furent décrétées et signèrent des conventions avec l'Etat et avec la Fondation de la Couronne.
a) L'Union minière du Hatiit-Katanga fut constituée le 2(1 octobre 1906. Elle obtint, jusqu'en 1990, le monojyole de la mise en valeur des mines de cuivre, d'étain, d'or, de charbon et de fer du liant Katanga, dans une série de concession mesurant ensemble 7 millions d'hectares. Le Comité spécial qui, avec l'autorisation de l'Etat, accordait la concession, céda sa part de souscription à la Société générale ; l'autre moitié du capital fut souscrite par le groupe anglais. Cette combinaison a été blâmée pour son manque de prévoyance : la prépondérance des intérêts belges aurait
dû êlre assurée dans le capital social. Ce n'était cependant pas les capitaux qui manquaient à l'Elal pour le faire, puiscpi'à ce moment, la Fondation de la Couronne du Congo développait magnifiquement son domaine royal du cap Ferrât, à la Côte d'Azur ; subsidiait des missions en vue d'acquisitions territoriales au Maroc ; ordonnait pour des millions de francs des travaux publics voluplu aires, dans les résidences royales de "Belgique ; s'apprêtait à doter généreusement une fondation allemande, etc., etc.
b) La Compagnie du clwinin de fer du Bas- Congo au Katanga. — Trois jours après fut constituée cette seconde société, avec le concours du groupe français de la < Banque de l'Union parisienne». Elle obtenait pour 99 ans la conecssion du sous-sol d'une importante partie du bassin du Rasai (Tune superficie de 21 millions d'hectares. La moitié du capital fut souscrite par la Société générale ; Tautre moitié, par l'Union parisienne.
c) La Socictf intcrnal'oniilc Foresl'crc et Minière du Congo. — Six jours plus tard encore ((î no\eml)rel, ce fut le tour de la ti'oisiènie société, la plus importante (k's trois sous le rapport dr rétendue de la concession (|ui lui était dévolue.
Elle reçut d'abord, pour 6 ou 12 aus, le droit de rc^cherches minières puis, pour 99 ans, le droit d'exploitation des mines découvertes. Le soussol de la moitié du territoire de l'Etat fut, pour un siècle, concédé à ce seul organisme, dont h' domaine minier s'étend de Banana au Tanganika el de rUele à la source de la Lulua, sur une superficie de 1 10 millions d'hectares^ soit 45 fols celle de la Belgique ! Trois groupes participèrent à sa constitution : la Fondation de la Couronne, qui lui abandonna l'exploitation du sous-sol de son domaine ; un groupe américain représenté ])ar MM. Ryan, Page et Whileley, ce dernier consul du Congo, à Baltimore ; enfin, quelques personnalités financières belges. L'entrée inattendue d'x\niéricains dans les affaires du Congo, à la veille de la reprise par la Belgique, surprit vivement. Elle découlait, semble-t-il, de la campagne de propagande poursuivie aux Etats-Unis, par MM. le colonel Kowalsky et le consul Whiteley. Mais la tactique échoua, puisque le 10 décembre 1906 — un mois après la fondation de la société congo-américaine « Forestière et Minière » — le sénateur Lodge déposait une motion priant le Président d'appuyer toutes mesures prises en faveur des indigènes opprimés du Congo.
Six organismes se partageront donc tout le soussol de l'Etat, sauf les bassins de l'Aruwimi et du Kibali avec les mines d'or de Kilo, réservés à la Fondation de la Couronne. Ce sont: