‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 80 sur 110 · E MINISTERE SCHOLLAERT ET L'ACTE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

E MINISTERE SCHOLLAERT ET L'ACTE ADDITIONNEL

Tandis qu'un violent mouvement d'opposition et de protestation se dessinait contre Je projiet d'annexion tel qu'il avait élé déposé le li décembre 1907, un coup subit frappa le cabinet en la personne de son chef. La mort de M. de Trooz, survenue le 31 décembre, amena au pouvoir, après d'assez longs échanges de vue, le président de la Chambre, M. Schollaert. Tous les ministres nyani démissionné, un ministère nouveau assuma la responsabilité des affaires publiques. Le 14 janvier 1908, jour où il se présenta à la Chambre, le chef du cabinet reconnut que la teneur du traité de reprise avait soulevé, dans beaucoup d'esprits, certaines appréhensions ; il annonça que l'étude de la question monlrerait jusqu'à quel point les objections soutenues étaient

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fondées et s'il ne pourrait pas y être fait droit, par certaines modalités nouvelles. Les négociations furent longues et laborieuses ; elles furent rendues pénibles par les plus invraisemblables marchandages. Le jour où le nouveau président de la Chambre, M. Cooreman, prit possession de son fauteuil, il exprima la lassitude et l'intiuiélude du gouvernement, en terminant son speech par ces paroles significatives: «Et maintenant, à la garde de Dieu ! » Ainsi dit le pilote, au fort de la tempête, quand le navire est en détresse.

Léopold 11 tenait bon. Tous ses efforts continuaient à être concentrés vers le maintien de la Fondation de la Couronne. La situation avait htau se compliquer, au point de vue international, par l'intervention officielle des Etats-Unis et l'allitiidc hostile d'importants journaux allemands, il résistait aux respectueuses représentations de son chef de cabinet. A cette heure, les divergences de vue entre le souverain et le ministère étaient tellement profondes qu'un arrangement semblait imi)ossible. Mais, au mois de février, une détente se produisit et bientôt on apprit qu'un accord était intervenu entre la Couronne et M. Schollaert. Le roi consentait enfin à abandonner sa fondation congolaise. Sa fondation cobourgeoise était sur

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])ic(l. Mais en rrloiir, il exif^cnil de la Belgique qu'elle mît des soinnies très iniportaiites à sa disposilion, soil pour l'achèvenieiil de grands travaux, soit pour des destinations qu'il désignerait ulléricuremenl. Le 5 mai 1908, ie ministère déposa donc sur le bureau de la Chambre un Acte (lo'ditionnel au traité d'annexion. C'était une conveidion nouvelle ayant pour objet exclusif la liquidation de la Fondation de la Couronne».

Voici quelle est l'économie générale du projet: . ; i

1» L'Etat belge se substitue à la Fondation pour rachèvement des grands ti'avaux que celle-ci a commandés, qui sont en cours d'exécution ou qui ont fait lobjet de contrat. 11 y en avait, à Laeken et environs, pour vingt-quatre et demi millions de francs ; à Ostende, pour vingt millions ; à Bruxelles, pour un million ; au total, pour quarante cinq et demi millions de francs.

2" 11 acquitte diverses dettes relatives à d'autres travaux déjà exécutés à Laeken et à Ostende, et parmi lesquels figurent une grille et un restaurant chinois, au parc de Laeken ; un chalet et un jardin, à Ostende ; le tout s'élevantà 1.700.000 francs.

3" Il s'engage à payer cinq rentes annuelles

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s'élevant ensemble à fr. 920,000, pai'ini lesquelles : 600.000 fr. à divers jardins des plantes; 65.000 fr. à la mission des Pères de Scheul ; 60.000 fr. aux administrateurs el fonctionnaires de l'ex-: Fondation de la Couronne».

4° Enfin, il est remis au roi cinquante millions « en témoignage de reconnaissance nationale». Cette somme lui sera payée en quinze annuités, la première de 3,800,000 fr., chacune des quatorze autres de 3,300,000 fr., pour être affectés par lui à des œuvres diverses relatives au Congo.

Comme on le voit, si le roi-souverain finissait par souscrire à la décision de la Chambre, il y mettait le prix. Et ce prix sembla d'autant plus exorbitant qu'il s'agissait de l'annexion d'une colonie que la Belgique avait payée du sang de ses fils, à laquelle elle avait déjà l'ait des prêts s'élevant à plus de trente millions de francs et qu'elle avait le droit de s'annexer sans nouveaux débours et sans aucune condition. Les avocats du roi visant avant tout le côté matériel de la transaction et en négligeant le côté moral, assurèrent que, même à ce prix fort, c'était encore à bon marché.

En échange de ces engagements financiers, la Belgique obtenait le retrait du bénéfice de la

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personnification civile, à lu Fondation de la Con ronne. Il eut été de bonne règle, puisque l'Etat belge se substituait à celle-ci, que tous ses biens fissent retour à la future colonie. Il n'en fut rien. Le décret de suppression, daté du 5 mars 1 908, stipule que << ses biens seront désaffectés de plein droit et feront retour au Fondateur, ou seront attribués, sous les charges qui les grèvent, aux institutions, individualités j;uridiques ou établissements publics, congolais ou autres, que le Fondateur aura désignés». Et il énunière seulement, parmi les biens et valeurs dont la fondalion fait retour au fondnteur, ceux qu'elle consent à céder à l'Etat belge.

Ce sont : 1^ les terres vacantes du Domaine de la Couronne, en Afrique, les régions minières de l'Aruwimi et de l'Uele, avec les installationSj le matériel et les produits ; 2" le portefeuille ooniprenanl des titres de la «Société forestière et minière et de la «-Société du lac Léopold II » ; 3*^ des immeubles, à Bruxelles, Laeken, Ostende, les uns à titre définitif, d'autres, sous réserve d'usufruit. Parmi les immeubles que possédait, en Belgique, la fondation congolaise, il est curieux de relever : à Laeken, une tour jiaponaise et un restaurant chinois d'une valeur de deux

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millions (le Irniics ; à Oslciulc. une Iribuiie de course d'un denii-niillioii cl. à (locj-sur-nur, un jeu (le goli" de deux cent Irenle-qualre mille francs !

Les combinaisons de l'acte additionnel provoquèrent un indéfinissable étonnemenl et déeurent les annexionnistes : des membres de la majorité ne dissimulèrent pas leur manque il'enthousiasme et la gauche libérale ne cacha pus s<:)n hostilité. Le parti socialiste les jugea inacceptables et les caractérisa durement. L'article portant la création d'un fond de cinquante millions à mettre à la disposition du roi, en témoignage de reconnaissance nationale, provoqua dans les réunions et ]es meetings qui furent organisés, d'amères critiques et les plus désobligeantes protestations.

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